‹ La Submersion Intra-Utérine Du FoetusChapitre 11 sur 13 · DÉS CR · texte numérisé non relu

DÉS CR

On est parfois surpris de la quantité de débris de liquide amniotique qu’on peut rencontrer dans les poumons de nouveaux-nés qui ne paraissent pas avoir souffert outre mesure au cours de l’accouchement et qui ont sûrement vécu. L'observation suivante en est la preuve; mais le nombre des débris amniotiques reste malgré tout très inférieur à ce qu'il est dans l’asphyxie intra-utérine.

Observation 7 (due à l’obligeance de M. le professeur Bathazard). —Enfant nouveau-né, de sexe féminin, trouvé le 15 septembre 1917 sous la banquette d'un compartiment de chemin de fer.

Taille : 49 centimètres. Poids : 2.550 grammes.

Le cordon a été arraché à 17 centimètres de l’ombilicet n’a pas été lié. Les cuisses et les fesses sont souillées de méconium.

La tête mesure 9 centimètres pour le diamètre bi-pariétal, 11 centimètres pour l’occipito-frontal. Le point de Béclard a un diamètre de 3 millimètres.

On relève sur le côté gauche du cou trois stigmates unguéaux : le premier mesure 2 millimètres de diamètre et est situé à 1 centimètre au dehors de la partie moyenne du maxillaire inférieur : les deux autres sont un peu en arrière du précédent et n’ont que 1 millimètre de diamètre. Suffusions sanguines sous-jacentes très minimes mais nettes.

Sur le côté droit du cou, on trouve un stigmate unguéal caractéristique, en forme de croissant, mesurant 4 millimètres verticalement sur deux, à concavité tournée en avant, tel que pouvait le laisser l’ongle du pouce dela main droite. Petitesuffusion sous-jacente. Cette lésion est située en arrière et un peu au-dessous du lobe de l'oreille droite.

Les lèvres ont une coloration violacée et sont le siège d’une infiltration sanguine diffuse sur laquelle tranchent quelques suffusions ecchymotiques.

Sur la joue droite, à 2 centimètres en avant du tragus, on relève une ecchymose de 1 centimètre de diamètre, avec plaque parcheminée à la partie centrale.

On trouve dans la profondeur du cou une petite suffusion sanguine, située au niveau du pôle supérieur du corps thyroïde, mesurant 2 millimètres de diamètre.

Les poumons sont aérés dans toute leur étendue : ils sont congestionnés et remplis de sérosité aérée qui s'écoule sur la coupe par la pression. Les bronches sont remplies de mucosités non sanguinolentes.

Jetés à l'eau avec le cœur etle thymus, les poumonsflottent.

On relève une dizaine de taches sanguines sous-pleurales à la partie moyenne du bord postérieur du poumon gauche et quelques taches au niveau de la scissure interlobaire, Infarctus disséminés dans le poumon droit, mais un peu diffus et mal localisés.

Pas de lésions cardiaques ; les cavités droïtes renferment du sang liquide dans lequel nagent quelques petits caillots noirs et mous.

L'estomac renferme une petite quantité deliquide muqueux et est distendu par de l’air. L’intestin est également rempli de gaz dans toute son étendue.

Le gros intestin ne renferme plus de méconium.

Pas de lésions cérébrales, sauf un certain degré de congestion des veines de la dure-mère au vertex. Au même endroit, les deux pariétaux sont fracturés. Sur chacun de ces os,le trait de fracture commence au niveau de la suture sagittale et se dirige transversalement en dehors sur une longueur de 3 centimètres à droite et de 2 centimètres à gauche. Une bosse sanguine a décollé l’épicrâne du côté droit sur une hauteur de 3 centimètres et une largeur de deux. Il existe plusieurs suffusions sanguines au niveau des deux pariétaux, faces externe et interne.

L'examen histologique montre que les poumons renfer- : ment d’une façon nette de nombreuses cellules cornées de l'enduit sébacé disséminées un peu partout. Bronches et alvéoles sont largement déplissées. La congestion est très

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marquée et l’on trouve dans nombre d'alvéoles des exsudations en rapportayec l'asphyxie par strangulation.

