‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 51 sur 251 · LA GRANDE LOI BIOGÉNÉTIQUE · texte numérisé non relu

LA GRANDE LOI BIOGÉNÉTIQUE

Un fait très général et bien digne de nous étonner c'est que presque jamais l'ontogénèse ne suit une marche simple et directe, presque jamais les cellules ne prennent tout de suite les dispositions qui rapprocheraient le plus l'embryon de sa forme définitive. L'ontogénèse se rapproche peu à peu du but, mais comme en louvoyant contre un vent contraire, et ses longues bordées l'en éloignent parfois d'une manière étonnante. Elle dessine des masses de rudiments inutiles, fait pousser des membres qui ne serviront pas, perce des fentes branchiales chez un animal pulmoné, pour les fermer ensuite, etc., etc., etc.-.

Pendant longtemps on n'a pas compris la nature de ces détours de l'évolution. Puis on a remarqué une singulière ressemblance entre ces

' Chez les plantes on n'observe pas ces duplicatures, invaginations, refoulements qui jouent un si grand rôle dans l'ontogénèse animale, ou du moins elles ne se produisent que dans des points très restreints. Le processus général se réduit à une multiplication des éléments actifs qui donne naissance à des massifs cellulaires dans lesquels se différencient in situ les diverses parties du végétal. Ces massifs s'accroissent d'un côté par prolifération de leurs cellules, tandis que de l'autre ils sont envahis par la différenciation. La production de saillies pleines, comparables à celles qui forment les bourgeons des membres des animaux est, au contraire, très fréquente. La principale cause de cette différence réside peutêtre en ce que la plante exerçant toutes ses fonctions par des organes saillants qui se portent au dehors vers la lumière, l'air ou le sol, n'apas, comme l'animal, de grandes cavités intérieures, où s'accomplis-

sent des fonctions importantes et variées.

- Les exemples de ces faits fourmillent dans le règne animal. Les Vertébrés supérieurs ont successivement trois appareils urinaires et les Mollusques en ont deux dont le dernier seul persiste; le Cheval, la Baleine ont des doigts distincts et séparés et cette dernière a, en outre, des dents; le Serpent a deux paires de membres; rinsecte en a une quatrième paire. Ce sont là des exemples de formations entièrement inutiles. Celles ([ui servent à une vie larvaire différente de celle de l'adulte sont innombrables. Citons, au hasard, les organes locomoteurs et sécréteurs chez tant de parasites qui en sont dépourvus à l'âge adulte, les organes spéciaux des Nauplius, Phiteus, larves d'insectes, etc., etc. Ici l'utilité de ces formations se conçoit d'elle-même, mais la cause de leur production reste aussi difficile à expliquer (juc celle des organes inutiles.

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