CHAPITRE PREMIER
Circonstances qui exposent le fœtus à la subvention intra-utérine
C’est la souffrance du fœtus au cours de l'accouchement qui constitue la cause principale de ses mouvements respiratoires prématurés. Cette souffrance est le plus souvent la conséquence d’un obstacle génant la circulation funiculo-placentaire et déterminant l’asphyxie lente du produit de conception. Cet obstacle peut porter soit sur le placenia, soit sur le cordon. Dans le premier cas, il s’agit en général d’un décollement prématuré du placenta ou de son insertion vicieuse.
Observation I. — 22 décembre 1919.
Femme de trente-cinq ans. Cinquième enfant, à terme. Insertion basse du placenta. Tête dans la fosse iliaque gauche.
Rupture de la poche des eaux au début du travail pour fixer la présentation. Les bruits du cœur ne sont pas perçus. Les manœuvres ayant déterminé une hémorragie légère, pose d'un ballon. Expulsion de ce ballon trois heures après. Version par manœuvres internes. ; Fœtus mort-né, du sexe féminin, pesant 3.100 grammes. Autopsie le 23 décembre 1919. — Poumons tombant au J. Humbert ki
fond de las Pas d'air dans l'estomac et dans l'intestin qui coulent au fond.
Examen histologique des poumons.— Coloration au bleu de toluidine phéniqué.
Poumon n'ayant pas respiré. Bronches D Hsséoe vides. d'air. Epithélium cubique non aplati. Un peu de congestion des vaisseaux, surtout dans la partie proche du hile.
Liquide amniotique dans les alvéoles pulmonaires. Cholestérine ; mucus ; granulations fines du méconium.
Plus souvent c’est une compression de la tige funiculaire qui est en cause et l’on a affaire alors soit à une procidence du cordon, soit à des circulaires. La procidence est plus rare, mais elle est particulièrement grave, surtout dans les accouchements clandestins, où elle condamne presque à coup sûr l’enfant à la mort, puisque, même quand l’accouchement se fait avec l’aide d’un médecin, elle constitue une des dystocies les plus graves.
Les circulaires du cordon sont beaucoup plus fréquenies. Dans la pratique obstétricale, cette complication est le plus souvent bénigne, mais il n’en est plus de même quand l'expulsion de l’enfant est confiée aux seules forces de la nature.
Notons encore la contracture de l'utérus, qui suffit souvent à déterminer l’asphyxie lente du fœtus.
À côté de ces cas de souffrance spontanée, il en
est d’autres où le fœtus ne souffre que consécutivement à des manœuvres thérapeutiques : version podalique, application de forceps, introduction de ballons dans l’utérus, basiotripsie. Sans doute ces manœuvres sont souvent faites pour sauver un fœ-
tus déjà compromis, comme dans les observations I et IT, mais elles sont parfois commandées, alors que le fœtus ne souffre pas encore, par une dystocie d’origine maternelle, telle qu’une viciation pelvienne, ou par l'état général grave de la mère, asystolique ou tuberculeuse le plus souvent.
Observation II. — 22 décembre 1919.
Femme de trente ans. Sixième enfant à terme,
Femme obèse. Dilatation incomplète du col. Liquide amniotique verdâtre. Bruits du cœur fœtal mal perçus.
On tente une application de forceps ; l'instrument dérape. On essaye alors une version podalique ; les deux pieds sont abaissés, mais l’évolution est impossible par rétraction de l’utérus sur le fœtus. Anesthésie au chloroforme. Basiotripsie.
Fœtus mort-né, du sexe masculin, pesant 3.720 grammes sans la matière cérébrale.
Autopsie le 23 décembre 1919.— Poumons coulant au fond de l’eau. Pas d’air dans l’estomac et dans l'intestin qui cou-
lent également.
Examen histologique. — Leucocytose considérable dans
les vaisseaux.
Dans les bronches et dans les alvéoles on trouve du liquide
amniotique. Quantités considérables de méconium par
endroits.
Enfin l'aspiration du liquide amniotique peut être le résultat de manœuvres intempestives, qui ont pour conséquence la production de mouvements respiratoires prématurés. C’est ce qui peut avoir lieu en cas de présentation du siège, quand le médecin ou la sage-femme quelquefois, la matrone en général s’il s’agit d’un accouchement secret, saisit l'enfant par
LT
le ventre ou par le thorax pour aider à la sortie de la tête dernière. Mais il s’agit là d’une cause très rare. Nous avons un cas d'aspiration de liquide amniotique due à une fracture du crâne d’origine obstétricale,
Observation III (D' Dervieux). —Fœtus à terme. Taille : 35 centimètres. Fracture d'accouchement du pariétal droit.
A l'autopsie, les poumons surnagent faiblement ; quelques fragments plongent. Taches de Tardieu.
Examen histologique des poumons. — Constatation de cellules cornées abondantes dans les alvéoles. Diffusion de ces !cellules dans tout le poumon. Cristaux de cholestérine. Grosse congestion.
La submersion intra-utérine du fœtus, lorsqu'il y a eu des manœuvres thérapeutiques, ne présente pas d'intérêt médico-légal puisque ces manœuvres ont nécessité l’intervention d’un médecin. Mais ces faits, où l’on n'ignorait rien des circonstances dans lesquelles ils se sont produits, ont servi de base aux recherches des médecins légistes. Nous retiendrons donc surtout, à l’origine de la pénétration de corps étrangers dans les voies aériennes des morts-nés, toutes les causes de souffrance fœtale spontanée qui
peuvent se produire au cours des accouchements clandestins.
D'autre part, Ahlfeld a le premier soutenu que le fœtus, dès sa vie intra-utérine, faisait des mouvements respiratoires physiologiques se traduisant par des ondulations de la paroi de la matrice. Cette théorie, longtemps discutée, a été confirmée par les tra-