CHAPITRE VI
Conséquences ( suite et fin)
SOMMAIRE. — Nouveau sourire. Puissance de Vidée religieuse. Exorde du Hatti Chérif de CMkhané. J)ifj[érence de style dans le EattirHoumdioun. Fanatisme. Maanme d^A Mul-Medjid. Cela ne se fera pas! Le^ghiaour responsable. Sultan ghioûur. Sus au ghiaour.
Ici, nouveau sourire ; non pas à Stamboul, mais autre part et tout aussi peu réfléchi ; cette fois, ce n'est pas un sourire d'incrédulité, il indique, au contraire, la joie, l'espérance. Là où nous le voyons, il dénote même l'impatience. Là, on veut bien nous croire, à nous et à nos prophéties, on fait presque des vœux pour leur prompt accomplissement, et cette cause devant ou pouvant produire cet efiet, on regrette presque de ne rien pouvoir pour augmenter l'influence de la StUtane^-Vaiidê et autres, pour hâter la promulgation de la nouvelle loi de succession.
Calmez vos transports, ô ghiaours, recueillezvous, et observez comment, selon toute logique,
VOUS seriez les premières victimes de l'acte qui se prépare au Palais ; la loi qui porterait atteinte à la dignité du Califat serait tout d'abord votre propre condamnation.
Lisons l'histoire de l'Empire Ottoman, depuis ses origines musulmanes et nationales, et constatons l'autorité et l'influence de l'idée religieuse qui la parcourt d'un bout à l'autre. C'est sous ses auspices que les premiers fidèles sont allés à la conquête du monde ; c'est forte de la force religieuse qui animait ses sujets et ses janissaires que la race d'Osman a étendu ses conquêtes en Europe, en Asie et en Afrique ; c'est aussi la cohésion de la force religieuse qui a consacré ces conquêtes à travers . une ère de faiblesse matérielle à nulle autre pareille. Au nom à^ Allah, on a conclu la paix ; au nom du Coran, on a rompu le traité.
L'administration première de ces conquêtes est j
calquée sur le Coran ; les mesures administratives ordonnées par les Sultans s'appuient sur l'autorité du texte sacré, invoquant le salut de l'Empire des Fidèles. On se rappelle l'exorde du Hatti-Chérif de Gul-Khanè, attribuant les malheurs publics < à la soecessîon de^ oa/uses diverses qui ont fait qu'on a cessé d€> se. oonfoirmw aai coda sacré des lois et aux.
règlemeats qui en découlât, » invoquant eax faveur des institutions nouvelles « le secours du Très-Haut et l'intercession du Prophète. >
Quelle différence d'avec l'exorde du Hattir^k&umaiouHj ne visant que la protection des intérêts matériels ! Comme on reconnaît bien là l'origine ( 1 ) de la première rédaction de ce document, et combien d'observations ne pourrait-on fonder sur cette absence de l'idée religieuse dans la Turquie officielle de nos jours ! Mais cette digression ne nous est pas permise^ Restons à notre sujet actuel, et constatoas en résumé le fait acquis de la Religion présidant à tous les actes de l'Autorité, même parfois à ses actes les plus blâmables : c'est que telle est l'influence des idées religieuses sur la masse des Fidèles. Eux aussi, l'histoire nous les montre agissant toujours au nom de la religion, au nom du Coran. La charte constitutionnelle, autrement dit, la religion est violée 1 aux armes ! à mort le Vizir, à mort le Séraskier 1 à bas, à mort le Sultan ! s'écriaient les Janissaires, ces éternels défenseurs de la Foi sur les champs de bataille de l'Europe et dans les couloirs du Sérail. Eux aussi ont parfois détourné la force qu'ils empruntaiOTit à l'idée religieuse pour des buts indignes de ce noble drapeau. Gouvernants et gouvernés n'ont aucun rq^xroohe à se faire sous, ce rapport, les uns
(1) Voir rhistorique de cette rédaction dans : Etudes pratiques sur la question d*0rknt, pages 16 et suivantes.
