LE 22 FÉVRIER
“ Spiritus Sanctus pusuit episcopos regere Fcclesiam Dei.
‘“* Le Saint-Espri: a placé les évêques à la tête de l'Eglise pour la gouverner, {ACT., XX, 28).
Monseigneur l'archevêque, Messeigneurs,
Mes bien chers frères,
La cérémonie imposante, qui se déroule en ce moment sous VOS yeux, vous permet de reconnaître et de contempler, dans un de ses actes les plus solennel, la sainte Eglise, fondée par Jésus-Christ, pour continuer dans le monde à travers les âges, l'oeuvre miséricordieuse de ce divin Sauveur et mettre à la portée de tous les mérites acquis par ses travaux, par ses souffrances et par sa mort.
Sur le siège de cette cathédrale, rendu vacant par le
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décès de son illustre titulaire, un autre pontife vient de monter pour prendre possession de trône épiscopal et de l’église métropolitaine d'Ottawa.
À la place de Mgr Joseph-Thomas Duhamel, dont la mémoire bénie restera toujours vivante dans vos coeurs, vous avez devant vous Sa Grandeur Mgr Charles Hugues Gauthier, que l’autorité souveraine du Saint-Siège appelle à la même dignitt, pour remplir les mêmes fonctions pastorales, exercer parmi vous la même autorité ; ce qui lui assure en retour de la part de tous, prêtres et fidèles qui composent son bercail, les hommages de filial respect, de franche soumission et de sincère attachement.
Ceci se passe par la vertu d’une loi successorale divinement établie, que le monde n'avait jamais connue, et dont aucune autre ne pourra jamais revendiquer de semblables titres, produire de pareils effets, (tendre aussi loin et prolonger aussi longtempz son action.
C'est qu'il faut iei s'élever, et dt maintenant, audessus des contingences humaines, et remonter directement à Jésus-Christ pour découvrir la règle et fixer les conditions suivant lesquelles l'Eglise aura toujours à sa tête, pour le bon gouvernement des fidèles, des pasteurs, revêtus de son autorité, et chargés de poursuivi 2 son apostolat.
Les droits essentiels de la succession épiscopale se rattachent en effet directement au Verbe incarné, à Jésus-Christ lui-même, le Fils de l’homme qui est en même temps le Fils de Dieu. De son Père Eternel il a reçu tous les peuples en héritage, il les a groupés en
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un royaume qui n’est de ce monde (1) ri par son origipe, ni par sa fin, ni par les caractères 4. :: distinguent, et dont il restera à jamais le Chef invisi' ‘» et divin. La puissance qui lui est dévolue ne connait aucune limite : Tout pouvoir m'a été donné, dit-il, dans le ciel et sur la terre (*). Par cette investiture, selon saint Paul, Dieu lui a mis toutes choses sous les pieds, et il l’a établi chef sur toute l'Eglise... (3).
Le Christ, dit le même apôtre, ne s’est pas exalté luimême pour devenir pontife, il vient de celui qui a dit : Vous êtes mon Fils, je ‘ous ai engendré ...Vous êtes le prêtre, le prêtre souverain, le prêtre éternel, le prètre selon l’ordre de Melchisédech (*). Voilà la plus haute, la seule véritable source de la descendance pontificale, voilà le degré suprême de cette échelle mystique qui de l’homme s'élève ainsi jusqu'à Dien luimême. C'est le point de départ de la mission que le divin Sauveur, après l'avoir reçue de son Père, transmettait à ses apôtres: Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie (°). Cetie parole devait avec évidence s'appliquer, jusqu’à la consommation des siècles, à tous ceux qui viendraient après eux recevoir le même mes-
() Jean, xvI1.. 36.
(5) Matth., XXVIHT, 18.
() Eph, 1, 22.
() Héb. v, 5.
(5) Jean, xx, 21.
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sage par la vertu d’une succession éminemment divine come son auteur.
