‹ La succession au trône de TurquieChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Lrs Fait».

SOMMAIRE. — Le démenti, ffistarique du jnvjiet. Mi' valités à la S. I^orte. Essad Pa^ha et Mahmcmd Pacha ; ce dernier Vemporte; il se crée des complices : Namik Pachaj Riza Packa, etô. Mot'fs de ses àésitatimis. Il recourt à la farce; pian arrêté.

Non, répond la Sublinae-Porte , nous n'avons jamais songé à tant de mal ; < le projet q^ue vous élevez à la hauteur d'une question politique des plus

graves n'existe que dans rimagination de ceux qui en colportent la nouvelle. > Non, répondent le Grand-Vizir et le Ministre des affaires étrangères aux représentants des puissances, non, il n'est nullement question de modifier Tordre de succession en vigueur. Ils vont même quelquefois jusqu'à dire qu'il n'en saurait être question dans des conversations diplomatiques sérieuses {sic).

Ah ! si ces négations avaient été publiées dans le Tdqvimr-Vakaij le seul journal officiel de l'empire ottoman, si elles avaient été publiées par la Turquie sous forme de Communiqué ^ si elles pouvaient être considérées comme une preuve de résipiscence de la part du Gouvernement de la Sublime-Porte et rassurer l'opinion quant à l'avenir du moins, nous ne chicanerions pas sur les termes, nous ne croirions pas devoir à notre dignité de justifier nos inquiétudes quant au passé, il nous suffirait la satisfaction d'avoir converti les Pachas à notre thèse, et la gloire d'avoir empêché un désastre en le dévoilant, comme nous l'avons fait : devant les ambassadeurs, devant l'opinion publique, notre honneur ne serait nullement atteint par cette forme de démenti qu'aurait, dans ce cas, employé le Gouvernement pour masquer sa retraite.

Malheureusement, ce n'est pas le cas : le journal officiel et tous les autres journaux en langue turque ( 1 ) continuent à se taire ; la retraite dont la Turquie a été le seul organe n'est qu'une retraite simulée, le Gouvernement a reculé pour mieux sauter. Tout ce qui se passe depuis lors dans cet ordre de choses, tant en actions qu'en paroles, nous prouve que le Gouvernement n'est nullement converti encore. Loin de là. Il continue d'agir, de préparer de toutes façons l'exécution de ce projet favori. Nous Talions prouver tout à l'heure ; nous allons raconter tout ce qui a fait naître le bruit que nous n'avons pas imaginé, que nous avons au contraire trouvé dans toute son intensité quand nous sommes revenu à Constantinople, vers la fin du mois d'avril, après une absence de près de trois mois ; nous allons

(1) De tous les joumaus indigènes, deux seulement ont fait mention du projet à la suite de Teatreâlet semi-ofûoiel de Iq, Tvrquie, c*est le Courrier d* Orient et V Impartial de Smyrne» Voici en quels termes le Covrrier d'Orient commente la déclaration de son confrère :

« Cette déclaration était nécessaire ; car la nouvelle était si accréditée que, même après la note de la Tvrquie, le public s*obstinera à penser, non pas que le projet existe, mais qu'il a existé.

« Puisque la Turquie est autorisée à déclarer que ce projet est imaginaire, nous pouvons dire sans blesser personne, que ceux qui feraient la folie de le concevoir se rompraient le cou dans l'exécution. »

Le Courrier d'Orient et Vlmpartial se publient en langue française Vlhretf seul de tous les journau:; turcs, a reproduit le démenti de la Turquie diaprés la Turquie, sans autre commentaire ; il a été, quelques jours après, suspendu pour quatre mois, et ses principaux rédacteurs pni été éloignés de la Capitale et forcés sous menace d*exil d^accepter des fonctions en province.

nmnier tout oe qm s'est fiât ai l^oaneHr de ce fMrt^avant et «prèsle dânenti ; nous àHoiis exposer ks beaux ai^umeuts sur lesqoelsla flatterie, l'ignoranoa» I^égoîsme et la préBomption étajent leurs tiéstes combinaisoos.

