CARACTÈRES INNÉS
D'une manière générale, les caractères innés sont transmissibles. Il est facile de le prouver par des exemples pour chaque sorte en particulier.
a) Caractères anatomiqiics.
C'est un fait d'observation banale que les particularités anatomiques des parents peuvent passer aux descendanls. La taille, la couleur du poil et des yeux, les traits d'où résulte la physionomie, même des particularités minimes et très localisées comme des mèches de cheveux blancs, des nœvus, etc.. etc., se montrent très souvent héréditaires. Il est à peine utile de citer des exemples de faits aussi connus. Les caractères anatomiques sont ti^ansmissibles '.
I») Caractères pltysiolog^iqnes.
Tout le monde sait aussi que les particularités phi/siologiques sont fréquemment héréditaires. La tendance à l'obésité est un vice de certai-
caractères innés à la place de celle de caractères congénitaux habituellement employée : congénital ne saurait, en effet, s'opposer à acquis. Nombre de caractères congénitaux sont acquis. En voici un exemple entre beaucoup d'autres. Lorsqu'un enfant naît avec la petite tare connue sous le nom de pied plat, cela tient, souvent sinon toujours, à ce que les eaux de l'amnios étant peu abondantes, ses pieds pendant leur formation ont appuyé sur le fond de la matrice.
On distingue souvent ces caractères innés et acquis sous les noms de blastogènes et somatogènes. Ces désignations expriment admirablement leur différence, mais elles ont le tort de préjuger de leur origine. Elles indiquent que les premiers résident dans le Plasma germinolif, les seconds dans le Plasma somalique.
' Certains caractères cependant ne sont presque point héréditaires. Ainsi le Frêne
pleureur ne donne le plus souvent par graine que des Frênes à rameaux dressés. La raison de ce fait est d'autant plus obscure que, dans d'autres arbres, comme le Chêne, la même particularité est parfaitement transmise.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur les exemples d'hérédité. Il nous suffira d'en citer quelques-uns des plus caractéristiques. Qui voudra de longues listes de faits les trouvera dans les ouvrages de Lucas (47 et 50), Coth (85), DÉ- JERiNE (86), RiBOT (93), Sanson (93), etc. Pour ce qui est des caractères anatomiques, faut-il citer encore le nez des Bourbon et la lèvre des Habsbourg? Chacun sait que ce ne sont pas là des faits exceptionnels et qu'il n'est pas de trait de ressemblance qui ne puisse exister entre l'enfant et ses parents.
D'après Galton (89), la taille serait liérêditaire de la manière suivante : la taille
TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES. 189
nés familles. La longévité, le timbre de la voix, les tics les plus singuliers, la gaucherie, etc., etc., se retrouvent souvent chez les enfants '.
c) Caractères psyclioloslques.
L'hérédité des goûts, habitudes, tendances, formes du caractère, n'est pas moins certaine. La vertu, le vice, la bonté, la méchanceté, la colère, la luxure, l'orgueil, la dissimulation, la franchise, l'avarice, l'ambition, le goût des choses sérieuses ou frivoles, l'intelligence, le talent, les aptitudes artistiques, etc., etc., sont l'apanage de certaines familles. Le fait Ijrutal n'est contesté par personne. Mais la question n'en est pas moins très délicate, car il est souvent difficile de faire les parts de l'éducation et de l'imitation dans le résultat. Il est certain que tous ces caractères peuvent avoir été communiqués dans le jeune âge par les conseils ou par l'exemple. La même objection s'adresse à certains caractères qui sont sur les
du produit est la moyenne arithmétique entre celle du père, celle de la mère et la taille moyenne de la race. Mais dans ces calculs, il faut substituer à la taille des femelles, généralement plus petites, ce qu'il appelle la taille corrigée , c'est-àdire celle d'un màle de même développement. Chez l'homme cette correction consiste à ajouter à celle de la femme autant de pouces qu'elle a de pieds. C'est une majoration de 1/12.
* ^sx gaucherie il faut entendre ici la particularité d'être gaucher. L'imitation ne peut être toujours invoquée pour expliquer la transmission comme le prouve le cas cité à la fin de la note de la page 195.
