LE SEXE
longtemps reconnaissahles comme telles, avant que l'on puisse dire si elles seront mâles ou femelles. Mais, chez un grand nombre, cette indétermination n'est qu'apparente et il semble que la détermination du sexe soit très précoce et peut-être contemporaine de la conception, car le nombre relatif des individus des deux sexes reste fixe pour Tespèce, quelles que soient les conditions auxquelles on soumette l'embryon en voie de développement. Dans ces cas il est évident que l'œuf est prédestiné soit avant soit à la suite de la fécondation à donner naissance à un mâle ou à une femelle
Dans d'autres cas, au contraire, la proportion des sexes varie selon les conditions auxquelles l'oeuf est soumis, et alors il est bien certain que l'œuf n'a pas un sexe prédéterminé.
Au premier rang de ces conditions est la fécondation, le sexe variant selon que l'œuf est ou non fécondé dans les cas où il peut se développer parthénogénétiquement. On sait que l'œuf non fécondé donne le plus souvent des femelles chez les Pucerons, les Daphnies, les Artémies et les formes affines. Il pourrait sembler naturel que l'être qui n'a pas de père ne puisse avoir que le sexe du seul parent qui l'ait engendré. Mais la chose est moins simple que cela car ces mêmes femelles parthénogénétiques donnent des mâles à un moment donné. Chez les Abeilles, l'œuf non fécondé produit toujours un mâle qui a ainsi le sexe du parent qui n'a pas contribué à l'engendrer.
Une autre cause importante est l'abondance de la nourriture. Von SiEBOLD (56) a montré que la Guêpe Nematus venù'icosus dont les œufs, fécondés ou non, peuvent produire des femelles ou des mâles, engendre plus de femelles quand la nourriture est abondante. Treat (73) a observé un fait analogue chez les Papillons dont les chenilles se développent en Papillons mâles ou femelles selon qu'elles ont été soumises au jeûne ou largement alimentées. Les femelles parthénogénétiques des Pucerons engendrent des mâles quand l'hiver approche et on peut retarder presque indéfiniment la formation des mâles en tenant les animaux en serre et les alimentant avec soin. Bor\ (80) et Yuxg (82) en donnant aux Têtards une nourriture artificielle généralement plus abon-
' L'existence d'œufs prédestinés avant petits, formeront des mâles, les autres,
la fécondation à donner des màles ou plus gros, des femelles. Chez beaucoup de
des femelles est bien certaine. Chez le Rotateurs, il y a deux sortes de femelles
Phylloxéra la génération ailée pond deux les unes pondeuses d'œufs femelles , les
sortes d'œufs très distincts dont les uns, autres pondeuses d'œufs màles.
dante et plus riche que celle qu'ils trouvent dans leurs mares obtiennent de 78 à 95 ^ de femelles, tandis que la proportion normale varie de 5i à 61 %. Maupas (91) est arrivé à faire produire à de petits Rotateurs, les Hijdatina, à volonté soit des mâles soit des femelles, en élevant ou abaissant la température.
Enfin, en ce qui concerne les plantes, Hoffmann (85) a pu conclure de ses remarquables expériences de semis que les mâles sont des êtres réduits, incomplètement développés, qui prennent naissance quand les conditions sont défavorables
Quel que soit l'intérêt de ces observations et expériences, elles ne touchent pas au fond de la question, car elles ne disent pas comment la nourriture, la température, la fécondation interviennent pour former soit un sexe, soit l'autre. Nous verrons que les suppositions ne manquent pas pour suppléer tant bien que mal les faits absents.
3) Caractères sexuels secondaires . — Le sexe consiste essentiellement dans la nature de la cellule germinale qui est un spermatozoïde ou un œuf. Mais il est lîien rare que ce caractère soit seul. Le plus souvent il s'accompagne de difierences non seulement dans les glandes productives, et dans les appareils annexes destinés à la copulation ou à l'entretien de l'embryon ou du nouveau né, mais aussi dans divers organes qui n'ont que des relations éloignées ou nulles avec les nécessités de la reproduction^. Ainsi les ergots, les cornes des mâles, leur servent dans
' Hoffmann cultive en semis tantôt lâche, tantôt serré des plantes dioïques et compte les mâles et les femelles obtenus. La nutrition a été large dans le premier cas, restreinte dans le second. Pour de rares plantes, telles que la Cannabis saliva, cette condition est sans influence et Hoffmann en conclut que le sexe est sans doute déterminé dans la graine.
Mais d'ordinaire [Lychnis, Mercvrialis, Rumex, Spinacia), il nait beaucoup plus de mâles en semis serré ; et il ne s'agit pas là d'une faible différence, mais d'une variation du simple au double ou au triple dans la proportion (283/76<' de plus en moyenne).
2 Les Éponges sont peut-être les seuls animaux chez lesquels les sexes ne se
distinguent par rien autre chose que la nature de l'élément sexuel. Chez les Echinodermes, les Acéphales dioïques, les Annélides, etc., mâles et femelles sont aussi presque identiques , mais il y a déjà des glandes d'aspect différent. Chez presque tous, les différences s'étendent au moins; aux conduits vecteurs et aux organes de copulation : tels sont la plupart des Crustacés, des Gastéropodes, Céphalopodes, et beaucoup de Vers (Cestodes, Planaires,. Trématodes, Nematodes, Ténia, etc.).
Très généralement, elles s'étendent à des organes annexes, destinés à la rétention des femelles chez les mâles, à la ponte chez les femelles (armures génitales des Insectes, pinces, tarières, oviscaptes), ou appropriés à d'autres usages (aiguillons