DQaBS TcHrdre éas fûts, nous denus rendre cèùe jmakm au ikuud-Vixnr àfathmottd nriia^ oe b^bbI IMS lui qui a invosté ee pbn« œu^est pn lui qui 1^ nsanoité des tâoébns où^ ecHiioiu peut-être pur âaK ftdia. Fùstoi Ptete luTalt lassaéio-lw. Nds^ Mihnicwt ftrJMi u'est p«is le premkr coopuhie. uiaj» il a au un premier lort^ celui dl»iœr de la <kwr^ et li^ Aali BK£ia» «as rîaa a^Docr dans aon passée dbtts sou caraccère. >ian3 soa izscracdoti* qui ju.^» l^tS2:jceer an wsp«t -ie 3» ccLègnes. qui p(;;^ââ^ ;.^:.MC lie càcix c:jl Sif^^rr ^cicé »r lui de îM^?î]^t«5C^ à tCHis^ >» aflicwa esuiiàiss iKouMes

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rarehie ôttrautae le même rang ^H*oocape M. de Moltlte datts l'armée pras^enne ; ifl avait été ohoisi pffl* feu Aali î^uîha pour compliiaïeirter l'Empereur Guillaume au nom du Sultan ; à «on wstour de Berlia, il fut nommé Mni«tre<de la Guerre. E^md Pacha ooaaStiiraa d'être ibiea en «our, ne revenaît-ll pas de BerliED, te i»^e dfe la fowe ? Éssad 5Fadha vouM^ftre Otrand^-V^itir à ia place 'de Mahmoud Pacha. C'est \m qm^ pour enquérir ce titre taiït umhitioimé, fit reuftltre te pï^oj^ de porter un jour au trône le fils Al Smltan aux «dépens de l'héritier légitime, son ttevea Msrad EflBa^i . Il trouva au Palais -des oreîïles iMiwbtes, sa faveur augmente visiWêfment, te jem[ïe prmoe ^étalt ^oontiîitïéllement arec Itd, la inère du S«i4eiû •€* oèHfe du ptmcè Im disaient ^on atîcueiî, l^Oûi^raieftt de leur protection «après tle leur Miguste ftls «it maSlbte ; la flaveur ^lalt croissant, il éteit ^piestiôn 4e îm ^onawr une princesse potrr épouse, il allait recevoir les sceaux de l'Etat. Mais, Mflkttftoaâ Paèlm ne tarda pas à être infbrmê du dUDttgeri(pieoourait«on'vérirat. Or, il avait 4e puissantes raîscois de vouloir rester à son poste; il voulait conserver les émoluments et les autres avantnges qui y sont attachés, (car les réductions d'appointemtente n'étaient ordonnées que pour les autres) ; il voulait surtout s'épargner les douleurs de l'exil, dent îl avait rouvert le dhemin aux fonotioanûres tombés en disgrâce. Pour ces raisons

évidentes et pour d'autres moins aisées à dire en toutes lettres, Mahmoud Pacha voulait rester Grand- Vizir, et il le resta, évinçant son rival, accaparant pour lui-même les premiers nœuds de l'intrigue. Essad Pacha s'en va donc expier son ambition à Sivas comme administrateur de la province, et Mahmoud Pacha reste Grand-Vizir, exécuteur volontaire •des œuvres de son concurrent. C'était au commencement de février. Depuis lors, le Grand-Vizir est inexpugnable dans son poste, comme dans les bonnes grâces de Sa Majesté et de la Sultane-Validé ; reconnaissons qu'il a tout fait pour s'en rendre digne, car il n'a pas un instant perdu de vue ni les causes de sa première faiblesse, ni les éléments de sa nouvelle garantie. Tous ses efforts tendirent simultanément au but de combattre ses rivaux de la Sublime Porte, d'améliorer ses éléments de crédit au Palais,, et il sut faire l'un et l'autre, sans nullement partager ses actes, ce qui dénote d'une rare habileté. Ainsi, il tire de la retraite le vieux Namik Pacha, le fait nommer Président du Conseil d'Etat. Namik Pacha s'inclinant devant la supériorité de Mahmoud Pacha, n'est-ce pas faire rentrer dans l'ombre les petites rivalités qui auparavant avaient osé s'élever contre son autorité? D'un autre côté, Namik Pacha est populaire parmi les fanatiques, sa haine pour l'étranger ne laisse point de doute, et on le sait très-attaché aux prescriptions religieuses. Attacher un tel homme à