Comment s’opérera cette transmission et par quelle loi? Ni le chair, ni le sang, ne sauraient ici fournir aucun titre (°). 11 n’est point dans les choses de Dieu de pacte de famille (*). Dans ce royaume spirituel qui est l'Eglise, il ne saurait être question de droit de conquête, ni de celui que Peuvent conférer les mobiles suffragés dictés suivant des intérêts matériels et passagers ; moins encore d’accession au pouvoir, fruit de “évolutions pacifiques ou violentes. Les ambitions terrestres, les menées humaines, les coalitions occultes ou bruyvantes, ni rien de ce qui préside d'ordinaire à l’évolution des états et de leurs souvernements ne trouve ici sa place. C'est l’Esprit-Saint qui domine et protège (“) la marche normale de la succession apostolique, telle que constituée par le Christ. Aussi réalise-t-elle dans ses dépositaires une légitimité incontestable, inconnue ailleurs, et qui se résume tout entière dans la vocation personnelle, je veux dire dans l’appel direct de Dieu et de l’Eglise. Ce n'est Pas vous qui m'avez choisi, disait le Christ à ses apôtres, c’est moi qui vous ai choisis (°). Venez, suivez-moi.., allez, baptisez..., ensei- £nez..., qui vous écoute m'écoute... L’apostolat
€) Matth. xvr. 17.
() Matth., xx, 21. (*) Actes, xx, 25.
(*) Jean, xv, 16.
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étant en quelque sorte un prolongement de sa personne, il était de toute justice et de toute convenance qu'il se réservât le droit de désigner ses mandataires. C’est de la nécessité indispensable d'un ordre divin, étranger par lui-même à toute acception de personnes ('°), et qui fait de l’apostolat un acte d'obéissance et de dévouement, que parle l’apôtre saint Paul quand il dit qu’il n'appartient pas à quiconque le désire de s'emparer de cet honneur, mais qu'il ne doit être accordé qu’à celui qui est véritablement l’élu du Seigneur (:!).
Le principe fondamental de cette doctrine est le même que posait le Sauveur: Car comment pourraient avec autorité prêcher la parole de Dieu ceux qui n'ont pas mission pour le faire (1°). Mais les apôtres et tous leurs héritiers ont entendu le coramandement du Christ : Prêchez l'Evangile à toute créature (*). Le succession apostolique est done par la vocation rendue légitime autant que divine.
Et rien n’est omis dans la pensée, dans les paroles, dans les actes du Christ, pour assurer à cette même succession dans la personne de tous ceux qui devront y participer, le cachet authentique, au moyen duquei il sera toujours facile de la reconnaître et de la suivre en dépit des hérésies, des schismes, où des révoltes qui
(°) Rom. 1, 11.
(*) Héb., v, 4.
(*) Rom. x, 15.
() Mare, XVI, 15.
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pourront se produire dans la suit des temps. Voici les douze apôtres, choisis individuellement par le Sauveur; à l’un d'eux pris à part il parle en +es termes
Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Je te donnerai, à toi, les clefs du royaume des cieux (!‘). J'ai prié pour toi personnellement afin que ta foi ne défaille jamais. Confirme tes frères (1°). Sois le pasteur de mes agneaux et de mes brebis ('), c'est-à-dire de tous les fidèles et des autres bergers que Je mets sous tes ordres. En conséquence de ce mandat divin, Pierre est désormais reconnu comme le premier des apôtres. Il est la tête visible et incontestée de l'Eglise, investi, pour la transmettre à ses successeurs, d’une primauté d'honneur et de juridiction qui de son siège fera le centre de l'Eglise. A Rome, en mourant, il cimente de son sany l’union définitive et indissoluble entre le titre d’évèque de cette Ville éternelle, et les droits et les prérogatives conférés par le Christ au pontificat suprême. A Pierre, évêque de Rome, Chef de l'Eglise universelle, prince des apôtres, vicaire de Jésus-Christ, à lui dans la personne de l'héritier de son titre, et par le fait même de ses privilèges et de ses droits, doivent se rattacher, par les liens d'une dépen-
C9 Matth. XVI, 18, 19.
() Le, Nx1t, 32,
(*) Jean, XXI, 16, 17.
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dance hiérarchique créée par le divin Sauveur, tous ceux qui eux-mêmes succèdent aux apôtres, groupés autour de leur chef par la volonté du Maître.
