‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 169 sur 251 · ORR · texte numérisé non relu

ORR

Théocic (le raction marpltog^cne du fonctionnement lialtituel.

Exposé.

La loi générale. — Toutes les fois qu'un agent physique est appliqué à un corps inorganique, toutes les fois qu'un stimulus physique ou physio-

* [Dans un travail plus récent, Cope (892) a montré comment, par le seul développement des parties proportionnellement àleurs excitationsfonctionnelles, on

pouvait expliquer la forme des os, des dents, la configuration des articulations, etc., en supposant bien entendu riiérédité des modifications acquises.]

THÉORIE d'ORR.

logique est appliqué à un être vivant, il se produit certains phénomènes visibles dont l'agent ou le stimulus est la cause K

Ce sont les effets extérieurs; et d'ordinaire ce sont les seuls dont on tienne compte. Or il existe, en outre, certains effets intérieurs beaucoup plus minimes mais plus durables, qui sont d'une haute importance dans la question qui nous occupe. Ce sont des modifications moléculaires très faibles mais rigoureusement déterminées par la nature de l'agent et les conditions de son action et qui persistent dans le corps après que l'agent a cessé d'agir ~.

' Quand on approclie un barreau de fer d'une aiguille aimantée celle-ci estdéviée; et, quand on éloigne le barreau, revient à sa position première après une série d'oscillations. Quand on tord un fil vertical tendu par un poids, et qu'on l'abandonne à lui-même, le fil se détord, puis dépassant laposition première se tord de nouveau et ainsi de suite mais de moins en moins jusqu'à ce qu'il s'arrête tout à fait. Si on expose une plante à la lumière, les actions nutritives s'accélèrent en elle et la sève monte avec plus de force vers les sommets de ses branches ; si on la place à l'obscurité l'inverse se produit.

2 Ainsi dans le fil métallique tordu dont nous parlions tout à l'heure, le milieu de la course entre les points extrêmes D et G (fig 36) où la rotation change de sens ne correspond pas à la position initiale A du fil. Il est déplacé du côté de la première torsion en a, ; à chaque oscillation ce point se rapproche de la

position initiale, mais sans jamais l'atteindre. Lorsque le fil est arrivé à l'état de repos, il reste légèrement tordu du côté de la torsion initiale. Mais ce repos n'est qu'apparent, le fil continue à se détordre avec une lenteur extrême et cen'est souvent qu'après des heures, des jours ou même des semaines que toute trace de déformation a enfin disparu. — Si on maintient le fil tordu de 90° à droite pendant six heures, puis qu'on le maintienne tordu de 90° à gauche pendant un quart d'heure et qu'on le laisse alors revenir

lentement à la position initiale sans lui permettre des oscillations alternatives, il se trouve alors comme dans le cas précédent en état de repos, mais de repos apparent seulement ; il continue à tourner avec une grande lenteur et ce qu'il y a de remarquable, c'est que son mouvement est^ influencé par la première torsion à droite, bien que cette torsion ait été entièrement elîacée par une torsion

Fig. 3«.

égale en sens inverse. Il continue, en effet, à tourner très lentement vers la droite, ce qui n'est pas très extraordinaire, puisque c'est la continuation du mouvement précédent. Mais bientôt il s'arrête et se met à tourner vers la gauche. Or c'est là ce qui est remarquable, car il n'y avait pas dans le mouvement précédent de vitesse acquise. C'est donc un effet tardif de la première rotation initiale à droite.

Ce fil a acquis un état moléculaire nouveau très complexe, qui est le reflet de son histoire (Tait) [on pourrait presque dire son ontogénie].

Lorsque les rayons solaires frappent un

LKS THÉORIES GÉNÉRALES.

