‹ La succession ChavanetChapitre 12 sur 12 · LENVEHS ET L'ENDROIT DE LA VIE PARISIENNE · texte numérisé non relu

LENVEHS ET L'ENDROIT DE LA VIE PARISIENNE

Chavanet prit sur une table chargée de papiers une feuille timbrée couverte d'une écriture fine et serrée, et, ]a présentant à sa femme avec une plume, en lui désignant du doigt la place où elle devait mettre son nom :

— C'est là, chère amie, dit-il.

Hélène tenait la plume. Elle allait obéir, lorsque tout h coup, arrêtée par un pre^son liment, elle répondit ;

— Me permettrez-vous (Se lire!

Chavanet fit la grimace.

— Ce sera bien long.

— .1'.' m: puis pourtant situer sans savoir île quoi il

Et elle parcourut rapidement le papier que Chavanet lui avait remis. C'était un acte par lequel elle l'autorisait ;> vendre ou h aliéner ses propriétés.

— Je ne puis signer, dit Hélène en repoussant la

— Pourquoi donc, je vous prie?

— Parce que vous mu demandez de me dépouiller de ce que vous m'avez donné vous-même.

Chavanet essaya de rester calme.

— Vous vous méprenez, mon amie, sur la signification de ce qu'on \o:is demande. Vous ignorez sd ris doute, ou vous n'jgnorez pas, que, dans ces derniers Imnns, j'ai suie do portos d'argent considérables.

— C'est aujourd'hui que je l'apprends, répondit Hélène. Jamais votre confiance en moi n'est allée jusqu'à m'entretenir de vos affaires.

Que ce fût un reproche ou la constatation d'un fait, Chavanet lé ni t. de n'avoir pas compris, et il continua :

— J'ai été quelque peu éprouvé, et ce n'est, qu'aux plus grands efforts que j'ai dû jusqu'ici mon salut. Je

2Si!

n'ai plus qu'un moment difficile à traverser. A la fin du mois, dans quelques jours, je dois faire des payements considérables pour lesquels j'ai besoin d'un million. Si je paye, je suis sauvé, car c'est à cette échéance que mes ennemis m'ailcndent, et la confiance me reviendra le jour où je les aurai confondus. Ai-je eu tort de penser que vous m'aideriez à trouver le million dont j'ai besoin, en mémorisant à laisser prendre hypothèque sur ie château (îeBournay qui vous appartient?

Tandis que Chavanet appreuaii :i Hélène des nouvelles dont jusqu'à ce moment, elle n'avait pas connu le premier mot, une question s'était posée dans l'esprit de la jeune femme, qu'elle traduisit immédiatement à son mari.

— Comment, dit-elle, avez-vous pu, dans l'étal où sont vos affaires, vous décider à donner une féte qui vous serait cruellement reprochée, si vous n'échappiez pas à la catastrophe qui vous menace ?

— Eh ! ma chère, c'est un moyen de tromper les gens sur ma situation. Comment voulez-vous que ceux qui ont dansé et soupe ici cette nuit se délient de moi? Ils doivent se dire, au contraire : Ce Chavanet a les reins solides. Su position a été compromise; mats il a su se tirer d'affaire.

Hélène fit un geste qui exprimait son mépris pour de semblables moyens.

— Voilà ce qu'ils disent et ce qu'ils pensent, reprit Chavanet, et ils n'ont pas tort; car, avec le million que je vais pouvoir emprunter, grâce à vous, je serai sauvé.

— Malheureusement . répondit froidement Hélène, je ne signerai pas cette autorisation. Je ne veux pas aliéner Bournay.

Chavanet regarda sa femme comme s'il ne la comprenait pas. Elle s'expliqua mieux.

— Je îvfusL' de vous obéir, non certes que je veuille

le faire. Rapprl^-vi'is, mouleur, 1rs conditions dans lesquelles vous m'avez épousée. Vous savez très-bien que je n'ai consenti à vous accorder ma main que paire que je conservais par là, à mon père, le cliàteau de sa famille, et à ma mère l'opulence dans laquelle elle a toujours vécu, .l'ai i]cui; payé Hinirnay el je l'ai payé de ma personne, île mon avenir, de mou bonheur. Ne trouve/ pas étonnant que je refuse aujourd'hui de compromettre mi propriété qui me coûte si cher.

— Mais, c'est ma ruine ! s'écria Cbavanet.

— Vous m'en voyez désespérée; mais, sache/ que miné, si vous l'êtes jamais, vous trouverez à liouniay l'hospitalité, le repos. Cette terre me donne un revenu qui nous permettrait d'y vivre tous et je ne vous à aucun prix l'aliéner. Si un jour, après avoir eu la faiblesse de vous écouter, j'étais obligée d'en faire sortir mes parents, d'en sortir moi-même, où irions-nous? Que deviendraient ces deux vieillards dont j'ai voulu, par mon mariage, assurer le repos, et en quoi cela m'aurait-il servi de vous avoir épousé?

Chavanet n'eu revenait pas. H n'avait pas supposé un scid instant que sa femme lui opposerait une résolution

de ce que j'ai fait pour vous, s'écria-t-il. Vous n'aviez pas de fortune, vos parents étaient ruinés. Je vous ai Ions sauvés!...

Hélène ne put contenir son indignation, et c'est à ee iiionieiit ipi", <i;>;is h 1 Ijiinl.iir, r-iis-ir.is - ■■ i .'veilla.

— Ce que vous avez fait pour moi ! Vous osez en parler! Mais, n'est-ce pas en quelque sorte par surprise que ma main est tombée dans la vôtre? Ne savez-vous pas tout

ii sacrifié? Ne vous a nis pas et que je ne il-ré celle, deelarali

-je pas averti que

jamais? Si

i, vous avez voulu imbition y trouvait :onnaissancc à vous :ncz froidement me ce n'est qu'alin de

forcer m:

douté, c'est qi

.pie. J,

donc a tout qi

réiilerquc je m,- suis Me h vous.

