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CHAPITRE VIII

Les MancDOTrcs»

SOMMAIRE. — Eloges du Padischak. Calomnies contre Vîiéintier jprésom'ptif. Tentative de jpetitionnenient. Echec. Théorie du fait accompli. Promulgation fixée au 25 Juin. Nomination au Séraskiérat le lèjuiny Pétitionnement sur papier blanc. La diplomatie donne signe de vie. Sagesse d'tm astrologue. Ajowmem^ewt.

Il est, réjpétous-le, infiniment regrettable que le besoin de clarté nous force de scinder notre récit, de raconter à part les manœuvres d'un autre ordre qui ont donné leur véritable portée aux faits rapportés ci-dessus, et sans lesquels le retour de Namik Paclia aux affaires n'aurait acquis d'autre signification que celle d'un auguste caprice. Le Sultan eût pu combler de ses faveurs le héros de Djeddah, et compléter aux dépens du Trésor si riche la fortune de Riza Pacha , le prince Yussuf-Izeddin et son frère Mahmoud-Djelal-Eddin eussent pu jouer avec des soldats en chair et en os à l'âge où d'autres enfants s'amusent avec des soldats de plomb et des cavaliers de carton ; ils eussent pu s'exercer à commander avant d'avoir appris a obéir : tout cela et d'autres

choses encore que nous omettons pour ne pas prolonger inutilement notre travail, tout cela eût passé inaperçu et sans causer le moindre ëtonnement dans la Capitale accoutumée à voir et à entendre avec indifférence des choses plus sérieuses encore. Ce sont les préparatifs d'ordre moral qui, se croisant avec les- faits, auraient suffi pour dévoiler aux yeux du public tout le tissu de Tentreprise qui se tramait entre le Palais et le Vézirat, si même les murailles de Dolma*Baghtchè n'avaient point d'oreilles. Dans les parvis des Mosquées, dans certains cafés de Divan-Yolou et de Cheïkh-Zadè-Bachi, à Scutari comme à Cassim-Pacha, on pouvait entendre chanter réloge des bienfaits de l'administration ; à ces éloges se mêlaient le dénigrement, l'injure, la calomnie contre le prince Murad Effendi; plaise au ciel, c'était le refirain ordinaire, de prolonger les jours de notre Padischah ! Il faudrait attendre longtemps avant de trouver un Turc assez peu intelligent des soins de son salut ici-bas pour ne pas s'associer à ces sortes de manifestations. Aussi les calomnies et les éloges restaient sans réplique ; aussd les voeux irouvaient^Is de l'écho, jusqu^à ce qu'un jour, avec plus de zèle que d'adresse, éloges et vceox dussent recevoir un corps sous fonne de pétitions au Sultan, suppliant Sa Msgesté qu'Elle daignât prévenir le retour des eabmitœ passées et continuer au pays ks traditioiis de aoa jgggtiiox ràg^ de proqpârité.

Le lecteur étranger qui n'apprend œs afissements que par notre récit, observera sans doute qu'on alla vite en besogne j c'est ici qu'il devra placer dans Tordre chronologique le recours à la force. Quand cette manifestation avait trouvé moins d'écho qug les satisfactions platoniques, quand le clergé, l'armée et Vesnafj tous musulmans, avaient refusé d'apposer leurs cachets sur ces feuilles où la flatterie se résolvait m impiété, quand on avait constaté que le nom de Namik lui-même ne suffisait pas pour entraîner les bons musulmans^ c'est alors que les fauteurs de l'entreprise décidèrent d'amener à eux la force, de rattacher l'armée à leur succès. Enfants dégénérés de glorieux ancêtres, ils songèrent à concilier à l'intrigue et à la corruption le prix que les premiers musulmans attachèrent à la gloire des armes : Yussuf-^Izeddin, se dirent-ils, reconnu Sultan par l'armée de la capitale, sera calife aussi légitime que Moaviyé !•% le vainqueur d'Ali, et le fait une fois consommé^ l'usurpation sera légitime aux yeux des plufi dévOts*

La vox populi a donc, grâce à ces manoeuvres, interprété de cette façon l'élévation du petit prince au Muûhirat, m> nominatiot au rang de général du 4* corps d'armée et de coïnroandant de la Garde Im-

périale. Aux yeux de la nation musulmane, ce n'est plus un jeu d'enfants; la partie devient sérieuse, l'agitation naît et grandit rapidement, elle s'étend dans tous les rangs de la société ; les bureaux de la •Porte, comme les Tekkès des derviches, comme la Bourse de Galata, s'en occupent, et l'auteur a cru le moment venu où il est nécessaire de consigner par écrit l'état de l'opinion sur cette matière, car partout le 25 juin, anniversaire de l'avènement d'Abdul- Aziz, était fixé pour la solennelle promulgation en présen,ce du corps diplomatique réuni dans la salle du Trône.

Et les préparatifs allaient leur train : le 16 juin, un Iradé nommé* Yussuf-Izeddin ministre de la guerre; Namik Pacha est institué pour coadjuteur. Grandes fêtes au palais, grande agitation dans Stamboul. Les inquiétudes pour le 25 redoublaient, les négations de Server Pacha n'y pouvaient rien.

Le Munedjim-Bdchij premier astrologue du Sultan , plus sensé cette fois que toute la Cour, fit ajourner à une constellation plus propice l'exécution de cet Iradé, et simultanément des hommes déjà connus renouvelèrei\t dans le clergé, dans l'armée et dans VEsnaf leur récolte de cachets sur des feuilles blanches, mais ils la renouvelèrent avec le même insuccès, et, pour ne pas avouer leur échec, ils se contentèrent de rapporter au Grand-Vizir une adresse par laquelle les chefs des corporations re-

mercient et félicitent Sa Majesté de Theureuse solution donnée aux négociations avec le baron de Hirsch ! ! ! Pendant ce temps, le corps diplomatique devint, lui aussi, de plus en plus pressant auprès du Grand -Vizir et du Ministre des affaires étrangères. Grâce à l'astrologue, grâce à la fermeté des notables înusulmans, grâce aussi à quelques Représentants étrangers, le 25 juin a passé sans mettre le feu aux poudres.

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