Dans les corps org-anisés vivants composés de suljstances demi-visqueuses, très complexes et très instables, ces phénomènes prennent beaucoup plus d'importance et leur durée s'étend beaucoup plus loin. Les expériences de Detmer sur les Helianthufi, Ricinus, Cucurbita (v. p. 220) nous montrent la périodicité des mouvements nutritifs due aux alternances du jour et de la nuit se continuant à l'obscurité pendant plusieurs jours. Celle de Pfeffer sur les Mimosa pudica (v. ibid) nous montre une action semblable dans des mouvements d'un ordre un peu plus élevé. Mais c'est surtout chez les animaux et dans les actions nerveuses que ces phénomènes deviennent tout à fait remarquables^ Les mouvements associés qui constituent la marche, la parole, l'écriture, le jeu des instru-

corps, ils l'éclairent. Lorsque ce corps passe ensuite à l'obscurité il cesse d'être éclairé. Mais son état moléculaire a subi une faible modification durable. Ainsi, exposez au soleil une gravure qui est restée longtemps dans la chambre noire, en maintenant une de ses moitiés recouverte par un écran opaque, puis reportez-la dans la chambre noire, enlevez l'écran et recouvrez-la d'une feuille de papier photographique. Sur cette dernière apparaîtra une pâle reproduction de la partie exposée au soleil. Si vous mettez la gravure en contact avec une simple feuille de papier blanc, puis celleci avec une feuille de papier photographique, on aura encore une image, bien ([u'à peine sensible, de la partie de l'estampe qui a été éclairée (Niepce de Saint- Victor). De même l'électrisation laisse dans les métaux des traces durables de son passage.

On pourrait multiplier ces exemples.

Maxwell (Bristish Encyclopedia) explique ces phénomènes en supposant (]ue les corps solides sont composés de deux sortes de groupes de molécules. Les uns sont solides, unis entre eux en un réseau squelettique qui donne au corps sa forme permanente et sa solidité. Sous l'influence des actions mécaniques, le réseau cède mais revient à sa forme première. S'il existait seul, le corps serait d'une élasticité parfaite jusqu'à la limite

de rupture. Les autres groupes, au contraire, sont formés de molécules très faiblement liées entre elles. Sous l'action des efforts, ils se dissocient et se reconstituent sous une nouvelle forme on les tensions sont égales en eux dans tous les sens. Même les simples mouvements moléculaires dont tout corps est le siège suffisent à les rompre, mais ils se reconstituent aussitôt dans une position d'équilibre. S'ils existaient seuls le corps serait entièrement visqueux.

Quant un corps constitué par ces deux sortes de groupes (avec d'autres intermédiaires) est soumis à une action mécanique, le réseau cède et, dès que l'action a cessé, tend à revenir à sa forme première. Mais les groupes visqueux qui ont cédé et se sont reconstitués sous une nouvelle forme constituent une résistance, en sorte que le réseau élastique ne retourne pas tout à fait à sa position première. Mais sous l'action de cette faible tension élastique qui réside dans le réseau tant qu'il n'a pas repris sa position initiale, les groupes visqueux cèdent peu à peu et se reconstituent sous une forme nouvelle où la résultante des tensions est nulle, faisant disparaître un à un les éléments de cette résistance. Lorsque tous les groupes visqueux ont cédé, rien ne contrarie plus l'élasticité parfaite du réseau solide et le corps atteint enfin la forme de son état initial.

THÉORIE d'oRR.

ments de musique, sont si complexes, qu'au début, ils présentent des difficultés insurmontables. Mais chaque exécution rend la suivante plus facile et, au bout d'un temps suffisant, la chose devient si aisée qu'on la fait sans même y appliquer son attention. Toute action provoque de la part de l'organisme une réaction définie, et celle-ci, eu s'accomplissant, produit en lui des changements moléculaires qui en rendent plus facile la reproduction. Ces changements moléculaires ont même pour etï'et de lier de telle manière les réactions successives produites en réponse à une série d'excitations toujours les mêmes, qu'à la fin il suffit de produire l'excitation initiale pour obtenir la série complète des réactions habituelles'.

Ainsi i< toute réaction de l'org'anisme à un ensemble de conditions ambiantes rend la répétition de cette réaction plus rapide, plus facile, plus certaine et plus uniforme )>. C'est la Loi d'habitude de Jastrow (92). Nous avons vu qu'elle s'étend dans une certaine mesure aux corps inorganiques. On peut donc dire d'une manière g'énérale : Tout phénomène accompli laisse après lui quelque chose qui tend à produire sa répétition.