Elle lit une pause, puis elle reprit :

— Je ne signerai rien. Il n'y a entre nous ni amour ni confiance, et après le sacrifice de ma liberlé, rien ne nie dicte celui que vous r\i;;ez. Je refuse ilonc île l'accomplir. Je le refuse pour moi-même, pour mes parents, et aussi un peu pour vous, l'ius tard, vous me remercierez, car vous trouverez à ISournay un refuge contre les orages qui vous menacent.

Cliavnncl ma reluit à ^ramls pas, silencieux et sombre.

— Vous ne comprenez donc pas, dit-il d'une voix que la colère faisait trembler, que si je n'ai pas un million d'ici h quelques jours, je suis perdu!

Il était horrible à voir. Mais Hélène n'abandonna rien de sa fermeté :

— Vous m'avez reconnu lors o*e mon mariage, avec la propriété de Bonrnay, un capital de cinq cent mille francs, répondit-elle; cette somme que je n'ai j-miais touchée , je vous l'abandonne, disposez-en. Vous m'avez donné des diamants, reprenez- les, ceux-ci, ceux qui sont chez moi. Faites ressource de tout ce qui m'appartient, sauf de Itoumay. C'est la seule chose que je veuille conserver et sur laquelle je ne vous accorderai aucun droit.

En parlant ainsi, Hélène détachait les boucles qui ornaient ses oreilles, et le collier qui brillait autour de son cou. Elle fil tomber sur la table les perles fines qui dan-

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snient dans ses cheveux. Elle arracha ses bracelets, ses broches, et, jetant le tout devant son mari :

— Prenez, monsieur. Je comprends maintenant le senlimeni qui vous avait porté à ni'olli'ir tes bijoux. Vous vouliez éblouir vos invités par l'élnhlge de vos richesses, et c'est ma personne que vous avez choisie pour complice?...

Cliavane-t l'interrompit :

— Vous êtes folle. Je vous fais des présents qui rendent toutes les femmes jalouses do vous et vous me les reproi.hi'/ 1 .ii 1 vous <ii : iiurji!i.' un servie!' que je i-ourrais ("ii^er, vous me îe refuser ! Vous croyez faire beaucoup en renonçant h une (loi i]m! n'existe que sur le papier et que je ne pourrai vous payer jamais, si je succombe ; en me faisant don de vos ili nnnnls ipii ne sont pas encore payés et que je rendrai demain matin h celui qui me les a vendus. Ce sont là des enfantillages. Il n'y ;i qu'une chose dont je puisse l'aire do l'ai^vot, ioitnédialenient et en qiumiilé suffisante : c'est Buurnay. Voulez-vous signer celle pièce ï

— Je vous ai déjà dit mon sentiment à cet égard et je n'ai plus rien à faire ici.

En prononçai)! ces mois, Hélène se dirigea vers la porte opposée à celle par laquelle elle était entrée. C'était le chemin de sa chambre. Chavanct se précipita audevant d'elle et lui barra le passage.

— Et vous croyez, s'écria-t-il, que les choses se [lasseront ainsi ? Vous ne me connaissez guère.

Kn mémo temps, il .saisii brutalement le poignet de sa femme, la ramena de force vers la table, cl, lui présentant de nouveau la plume :

— 11 faut signer.

— Jamais.

28* LA SUCCIÎSS10S CHAVANET

— Nous verrons bien !

Et le misérable étreignit le beau liras d'Hélène avec une telle force, nue ses doigts se dessinèrent sur cette ebair blanche et ferme en traces rouges. Elle renversa son corps en arrière, se raidit dans un effort suprême et répéta :

— Jamais! vous me tuorez plulôt.

Chavanet la repoussa.

— Vous me faîtes pitié, murmura-t-il. Voire faiblesse vous protège.

Il y eut un moment de silence. Hélène le regardait fièremenl, et sous la fixité de ce regard, le sien perdit ipielipie peu de son assurance.

— Vous pouvez vous retirer, dit-il enfin. Maïs votre résistance ne vous portera pas bonheur. La signature que vous refusez de mettre sur ce papier, je la mettrai, moi. Oui, je signerai de votre nom. Oscrez-vous accuser votre

Hélène joignit ses mains et frémit d'horreur. Au même moment, Lîarbassous entra.

— Vous ne l'ère; pas cela, Chavanet; car si votre femme ne vous accusait pas, je vous accuserais. J'ai tout enlemlll !

— Vous étiez là?

— On m'a oublie sous des arbres, reprit Barbassous eu souriant, et je bénis le ciel, puisque ce conire-tenips m'a permis d'assister à celte ignoble scène et d'empêcher un crime.

Chavanet était d'abord demeuré immobile. Mais à ces mots, il bondit de colère, et, s'élançant vers une panoplie d'armes accrochée contre le mur, il y prit un pistolet.

Hélène poussa un cri.

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Barbassous leva les Épaules.

— Allons donc, ne faites pas l'enfant. Ce pistolet n'est pas chargé et la vue d'une arme à feu ne me fait pas peur. Rassurez-vous, madame, il ne me tuera pas.

Ce langage ironique arrêta Chavanet. 11 replaça piteusement le pistolet à Sa place, et, revenant vers Barbassous :

— Vous files donc mon ennemi, Murray! demandât-il.

— Je ne suis pas précisément votre ami.

— Que vous ai-je fait?

A celle question, Barbassous s'avança vers Chavanet.

— C'est donc vrai, vous no m'avez pis encore reconnu. Depuis six semaines, je vis auprès de van-, et mon visage ne vous a encore rien rappelé?

Chavanet, immobile-, retombait sons ses premières impressions. Ii repassai! par les incertitudes qu'il avait subies en se trouvant en face de Murray. D'un mot, ce dernier les dissipa.