On se rappelle avoir lu dans Darwin (80) le cas de cette personne qui tenait de son père l'habitude de lever le bras pendant son sommeil et de le laisser retomber pesamment sur son nez au point de le meurtrir.
Lucas (47-50) cite des familles où la calvitie précoce est héréditaire. J'ai remarqué moi-même que beaucoup de iîlles commencent à être réglées au même âge que leur mère. L'époque précoce ou tardive de la ménopause est aussi héréditaire. La gemmiparité l'est égale-
ment. Martin (80) cite le cas observé par OsiANDER d'une femme qui fit onze couches trigémellaires et qui elle-même était née d'un accouchement trigémellaire et avait 38 frères ou sœurs.
L'hérédité de ces caractères n'est pas exclusive à la femme, car le D'' Martin cite aussi le cas d'un de ses amis qui était jumeau avec son frère, dont la mère avait fait en outre deux jumelles, et qui luimême engendra deux jumeaux.
Les exemples d'hérédité de la longévité sont innombrables et il ne faut pas considérer la longévité comme une conséquence nécessaire de la force de la constitution. Pour un centenaire ayant conservé une certaine verdeur, on en comptera dix qui, à 80 ans, n'étaient pas plus robustes que ceux morts de vieillesse à cet âge.
La brièveté de la vie paraît héréditaire comme la longévité. On cite d'ordinaire à ce propos le cas de Turgot qui, sachant que dans sa famille on ne dépassait guère la cinquantaine, commença à 50 ans à mettre ordre à ses affaires, assurant que sa fin était proche , malgré une grande vigueur de tempérament et toutes les apparences d'une robuste santé. 11 mourut, en effet, à 53 ans.
LES FAITS
confins de la physiolog'ie et de La psychologie, tels que les tics, le genre d'écriture, etc. On tique et l'on dirige sa plume autant par son cerveau que par sa moelle ou ses muscles.
Aussi les exemples dans lesquels l'enfant qui manifeste une ressemblance héréditaire de ce genre, a été élevé loin de ses parents sont-ils particulièrement instructifs. Malheureusement ils sont très rares. Darwix (74) en cite un irréprochable. Une petite fille née de parents anglais ressemblait étonnamment à un g'rand-père français qu'elle n'avait jamais vu. Dès l'âge de 1(! mois, elle prit l'habitude de hausser les épaules, geste familier aux Français, mais très rare chez les Anglais, qui le considèrent comme un acte de mauvaise éducation. Sa mère et sa nourrice n'avaient sans doute jamais haussé les épaules et son père ne le faisait que très rarement. Elle avait, en outre, un tic commun avec son grand-père, tic si particulier qu'elle n'avait certainement jamais vu faire la série de gestes qui le constituaient : ce tic consistait à tourner la main en dehors et à frotter rapidement le pouce contre l'index et le médius ; elle faisait ce geste, comme son grand-père, quand elle désirait impatiemment quelque chose K D'ailleurs les traits psychologiques pourraient-ils ne pas être hérédit ailles quand les caractères anatomiques et physiologiques le sont? Sont-ils autre chose que la manifestation de certaines combinaisons de structure, surtout des centres nerveux, de vascularité cérébrale, de composition du sang, de fonctionnement des viscères, etc.?
"Comment l'irritabilité, la mélancolie, l'ambition folle ne seraient-elles pas héréditaires quand les maladies du foie, de l'estomac et de l'encéphale dont elles soiit souvent des symptômes cliniques le sont indubitablement?
' Darwin fait remarquer avec raison que son liabitude de liausser les épaules ne pouvait provenir de l'imitation de ce geste qu'elle avait pu voir quelquefois chez son père, car cette habitude disparut chez elle à 18 mois, âge où l'on ne reçoit et ne comprend guère des leçons de tenue. Mais ce geste n'était-il pas plutôt la manifestation d'un nervorvisme pathologique.
Un geste n'est guère, à cet âge, un caractère psychologique.
EiMER (88) se cite lui-même comme un exemple de l'hérédité de l'écriture.
Il avait la mémo écriture que son père, bien qu'ayant quitté la maison paternelle
trop tôt pour que cela soit dùà l'imitation.