Toute série de phénomènes souvent produite dans un ordre constant tend d'elle-même à se reproduire sous l'excitation du stimulus initial, et celui-ci peut devenir de plus en plus faible. L'évolution des org'anismes n'est qu'une répétition d'une série de phénomènes qui se sont déjà produits un nombre immense de fois. Elle n'est donc qu'un cas particulier de cette loi générale. On peut donner le nom de mémoire au phénomène général et dire que Y Hérédité n'est que cette mémoire dans l'évolution des produits sexuels.

Lct Formation des espèces. — Plaçons-nous à l'origine des êtres org-anisés et supposons un premier être protoplasmisque très simple et n'ayant aucun leg's héréditaire. Il sera exposé à diverses excitations auxquelles il répondra par la réaction simple, directe, à la manière d'un composé inorganique. Parmi ces excitations, quelquesunes peuvent être tout à fait fortuites, mais les autres se répètent plusieurs fois et même un grand nombre de fois, avec une périodicité

1 C'est ainsi que la dévote peut dire tout un chapelet en pensant aux commérages de la journée. Le lien établi est sifort qu'il devient difficile de le détruire. Lorsque l'on connaît à fond un morceau de musi-

que, il faut une attention soutenue pour changerquelques notes au milieu et, pour peu que l'attention soit distraite, ce sont les notes anciennes qui viendront sur la langue ou sous les doigts.

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plus OU moins régulière, à des intervalles plus ou moins rapprochés'.

Et, d'après la loi, chaque fois la réaction devient plus facile et plus uniforme. Certaines de ces excitations se succèdent dans un ordre déterminé et provoquent des séries identiques de réactions. Ainsi, lorsqu'une particule alimentaire ahorde l'organisme en question, celui-ci est d'ahord impressionné par les effluves odorantes qui émanent d'elles, puis par son contact; « alors le processus d'absorption causé par contact, capillarité, etc., pousse le protoplasma à se répandre autour de la particule et à l'englober » Lorsque cette série se sera reproduite un grand nombre de fois, l'impression olfactive (encore purement chimique et non sensitive) suffira sans le contact, d'après la loi, à provoquer les mouvements nécessaires à l'englobement.

C'est là le point de départ des mouvements spontanés à la recherche de la nourriture.

La pénurie des sucs internes en substances nutritives ou en oxygène cause une sorte de sensation rudimcntaire de faim ou d'asphyxie, en tout cas elle rompt en s'accentuant l'état d'équilibre et de repos et se traduit forcément par quelques mouvements. Par la répétition, ces mouvements deviennent plus vifs, plus énerg-iques, et se manifestent par la formation de pseudopodes de plus en plus actifs ; à la fin, ils aboutissent à une sorte de tétanos vibratoire qui devient le mouvement ciliaire^.

A mesure que la masse protoplasmique s'accroît par nutrition, son volume, comme l'a montré Spencer, s'accroît comme le cube et sa surface comme le carré de ses dimensions. Il en résulte que l'absorption d'oxygène par la surface devient insuffisante et que les parties centrales tombent peu

* Les actions, de la lumière et de la moins évident que c'est la distinction de

chaleur liées à l'alternance des jours et des ces deux ordres de phénomènes qui cons-

nuits, sont absolument régulières; celle tituela vie, c'est-à-dire ce qu'il faut préci-

des mouvements communiqués par le sèment expliquer. Comment les actions,

milieu liquide, le contact et le choc des les mouvements de nature purement

particules flottantes sont moins réguliè- physique ou chimique se transforment-ils

res, mais se répètent plus souvent. en sensations et mouvements actifs, voilà

^ [Il y a une grave lacune dans cette la question.] explication. 11 faudrait démontrer que la ^ [L'auteur est ici en contradiction avec

sensation olfactive, la sensation tactile, sa loi. Le retour des excitations dues à la

l'englobement par le protoplasma, la di- faim ou à l'asphyxie rend, en effet, les

gestion, ne sont que des degrés plus avan- mouvements provoqués plus faciles, mais

césdes excitations chimiques et physiques aussi, d'après sa propre loi, plus unifor-

causés par le gaz odorant et par le con- mes, en sorte que ces mouvements ne

tact de la pénétration purement capillaire peuvent augmenter leur fréquence ou

et de la diffusion. Or cela est d'autant leur amplitude.]