— Je suis Barbassous.

Chavanet tressaillit. Son visage se couvrit d'une pâleur mortelle, e! ses lèvres nmimenn'ivril. h trembler, taudis que s'en échappait le nom qu'il venait d'entendre.

Hélène, qui ne comprenait rien à celte scène, avait peur. Mais en même temps, elle lisait dans le regard de Harbassous tant d'honnêteté qu'elle se sentait prête à se confier à lui.

— Dieu m'est témoin, dit alors Harbassous, que, venu d'abord avec le dessein de me venger de mut le ned que vous m'avez fait, j'avais renoncé à user de représailles. Mais je vous jure que si vous essayez de persécuter votre femme ou de porter atteinte à ses intérêts an moyen

288 LA SUCCESSION CHiVVASET

d'une tromperie, tous entendrez encore parler de moi. Hélène se précipita vers lui.

— Vous nif |i:u:/^vi:.'-.', nh:]isi,nu , 1 sYnia-l-i'ile. Moi; mari me tuerait. Je ne veux pas rester ici.

— Soyez sans inquiétude, madame, nous sortirons ensemble.

— Oui, je retournerai à Bournay auprès de mespa-

Pcndant ce court entretien, Chavanel avait repris son sang-froid.

— Vous vous coalisez donc tous contre moi! dit-il. Eli bien, je saurai me défendre. Ah! monsieur Barliassotis, j'aurais dû vous reconnaître plus tôt. Mais il n'y a pas de temps perdu. Criez, menacez, je n'ai pas peur. Dans quelques heures, j'aurai fait mes révélations à la justice. Je crois qu'a ui relu ;s vous ave/ été condamné par la cour d'assises de l'Ardècliu à cinq ans de bagne.

— En effet, pour un crime que je n'avais pas commis, et dont je me suis reconnu nuipabk' alin de sauver celle que j'aimais et que j'aime toujours, celle que vous avez séduite et abandonnée.

— Peu importe ! La justice apprendra de ma bouche que tous êtes rentré en France, et à mon tour je vous tiendrai si bien qu'il vous sera dilicile de vous opposer à

Barbassous ne put retenir un sourire.

— J'avais prévu le cas, dit-il, et j'ai pris mes précautions. A qui l'erez-vous croire qu'il y a quelque chose de commun entre llarbassous et M. Murray, l'agent diplomatique d'un gouvernement éli aniivi '.' An surplus, ajoulat-il, je crois bien que j'ai dans ma poche un acte de décès qui constate que Uarbassous est mort, il y a six mois, à Lausanne.

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Chavanet était atterré. Barbassoas continua : ■

— Vous êtes un infâme coquin et je ne sais pourquoi j'ai pitié de vous. Bénissez votre femme dont la douceur et l'innocence m'ont décidé à vous épargner. Sans clic, vous seriez aujourd'hui déshonoré. Durant votre vie, vous n'avez fait que du mal à ceux qui vous ont connu : à votre première femme, dont vous avez extorqué la succession; à Scrverette, que vous avez attirée dans un piège infâme; à madame elle-même dont vous avez surpris l'honnêteté, et que vous vouliez dépouiller maintenant de sa fortune. Mais vous voilà cruellement puni. La ruine arrive à grands pas. Votre femme vous abandonne, et tous ceux que vous avez persécutés seront heureux malgré vous.

Cliavanet gardait un sombre silence.

Quant à Hélène, sans connaître tous les détails que Barbassuus venait de résumer rapidement, clic comprenait plus que jamais qu'il y avait dans le passé de sou mari, aussi bien que dans sa vie présente, des infamies

un instant de plus sous le toi! qu'il habitait. Elle jeta sur ses épaules nues un manteau qui se trouva sous sa main, rouvrit ses cheveux d'un fichu, et s'adressant a Barbas-

— Partons, monsieur.

Chavanct était tombé connue une masse inerte sur un fauteuil. Il vit sa femme prendre le bras de Barbassous et disparaître avec lui. Il couvrit son visage de ses mains crispées et se mit à pleurer en poussant des cris de rage.

Le jour était venu. 11 était sept heures. La voilure de

LA SUCCESSION CJIAVASET

Barbassous stationnait devant la porte de l'hôtel Chavaiiel. Hélène y moula.

— Monsieur, dit-elle, voulez-vous me conduire a la gare d'Orléans? Dans une lieure, je partirai pour lîlots.

— Vous ne pouvez partir ainsi, madame, répondit Barbassous. Vous voilà en inilelle de bal, malade, fiévreuse, agitée. Laissez-moi vous accompagner ciiez une femme qui vous soignera comme une sœur. Vous n'irez a illois (lue demain.

Hélène hésitait.

— C'est pour moi aussi bien que pour vous, que je vous supplie de céder à ma prière, reprit Barbassous. Celte femme est celle que j'aime. Depuis dis: ans, je ne l'ai pas vue. 3e crains de l'émouvoir trop fortement, en paraissant tout à coup devant elle. Veuillez consentir à la préparer à me revoir.

— .1^ me lie à vous, répondit Hélène, eLje n'ai rien à vous refuser.

Barbassous prit place a côté de madame Cbavanct, et la voilure les conduisit à Passy. En route, Barbassous raconta brièvement son histoire.

Hélène avait autrefois entendu parler de Serveretle par Daniel de Blesle, et lorsqu'ils arrivèrent devant la maison de celle-ci, elle ne songeait plus qu'au bonheur

Serveretle,' levée de grand malin, élail dans son jardin, dont les arbres, secoués par le vent d'automne, perdaient peu à peu leur parure. A l'aspect d'une femme jeune, belle, vêtue de blanc, qui s'avançait vers elle, elle lit quelques pas, étonnée île cette brusque apparition, à une heure aussi matinale.