Balzac, dans son roman La peau de chagrin, explique de la manière suivante la comparaison familière méchant comme un âne rouge. Les Perses font féconder parfois leurs ânesses par des onagres sauvages et ils teignent en rouge les produits pour avertir qu'il faut se méfier d'eux, car ils tiennent de leur père une humeur intraitable et aggressive. Je ne sais quelle est la valeur scientifique de cette anecdote, mais elle m'a paru intéressante à rapporter, quoiqu'elle ne se rapporte guère au cas présent, puisqu'elle constitue un caractère de race.
TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES
Quoi qu'il en soit de ces tliéories, le fait est indiscutable : Les caractères psychologiques sont héréditaires^ .
' On cite d'ordinaire comme exemples d'iiérédité psychologique les instincts des animaux et les qualités morales (ou les vices) qui se transmettent régulièrement dans certaines familles. La vertu des Lamoignon, l'intelligence et la fougue des Mirabeau et la criminalité endémique dans certaines familles, que divers auteurs se sont plu à relever dans les annales judiciaires. Il est évident nue l'exemple et l'éducation jouent là un rôle important qui laisse très obscure l'influence héréditaire. Même chose a lieu pour certains instincts. Wallace assure que les jeunes oiseaux s'accouplent avec des vieux qui leur enseignent la manière de faire le nid ainsi que les autres devoirs de la vie conjugale. J'ai pu constater dans mon pigeonnier que les jeunes Pigeons s'accouplent beaucoup plus vite lorsqu'ils ont sous les yeux l'exemple des vieux que lorsqu'ils .sont livrés à eux-mêmes. Même chose arriverait chez les Mammifères oii les vieux mâles forts prendraient par goût les jeunes femelles et laisseraient les vieilles aux jeunes mâles, en sorte que dans chaque couple, l'un des deux conjoints aurait l'expérience convenable. Cela n'empêche pas que deux jeunes, privés de tout exemple, n'arrivent cependant à s'accoupler et à donner à leurs petits les soins convenables. Chacun a pu le constater. Pour d'autres instincts il n'en est pas de même, mais ceux-là sont de purs réflexes, comme l'acte de téter, et sont légués avec les structures organiques qui les commandent.
C'est une notion vulgaire que les maladies du foie engendrent la tristesse, ([ue les gens constipés sont souvent irritables. Pour les lecteurs qui ne sont pas médecins, j'ajouterai que cette forme d'orgueil et d'ambition appelée délire des grandeurs précède la paralysie géné-
rale et est engendrée par la périencéphalite diffuse. Par ces temps de neurasthénie, on commence à savoir môme dans le grand public, que les accès alternatifs de confiance dans l'avenir et de profond découragement sont un symptôme de cette maladie et souvent de la dilatation stomacale qui l'engendre. L'ambition des ambitieux bien portants, l'irritabilité des gens, dont les digestions sont irréprochables, la tendance à voir tout en mal ou tout en bien, pour ne pas être accompagnées de symptômes cliniques, n'en .sont pas moins le résultat de la constitution physico-chimique de nos organes et de nos tissus.
Cependant Weismann (OOj) a été amené, par des raisons théoriques, à nier l'hérédité du talent artistique. Il ne songerait pas à le faire si ce caractère psychologique pouvait résider dans son plasma germinatif. Mais il n'y peut- résider selon lui parce qu'il n'aurait pu y être introduit ou du moins porté à un haut degré que par la Sélection. Or la Sélection ne s'exerce pas sur des qualités intellectuelles de cet ordre parce qu'un homme ne meurt pas de faim faute d'être un grand peintre ou un grand musicien. Il admet dès lors que ce qui s'hérite dans les familles d'artistes ce sont seulement les qualités générales de l'âme, l'imagination et la sensibilité, sans lesquelles on ne serait être artiste, et que tout le reste est acquis, chaque fois à nouveau et au complet. Il n'y a rien de plus à la naissance dans le cerveau de l'enfant qui deviendra Berlioz que dans celui du nègre qui créera quelque air nouveau sur son barbare instrument. Mais toute l'argumentation de l'auteur démontre tout au plus que le talent musical peut ne pas être héréditaire, ce qui n'est pas suffisant pour autoriser à faire une exception pour ce genre de caractères. Nous aurons à revenir sur cette discussion (V. p. 214, note).