THÉORIE d'oRR.

à peu dans un état d'asphyxie progressive. C'est là une cause d'excitation intense qui doit provoquer les mouvements, et nous pouvons admettre que « l'organisme s'étend au maximum dans des directions opposées (car plus il s'éloigne de la forme sphérique plus sa surface augmente relativement à son volume), jusqu'à ce qu'à la fin il se divise en deux masses 1 ».

Si l'on admet que la division a eu lieu quand le volume est devenu double, on aura alors deux individus identiques à l'individu primitif sur tous les points sauf un seul. C'est qu'ils auront déjà accompli une fois la série entière des phénomènes qui leur a donné naissance. La répétition leur en sera donc plus facile ; à chaque génération nouvelle cette facilité s'accroitra et, après un temps suffisant, l'animal aura un mode de vie déterminé et un cycle évolutif précis-.

Mais, en devenant capables d'actions plus énergiques, plus nombreuses, mieux liées entre elles à la suite d'excitations de plus en plus faibles et limitées, cet organisme protoplasmique est devenu plus complexe, plus différencié.

Étant autre, il doit répondre autrement aux excitations nouvelles; ces réactions nouvelles provoquent de nouvelles différenciations dans la structure, et ainsi de suite. Chaque progrès est l'origine d'un progrès nouveau et, même dans des conditions ambiantes invariables, l'organisme supposé s'élève d'un pas lent mais sûr vers des états d'organisation de plus en plus parfaits.

Ainsi, de notre particule protoplasmique presque inorganique, nous montons progressivement jusqu'aux Protozoaires les plus parfaits.

On le voit, c'est dans la sensation (consciente ou non) qu'est la source de ces progrès et, même en l'absence d'un système nerveux différencié, on peut dire que c'est par les actions nerveuses que se produit la différenciation progressive, parce que ces actions sont de même ordre que celles

V [Il n'y a aucune raison pour que les mouvements provoqués par l'asphyxie soient précisément ceux qui peuvent l'empêcher, pas plus qu'un enfant jeté à l'eau ne fait les mouvements nécessaires de natation. Si même on admet que les parties asphyxiées se meuvent vers l'oxygène, il doit en résulter une forme aplatie et le mouvement devra s'arrêter lorsqu'elles seront aussi près de l'oxygène qu'avant

THÉORIES DE l' HÉRÉDITÉ.

l'accroissement qui a déterminé cette asphyxie. Rien de tout cela n'explique la division telle que nous la montrent les Amibes.]

- [Si cela était vrai, on ne verrait pas des Protozoaires segmentés en une masse moruliforme dans laquelle les individus du centre n'ont pas plus d'oxygène et son aussi loin de la surface que si la segmentation n'avait pas eu lieu.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

qui s'accompliront plus tard par l'intermédiaire d'un système nerveux différencié.

Tout ce qui a été dit de notre particule protoplasmique , origine des Protozoaires, peut s'appliquer aux Métazoaires. Tout est semblable entre eux au fond, sauf le nombre des cellules, qui est un caractère secondaire. On peut concevoir un Protozoaire dont la couche externe se différencie et devient incapable de reproduire l'animal, tandis que l'intei^ne peut, à elle seule, reproduire le tout. On a un exemple de cela dans l'enkystement si fréquent chez eux. Le kyste est rejeté avant la division. Ce kyste n'est qu'un produit de sécrétion, mais on peut concevoir que les choses resteraient les mêmes si, à sa place, l'animal rejetait un ensemble de couches vivantes et différenciées. Dès lors, entre ce Protozoaire et le Métazoaire, il n'y a plus que cette différence toute secondaire que, chez ce denier, cet ensemble de couches externes est beaucoup plus important et divisé en un grand nombre de cellules. Le Soma tout entier correspond au kyste de l'Infusoire et l'ensemble des 'cellules germinatives au corps central de celui-ci.

