THÉORIE DE HIS
La forme de l'embryon diffère considérablement de celle de l'animal parfait. Cejiendant tous les organes, toutes les parties de celui-ci, sont représentés dans celui-là sous une forme et avec des rapports différents
L'accroissement des diverses parties, bien qu'il soit continu et se fasse à chaque instant en chaque point, n'est nullement uniforme. Il est même extrêmement varié. A un moment donné, certaines aires s'accroissent avec activité tandis que d'autres sont au repos; un peu plus tard, certaines de celles-ci pourront entrer en action, tandis que certaines des premières passeront à l'état de repos; et le rythme suivant lequel se font ces passages du repos à l'activité et de l'activité au repos est extrêmement compliqué pour l'ensemble du germe, dans l'espace et dans le temps.
Si l'accroissement était uniforme, le germe conserverait indéfiniment cette forme de lame mince sub-circulaire qu'il offre au début sur l'œuf de l'Oiseau par exemple. Mais nous venons de voir qu'il n'en est pas ainsi et, de Tinégale vitesse de l'accroissement dans les différents points, va résulter une modification de la forme. Supposons, en effet, que, dans cette lame mince, une aire limitée et située ailleurs qu'à la périphérie vienne à entrer envoie d'accroissement actif, tandis que le reste s'accroîtra peu ou point. Maintenue par ses bords, elle ne pourra s'étendre dans le plan et sera forcée de s'élever en dôme ou de s'enfoncer en cul-de-sac.
imaginée d'abord par Fritz Miiller dans son Filr Darwin et développée ensuite par Hseckel, fournit l'explication de ces formes successives. Mais il faut ici distinguer. L'explication fournie par la loi biogénétique ne dispense pas de chercher les causes immédiates du développement.
Ces causes immédiates ne sauraient être contenues dans la loi en question. Celle-ci n'intervient que médiatement et en déterminant une constitution particulière du germe initial. Mais, cegerme étant donné, on peut se demander quelles causes le poussent à parcourir un cycle évolutif déterminé aboutissant à une certaine forme définitive.
' Plus on remonte vers l'origine du développement, plus cette forme et ces rapports diffèrent, si bien que, dans les stades très jeunes, on ne saurait reconnaître les parties futures si les stades intermédiaires n'en donnaient pas le moyen. On
doit évidemment admettre que la chose est encore vraie lorsque le développement n'a encore dessiné aucune partie définie et que, dans le germe en apparence homogène, chaque partie du futur animal est déjà représentée par une partie déterminée. Ainsi, par exemple, dans la lame ectodermique uniforme qui, à un moment, forme la couche externe de l'embryon, bien que le système nerveux, l'épiderme de la tète, du tronc, des membres, etc., ne soient nullement indiqués, ces différentes parties n'en sont pas moins, dès l'origine, représentées en lui par des parties différentes et, si l'on connaissait à fond le développement, on pourrait, sur cette lame uniforme, dessiner ce qui deviendra le cerveau, la moelle, l'épiderme du ventre, celui des flancs, des jambes et même celui de tel point de telle phalange de tel doigt de la main. Il en est de même pour tous les autres tissus.
LES THÉORIES GÉXÉRALKS.
La modification ainsi produite sera d'abord peu sensible, mais il est aisé de comprendre qu'avec ce simple processus, appliqué de façou variée aux divers points et aux divers stades, on peut obtenir toutes les formes imaginables. Le germe se comporte , dans son ensemble, comme une lame élastique ou plutôt malléable à la manière du papier mouillé, obligée de s'étendre dans une enceinte trop étroite, d'où la nécessité de s'incurver, et déformer des replis multiples. En outre, chacun de ses points se comporte individuellement de la même manière et ne peut s'accroître plus que les parties voisines sans former lui aussi des replis secondaires'.
La forme de chaque partie est donc la résultanté de deux actions : l'une qui a son siège en elle-même, ses vitesses d'accroissement aux différentes périodes de l'ontogénie ; l'autre, qui est pour elle une condition ambiante, c'est la réaction des parties voisines s'accroissant plus ou moins vite qu'elle. Chaque cellule même a sa forme déterminée par ces deux ordres de causes.
En somme, nous voyons que deux principes suffisent à expliquer toutes les particularités du développement, l'un est celui de la Définition des aires [Princip der Organbildenden Keinibezirke), l'autre celui de la Nonuniformité de r accroissement [Princip des ungleichen Wachsthum).
La théorie de la Génération se trouve considérablement allégée par la découverte de ces deux principes. 11 n'y a plus à se demander pourquoi et comment se forment chez le produit, un nez, des poils, des dents, etc., etc., semblables à ceux des parents ; il n'y a pas à imaginer des relations compliquées unissant chaque caractère ou chaque organe de l'in-
' Ces replis ont, tantôt la forme de lames, comme les lames ventrales et les membranes annexes de l'embryon, tantôt celle de tubes, comme le système nerveux ou l'appareil intestinal, tantôt celle de poches comme les poumons et toutes les glandes. En outre, les lames se dédoublent, lesreplis pénètrent les uns dans les autres, se soudent entre eux, les tubes se coudent, les poches se ramifient. Il est aiséd'énumérer des exemples de ces divers cas. La formation des feuillets, le clivage du mésoderme ne sont que des effets de dédoublement et de glissement dans une lame épaisse dont les deux faces ont une vitesse inégale d'accroissement; l'incurvation céphalique n'est qu'un effet
de l'accroissement énorme de la parti antéro-dorsale du tube neural ; la face tout entière ne se forme que par la soudure de replis ou bourgeons poussant l'un vers l'autre; enfin la ramification des poumons et des glandes en grappe ou en tube est déterminée par le simple accroissement, varié suivant les points, de la poche initiale qui les représente au début.
[His attribue l'iniative de l'accroissement aux diverses parties du germe, par régions; Remak (50 à 55) l'attribuait aux lames épithéliales seules qui entraîneraient à leur suite les éléments mésodermiques; BoLL (76) aux actions toujours combinées du feuillet principal et de la lame mésodermique (jui l'accompagne].