Hélène lui dit:

— Madame, je suis la femme de M. Cbavanel. Mal-

traitée par lui, j'ai quitté sa maison, et ayant autrefois appris ;i vous cwinaitre, je suis venue avec confiante vous demander une hospitalité de vingt-quatre heures. Demain, j'irai rejoindre ma famille.

Serverette, qui avait reçu les confidences de Daniel, et pour qui madame Chavanet n'était pas une inconnue, lui tendit les deux mains :

— Soyez la bienvenue, répondit-elle; je vous remercie d'avoir pensé à moi. Ici, vous êtes chez vous.

Elle l'entraînait, tout en parlant, vers la maison.

— C'est que je ne suis pas seule, fit Hélène avec embarras. Celui qui m'a décidée à venir ici est de vos amis.

Scrverette chercha autour d'elle.

— Si quelqu'un qui vous aime et que vous n'avez pas vu depuis dix ans...

Hélène, n'acheva pas. Serverette l'arrêta par un cri :

— Barbassousl Barbassous était a ses pieds.

11 n'avait pas eu la patience d'attendre qu'Hélène eût préparé Serverette à son retour. En la voyant belle, séduisante, plus séduisante et plus belle qu'autrefois, se sachant aimé par celle m':.iimv ailur.ihli. 1 . il s'était précipité a ses genoux.

En quelques instants, tous les habitants de la maison furent sur pied. Barbassous embrassa Chibrac, stupéfait; Divine, qu'il ne connaissait pus, niais qu'il aimait comme son enfant; Léocadie, qui semblait demander grâce pour un passé qu'elle expiait h force de dévouement.

Puis Hélène, témoin de ce bonheur qui allégeait sa propre peine, alla prendre un repos qui lui était nécessaire, après de si vives émotions, et les deux amants rcs^

Il est des bonheurs qu'on ne décrit pas.

Coiniiient dire l'émotion qui s'empara de ces deux êtres qui, depuis dis ans, séparés l'un de l'autre, s'adoraient avec une ardeur qui n'avait d'égale que la grandeur des obstacles dressés entre eux?

Comment dire le sentiment nouveau qui saisit Serverette, en apprenant combien elle étail aimée, et qui provoqua de sa part des aveux semblables dont Barbassous fut enivré?

Comment dire la douceur de leur premier baiser?

Que de confidences échangées en quelques heures! Que de retours vers le passé ! Que de projets pour l'avenir! Ils étaient sur le seuil d'une via nouvelle dont lu charme allait effacer toutes leurs infur lunes.

Il fallut enfin s'arracher à cette première étreinte. Daniel de Blesle arriva, li vit Hélène, et s'il dut, soucieux de l'honneur de son amie, contenir ics sentiments dont son cœur était rempli, il entendit du moins des parulcs qui ranimèrent ses espérances.

Hélène partit pour Blois îe lendemain.

Deux jours après, Frédéric Laffrey se présenta chez Scrverette. 11 s'était enfui décidé à lui ouvrir suu cœur et

Barbassous auprès d'elle, il apprit eu même temps qu'ils allaient s'installer eu Suisse avec l'oncle Chibrac et Divine, et qu'ils comptaient s'y marier.

— Je l'aime et je suis heureuse.

Tel fut le dernier mol de Serveretfe.

Depuis la veille, elle n'appartenait plus h l'Opéra, Rarbassons ayant payé l'imluiLiiiiu siipuiri; dans le traité qui attachait iiwdeiiHiisellt: Nérissy à l'Académie de musique. C'est ainsi que disparut de Paris une chanteuse

l'envers et l'endroit de la VIE parisienne 291

qui, durant quelques mois, avait conquis la première place parmi 11' s yjMiMis ;iri i >■ [ >. ■ du ec temps.

Frédéric Laffrey quitta cette maison, la mort dans l'âme, désespéré, jaloux de ISarbassous, s' adressant d'amers reproches, et ne songeant guère à Pauline, qui raUcndail vaii'teim.'iil depuis j il u sieurs juins.

Il rentra à son hôtel et fit sur-le-champ ses préparatifs de départ. Il voulait rejoindre son régiment qui était toujours en Algérie.

La veille du jour où il devait, s'embarquer à Marseille, il était seul, à neuf heures du soir, dans sa chambre. Assis devant une table, il songeait au passé et pleurait amèrement.

Une femme entra, vêtue de noir et voilée. C'était Pauline. Kllu s'était décidée à venir après s'être présentée eUez Daniel ik'iil elle rwiiiiiissuii lis n'hitunw a ver soi) amant et avoir appris par lui, les événements qui avaient plongé Frédéric dans un si profond désespoir.

Elle arrivait, ivre d'amour, prête à (oui pour lui faire oublier celle qu'il avait perdue.

En la voyant, il se leva :

— Que venez-vous chercher ici? s'éeria-t-il. "

— Je viens le consoler. Je t'apporte l'oubli, je t'apporte le repos, je l'apporte le bonheur.

Il secoua la tète.

— Je no veux pas oublier, je ne veux pas me reposer, je ne veux pas être heureux.

Et comme elle l'implorait, il lui montra la porte.

— Frédéric, par pitié!

— Sortez!

11 était si terrible ainsi qu'elle eut peur. Tremblante, courbée sur elle-même, pile, elle se retira lentement, en tendant les bras vers lui.

292 U SUCCESSION CHAVANET

Lorsqu'elle fut sortie, il reprit sa place et recommença ;i pleurer.

Trois jours après, un navire l'emportait vers l'Algérie. 11 ne devait plus revoir ni Pauline ni Servcrette.

XXV! Il

Abandonne par sa femme, délaisse par Pauline, Cliavanet resta pendant plusieurs jours enfermé dans sa chambre, refusant de recevoir les gens qui se présentaient, s'y faisant servir ses repas, auxquels il toucliait à peine, en proie à une terreur qui lui faisait fuir la lumière et le bruit, tomme s'il eût craint de laisser lire sur son front les impressions sous lesquelles il se sentait abattu.