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Ce» 5$e»t:rriÉe!at8 sont TÎvaces dans Tesprit public i^^mm Ua MnmlmsûM. Ceux qni en dontaraîent n'ani%ï^l ^|n*â cf/nrer^er. comme nous le faisons depuis plriw^jf» ^u)née$(. comme nous TaTons feit notamfMDt peufhmt ces derniers jours, avec les Turcs de âhene» clasues todale»; ils ent^idraient peut-être ^iwftîr de plus d^un coott cette objui^tion profonde : ien hcU$ impériaux ne font plus mention du Prophète^ 1^^ Sultan n^est-il donc plus Musulman? Us enifmâTHieni Topinion avec laquelle les Musulmans de UmU*y dame accueilleraient la loi de primogéniture, il/* verraient le Afo'^^dA, leSofla, le Derviche^ le soldat et le mancauvre, tous, résumer leur impression par c^ mots : € Oladjak chéi dfil, Cela ne se fera pauf > prononcés avec un soulèvement de poitrine, un grincement de dents et un regard propres à
épouvanter. A quels excès ne se livrerait pas 6e fanatisme religieux, poussé à son 'plus haut degré d'exaltation par une loi et une pratiqué si contraires à l'opinion des masses ! Tous les éléments contenus par le seul respect du Calife, se déchaîneront, tireront vengeance, et... Vous souriez. Chrétiens ambitieux, vous croyez proche la fin du régime turc 1 Frémissez plutôt, vous tous, Ghiaours indigènes? noustous, Ghiaours étrangers, frémissons, car nous subirons ensemble les premiers coups de la religion outragée, car c'est nous, notre exemple, notre influence, qu'on accusera de tout le mal ! La haine populaire est prompte, elle ne raisonne pas toujours, elle a sa logique à elle qui la dirige, elle se guide et se laisse guider par un mot, et ce mot sera : « Ghiaour, » Qu'on se rappelle de quelle imprécation la dévotion turque a coutume de poursuivre les ministres qui ont perda leur popularité : ce souffles auteurs directs de tout le mal, on les qualifie de Ghiaours. Et ce terme de Ghiaour sera d'autant plus sûrement le mot d'exécration, le terme de ralliement, que c'est à l'affluence et à l'influence des idées occidentales que les Musulmans voudront attribuer ce suicide du Califat. Depuis quand, en efiet, le changement de l'ordre de succession vient-il périodiquement agiter les consciences et menacer de rompre la tradition la plus sacrée? C'est depuis Réchid-Pacha prospérant à l'abri de l'influence an-
gjaise^ d^NHS Foad-PKha ei Aao-fîKha abonort à leur pn^ de llxiâii£nce fisaDcaîseu depuis 1856 ac lIsfliiflBCB earopéeDDe; dépôts 185r> amtoiit où le sonreiur da Pn^hète ei de soq C<»ib aécé bmiii da style otBàtei pour n' j phis re&trer depuis kxs. Ré* dud a été Ghiaour, Aali €t Fnad ont âé manditB par la foule oonune Ghiaours; Ghiacwr sna oetle fois encore le mot de rindignation popabôra:
Ghiacur, le Sahan Azîx; GtnacwTj le prince Yussof; cooroQs SOS aox (r^ViMir^, et de la Capitale aux extrâoûtés de l^Empke, ce ai se rqiét»a : sua aux Ghiaours! Et alors, sous le souffle des amliitiiaix intrigants, sur les excitations des méountents de la vaille et des mëcontants du lendemain, les basses passions de vol et de pillage ne manqueront pas de d^oyer, elles aussi, elles surtout, le drapeau de la religion* Anardiie au Palais, guerre civile dans les Villes, désordre partout, meurtre et pUlage seront à Tordre du joiir, pendant que les ambitieux du Croissant et les ambitieux de la Croix ^ disputeront les lambeaux de la patrie commune.
Prétmdus défenseurs des iiitér^ ill^timeadu prince Yuflsuf-Izeddin , finix patriotes et ogouÉes ambitieux, est-ce là le but que vous poursuivez en fomentant ou en ratretenant dans Tesprit du Sultan un projet aussi destructeur pour lui, pour vous, pour tous?