Il est évident que l'enfant dont nous venons de rapporter l'examen, est né vivant: les poumons largement aérés, flottant sur l’eau avec le cœur et le thymus, les bronches et les alvéoles bien déplissées, l'estomac et l'intestin remplis d’air en font la preuve. Ila même vécu assez longtemps, ainsi qu’en témoignent l'abondance de l’air dégluti et l'évacuation complète du méconium dont on ne retrouve de trace que sur les cuisses du cadavre. Les diverses lésions décrites dans cette observalion ne laissent aucun doute sur la cause de la mort. Celle-ci est due à une asphyxie par strangulation à la main et obturation des voies aériennes. Les fractures des pariétaux ont été faites alors que l’enfant était encore en vie ; la bosse sanguine qui a décollé l’épicräne permet de l’affirmer. Les débris de liquide amniotique constatés dans les poumons sont d’ailleurs en quantité insuffisante pour justifier l'hypothèse d’une mort consécutive à une asphyxie intra-utérine. La mère à été retrouvée et a avoué avoir donné la mort à son enfant au bout de 36 heures, d’abord en essayant de lui fraclurer'e crâne, puis par strangulation-suffocation à la main.

Observation 8 (due à l’obligeance de M. le professeur Balthazard). — Enfant nouveau-né, du sexe féminin, trouvé par les vidangeurs dans une fosse d’aisance:

Taille : 47 em. 5. Poids : 2.250 grammes.

Le cordon ombilical mesure 32 centimètres ‘de longueur.

Il a été arraché et n’a pas été lié. Aucune trace de sillon d'élimination au niveau de l'ombilic.

Le diamètre du point de Béclard est de deux millimètres.

La putréfaction est peu avancée ; elle se traduit par la teinte verte de la face et des muqueuses buccale et pharyngée.

Le crâne est le siège d’une bosse volumineuse, de la grosseur d'une mandarine, située dans la région pariéto-occipitale droite. Cette tuméfaction est formée par du sang coagulé épanché sous le cuir chevelu.

On trouve une fracture du pariétal droit, très irrégulière, avec enfoncement d'un fragment de deux centimètres de largeur et cinq centimètres de longueur. Ce fragment a dilacéré la dure-mère et la substance cérébrale qui, par suite de la pression, a fait hernie sous le cuir chevelu.

Il existe un épanchement sanguin important dans les méninges et dansl’hémisphère cérébral droit.

Malgré l'absence de putréfaction gazeuse, les poumons flottent à la surface de l’eau. L'examen microscopique établit la présence de l’air dans les alvéoles et le déplissement des bronches, au moins dans la plus grande partie des poumons, car il existe encore des zones vides d'air. Dans nombre d’alvéoles on trouve, en quantité assez importante, des éléments provenant du liquide amniotique : cellules desquamées de l’épiderme fœtal, poils fœtaux, mais bien moins que dans les asphyxies intra-utérines.

Pas d’autres corps étrangers dans les voies aériennes.

Aucune trace de violences sur le corps autre que celles constatées à la tête.

Il s’agit donc d’un enfant qui a souffert pendant le travail, qui a fait des mouvements respiratoires prématurés et qui a aspiré du liquide amniotique. Cet enfant est né vivant et a respiré, puisque les alvéoles pulmonaires renferment de l'air et que les bronches sont déplissées, mais il n’a pas dû vivre

longtemps, car l'air n'a pas pénétré dans toute l'étentendue des poumons. L'absence dans les voies atriennes de corps étrangers autres que les débris de liquide amniotique permet d'affirmer que l'enfant était déjà mort lorsqu'il est tombé dans la fosse d'aisance. Pour la même raison, les cellules cornées et les poils contenus dans les alvéoles pulmonaires ont bien été aspirés dans l'utérus maternel et non dans la cuvette des cabinets au-dessus de laquelle la mère aurait accouché.