Weismann déclare que le Soma ne saurait réagir sur le Plasma germinatif et lui transmettre les modifications acquises par lui. Mais cela est inadmissible. Car, si les preuves directes sont discutables, il y a des preuves indirectes formelles nous montrant l'influence à distance du Plasma germinatif sur le Soma (dans les caractères sexuels secondaires et les effets de la castration) et une réaction en sens inverse du Soma sur le Plasma germinatif n'est pas plus incompréhensible

Parallélisme de V Ontogénie et de la Phylogénie. — Revenons à notre Protozoaire primitif, et prenons-le au moment où il vient de se diviser pour la première fois. En quoi l'un des produits de la division diffèret-il de l'organisme primitif au début? Uniquement en ce qu'il a déjà parcouru une fois son cycle évolutif, c'est-à-dire la série des phénomènes qu'il aura à accomplir depuis sa naissance par division jusqu'à la division nouvelle : capture des parcelles nutritives, digestion, assimilation, respiration, mouvements divers pour rechercher la proie, fuir les condi-

* [Orr élude ici par une échappatoire la grosse difficulté du sujet. Ce que Weismann déclare incompréhensible, c'est le transfert de modifications réversibles.

En sens inverse, il n'y a que deux caractères influencés, ce sont les caractères Cf' et 9) et l'on conçoit que, si les deux

potentialités existent dans le Soma, la sécrétion de certains sucs par la tclande sexuelle puisse donner la prédominance à l'une ou à l'autre. Tandis que, du Soma aux cellules germinatives, ce sont des milliers de modifications imprévues, toujours différentes, qui devraient être transmises.]

THÉORIE d'oRR.

tions fâcheuses, etc., et finalement se diviser. Cette différence se manifestera par une facilité plus grande à accomplir la même série de phénomènes et elle a pour base physique une certaine augmentation de la complexité moléculaire du protoplasma. Pendant la seconde génération, chaque nouvelle répétition d'une opération déjà faite augmentera un peu \ expérience de l'animal et se traduira par une nouvelle augmentation de la complexité moléculaire. Il en résulte que la différence de complexité moléculaire du protoplasma, entre la première et la deuxième génération, est minima au début de celle-ci, augmente progressivement à mesure qu'elle avance en âge et atteint son maximum au moment où une nouvelle division va mettre fin à cette deuxième génération pour commencer la troisième. Il en sera de même à toutes les générations suivantes, si bien que, d'une manière générale, on peut dire que c'est, pour les Protozoaires au moment de la division, pour les Métazoaires au moment de la maturité sexuelle, que l'animal présente le maximum de différence avec les générations précédentes. Ce Moment est donc celui où les conditions ambiantes plus ou moins uniformes auront le plus de chances de produire quelque modification nouvelle*.

C'est pour cela que la variation doit se produire surtout à la fin des cycles évolutifs , au moment où l'être difï'ère au maximum de ce qu'il était aux générations précédentes, grâce aux effets d'une expérience qui a plus longtemps duré. De là résulte que toute acquisition nouvelle se place à la fin du cycle évolutif^ antérieur. De là résulte enfin, que les individus des générations suivantes parcourront tout le cycle en question avant de revêtir l'acquisition nouvelle-.

Il en sera de même pour toutes les acquisitions nouvelles. Chaque fois l'individu dans son ontogénie parcourra toutes les précédentes avant la

' Nous avons montré plus haut que, même au milieu de conditions ambiantes à peine variables, la complication de structure doit fatalement progresser car, à mesure que l'animal se modifle, il réagit de façon différente à des stimulus identiques. La modification est le produit de deux facteurs dont l'un est le stimulus et l'autre l'organisme. Or il suffit qu'un facteur varie pour que le produit soit modifié.

