CHAPITRE II
Recherche du liquide amniotique et du méconium dans les voies aériennes
Avant de décrire l’aspect macroscopique des voies aériennes chez un fœtus qui a succombé à la submersion intra-utérine et les lésions constatables au microscope, et avant d'étudier les diverses méthodes qui permettent de mettre ces lésions en évidence, il nous faut d’abord rappeler brièvement la composition duliquide amniotique et du méconium. Eneftet, le fœtus n’aspire pas toujours uniquement le liquide amniotique dans lequel il baigne. Sous l'influence de l’asphyxie lente, ses sphincters se relâchent : le sphincter laryngé, d’où la pénétration dans l’appareil respiratoire des corps étrangers que nous étudions, le sphincter anal, d’où l'issue du méconium dans le liquide amniotique avec lequel il pourra être aspiré.
Liquide amniotique.— Le liquide amniotique se présente sous l’aspect d’un liquide clair tenant en suspension des grumeaux blanchâtres qui, lorsqu’ils sont très abondants, lui donnent une apparencé parfois lactescente. Nous laisserons de côté sa composition chimique pour ne parler que de ses éléments
décelables au mciroscope et qui, seuls, nous intéressent ici. \
Le liquide amniotique est à la fois d’origine maternelle et fœtale. L'élément maternel est représenté par le sérum des vaisseaux de la caduque qui transsude à travers l’amnios. Ce mécanisme est d’ailleurs contesté. L'élément fœtal est représenté par les sécrétions sudorale et surtout urinaire du produit de conception. | :
Le liquide amniôtique étant en grande partie formé par l'urine du fœtus, il n’est pas surprenant que Robin y ait décrit des cellules épithéliales provenant du rein et de la vessie, ainsi que quelques leucocytes. Mais ses véritables éléments caractéristiques sont d’origine cutanée. Le fœtus est recouvert d’une substance blanchâtre, de consistance onctueuse, l’enduit sébacé ou vernix caseosa, formé par des cellules épidermiques desquamées et agglutinées par une substance grasse d’origine sébacée. Des fragments de ce vernix caseosa se détachent et tombent dans le liquide amniotique où ils restenl en suspension et constituent des amas plus ou moins volumineux.
D'autre part, vers le sixième mois, le corps du fœtus est entièrement recouvert de poils. Puis ceuxci tombent dans le liquide amniotique où ils s’accumulent, pour faire place à un deuxième système pileux qui est celui de l’enfant à sa naissance. Donc présence de cellules épidermiques noyées dans une substance grasse et constatation de poils, telles sont les caractéristiques du liquide amniotique.
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Au microscope, les produits de desquamation épidermique se montreñt sous la forme de cellules épithéliales pavimenteuses, minces, polygonales, à noyau souvent peu net. Elles sont imbriquées les unes sur les autres et certainesd’entre elles renferment de très fines granulations grisâtres. Entre ces
, lcellules on voit de pelites granulations graisseuses,
qui se colorent énergiquement en noir par l'acide osmique.
Les poils se caractérisent par leur extrême finesse. Les dimensions du canal médullaire sont si réduites que souvent il passe inaperçu si on ne le recherche
pas soigneusement ; pratiquement on ne le voit que sur des coupes perpendiculaires à l’axe du poil. Les pigments font presque complètement défaut. La pointe est très fine ; nulle part on ne rencontre de pointes en balai ou en pinceau. Le diamètre de ces poils est très variable suivant l’époque de la vie intra-utérine où ils se sont détachés du fœtus et suivant la région dont ils sont issus. D’après M. le professeur Balthazard et Mlle Lambert (1), ces poils mesurent 24 k de diamètre à cinq mois et 35w à terme ; mais il existerait d'assez grandes différences individuelles. Dans l’ensemble, le diamètre moyen de ces poils atteint environ 30 u.
Méconium.— « Par méconium, il faut comprendre toutes les substances qui s’accumulent au cours de la gestation dans le tube intestinal du fœtus » (Dervieux et Leclercq) (3).