LES FAITS
d) Caractères pathologiques.
Les caractères pathologiques sont héréditaires. Ce n'est pas à dire que toutes les maladies se transmettent : une gastrite, une néphrite, survenant accidentellement, ne passent pas aux descendants ; mais c'est encore ici un fait banal que les diathèses se transmettent dans les familles : l'arthritisme, l'hémopliilie, la syphilis, la tuberculose, la scrofule, et aussi les affections nerveuses de tout ordre, depuis le nervosisme léger jusqu'à la démence, la manie aiguë, l'impulsion au suicide ou au crime Mais une analyse attentive des formes et des modes de cette transmission, éclairée à la lumière de la microbiologie, montre que les maladies ne se transmettent pas comme des entités indépendantes. Deux choses seulement se transmettent : les dispositions anatomiques déterminant à elles seules la maladie ou favorisant son développement; et les microbes des maladies infectieuses. La plupart des transmissions de diathèses ont été réduites positivement à ces deux éléments et on peut affirmer d'avance que toutes le seront. Comme termes extrêmes, nous citerons d'un côté les maladies mentales, de l'autre la syphilis, les premières purement anatomiques ou physiologiques, la seconde purement microbique, et entre les deux, la tuberculose qui tient de celle-ci et de celles-là. Dans les maladies mentales, ce qui se transmet c'est une disposition ou une constitution des éléments nerveux, ou une excitabilité spéciale qui dépend elle-même de l'un des deux éléments précédents. Les conditions ambiantes ont une influence secondaire à titre de causes occasionnelles. La syphilis, au contraire, est une maladie certainement infectieuse et presque certainement microbique. Son microbe n'a pas été vu, sans doute parce qu'il est trop petit, et c'est cette petitesse qui lui permet de trouver asile dans l'ovule et même dans le spermatozoïde. On a des observations absolument positives de syphilis héréditaire venant du père sans contagion de la mère. La maladie est transmise effectivement et directement plus encore que dans le cas précédent, car les conditions ambiantes n'ont aucune action sur le résultat. D'une manière
' L'iiérédité des maladies nerveuses a voyer aux ouvrages de ces auteurs et à
été mise hors de doute parles grands ceuxdeLucAs(47,50),DÉJERiNE(86), Ribot
médecins du milieu de ce siècle, surtout (93), Sanson (93) oîi l'on trouvera une sé-
MoREL (57) et MoREAU de Tours (59). rie interminable d'exemples parfaitement
Ici encore nous nous bornerons à ren- démonstratifs.
TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES TÉRATOLOGIQLES. 193
analogue, s'explique la transmission par la mère au fœtus, de Timmunité vaccinale. On en a quelques exemples très probants. Pour la tuberculose, le cas est clifTérent. Son microbe ne pourrait trouver place clans une téte de spermatozoïde, aussi sa transmission, au moins par le père, n'est-elle démontrée par aucun fait positif et il est presque certain qu'elle n'a pas lieu. Mais ce qui se transmet , c'est l'étroitesse d'épaules, la faiblesse constitutionnelle, la qualité chimique des plasmas et humeurs qui les rendent moins résistants aux attaques du microbe, en sorte que le fds de tuberculeux a toutes chances d'être victime des causes de contagion qu'il est presque impossible d'éviter. Ces chances sont en outre doublées pour lui lorsqu'il est élevé dans sa famille.
Toutes les maladies jadis appelées diathésiques ou générales, entrent dans l'une ou l'autre de ces catégories; l'asthme, la maladie calculeuse du foie ou des voies urinaires appartiennent sans doute à la première et Y hémophilie, sûrement' ; le rhumatisme appartient peut-être à la seconde; et très grand est le nombre de celles qui appartiennent à la troisième, car on sait que, dès la naissance, la réceptivité pour les maladies infectieuses varie beaucoup suivant les familles ^
On voit tout de suite qu'il y a une différence capitale entre ces deux sortes de transmissibilité. Pour les maladies du premier type, c'est-àdire les maladies vraiment constitutionnelles , c'est la substance héréditaire elle-même qui est vicieuse ; pour celles du second , c'est-à-dire les maladies infectieuses , le vice n'est pas dans la substance elle-même, mais à côté d'elle, et les produits sexuels servent seulement de véhicule à un parasite capable d'engendrer plus tard une maladie générale.
e) Caractères tératologlques.