son char, c'était grandir de toute une popularité absente, c'était assurer le concours des plus dévots au projet adopté de proclamer héritier du trône le prince Yussuf-Izeddin. La conquête deNamik Pacha, sa personnalité engagée dans ce compjot de palais, ne suffisaient cependant pas pour calmer les appréhensions du Grand- Vizir : ayant avec lui et sous ses ordres Namik et les fanatiques, il voulait avoir aussi des amis dans les autres camps, les intéresser à sa conservation, prévenir leur opposition redoutée. Riza Pacha, ministre de la guerre et favori du feu Sultan, vit dans la retraite depuis l'avènement du Sultan actuel ; retraite bien tourmentée au début ; exilé à Konièh, interné à Smyme, Riza Pacha n'était rentré à son Yali de Kadi-Keui que sur l'intervention heureuse de la France et de l'Angleterre. Depuis lors, il vit dans la retraite, une retraite dorée, jouissant de sa vaste fortune et d'une grande popularité. 11 peut à juste titre être considéré comme attaché par la reconnaisance aux enfants d'Abdul- Medjid son bienfaiteur. Donc il faut l'en détacher, se dit le Grand-Vizir, et Riza Pacha est invité à venir au Palais, le Sultan le reçoit en audience privée, le comble d'amabilités, et le même jour, comme marque de la faveur impériale, il reçoit communication d'un Iradè augmentant de 25,000 piastres par mois sa pension de retraite.

Namik conquis, Riza acheté, Mahmoud Pacha se

tourne vers la jeoûMsôy YBtê IM membres Aë cette jeune Twrquie dont l'agitation avait rempli d'auMN tume les dernières années de Foad Pacha et d'AaIi Pacha. Cette jeunesse est ooftiblée de prëVândaéés de la part du Orand^Vi^iT) tel rentre aux fonetions publiques, UA autre, il lui est offert d'y r^^r^ des promesses sont fiâtes à un troisième, un quatrième et les autres reçoivent des compliments pour levir talent, sans compter les invitations à la table vinrielle, et les nominations à des anplols en province sous menace d'exil.

Fort des alliances qu'il avait conl^raeMes dans tous les camps, ayant en outre et de toutes façons écarté ou éloigné les élémentscontiraires ou suspects, Mahmoud Pacha se crut arrivé au succès. Le besoin de clarté nous force de séparer en deux l'histcnre des préparati& qui se consonmiaient simultanânent ; nous venons de raconter les prindpaux ftdts d'ordre matérid, nous raconterons plus loin les efforts d'ordre moral qui ont été tentés pour préparer la promulgation du nouvel ordre de succession. Dès & présent cependant, nous devons dire que le résumé de ces efforts n'a pas été assez satisftôsant, pour qu'on osât bmsqnw la situation. On se décida àoùc à procéder par tâtonnements, à préparer par des pas

su<^C6S8i£3 une T(»e sûre à la réalisation du projet. Des difficultés seront à craindre, on le sait ; au lieu d'en tenir compte pour s'arrêter, on prend les mesures pour les combattre. On est ainsi arriva à une nouvelle série de faits que nous allons résumer pour achever ce chapitre.

C'est à la force qu'il faudra peut*être recourir pour faire taire l'opposition dont on a eu comme un avant-goût; on continue donc, en se rendant les forces favorables : les forces, c'est l'armée. Déjà on a deux anciens séraskiers, Namik et Riza, sur lesquels on croit pouvoir compter ; malgré cela, il ne vaudrait que mieux si l'armée elle-même était gagnée à la cause de Yussuf-Izeddin. Ce prince, âgé de 15 ans, est donc élevé au rang de Muchir, il est nommé général du 4® corps d'armée, il est institué commandant de la Garde Impériale et de la garnison de la Capitale. Dans quelques jours nous lé nommerons Séraskier, nous lui donnerons pour coadjuteur Riza Pacha aimé de la troupe, ou préférablement encore Namik Pacha plus solide contre les étrangers et plus libre à l'égard de Murad EflFendi. Déjà tout est décidé, on ne doute plus du succès ; on en doute si peu qu'on se fâche contre le roi Victor Emmanuel qui envoie l'ordre de l'Annonciade au prince-héritier d'Egypte, et non tout d'abord à Yussuf-Izeddin, l'héritier Impérial in petto. Du Seraskiérat, se diton, il ne lui sera pas difficile d'arriver au trône, im-

prudent celui qui voudra lui barrer le chemin : Tarmée sera avec lui, Tannée, dont on cherche à enlacer les chefs dans cette conjuration contre Tordre établi. Quant aux simples soldats, Essad Pacha avait déjà commencé à leur donner carte blanche, et à laisser impunis leurs actes de violence contre les passants, leurs insolences contre les dames franques.

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