I. — Historique
C’est en poursuivant des recherches générales sur la composition des humeurs des malades allergiques que deux auteurs anglais Oriel et Barber ont été conduits à élaborer leur théorie. Leurs travaux publiés dans la revue « The Lancet », et dans les comptes rendus de la Société Royale de Médecine, s’échelonnent sur une période d'environ cinq années de 1928 à 1933. Aussi ne faut-il pas chercher dans leurs travaux un dogme immuable mais une théorie qu’ils ont construite pièce par pièce, au fur et à mesure de leur expérimentation.
L'étude de la composition chimique de leur substance, la recherche de ses propriétés biologiques, l’analyse des conditions de sa production devaient conduire Oriel et Barber à en chercher l’utilisation thérapeutique,
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De cette théorie, qui se trouve dispersée dans de nombreux articles et mémoires, nous avons cherché à faire un résumé ou mieux une synthèse qui représente la conception d’Oriel le plus fidèlement que nous Pavons pu.
IT. — Préparation
Oriel et Barber remarquèrent la présence d’une « réaction à l’éther » dans les urines des malades en paroxysmes allergiques.
« Acidifier les urines avec de l’acide sulfurique ajouter de l’éther et ajouter le mélange urines-éther. Laisser reposer ; au bout de dix minutes le liquide se sépare en deux couches ; la couche éthérée s’opacifie et devient visqueuse, parfois même se prend en masse »
Telle était la technique primitive qui permit aux auteurs anglais de séparer un précipité ; mais l’expérience de leurs réactions leur permit d'y apporter des corrections et des améliorations. A deux reprises en 1932 Congrès de l’Asthme et en 1933 dans «The Lancet », ils publièrent des mises au point de la préparation ; voici leur technique définitive : «On place 400 cc. d'urine dans un ballon et on l’acidifie avec de l'acide sulfurique à 25 % jusqu'à virage (au bleu) du papier buvard au rouge Congo. Le colorant indicateur imbibe un papier buvard afin qu'il ne se dissolve pas dans la solution. |
L'urine acidifiée est alors agitée vigoureusement
Etre
avec de l’éther. Les liquides mis au repos se séparent en deux couches : l’inférieure contenant l'urine est rejetée. La quantité d’éther utilisée est ordinairement le quart du volume de lurine; mais si la proportion d’azote colloïda} est élevée, il peut être utile de se servir d’une plus grande quantité d’éther.
Oa laisse ensuite reposer la couche supérieure ; elle se sépare en deux couches dont on rejelte l’inférieure.
On ajoute alors Palcool à la couche éthérée jusqu’à ce que la précipitation soit complète. D’ordinaire il faut une quantité d'alcool plus grande que la quantité déjà utilisée d’éther pour une précipitation complète.
Le précipité obtenu est centrifugé ; on rejetté le mélange alcool-éther et on dissout le précipité d’eau distillée. Si on a utilisé 400 cc. d'urine et que l’on ait recueilli la totalité du précipité dans un tube à centrifuger d'environ 15 cc. la moitié du tube d’eau distillée suffit. Après suspension le tube est de nouveau centrifugé. Le P. H. du liquide surnageant est toujours acide, bien que l'acide sulfurique utilisé ait été éliminé. Une partie du précipité original est dissoute dans la solution acide (portion contenant des substances anorganiques telles que SO‘Ca). La substance azotée au contraire, insoluble dans une solution acide, se solubilise lorsque le P. H. est ramené à 8,10 par addition d’une solution stérile de Na OH 4/10. La dissolution est instantanée.
Cette solution est additionnée de 9 cc. de la solution d’Evans (pH — 4,7).
Oriel vérifie la stérilité par culture ét fait des solutions de concentration allant de 1/10.000 à 1/1.000.000.
