‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 34 sur 251 · LA CICATRISATION · texte numérisé non relu

LA CICATRISATION

vie continue cependant, cV abord ralentie, puis latente, jusqu'à ce qn'enlin s'opèrent dans le protoplasma des désorganisations irréparables, par dessiccaiion , coagulation, décomposition chimique , etc. ^ Tant que celles-ci ne se sont pas produites, la cellule peut reprendre vie, si on lui rend les conditions premières.

Grâce à cela des parties séparées peuvent être de nouveau rattachées à un organisme vivant et continuer à vivre, pourvu que leurs éléments cellulaires ne soient pas encore morts et que les conditions nouvelles ne soient pas trop différentes des anciennes. C'est ce qui constitue la Greffe.

Les cellules des organismes pluricellulaires ne sont pas simplement juxtaposées ; elles sont soudées entre elles parleurs membranes et souvent, toujours peut-être, par des communications protoplasniiques. La GrefTe n'est donc possible que s'il y a soudure entre l'individu vivant et la partie excisée avant que celle-ci ne soit vraiment morte.

Pour bien saisir en quoi consiste cette soudure il faut l'étudier dans un phénomène naturel plus général que la greffe, dans la Cicatrisation.

La Cicatrisation. — Lorsque dans un organisme vivant on fait une incision dans les tissus et qu'on maintient ses lèvres en contact, celles-ci se soudent. Les cellules entamées par la section se détruisent, souvent les cellules sous-jacentes sur certaine épaisseur meurent aussi et leur substance est absorbée peu à peu par les éléments restés vivants. Ceux-ci excités par le traumatisme et aussi dans certains cas par l'alimentation surabondante que leur fournit la substance des cellules détruites, se multiplient activement et ce sont ces cellules jeunes qui se soudent d'une lèvre de la plaie à l'autre et les réunissent. A l'exception de quel- (jues tissus très réfractaires, comme parfois le muscle, le cartilage, chaque tissu travaille pour son compte et fournit les éléments de sa soudure. Certaines cellules comme celles de l'épiderme, ont d'emblée leur caractère spécifique, d'autres, dans l'os par exemple, se transforment par une différenciation ultérieure en celles du tissu qu'elles doivent souder; d'autres enfin gardent un caractère différent, comme dans le muscle , le cartilage qui souvent, mais pas toujours, se ressoudent par l'intermédiaire

' Chez quelques animaux inférieurs la distinction entre la vie de l'individu et celle de ses éléments n'est pas aussi tranchée. On voit parfois des Actinies, non

seulement mortes, mais putréfiées dans une moitié de leur corps, réagir par des mouvements aux excitations de la partie saine.

LES FAITS

d'un tissu fibreux. La Cicatrisation peut se définir : la soudure entre des éléments jeunes fournis par une Régénération circonscrite K

La Greffe. — Dans la greffe, la soudure présente les mêmes caractères. I^a Greffe comporte donc, elle aussi, une Régénération circonscrite. Mais elle diffère de la Cicatrisation en deux points essentiels : 1° jusqu'à la reprise, la pièce greffée n'est pas nourrie; 2" les tissus mis en contact ne sont pas toujours de même nature, n'appartiennent pas toujours à des individus de même espèce -,

^ D'ordinaire le muscle se soude au muscle par du tissu fibreux. Cependant Helferich a obtenu la greffe d'un lambeau de muscle pour réparer une perte de substance musculaire chez un animal.

Dans les tissus animaux vasculaires, le rétablissement de la circulation ne se fait pas par abouchement des vaisseaux.

La circulation ne peut recommencer que lorsque ceux-ci fermés par un caillot ont cessé de donner du sang, et se fait par les capillaires. Ceux-ci bourgeonnent de nouvelles anses, qui arrivent au contact de celles du côté opposé et se mettent en communication avec elles.

Le mode de cicatrisation des nerfs est encore en discussion. Parfois on constate un rétablissement de la fonction nerveuse en si peu de temps que cela ne peut s'expliquer ([ue par la coaptation et la soudure des deux segments du nerf coupé. Mais ce rétablissement paraît n'être que temporaire. Je ne sais s'il y a des observations irrécusables où il se soit montré définitif. En tout cas, d'ordinaire il faut que les tubes nerveux issus du segment central se régénèrent en empruntant la voie du nerf coupé et arrivent jusqu'aux extrémités, ce qui demande des semaines ou des mois.

Les phénomènes qui se passent dans la cicatrisation après excision de masses plus ou moins étendues de tissu, différent sensiblement de ceux delà soudure d'une simple incision. Mais la connaissance de ces derniers suffit pour comprendre ce qui se passe dans la greffe.

Un fait met bien en évidence cette intervention de la Régénération dans la greffe. Pour aider à la fermeture d'un ulcère, T. Biîyant greffa quatre petits morceaux de peau de nègre sur la jambe d'un blanc. Ces morceaux grandirent, se réunirent et formèrent une large plaque de peau noire. Ces fragments de peau s'étaient donc accrus par multiplication de leurs propres éléments.

La greffe peut être considérée simultanément dans les deux règnes où elle est parfaitement similaire dans ses traits essentiels, sauf dans un cas que nous examinons à la fin de cet article, celui de la greffe de bourgeons végétaux à végétation indéfinie qui n'a pas son homologue dans le Règne animal.

On peut répartir les faits de greffe en quatre catégories :

1° La pièce excisée est remise à sa place primitive. Les exemples fourmillent de nez, de mentons, de morceaux de doigts remis en place et parfaitement soudés. Même Cadiat (84) cite d'après ses propres observations le cas d'un doigt qui rétablit des connexions vasculaires. Le doigt fut remis en place sous un pansement chaud et le lendemain on appliqua à son extrémité plusieurs sangsues qui successivement se gorgèrent de sang.

Ce sang ne provenait pas évidemment du doigt coupé. Des anastomoses capillaires s'étaient donc établies en moins de 24 heures. Si des organes trop gros comme un bras ou trop délicats comme un œil ne peuvent se greffer, c'est que

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