‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 35 sur 251 · LA GREFFE · texte numérisé non relu

LA GREFFE

De là découlent deux conditions cjue doit réunir la Greffe pour être possible. Il faut : 1° que la pièce à greffer soit vivante et puisse rester vivante jusqu'à la reprise' ; 2° que les tissus mis en présence soient d'es-

des connexions capillaires même fortement dilatées ne suffisent pas à nourrir les premiers et que les connexions vasculaires et nerveuses nécessaires au fonctionnement des seconds ont besoin de trop de précision pour pouvoir être suppléées par à peu près.

La grelfe de la pièce excisée à une place correspondante chez un autre individu de la même espèce ne dilfère de la précédente en rien d'essentiel, mais la coaptation des parties affrontées ne saurait être aussi parfaite. La transfusion du sang d'homme à homme appartient à cette catégorie. Dans la greffe jmr approche qui se fait aussi d'espèce à espèce et en changeant la place de la pièce greffée, celle-ci n'est détachée du sujet qui la fournit qu'après s'être soudée. On élimine ainsi les chances d'insuccès dues à l'insuffisance de vitalité de la partie excisée.

2° La pièce excisée est transplantée à un autre endroit chez le même individu ou chez un individu de même espèce.

C'est ici que prennent place, comme opérations chirurgicales, la greffe épidermique, la rhinoplastie, etc. Comme expériences scientifiques, on a réussi les transplantations les plus bizarres : un ergot de coq sur sa crête, une queue de rat sur le nez du même animal, du périoste, des fragments d'os avec (Ollier (60) ) ou sans(AD.\MKiEWicz (89)) périoste, oumême la queue ou un membre entier écorché (P. Bert (66) ) sous la peau d'individus de même espèce. Hunter aurait même réussi à greffer les testicules d'un coq dans l'abdomen d'une poule. Mais il faut se méfier de la réalité de ces greffes merveilleuses rapportées par des auteurs anciens. Ces greffes n'ont guère été tentées sur les végétaux oii l'on cherche surtout à fixer des fragments sur des individus d'une autre espèce. Elles réussissent

néanmoins. J'ai obtenu ainsi des soudures de pièces d'écorce.

Si les parties mises en présence ne sont pas suffisamment semblables la soudure ne peut avoir lieu. Une patte écorchée peut se greffer sous la peau parce que le tissu conjonctif vasculaire qui l'entouré se marie au tissu conjonctif souscutané, mais un nerf ne peut se souder à un os ni un muscle à de l'épiderme.

3° La pièce excisée est fixée au point correspondant sur un individu d'une autre espèce. A cette catégorie appartiennent la plupart des greffes opérées par les jardiniers. L'organe enlevé ou greffon est placé sur l'individu nourricier appelé sujet sinon au point anatomiquement correspondant, du moins dans une situation homologue au point de vue des tissus auxquels elle doit se soiider. Ici prennent place certains faits de transplantation animale opérés par des chirurgiens, lames osseuses empruntées à des animaux pour remplacer des portions d'os enlevées, surtout au crâne, cornée de chat greffée sur une cornée humaine pour fermer une perte de substance (Hippel), etc. Ici prend place aussi la transfusion du sang d'espèce à espèce.

4° La partie excisée est fixée sur un individu d'espèce différente à une place différente. P. Bert (66) a souvent réussi à faire vivre des queues ou des membres écorchés de Rats sous la peau de Surmulots ou d'autres individus du genre Mus.

Je rappelle ici le cas de Mantegazza (05) cité plus loin, d'un ergot de co(i greffé sur l'oreille d'un bœuf.

1 Chez les animaux, on a replacé des bouts de doigt ou de nez plusieurs heures après leur séparation. P. Bert (66) a greffé des queues de Rats morts de la veille et a montré que leur vitalité résistait à des actions physiques ou chimi-

LES FAITS

pèces liistologiquc et biologique non incompatibles. La première condition se comprend d'elle-même. La seconde consiste en ce fait que deux cellules ne se soudent que si elles sont suffisamment semblalïles. Ainsi on n'est jamais arrivé à greffer par exemple de l'épiderme sur du tissu musculaire ni une Légumineuse sur une Rosacée ' .

Quand les cellules ^sont compatibles, elles semblent s'attirer, elles s'aplatissent l'une contre l'autre par leurs faces en contact et se collent ensemble, sinon elles semblent se repousser et restent convexes, indépendantes à leur point de tangence. Il y a là un phénomène dont les causes nous échappent complètement bien que nous devinions qu'elles dépendent du chimiotactisme et résident dans les différences de constitution des diverses sortes de protoplasma. Une théorie complète du pvotoplasma devrait définir ces causes.

Une condition d'un tout autre genre paraît intervenir dans certains cas, celle de l'orientation des parties. Il semble que les cellules aient un sens et ne puissent se souder si on renverse leur orientation.

VôCHTiNG (89) a constaté que si on découpe dans une bettrave une pyramide à base rectangulaire, et qu'on replace le morceau dans la cavité qu'il a laissée, il se resoude parfaitement; mais si on le retourne en faisant tourner la pyramide de 180° autour de son axe, il se fomn^ des bourrelets cicatriciels et point de soudure, bien que la coaptatiou soit aussi parfaite si la pyramide est bien taillée. Mais il n'en est pas toujours ainsi. P. Bkrt (66) a soudé le bout de la queue écorché d'un rat sous la peau du dos de ce même animal, puis quand la greffe a été

ques assez énergiques. L'action du froid est avantageuse en ce ([u'elle retarde la décomposition. Au contraire, après la suture, la chaleur est nécessaire. Chez les végétaux c'est ordinairement la dessiccation qui exerce la première une influence fâcheuse sur la vitalité du greffon.