ST en III. — Composition chimique
: La réaction à l'éther de Barber et Oriel se rapproche d’une réaction que l’on trouve dans les vieux traités de chimie : la réaction de Jacquemet et Labattu qui ne diffère de la réaction d’Oriel que par l’absence d’acidification. Ces auteurs étaient arrivés à penser qu’il s’agissait là d’une albumose. Il ne nous a pas paru qu’Oriel et Barber aient connu cette vieille réaction tombée dans l'oubli, mais il est frappant de voir qu’ils arrivent à la même conclusion : il s'agirait là d’une protéose. Mais que sont les protéoses ? Ce sont des corps qui prennent place entre les albumines et les acides aminés dans l’échelle de dégradation des protides ; ces corps forment avec les peptones le groupe fort à la mode actuellement des polypeptides. Nous verrons quelle importance présente cette remarque dans la discussion de la genèse de la substance d’Oriel. Ces corps présentent de noinbreuses caractéristiques chimiques qu’Oriel dit avoir mises en évidence. Pour la clarté de la pensée,contentonsnous des deux propositions suivantes empruntées à la remarquable thèse de Charpy :
1) Ge n’est pas une albumine car elle ne précipite pas à la chaleur ;
2) Ce n’est pas un acide aminé car elle donne la réaction du biuret.
C’est donc un corps intermédiaire ; une protéose.
Nous verrons que sur les réactions chimiques nos résultats ne concordent pas avec ceux des auteurs anglais,
22 es IV. — Propriétés biologiques
Les idées définitives d’Oriel peuvent être résumées de la façon suivante.
« La substance extraite des urines, nommée protéose, possède les qualités d’un antigène spécifique, mais ces qualités antigéniques n’apparaissent qu’au moment des paroxysmes allergiques ».
Ces conclusions sont le résultat des nombreux travaux GOriel, I fonde ses assertions sur des faits expérimentaux que nous allons brièvement exposer.
Son argument principal réside dans la faculté de pouvoir obtenir des tests cutanés positifs avec la protéose ; d’après lui intradermoréaction, cutiréaction, épidermoréaction se montrent positives si on les pratique sur la peau de sujets atteints de maladies allergiques à condition de se servir de la protéose de ce même sujet. Ces réactions seraient plus intenses si la concentration de la solution de protéose était plus forte. Mais si l’on répétait la même expérience chez des sujets normaux, ces tests resteraient négatifs. On voit la valeur de ces expériences et nous aurons à revenir sur nos résultats à ce sujet,
Le deuxième argument d’Oriel n’est pas à dédaigner : Il s’agit de la réaction de Prausnitz-Kustner. On sait toute la valeur de cette réaction, et Oriel prétend que la protéose donne des réponses positives à cette réaction, Voyons quelle technique lui a permis d’énoncer ces faits : Il prélève quelques cent. cube de sérum d’un malade allergique et d’autre part extrait des urines du
même sujet sa protéose. Sur le bras d’un sujet sain il iniecte, en un point repéré,un dixième de cc. du sérum prélevé ; il attend vingt-quatre heures et en ce même pointil injecte un dixième de c.c. de solution de la protéose. Si on suppose que la protéose est l’antigène, que le sérum contient les anticorps nous réalisons localement la réaction antigène-anticorps. Oriel obtient des réponses positives et tire, de là, la preuve de la nature antigénique et de la spécificité de la protéose.
Mais pour mieux convaincre les contradicleurs qui furent nombreux, il alla plus loin et dans une épreuve ingénieuse montra la spécificité de la protéose ; il réalisa avec celle-ci l'épreuve de Dâle. Voici cette épreuve :
« On prélève le sérum et la protéose d’un malade allergique ; on sensibilise un cobaye par une injection préparante avec le sérum prélevé. L’utérus de ce cobaye ainsi sensibilisé est isolé 24 heures plus tard dans du liquide de Ringer ; nous allons maintenant ajouter à ce liquide quelques centimètres cubes d’une solution de la protéose du même malade : Nous obtenons une contraction du muscle utérin.
Recommençons la même expérience, mais avec un utérus non sensibilisé, la protéose ne donne pas de contraction ».
Oriel a même été plus loin ; il prétend que la spécificité de la protéose est une spécificité de groupe. La protéose ne serait plus alors une caractéristique individuelle mais une caractéristique morbide.
Tests cutanés positifs, réaction de Prausnitz-Rüstner, épreuve de Dâle. Cette triade autorisait Oriel à avan-
cer la proposition que nous avons relatée au début de ce paragraphe.
Nous verrons lorsque nous exposerons nos recher- Ches, ce que l’on doit penser des tests cutanés.
Les contradicteurs ont montré que le sujet normal avait dans ses urines une petite quantité de protéose ; c'est ce qui explique qu’Oriel a dû préciser que ces qualités avancées n'apparaissaient que pendant les paroxysmes allergiques.