Comme tous les précédents , les caractf'res tératologiques sont Jiét-éditaires. Les annales de la médecine fourmillent d'exemples de polydactylie (doigts surnuméraires), de syndactylie (doigts soudés généralement
' L'hémophilie ou tendance aux hémorragies incoercibles est une affection, chose singulière, spéciale au sexe masculin. On l'aurait cependant observée quelquelquefois chez la femme. Elle est due soit à un vice de structure des parois vasculaires, soit à un vice de constitution
THÉORIES DE l'hÉU1;DITÉ.
du sang et sans doute à l'un et à l'autre.
2 Nous pourrions parler ici de la scrofule, mais elle tend à disparaître du cadre nosologique, scindée en deux parts dont l'une va grossir le nombre des affections syphilitiques et l'autre celui des maladies tuberculeuses.
LES FAITS
en deux masses de manière à simuler une pince de ho^nm^d), d'ectromélie (portions de menihre absentes), etc., etc. La condition pour qu'ils soient sûrement transmissibles , c'est cju'ils appartiennent vraiment à cette catégorie , c'est-à-dire qu'il s'agisse de monstruosités (ou plutôt àliémitéries) vraiment innées et non simplement congénitales, comme il peut s'en trouver, soit par traumatisme intra-utérin, soit par arrêt de développement causé par une condition antérieure '.
D'ailleurs, si l'on veut bien y réflécliir, on verra que toute cette démonstration était à peu près inutile. Les caractères innés sont, par définition, ceux qui existaient en puissance dans l'omle fécondé qui a produit le parent; ils ont donc été transmis au parent par ses parents à lui. S'ils ont été transmis c'est qu'ils étaient transmissibles, et s'ils ont été transmissibles une première fois pourquoi ne le seraient-ils pas une seconde?
Les caractères tératologiques, et tous ceux dus à la variation brusque, proche parente de la tératologie, sont héréditaires en totalité ou pas du tout. On ne voit guère le fils présenter une fraction seulement de la particularité du père. Ces variations se transmettent irrégulièrement pendant quelcjues générations, puis disparaissent brusquement.
' Voici un des cas les plus remarquables de cette catégorie. Martin (80) le cite comme relaté dans les Archives (jénérales lie médecine. 11 se serait passé à la fin du siècle dernier. Les habitants du village d'Eycaux s'unissaient toujours entre eux depuis un temps très reculé, et ils présentaient presque tous, hommes et femmes, un 6" doigt aux pieds et aux mains. Mais peu à peu les alliances s'étendirent aux villages voisins et la difformité finit par disparaître. — Ceux qui croient aux effets pernicieux de la consanguinité pourraient chercher là un exemple à l'appui de leur opinion. Mais il est plus probable qu'il n'y a là qu'un fait de persistance d'hémitérie dans un milieu non renouvelé par le croisement.
Les hémitéries ne sont cependant pas toujours héréditaires sous leur forme exacte. Féré (94) cite de nombreux exemples de particularités tératologiques chez les fils de personnes atteintes d'hémiteries toute différentes, comme si c'était simplement la tendance à la malforma-
tion qui fût héréditaire. Cette observation plaide contre l'idée de la représentation des caractères par des particules spéciales dans le plasma germinatif.
^ Ainsi le pied plat congémiaX est, comme nous l'avons expliqué (p. 187, note 3, à la fin), une déformation acquise et, à ce titre, généralement non transmissible comme on le verra plus loin. Mais il pourrait être héréditaire d'une manière détournée, par l'intermédiaire de la tendance à produire un amnios trop étroit.
Par une exception bizarre et fort rare, la surdi-mutité qui est un vice de conformation, et se rapproche à ce titre des hémitéries autant que des maladies, n'est presque point héréditaire. A l'institut des sourds-muets de Londres, sur 148 enfants, pas un n'avait eu de parents sourdsmuets. En Irlande, sur 203 parents sourds-muets, un seul eut un enfant sourdmuet et sur quarante-sept couples où les deux époux étaient sourds-muets à la fois, deux seulement eurent un enfant atteint de la même infirmité.