' Chez les végétaux, la greffe réussit à merveille entre les variétés d\ine même espèce, assez facilement entre les espèces d'un môme genre. De genre à genre, on obtient parfois des succès, parfois une soudure temporaire qui finit par se détacher, le plus souvent un échec absolu. On n"a pas d'exemple de greffe entre deux espèces appartenant à des familles différentes.

Chez les animaux, la latitude paraît

beaucoup plus grande puisqu'on a pu greffer des os ou des cornées de mammifères carnassiers ou rongeurs sur l'iiomme. et même un ergot de co(i à l'oreille d"un bœuf.

Érasme Darwin (10) rapporte que Blumenbach ayant coupé par le milieu du corps deux Hydres de couleur dillérente maintint la partie supérieure de l'une appliquée contre la partie inférieure de l'autre en les tenant enfilées sur un petit tube de verre et obtint leur soudure. t"e serait une exception à la règle (jue j'ai formulée, mais c'est ici le cas de répéter que ces expériences anciennes ne peuvent être acceptées sans vérification.

LA (ÎREFFE.

prise, il a coupé la queue à la racine; cet appendice a cependant continué à se nourrir. iMême les connexions nerveuses se sont rétablies : le rat manifestait de la douleur si on pinçait la hase de l'appendice devenue le bout.

Enfin il existe une dernière condition, de même nature que la précédente mais plus mystérieuse encore qui n'avait pas jusqu'ici attiré l'attention. Parfois des cellules de même espèce histologique , appartenant ;'(> un même animal et à des tissus qui d'ordinaire se soudent facilement, refusent absolument de se souder bien qu'elles soient parfaitement vivantes. Ainsi un Lombric, une Planaix^e, n'acceptent pas la greffe d'un morceau détaché, ni même d'ordinaire la simple cicatrisation d'une incision. De nombreuses expériences m'ont appris qu'// // a antagonisme entre la Greffe et la Régénération : les cellules de la plaie refusent de se souder parce qu'elles peuvent faire autre chose de mieux : régénérer ce qui manque; par contre, la greffe est particulièrement aisée là où l'aptitude à la régénération fait défaut. Les végétaux en sont un exemple. Voilà encore un fait que la théorie du protoplasma devrait expliquer.

Examinons maintenant quels sont les effets ultérieurs de la Grefi'e.

Lorsque la pièce greffée est à sa place normale sur un individu d'espèce semblable ou très voisine, elle arrive à faire partie intégrante de l'organisme et se comporte en tout comme si elle lui avait toujours appartenu; si elle est trop disparate par sa nature histologique, sa situation aberrante ou par l'espèce trop différente de l'être qui l'a fouiMiie, elle refuse absolument de se greffer. Mais entre ces extrêmes, il y a une série de cas intermédiaires fort curieux. La pièce se soude, semble s'incorporer à l'organisme; mais au bout d'un temps plus ou moins long, elle est résorbée, ou éliminée en masse, ou lentement remplacée par une substitution progressive des parties voisines qui s'accroissent à ses dépens. Ainsi des lames osseuses greffées entre des muscles ont établi des connexions vasculaires, ont grandi puis se sont résorbées; des greffes de poirier sur pommier prennent, s'accroissent un peu, puis se détachent au bout de deux ou trois ans; des lames osseuses d'animaux greffées au crâne de l'homme pour fermer des solutions de continuité paraissent dans certains cas avoir été peu à peu remplacées par de l'os humain.

Si la pièce greffée s'incorpore définitivement dans une condition très aberrante, elle peut éprouver par l'effet de ces conditions des modifî-

LES FAITS

cations importantes. C'est le cas pour un ergot de coq grefie à l'oreille d'un bœuf et qui, d'après Mantegazza (65) atteignit une longueur de 2i centimètres et un poids de 396 grammes. xAIais c'est surtout chez les végétaux que ces faits prennent de l'importance. Chez eux, en effet, les pièces greffées ne sont pas seulement de petits organes à croissance bornée, c'est un bourgeon à accroissement illimité , qui se développe en un individu presque complet. Le Sujet ne lui fournit qu'un support et des racines. Mais par ces racines il puise pour lui la nourriture dans le sol et la question est de savoir si cela exerce à la longue une influence sur les caractères du Greffon. La question a été beaucoup discutée et semble aboutir à la conclusion suivante : dans la très grande majorité des cas l'action du Sujet sur le Greffon est nulle ou invisible; mais parfois elle se montre très manifeste, au point qu'elle équivaut à un véritable métissage. Nous parlerons de ces Métis de greffe, à propos des croisements. Constatons seulement ici que cette action incontestable quoique exceptionnelle intéresse une des questions les plus importantes de la Biologie générale, l'action modificatrice des; conditions extérieures et en particulier de la nutrition. Il y aurait à expliquer comment la constitution intime du protopolasma peut être modifiée par la nature des aliments qui lui sont fournis au point que cela retentisse sur les caractères des cellules qui en sont formées.

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