Enfin la volumineuse bosse sanguine située sous le cuir chevelu prouve que l'enfant était encore vivant lorsque s’est produite la fracture du crâne. La violence qu'ont nécessitée les lésions décrites dans cette observation permet d’écarter l'hypothèse d’une fracture obstétricale par compression de la tête dans le bassin osseux. lei encore on doit donc rejeter le diagnostic de mort par submersion intra-utérine et le professeur Balthazard, chargé de l’enquête médicolégale, a conclu dans son rapport que « la mort était due à une fracture du crâne produite au moment où l’on a fait passer de force la tête du fœtus par l'orifice trop étroit de la lunette ».

Enfin dans quelques cas la présence de liquide amniotique infecté dans les poumons pourrait faire soupçonner unavortement provoqué.

Observation 9 (due à l'obligeance de M. le professeur Balthazard). — Enfant mort-né du sexe féminin, découvert le 29 janvier 1920.

Taille : 46 em. 5. Poids : 2.300 grammes.

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La putréfaction n’est pas commencée. Il existe un épais enduit sébacé sur le dos et au pli des aines, avec des traces légères de gonflement de l’épiderme.

Le cordon a été arraché à 9 centimètres de l’ombilic.

Le diamètre bipariétal mesure 82 millimètres ; le diamètre occipito-frontal 107 millimètres.

La masse thoracique : poumons, cœur, larynx et langue, plonge au fond de l’eau ; il en est de même pour les poumons séparés et même pour tous les fragments prélevés en divers points des poumons.

Coloration normale des poumons. — A leur surface aucune tache de Tardieu, mais seulement quelques zones étalées d’un rouge plus vif.

Pas de lésions du cœur, du foie, des reins.

L’estomac contient du mucus non aéré, l'intestin grêle est vide, le gros intestin est rempli de méconium.

Pas de fracture du crâne, pas d’hémorrhagie méningée ou cérébrale. On relève quelques ecchymoses sous-épicraniennes.

Examen histologique des poumons. — Pas de trace d'air dans les alvéoles ou dans les bronches. Cependant bronchioles et alvéoles sont partiellement déplissées par un liquide assez abondant contenant des corps étrangers. On reconnaît du mucus, des coupes de ‘poils du fœtus, quelques granulations ovalaires petites, de coloration jaunâtre, passant au verdâtre sous l’action de l'acide phénique, des cellules du tube digestif du fœtus, en un mot tous les éléments qui se trouvent dans le liquide amniotique. ,

La pénétration du liquide a été très abondante, car beaucoup de bronches renferment des amas de matière sébacée, qui leur donnent une forme ovalaire etune lumière importante. Les cellules de l’épithélium bronchique sont si bien conservées qu'on aperçoit par places des cils vibratiles.

De plus on constate la présence d'innombrables bactéries de toutes espèces dans les bronches et dans les alvéoles, accompagnant tous les corps étrangers introduits dans les voies aériennes, alors que les cloisons alvéolaires, le tissu

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conjonctif et les vaisseaux sont dépourvus de tout germe infectieux.

Dans le cas présent, le cadavre est celui d’un fœtus parvenu à la fin du huitième mois de la vie intra-utérine. L'absence de toute trace de violences permet de rejeter l'hypothèse d'un infanticide. L’abondance des débris de liquide amniotique dans les poumons qui ne contiennent pas de trace d'air impose le diagnostic de mort par submersion intrautérine au cours de l’accouchement. Mais ce qu’il y a de particulier ici, c’est la présence de bactéries en quantité considérable, Leur constatation uniquement dans les alvéoles au milieu des corps étrangers qui les remplissent, leur absence complète dans les cloisons interalvéolaires et dans les vaisseaux permet de conclure qu’elles out été apportées dans les poumons par le liquide amniotique infecté. Or l’infection du liquide amniotique peut être d’origine sanguine, mais c’est rare et nous ne trouvons pas ici de bactéries dans les vaisseaux. Le plus ordinairement les germes infectieux sont introduits dans la cavilé utérine par un instrument septique ayant servi à perforer les membranes lors de manœuvres abortives. Il est donc probable, sans qu’on puisse l’affirmer, qu'on a affaire dans le cas présent à un avortement provoqué. L’infection du liquide amniotique consécutive aux manœuvres abortives aurait été la cause de là souffrance du fœtus. De là ses mouvements respiratoires prématurés qui ont amené sa mort par submersion intra-utérine.

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