Le signe certain, facile à retracer, qui fait s'évanouir tout doute et toute incertitude, auquel on pourra toujours dans la véritable Eglise reconnaître les vrais successeurs des apôtres, c'est donc leur union étroite et hiérarchique avec Pierre, avec l'évêque de Rome, avec le Souverain-Pontife, avec le pape. C'est la succession authentique, celle que confirme l'Esprit-Saint. Et voyez ce qui vient de se passer: à la demande de celui qui parmi nous représente à cet effet l'autorité du Saint-Siège, on a produit le mandat apostolique, on en a fait la lecture solennelle. C’est le pape qui parle, c’est lui qui, faisant cesser le deuil de cette église, lui donne un nouveau pontife.
ll faut done la vocation divine, et l'intimation de l'Eglise par la voix de son Chef pour légitiner véritablement la mission apostolique et épiscopale. Ce n'est pas assez. Il ne s’agit point ici d'une simple substitution de personnes, ou de formalités banales qui s'arrêtent à la surface, et sous les dehors de somptueux vêtements, n'aillent point jusqu'à saisir l’âme et la transformer. 11 ne suffirait même pas de l'onction royale, d'un sens liturgique et social assurément très élevé, dépourvue toutefois de toute action intérieure et surnaturelle. Pharaon peut bien communiquer à Joseph l'autorité sur sa maison et sur son peuple, il peut l’établir pour commander à toute l'Egypte, il peut passer à son doigt l'anneau royal, le
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revêtir d'un riche manteau, et suspendre à son cou un collier d’or (1°), qu'il aille même jusqu'à mettre dans ses mains le sceptre et sur son front le diadème : ce sont autant de marques extérieures indiquant la faveur du maître et imposant la soumission et le respect, mais elles n’ont rien de commun avec l'opération sacramentelle de l’Esprit-Saint, dans une âme dont elle fait à la fois celle d’un pontife, d’un pasteur et d’un père.
Ici, pour emprunter de nouveau le langage de l’apôtre, la parole de Dieu qui accompagne l’onction sacrée est vivante et efficace. Elle perce plus qu'une épée à deux tranchants. Elle entre et pénètre dans les replis de l’âme et de l'esprit, jusque dans les Jointures et les moëlles (1).
Création sublime qui donne, avec le caractère épiscopal, la plénitude même du sacerdoce, en enfoncant plus avant les traits déjà gravés par une première ordination ! Elle élève et transforme le coeur jusque dans ses profondeurs. Elle donne, à celui qui en a été l’objet, un pouvoir illimité dans l’ordre de 12 grâce, elle le rend apte à remplir avec fruit toutes les fonctions nécessaires pour maintenir toujours vivant, toujours actif et toujours fécond le sacerdoce suprême de: Jésus-Christ. Elle implique des devoirs aussi étendus que sublimes, pour l’accomplissement desquels le bon pasteur, Jésus- Christ lui-même verse, avec surabondancec, dans le coeur
(*) Gén. xLr, 41, 42.
(*) Héb., 1v, 12.
du pontife qu'il s’est choisi, et dont il veut faire son image, la tendresse, le dévouement, la générosité pour tous les sacrifices, jusqu'à celui même de sa vie et de son sang, pour le salut et pour le bonheur de l'Eglise et des âmes qui seront soumises à sa houlette pastorale. Allez et bénissez, allez et baptisez, allez et pardonnez, allez et ens :i. gnez, faites tout ceci en mon nom et en mémoire de moi. L’Esprit-Saint vous remplira de sa râce, et c’est lui qui vous soutiendra à la tête de l’i se pour la gouverner. C'est done une suecession vérit«blement active, elle fait le pasteur et par là même elle fait lee ouaiiles, Je veux dire qu’elle établit ces relations d'amour mutuel et de réciproque confiance, qui sont comme un écoulelement de la tendresse divine que Jésus-Christ luimême porte et demande à son Eglise et aux âmes, qu'il a rachetées et payées de son sang.
Ajoutons qu'à la différence des biens de ce monde, lesquels ne passent d’une génération à l’autre qu’en se divisant entre les héritiers auxquels ils sont dévolus, la succession apostolique se livre à chacun tout entière et sans partage. Le dépôt de la doctrine et de la grâce, confié à la garde d’un pontife, est le même pour tous. Ce trésor infrangible ne saurait subir aucun amoindrissement de ses richesses surnaturelles. Et quelles que soient les différences accidentelles qui règlent et délimitent leur emploi, elles demeurent totales et sans altération dans l’âme de tout pontife, choisi et élevé d’entre les hommes (!°} et constitué au service des choses de
(*) Heb., v, 1.
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Dieu, pour les mettre à portée des fidèles confiés à ses soins.