TRAXSMISSIBILITÉ DU SEXE.
f Caractères latents.
Un indhidu peut-il transmettre des caractères qu'il n'a pas lui-même mais qui existaient chez lui à l'état latent? Plusieurs faits prouvent que cela est possilile et même très habituel. Le taureau peut transmettre aux génisses qu'il engendre les qualités de bonnes laitières des vaches de sa race. Il en est de même de tous les autres caractères sexuels. Lucas (50) cite une femme qui. appartenant à une famille d'hypospades, transmit cette infirmité à ses fils. D'autre part, il est fréquent de voir des enfants ressembler à quelque ancêtre par des caractères que ses propres parents n'avaient pas. Cette petite Anglaise citée par Darwix (7i) (p. 190) tenait son tic de son grand-père par son père qui lui-même n'en était pas atteint. Donc /es caractères latents sont héréditaires'^ .
g:) Transmissibilité du Sexe.
Latransmissibilité des caractères latents prouve que l'on ne saurait aftirmer que l'enfant tienne son sexe du parent de même sexe que lui . car si le père peut transmettre des caractères sexuels secondaires qu il n'a pas, pourquoi ne transmettrait-il pas aussi le caractère primaire , c'est-à-dire le sexe qui n'est pas le sien? Il en est de même pour la mère. Lucas cite une femme qui transmet à ses fils le vice hypospadiaque de son père, pourquoi ne leur pourrait-elle transmettre la conformation génitale de celui-ci? Les rudiments des organes génitaux sont identiques jusqu'à un moment assez avancé de l'ontogrnèse dans les deux sexes; leur différenciation est déterminée par le choix d'une tendance évolutive entre deux possDjilités. Pourquoi chaque sexe ne pourrait-il transmettre l une et l'autre comme il transmet les autres caractères de ses ascendants de sexe op-
' Comme exemples de transmission de caractères latente, on peut citer les maladies spéciales à un sexe et qui sont transmises cependant par le sexe opposé.
Ainsi rhémophilie est presque spéciale à l'homme ; le daltonisme est infiniment plus fréquent chez Thomme que chez la femme. Cependant la fille d'unhémophile ou d'un daltonien transmet à ses fils la tare de leur grand-pére. Il en est de même pour la goutte si rare chez les femmes.
En voici un autre cas plus frappant encore. Il est donné par Lucas. Un gaucher a des enfants gauchers et un droitier ; celui-ci se marie avec une droitière et a des enfants tous gauchers. L"un d'eux se montre même gaucher dès le berceau, ce qui élimine toute idée d'imitation, même dans le cas où le grandpère gaucher aurait vécu avec la famille de son fils droitier, ce qui n'est pas mentionné.
LES FAITS
posé? Dans les cas de partliénogénèse, il est certain qu'il en est ainsi pour tous les produits mâles. Quand une Abeille ou un Puceron pondent des œufs non fécondés d'où sortent des mâles, ils transmettent bien un sexe qui n'est pas le leur. Même dans certains cas de génération amphimixique, le sexe n'est pas transmissible ; ce qui est transmis est alors un état neutre que les conditions ambiantes façonneront en un sexe ou l'autre selon la direction de leur influence comme le prouvent les expériences où l'expérimentateur détermine par l'alimentation ou la température (V. p. 164) le sexe du produit.
Nous avons la preuve formelle que, même lorsque le sexe du produit est déterminé d'avance dans l'élément sexuel, il n'est pas pour cela héréditaire, en ce sens que l'oeuf n'est pas prédestiné à donner des femelles et le spermatozoïde des mâles, le sexe du produit résultant d'une lutte entre ces deux tendances opposées ; or c'est cela qu'il faudrait pour que le sexe soit héréditaire, pour que tout g arçon tint son sexe de son père et toute fille le sien de sa mère. Nous avons vu que les œufs parthénogénétiques donnent tantôt des mâles, tantôt des femelles, tantôt l'un ou l'autre selon les conditions. Il existe des espèces de Rotifères où il y a deux sortes de femelles, les unes sont pondeuses de femelles, les autres pondeuses de mâles. 11 existe donc des œufs prédestinés à former des mâles, indépendamment de toute condition ambiante.
En résumé : Le Sexe îi'est pas héréditaire* .