La ruine l'épouvantait. Il n'avait jamais pensé qu'une heure pouvait venir où tout s'effondrerait autour de lui. Cet homme qui, bravant ];i ii^hir de nicii, avait foulé aux pieds les devoirs les plus sacrés tant que la fortune lui prodigua ses laveurs, se sentait misérable devant l'adversité. Autrefois dans l'imprimerie de son père, il y

le Juif errant, d<nif Imis lv< druuk nptvs avoir frappé son imagination d'enfant, étaient demeurés dans ses souvenirs. C'est ainsi qu'il se voyait : pauvre, seul dans la vie, méprise, montre au doigt, n'ayant plus un toit pour reposer sa tète, plus un cœur ami pour recevoir ses confidences.

Plus il se sentait en vue, plus il pouvait apprécier le retentissement qu'aurait sa ruine, et plus il souhaitait

J„\ SUCCESSION C11AVASET

de disparaître brusquement de celte scène sur laquelle, depuis dix ans, il avait brillé d'un si yif éclat. 11 portait envie au dernier de ses valets. Tout le passé se dressait devant lui. Sa vie pleine d'incidents se déroulait dans -on iiiin^iiiaiiûiL

H regrettait d'avoir été tant de lois infâme, et de ne posséder même pas dans ce moment terrible le repos de sa conscience.

H aurait voulu pouvoir crier qu'il élait un honnCtc homme, de façon à ce que personne ne soupçonnât son honneur.

(ïosi ainsi i| i[i)(']ij!ii's jininires s'iVouii'i^nt, le rapprochant sans cesse de l'heure fatale où il devrait dire : Je nupeiiN plus paver. Ce; 1 paroles lui semblaient impossibles à prononcer, non certes qu'il regrettât les ruines que la sienne allait causer autour de lui, mais parce qu'il ne serait plus rien qu'un misérable aux yeux de ceux dont il était encore l'égal. Il avait méprisé les pauvres et il redoutait le mépris des riches.

Livrée à de telles pensées, sa tête s'exalta et il songea à fuir. En quelques heures, il pouvait gagner la frontière, emportant les valeurs qui restaient dans sa caisse et aller chercher au loin la fortune et la liberté. Mais il n'était plus à l'âge où de tels partis peuvent sourire à un coquin. Et puis la confiance dans son étoile lui manquait. Son cerveau ne possédait plus ni la lucidité ni la fermeté nécessaires pour affronter de nouvelles aventures. Il se sentait inarqué par !e destin, comme s'il eût été écrit qu'il devait sombrer, et que plus rien ne devait lui réussir.

Il ne lui restait donc qu'une ressource : la mort. Courage ou lâcheté, le suicide demande une résolution énergique, et c'est énergiquement qu'il résolut do

l'envers et l'enuaoiï de i.a vie parisienne 293

mourir. La vie future ne lui faisait pas peur. Il avait toujours prétendu n'y pas croire et peut-être n'y croyaitil pas.

Lorsque son projet fut arrêté dans sa pensée, il se sentit plus calme. La veille do lVi'héainv où son déshonneur devait s'affirmer, il descendit dans ses bureaux. Il voulut revoir ses livres, se fit remettre un compte exact des payements qu'il aurait à faire le lendemain et des sommes qui restaient en caisse ; puis il enjoignit à son caissier de revenir le trouver dans sa chambre le matin, des huit heures, pour recevoir ses ordres.

Il sortit. On le vit au café anglais où il dina, à l'Opéra où il entendit un acte des Hut/umols. II fut sur le point d'aller au foyer de la danse. Il n'en eut pas le cœur.

A dix heures, il rentra chez lui et fit ses préparatifs. Tout en les faisant, il ne put s'empêcher de frémir en songeant à l'impression que subiraient les Parisiens en apprenant son suicide.

— Jamais une mort n'aura fait tant de tapage, petisa-t-il.

Il calcula que cet événement ruinerait plusieurs centaines d'individus.

Tout en parlant ainsi, il détacha l'un des rideaux en mousseline dont son lit était entouré, le roula dans sa longueur, et montant sur une chaise haute qu'il alla chercher dans son cabinet et qu'il exhaussa à l'aide d'un tabouret, il accrocha cette corde improvisée à un lustre qui descendait du plafond. 11 s'était dit qu'après avoir passé son cou dans le nœud fatal, il lui suffirait de repousser la chaise avec son pied pour rester dans le vide.

Il était ainsi, debout, les mains en l'air, préparant lui-même l'instrument de son supplice, avec un calme apparent qui n'était que le résultat de la surexcitation

29fi t,.\ succession cmavanet

nerveuse sons l'empire lie laquelle il se trouvait. La chambre était mal éclairée par deux bougies dunt la flamme Iremblanle dessinait sur le mur tous les objets en autant d'ombres agitées. En un autre moment, ces fantômes auraient pu l'épouvanter.- Mais i! était trop absorbé par une pensée unique pour remarquer quelqu'une de ces choses.

Tout d'un coup, il entendit du bruit derrière lui, contre la porte, dont il n'avait pas tiré le verrou. D'abord il crut s'être trompé, et il demeura une minute sans changer de place, écoutant. Le bruit redoubla. Il allait sauter sur le tapis, il n'en eut pas le temps : la porte s'ouvrit. Pauline de Pélussin entra.

D'un seul coup d'oeil elle comprit tout, courut h Chavanet, l'obligea à descendre de ce nouveau Golgotha, sur lequel il n'y avait qu'un mauvais larron, et lui dit :

— Malheureux! Qu'allii'/-\uiiK Caire ?

A cette question, il répondit par deux autres : . — Pourquoi Êtes-vous venue? Comment êtes-vous entrée?