C’est à chacun des apôtres, et par là même à chacun de leurs successeurs, que Jésus-Christ a promis le divin Paraclet pour leur enseigner toute vérité. A chacun. il a commandé de voir à la conservation intégrale de tout ce qu'il leur a communiqué (2). C'est par l’application de cette promesse et de cette injonction, qu’il est dit à tout évêque au jour de son sacre: I] appartient à l'évêque et il lui incombe de Juger, d'interpréter, de consacrer, d'ordonner, d'offrir, de baptiser et de confirmer. C'est dire en d'autres termes que, dans le cours des âges, pas plus que dans sa diffusion à travers le monde, !:. ‘nôt apostolique, en se transmettant, ne perd rien de la .octrine révélée, de Ja sainteté, ni de la rigueur de ses préceptes, de la nature ni de la valeur du sacrifice perpétué par la fécondité épiscopale; que les sacrements, ces canaux de la grâce dont la source est le coeur divin, demeurent toujours tels que le Christ les a établis. (Ce qui se croit aujourd'hui a toujours été cru, ce qui se pratique par l'autorité de l'Eglise a toujours été dans sa tradition. La succession épiscopale, qui contient l'héritage du Christ, dont tout docteur, instruit des choses du royaume de Dieu, sait tirer de ce trésor les richesses nouvelles comme les richesses anciennes (*!), se trouve être à la fois le moyen et la preu-
@*) Matth. xxvIn, 19.
€) Matth. xin1, 52.
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ve de l'immutabilité de l'Eglise elle-même, selon cette parole de saint Ignace d'Antioche : Jésus est la pensée de son Père et les évêques répandus dans le monde sont la pensée de Jésus-Christ.
Un autre caractère essentiel et très spécial de la succession apostolique, c'est de n'être restreinte par aucune linrite d’espace ou de temps, mais d’embrasser tous les peuples et tous les siècles. Elle est universelle, Permanente et perpétuelle.
Dispersez-vous par toute la terre, dit le Christ à ses apôtres, enseignez toutes les nations, prêchez l’évangile à toute créature (**). C'était créer, dans sa racine ellemême, l'extension sans bornes d'un pontificat dont les pouvoirs et les fonctions üevaient, dans la pensée du Sauveur, atteindre toutes les âmes rachetées, et couvrir de leur action bienfaisante l'humanité toute entière. Le grain de sénevé allait croître, divinement arrosé du sang rédempteur, pour devenir cet arbre immense dont les branches s'étendent de toute part, offrant à tous la protection et le salut. Elargis la base de tes tentes, avait dit le prophète, étends le plus que tu pourras les toiles qui la couvrent, fais-en les cordages plus longs et les pieux mieux affermis. Tu t'étendras à droite et à gauche, ta postérité aura les nations pour héritage, et elle habitera les villes jusqu'alors privées de tes bienfaits (*). Et l'apôtre pouvait déjà dire de son temps :
(*) Mare, xvi, 15.
(#) Isaïe, LIV, 2, 3,
la vérité de l'Evangile est parvenue jusqu’à vous, comme elle est aussi répandue dans tout le monde, où elle fructifie et croît ainsi qu’elle a fait parmi vous, depuis le jour où vous l’avez entendue (:).
Forte du commandement de son Maitre, l’Eglise, par la succession épiscopale, continuant l'oeuvre des premiers disciples, déborde toutes les frontières et va partout étendre les ramifications d’un ministère qui porte avec lui la lumière et la vie. D'un pôle à l’autre, de l’orient à l'occident, il n’est aucune contrée, aucune tribu qui ne soit atteinte dans l'intention divine par l'action mystérieuse de l’apostolat catholique.
Et ceci durera jusqu’à la fin des temps. Le ciel et la terre passeront, mais aucune de mes paroles ne passera (*°) : c’est en ces termes que le Christ avait d’abord affirmé la perpétuité de son oeuvre. Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles (*) : n’était-ce pas promettre en un langage très clair la survivance apostolique avee celle du Sauveur lui-même ? Fe prophète avait déjà prédit ce règne spirituel qui ne devait connaître aueune fin (7). Ce n’est donc pas sur une base fragile, susceptible d’être éb:2nlée ou renversée par les événements imprévus qui font crouler les trônes où détruisent les empires, que s'élève la cité
(*) Coll. 1, 6.
(*) Matth., xx1v, 35.
(*) Matth., xxviir, 20,
(*) Lue, 1, 32,
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