Mais la comparaison ne peut s'étendre jusqu'au bout. En mathématiques, si peu

qu'un facteur change, le produit change aussi. Dans la vie, au contraire, il faut que la variation de l'organisme dépasse un certain minimum pour qu'un stimulus identique produise un effet différent.

- [La différence invoquée ici doit être extrêmement minime et tout à fait incapable de produire le résultat observé.

On n'a jamais observé que chez les êtres vivant dans des conditions uniformes, les adultes soient plus variables que les jeunes.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

dernière. Or ces acquisitions successives constituent la phylogénèse. Son parallélisme avec l'ontogénèse se trouve ainsi expliqué ^

Anticipation de riiévédité. — Les divers phénomènes du cycle évolutif, sans cesse facilités par de nouvelles répétitions, deviennent de moins en moins exigeants pour l'intensité et la précision du stimulus capable de les provoquer. Aussi se reproduisent-ils d'une manière de plus en plus précoce. Cela explique ce recul incessant des stades ontogénétiques qui se tassent peu à peu vers le début de l'ontogénèse.

LaReproduction sexuelle. — I^a reproduction sexuelle dérive évidemment de la conjugaison. Celle-ci n'est que l'union de deux protoplasmas qui se sont recherchés et fusionnés, poussés par l'excitation de la faim. Ce doublement subit de volume établit d'emblée la condition que nous avons vue être la cause première de la segmentation. C'est là l'origine de ce fait que la fécondation est suivie de la division. — Les deux protoplasmas conjugués, bien qu'extrêmement semblables, ne sont pas identiques. Leur histoire individuelle n'est pas la même ; l'un d'eux peut avoir appris des choses que l'autre connaît peu ou point ; certaines réactions à des stimulus exceptionnels peuvent être faciles à l'un et manquer à l'autre ; en se combinant ils unissent leurs mémoires, leurs capacités de répondre ce qu'il faut aux divers stimulus et le produit de leur union, ayant les capacités réunies de ses deux parents, se trouvera plus apte qu'eux à faire bonne figure dans la bataille de la vie. Cela reste vrai pour la reproduction sexuelle proprement dite et aux degrés les plus élevés de l'échelle des êtres. La reproduction sexuelle n'est pas, comme le dit Weismann, une condition de variation, puisque, au contraire, elle tend à refondre dans le moule moyen tous les caractères exceptionnels; elle a sa raison d'être dans l'avantage qu'elle procure en donnant au produit des capacités individuelles plus nombreuses et plus variées dont il pourra utiliser et développer celles qui lui seront utiles dans les conditions particulières qu'il aura à traverser-.

Cela explique sans plus amples développements les effets bien connus du croisement des races et les inconvénients relatifs de la consanguinité.

* Il y a cependant parfois des acquisitions intercalaires qui rompent Tuniformité de ce parallélisme.

^ Supposons, pour nous faire mieux comprendre, que les états appris par les parents depuis de longues générations soient transmis à l'enfant sous la forme d'une aptitude plus grande à les appren-

dre de nouveau. Il est évident que la génération sexuelle lui donne à la fois les aptitudes de la lignée paternelle et celle delà lignée maternelle et lui permet de trouver, dans un si grand nombre, plus aisément une profession qui convienne mieux à ses aptitudes physiques et à ses goûts.

THÉORIK d'oUR.

Le sexe mâle est un état de différenciation plus avancé qui se produit lorsque les stimulus du développement sont plus énergiques. — La production du sexe femelle est donc le résultat d'une sorte d'atavisme.

L'instinct et l'intelligence. — Nous avons vu que la loi d'habitude rend plus facile la reproduction des phénomènes souvent répétés et que, lorsque ces phénomènes forment une série, le stimulus du premier terme suffit à développer la série, tout entière. Cela est vrai surtout pour les actes intellectuels. Toutes les fois qu'une série d'actes conscients provoqués à l'origine par des volitions successives se répète souvent, la volition de l'acte initial de la série devientsuffîsanteà elle seule, lesautres disparaissent et la série d'actes devient instinctive. Le premier stimulus peut d'ailleurs être une sensation inconsciente. V instinct est la réponse nécessaire de F organisme à des stimulus toujours identiques. V intelligence est la réponse variable à des stimulus variés. Entre l'intelligence et l'instinct, il y a toutes les transitions possibles et, si l'on y regarde de près, on voit que la plupart des actes intellectuels de la vie commune participent de l'instinct et de son invariabilité.