— Comment je suis entrée? Le concierge ne m'a pas dit que vous fussiez sorti, et je n'ai vu aucun de vos gens. Pourquoi je suis venue? Ah ! je n'en sais rien. Je venais... abandonnée par Frédéric, accablée de douleur, j'ai songé qu'il me restait un ami.

— Vous y songez un peu tard?

— Et qu'importe, puisque me voilà? Mais vous-même m 1 expliquerez- vous ces préparatifs ?

— 11 est facile d'en deviner le but. Oui, j'ai assez de la vie. J'allais en finir. Si la chose vous tente, dites un mot : il y a place pour deux.

A ee langage, à l'amertume ironique avec laquelle Chavanet parla, Pauline fut saisie d'horreur.

l'envehs et l'en duo m de u ïik paiiisikxxe 297

' — Vous êtes fou, dit-elle enfin. Pourquoi mourir?

— Je suis ruiné.

— Et votre femme ?

— Elle m'a refusé tout net ce que je îui ai demandé et Barbassous i']ttiami''t' loin d'ici. .le suis ;i ! ki ru I < h b n e ' , perdu. J'ni demain douze cent mille iïanrs à payer. ,ti> n'ai pas le fiers de celte somme.

— Tout ce qui m'appartient est à vous? s'écria Pauline.

Ce cri surprit Cliavanei.

— Vous ne me tournez donc pas le dos, vous, répondit-il en la regardant.

— Moi ! qui a pu vous faire croire ?...

— Tout et rien . Mais j'avais tort, et pour l'offre que vous venez de me faire, j'oublie loin mes griefs. Malheureusement, alors môme que je l'accepterais, elle ne me sauverait pas. Verrina n'est plus là et lui seul aurait pu me venir efficacement en aide. Que possédezvous ?

— Mes diamants el une fontaine de mille francs. J'ai tout chez moi. J'avais espéré partir avec Frédéric, et je m'étais préparée.

Chavanet secoua la tête.

— Cela ne constitue pas la somme dont j'ai besoin.

— Soit. Mais est-ce une raison pour mourir? Je ne vous reconnais plus, mon ami. Que moi, je me lue dans un accès de désespoir, que je meure d'amour, cela se comprend; mais, parce que vous êtes dans l'impossibilité de payer vos deltes. songera s'en aller dans l'autre monde, c'est le comble de la folie.

— On ne raisonne pas le sentiment auquel j'ai cédé, répondit Chavanet. J'ai vu ma ruine consommée, mon opulence détruite, ma vie manqnée, les magistrats

298 LA SUCCESStOS CBAÏASET

fourrant le nez dans mes affaires, mes créanciers discutant les détails de ma vie. J'ai eu peur. On ne résiste pas à ces choses-là.

— Mais on peut les fuir.

— Fuir? Pourquoi? Pour aller porter sous tous les climats une existence compromise, a jamais perdue. Non, il vaut mieux mourir. L'isolement loin de mon pays m'épouvante.

Pauline se rapprocha de lui.

— Ce ne serait pas l'isolement, dit-elle. Nous partirions ensemble. En réunissant nos ressources, nous pourrions vivre à l'abri ilu besoin, attendre la fortune, que nous saurions encore une fois saisir au passage. A nous deux , nous pourrions faire de grandes choses. Vous me disiez naguère : « Nous aurions dû ne jamais nous séparer. J'aurais été le bras, vous la tête. - Il est temps encore.

Ces mots plongèrent Chavanet dans une rêverie profonde.

L'appel que Pauline venait de faire à un souvenir déjà lointain était allé jusqu'au fond du son cœur. Il se rappelait qu'aucune autre femme ne lui avait témoigné, le connaissait tel qu'il éiiiit, une sympathie sincère et vraie, autant que Pauline. Elle avait une âmesœur de la sienne. Elle possédait des ressources infinies. Elle, était encore l'aile puni' captiver les sens d'un libertin sur le retour. En elle, on pouvait trouver tout : la sœur, l'amie, la maîtresse, et faire fond sur son expérience des hommes et des choses.

Pendant qu'il se disait qu'elle avait petit-être raison, qu'il était ridicule de mourir, que la vie avec elle offrirait encore, des ilnneeurs, Pauline parlait toujours.

— J'ai beaucoup soufferl depuis que j'ai revu Frédé-

l'envers et l'endroit iie la vie PARISIENNE 299

rie. Lorsque j'ai compris que je ne serais jamais aimée, j'ai bien cru que je ne pourrais vivre sans lui. Mais, après son départ, j'ai senti que la douleur ne tue pas. J'ai regretté d'avoir quitté Verrina, de l'avoir laissé mourir sans me faire assurer une fortune, tout cela pour obéir à des sentiments fort beaux, mais dont on ne m'a pas su gré. Mon ambition est revenue, et croyez-moi, si vous suivez mes conseils, nous serons riches encore.

— Eh bien, soit ! s'écria Chavanet, fasciné par ce langage.

— Vous consentez?

— Oui, mais il l'aul partir au plus tôt.

— Demain, et dès ce soir vous quitterez celk' maison. Je ne veux pas vous y laisser seul.

D'après les conseils de Pauline, Chavanet prit parmi les 'objets qu'il possédait tout ce qui, ayant une valeur, était facile à emporter. Il y joignit deux cent vingt mille francs en billets de banque et en or qui étaient dans sa caisse, et vers minuit, il sortit de son hôtel pour la tlerniîii'e fois.

II passa la nuit chez Pauline, qui se munit également de ses ressources et fit h la hâte quelques préparatifs. Dès le matin, ils partirent pour la Belgique, pressés" de mettre la frontière entre eux et Paris, où l'on connut, quelques heures plus tard, la disparition de Chavanet.