Les diverses fonctions de l'organisme ne s’établis-
sent pas brusquement au moment de la naissance. En particulier les fonctions digestives débutent dès la vie intra-utérine. A partir du neuvième mois le fœtus commence à faire des mouvements de déglutition ; il avale ainsi une certaine quantité de liquide amniotique dans lequel il est plongé. Or ce liquide amniotique ne traverse pas purement el simplement l’estomac et l'intestin ; les substances albuminoïdes qu'il renferme sont en partie digérées. C’est donc que dès cette époque — et mème plus tôt — il existe des sécrétionshépatiquesetintestinales capables de transformer les matières albuminoïdes en produits assimilables Le méconium est donc composé deséléments constitutifs du liquide amniotique, des produits de sécrétion du foie et de l'intestin et des cellules desquamées des divers épithéliums du tube digestif.
Il constitue une masse brun verdâtre, homogène et visqueuse, qui rappelle l’aspect de l’opium brut et c’est à cette ressemblance qu'il doit son nom (mnxéveov, opium). Sa quantité chez le nouveau-né à terme oscille entre 100 et 200 grammes. Comme pour le liquide amniotique, nous laisserons de côté sa composition chimique pour n’étudierici que ses éléments visibles au microscope.
ÉLÉMENTS D’ORIGINE AMNIOTIQUE. — Le méconium renferme des cellules épidermiques desquamées et des poils provenant du liquide amniotique dégluti par le fœtus. On les retrouve ici tels que nous les avons décrits plus haut, mais en très faible propor-
tion.
J,. Humbert AE
ELÉMENTS D'ORIGINE GASTRO-INTESTINALE. — Ils comprennent d’abord le mucus sécrété par les glandes de l’estomac et de l'intestin. Celui-ci apparaît au microscope sous l’aspect de stries fines et parallèles et sert de véhicule aux éléments constitutifs du méconium.
Dans ce mucus se trouvent disséminées en grand nombre des granulations très fines — leur diamètre n'excède pas 10 à 15 « — grisâtres, constituées par des matières grasses. j
Les cellules épithéliales desquamées, en tombant dans la lumière intestinale, viennent s'ajouter au mucus et aux granulations graisseuses. Ce sont des cellules prismatiques ou cylindriques, tantôt isolées, tantôt groupées en fragments épithéliaux plus ou moins longs et fortement colorés en vert jaunâtre par la bile. Certaines de ces cellules, noyées dans la matière colorante de la bile, s’agglomèrent en amas avoïdes, nettement délimités, de couleur jaune verdâtre. Il s’agit donc d'éléments d’origine à la fois intestinale et hépatique; ce sont les corpuscules du méconium ou corps méconiques.
Leurs dimensions varient de 10 à 4o w. Ils constituent l'élément le plus caractéristique du méconium. Leur valeur diagnostique n’est cependant pas absolue, car on les a retrouvés dans les fèces des nourrissons. i
Quand les mouvements de déglutition du fœtus apparaissent, les cellules desquamées des épithéliums pharyngé et œsophagien sont entraînées dans
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lintestin et viennent se mélanger au méconium. Ce
sont des cellules pavimenteuses et, contrairement à
celles qui proviennent de l’épithéliumintestinal, elles sont faiblement colorées par la bile, 0
ÉLÉMENTS D'ORIGINE HÉPATIQUE. — Comme l’estomac et l'intestin, le‘foie secrète du mucus absolumeni identique à celui que nous avons décrit et avec lequel il se mélange. Ce mucus entraîne avec lui les
cellules desquamées de la vésicule et des voies bi-
liaires. Ces cellules sont cylindriques et assez semblables à celles de l'intestin. J Enfin on trouve dans le méconium, en assez grande quantité, des cristaux de cholestérine. Ils apparaissent sous forme de tablettes rnomboïdales, aplaties, transparentes, à contours parfaitement nets, et dont souvent un angle fait défaut. Ces tablettes sont quel-
quefois isolées, plus souvent elles s’imbriquent les
unes sur les autres en constituant de petits amas.
Lésions constatables à l’autopsie. — Quelquefois l'examen macroscopique des viscères à l’autopsie permet de soupçonner la submersion intrautérine du fœtus. La coupe des poumons montre alors une teinte gris verdâtre, surtout apparente par pression, soit généralisée sur toute la tranche, soit localisée dans le territoire d’une bronche.
Après ouverture de l'estomac, on peut trouver dans cet organe une quantité plus ou moins impor-
tante de méconium. Mais ces faits sont rares et néces-
sitent une aspiration considérable du méconium. Quant au liquide amniotique, lorsqu'il se trouve en