La mort. — Pour répondre à un stimul us, il faut que l'organisme soit sensible à la stimulation. A la suite d'un trop long usage, l'excitabilité s'émousse et finit par se perdre'. La mort n'est que l'effet de l'accoutumance à des stimulus toujours les mêmes. Les éléments et les organes finissent par ne plus répondre au stimulus nutritif-.

Critique.

L'idée fondamentale qui préside à la théorie d'ÛRR n'est pas absolument nouvelle. Les théories de His, de HvECkel, de Cope surtout nous ont acheminé peu à peu vers sa conception et il avoue lui-même que Jas- TROw (92) a formulé une loi analogue à la sienne. Mais elle prend entre

'[Cela est précisément la contradiction de toute la théorie. On ne voit pas comment, après avoir toujours eu pour effet de rendre l'organisme plus sensible à leurs excitations, les stimulus se trouveraient à un moment donné produire un effet exactement inverse. Uneseule chose peut expliquer cela, c'est une dégradation matérielle qui devient alors la cause réelle de la mort]

^ [Orr traite dans son livre plusieurs autres questions, moins générales de Biologie: la Variation, l'Adaptation, la Corrélation, le Dimorphisme, la Métamorphose, la Génération alternante. Mais comme il les résout sans se servir de la loi fondamentale qui sert de base au reste de la théorie, nous avons préféré les exposer séparément, chacune, à l'occasion de la théorie particulière correspondante.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

ses mains plus de précision et un caractère plus physiologique, plus scientifique. Il n'y a rien à objecter à la démonstration des modifications organiques produites dans les organes par Faccomplissement répété de leurs fonctions. Les exemples qu'il cite sont très significatifs et il est certain que sa loi contient une grande part de vérité'.

Il en tire un parti admirable et montre aisément comment, grâce à elle, les organes s'adaptent à leurs fonctions aussi bien psychologiques que physiologiques. S'il expliquait aussi bien comment ces adaptations franchissent l'intervalle qui sépare le Soina du Gormen, le problème de l'hérédité serait à peu près résolu.

Malheureusement, tout en admettant l'hérédité des caractères acquis, il ne donne aucune explication de son mécanisme, qui reste une des difficultés les plus graves de la Biologie.

C'est là la plus grave lacune de sa théorie. Tout ce qu'il démontre s'arrête au Soma et ne prendrait d'importance qu'en s'étendant au Germen. La solution qu'il propose du problème de la formation phylogénétique des organismés primitifs est intéressante par sa simplicité et peut contenir une part de vérité, mais elle est certainement incomplète. Le phénomène fondamental de toute évolution, la division cellulaire, ramené à un souvenir des tractions déterminées par des sécrétions asphyxiques chez l'ancêtre monérien! Cela est quelque peu difficile à accepter.

En somme , la théorie plaît moins par les solutions mêmes qu'elle propose que par la nature de ses explications. On sent que si elle ne conduit pas au but, du moins elle s'engage dans une bonne direction.

Aux systèmes Périgénistes et à celui de Haeckel en particulier, on peut rattacher la théorie de P. Mantia qui attribue la vie à des mouvements moléculaires dont le poids spécitique donnerait la mesure.

P. MANTIA (1894)

Les états de la matière, solide, liquide ou gazeuse dépendent de la quantité de mouvement de ses molécules et ce dernier dépend du poids que possède la molécule en raison de son état plus ou moins accentué de condensation. Dans la matière organique, en raison de la complica-

' Certes ce n'est pas lui qui a découvert tions. Mais il a, le premier, généralisé cette que les organes s'adaptaient à leurs fonc- remarque sous une forme excellente en

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