Ils s'arrêtèrent à Spa, bien que le nouvel amant de Pauline jugeât que c'était une imprudence. Il s'exposait, en effet, à Être reconnu et à être sinon arrêté, du iiî.-iik nVl.i-ii- yt .|ii'-|.|'i.-..-uii!. >!■■ ■•■% .r- ■mpablcs de se porter à des extrémités fâcheuses et de le traiter comme un fripon.

Mais Spi est une ville de jeu, et Pauline déclara

qu'elle voulait tenter l;i fortune sur-le-champ. Ils s'installèrent dans un lui tel d'apparence modeste, cl durant tout le temps que Pauline passa autour de la roulette, Chavanct ne quitta sa chambre que pour aller se proinencr, le soir, à l'heurt: où il ne pouvait pas être reconnu.

Aux heures des repas et le soir, Pauline lui racontait les péripéties de son jeu et le résultat de la journée. Peu à peu, elle lui communiqua la fièvre dont elle était atteinte elle-même. H attendait avec impatience son retour, afin de connaître le chiffre exact du gain ou celui de la perle.

Jusqu'au cinquième jour, le résultat fut insignifiant.

Le sixième, Pauline rap|nu-(a au lu^ss une somme considérable. Mais, le lendemain, elle perdit beaucoup plus qu'elle n'avait gagné.

C'est alors que la désunion commença à se meure entre eux.

Rien de moins étonnant.

Réunis par une communauté d'intérêts, ils n'étaient tombés dans les bras l'un de l'autre que pour sceller plus étroitement leur association et pour faire disparaître les difficultés ([ue leur aurait offertes une vie commune, si la communauté s'était arrêtée au seuil d'une chambre. Ils ne s'aimaient pas , et leur première querelle eut pour résultat de faire comprendre à Pauline qu'elle s'était trompée et qu'il leur serait impossible de vivre ensemble, non parce qu'elle était moins intelligente qu'autrefois, mais parce que Chavanet avait beaucoup changé. Ce n'était plus l'homme actif, intelligent, énergique

Celait un être l'aiMi-, qui , n'ayant pas su conserver sa fortune, ne serait pas plus habile pour s'en créer une

l'envers et l'endroit de la vif, parisienne 301

autre. Pauline ne pouvait se faire illusion. Elle jugea froidement la situation. Elle n'était plus femme a se sacrifier à un homme, quel qu'il fut. Abandonnée par Frédéric, elle était venue à Chavanet, parce qu'elle y trouvait seul intérêt. Sun intérêt n'y étant plus, sa l'ésalution ne tarda pas à se manifester.

Un matin, après une dispute assez vive, causée par les pertes successives qu'elle subissait et qui diminuaient d'autant la fortune de la communauté, elle sortit, ainsi qu'elle avait coutume de le faire tous les jours. A l'heure du déjeuner, Chavanet ne la vit pas revenir. Mais une lettre vint expliquer son absence. Elle était partie pour cause d'incompatibilité' léinuiieur, écrivaitelle , après avoir dissipé en peu de jours la plus grande partie ili: leurs ressources, eL enirnirlant un énorme morceau de ce qui en restait. Elle suppliait Chavanet de ne pas chercher à la revoir.

Ayant lu cette lettre, le malheureux fut pris d'un épouvantable mais impuissant accès de rage , décidé d'abord a la poursuivre, obligé de reconnaître ensuite qu'il n'en avait ni les moyens, puisque lui-même était compromis, ni la force. Il tomba alors dans un morne desespoir et il partit de Spa sans savoir où il irait.

A Liège, i! apprit par les journaux l'émotion que la débâcle de ses. affaires avait causée à Paris. 11 sut également que la justice s'était transportée à Bournay, alin de se convaincre par elle-même que le château ne ser-

pouvait vivre caché. La justice l'ayant cherché en cet endroit n'y reviendrait pas. Sa femme le soignerait, ainsi qu'elle l'avait dit elle-même, et du moins, i! ne se condamnerait pas à une vie d'aventures qui ne pouvait tar-

302 LA SUCCESSION CHAVANIÎT

der a devenir misérable, puisque ses ressourscs s'épuiseraient rapidement.

Il rentra en France sous un nom supposé, sans bagages, afin de ne se créer aucun embarras durant la route, et après avoir coupé sa barbe pour se rendre méconnaissable. Il avait pris ses précautions pour traverser Paris le soir et arriver à Blois dans la nuit.

Il descendit dans la gare, vers une heure, et se jeta dans la forêt que traverse la roule qui conduit à Bournay. L'obscurité était profonde et le ciel troublé par des coups do vent précurseurs de l'orage !

Il ne craignit pas cependant de s'aventurer sur le chemin du château , n'ayant d'autre souci que celui de n'être pas reconnu et bénissant l'heure, l'obscurité, la pluie, qui éiD^uiirni II 1 ;- vuyageursde sa roule.

Il arriva, escalada les murs du parc et se trouva sous les croisées de la chambre de sa femme, transi de froid et de fièvre, brisé de peur et de fatigue. Celte chambre était située au premier étage, et il poussa un soupir de soulagement, lorsqu'il vit, à travers les pensionnes, s'en échapper une lumière qui annonçait qu'Hélène n'était pas encore endormie.

ïïélfcnc n'était pas encore couchée.

Agenouillée devant un crucifix, elle priait, parce que dans la prière seulement elle puisait les forces qui lui étaient nécessaires pour envisager l'avenir el supporter le présent.

l'iiie à un liiiiiinii' indien: d'elle, poilaiH nu imni déslionoré, veuve en quelque sorte, sans être libre, soupçonnée de complicité avec son mari par tous ceux qui ignoraient sa conduite et les circonstances qui l'avaient dictée, elle m. 1 serait abandonnée ;tu plus amer désespoir, si elle n'avait été soutenue par le témoignage de sa conscience.

Elle était demeurée calme. Mai*, elle n'eu subissait pas inoins une torture affreuse, dont sa foi seule pouvait diminuer l'intensité.

Voilà pourquoi elle priait. Dans les paroles ferventes qu'elle adressait à Dieu, il n'y avait ni regrets ni plaintes. Elle demandait grâce pour cl!e-mêmc, n'ayant pas mérité tant de malheurs.

Tout à coup, un bruit semblable à relui qu'aurait produit une pierre lancée rentre ses croisées la lit tressaillir. Sans quitter sa place, elle lendit l'oreille, tandis qu'une émotion nerveuse s'emparait d'elle.

LA SUCCESSION Cil ,VV AN ET

Un nouveau bruit, en tout semblable au premier, se fil entendre. Alors elle se leva pour aller réveiller sa femme de chambre, qui dormait non loin de là.

Mais soudain elle s'arrêta , dans la crainte de donner sans cause l'alarme h ses parents ou à ses gens. Elle s'arma de courage, marcha résolument vers la croisée et l'ouvrit. Elle n'avait pas encore pu montrer son visage au dehors, qu'elle s'entendit appeler et reconnut la voix de son mari.

— Vous ici! a celle heure!

— Hélène, je me meurs do fatigue. Je viens chercher un asile ici. Je sais que je suis poursuivi, et c'est pour cela que je n'ai pu arriver qu'en me cachant.

L'accent brisé avec lequel ces paroles furent prononcées émut Hélène. Elle pensa que le malheureux venait de faire un long trajet dans la nui:, par le froid et la pluie, qu'il avait faim peut-être. Elle éprouva le sentiment de pitié que lui aur/iit inspiré un mendiant.

— Je cours vous ouvrir, répondit-elle.

— Non ! non ! gardez-vous-en bien. 1! faul que j'entre à l'insu de tout le monde. Il ne faudrait qu'une imprudence pour me faire découvrir. N'y a-t-il pas une échelle près d'ici?

— Celle du jardinier est, je crois, dans la serre.

Il y courut, guidé par la clarté de la lampe d'Hélène; rapporta l' échelle, l'adossa contre !e mur el grimpa lestement. Puis il allait repousser l'échelle dans le jardin ; mais il pensa que ce serait s'exposer a éveiller des soupçons injurieux pour sa femme ou dangereux pour luimême dans l'esprit du jardinier. 11 l'attira donc à lui, la fi! entrer dans la chambre, où il la coucha contre le mur, el referma la croisée.

Alors Hélène put !e voir. Il était entré chez elle par le

l'envers et l'enmioiï de la vie parisienne E105

chemin des amants, semblable à un bandit. Ses vèteincnls étaient en désordre et souillés de sang, ses traita décomposés, son regard rempli d'une terreur farouche.

Il lut dans les yeux de sa femme le sentiment qu'inspirait sa présente.

— Je vous fais pi lié, n'est-ce pas ? dit-il amèrement.

— Qu'importe! répondit Hélène. Ce n'est point de cela qu'il s'agit. De quoi avez-vous besoin ?

— De repos, répondit-il, de repos seulement, et rien ne pourra me le rendre que la certitude de n'être pas découvert.

— Vous resterez ici. Personne n'y entre que ma femme de chambre. Je m'arrangerai pour qu'elle n'y entre plus, jusqu'à ce que nous vous ayons préparé un abri sûr dans le château.

— Merci, dit-il. ,1e ne peux plus me tenir debout.

— Prenez mon lit, dit simplement Hélène.

— Quoi ! vous consentiriez ! . . .

— Je dormirai sur cette chaise.

Alors Chavanet commença h se déshabiller, tandis qu'Hélène accroupie devant la cheminée ranimait le feu, afin de préparer une boisson chaude. Tout a coup elle entendit un soupir étouffé; elle se retourna. Chavanet venait de s'affaisser sur lui-même, prive de connaissance.

Son émotion fut si vive qu'elle ne sut d'abord où courir. Puis elle vola à son secours. Mais il lui fut impossible de soulever à elle seule celle masse inerle. 11 n'y aval! donc qu'un parti il prendre, prévenir son père et sa mère, à qui d'ailleurs elle ne pourrait cacher l'arrivée de son

C'est ce qu'elle fit.

Elle alla leur apprendre ce qui venait de se passer.

LA SUCCESSION CHAVAPiF.T

Ils accoururent, cl bientôt Chavanct, réchauffé dans le lit de sa femme, revint a lui. Il ne vit ni le comte, ni la comtesse, qui, sur un geste d'Hélène, s'étaient éloignés.

— Comment vous irouvez-vous? dit celle-ci.

— Mieux. Je serais guéri si je pouvais dormir.

— Essayez. Je un vous quitterai pas et personne n'entrera. Vous pouvez élre sans inquiétude.

Hélène, ayant renvoyé ses parents en leur recommandant de nouveau le secret, prit place au coin du feu dans un fauteuil, et bientôt le silence le plus profond régna dans la chambre.

Mais Chavanct avait la fièvre. Sa tête était agitée et troublée par des pressentiments sinistres. Il se remuait dans son lit, et plusieurs fois Hélène, effrayée par ses soupirs et ses cris, alla s'asseoir aux pieds de son lit pour connaître le mal dont il souffrait.

Quelle nuit! le vent soufflait avec violence. La pluie tombait par rafales et fouettait les vitres, et la tempête du dehors n'dsi! rien, erpendanl, auprès de celle qui était déchaînée dans le cerveau de Chavanct. Il fut obsédé par un rêve plusieurs fois interrompu, et qui se continua eepni.ibiit penilai:! plusieurs heures.

Voici quel fut ce rêve :

Chavanct se voyait malade dans le lit où il se trouvait en ce moment. Assise à son ehevet, Hélène lui prodiguait des soins, non par amour, mais par pitié.

Avec une lucidité singulière, i! pouvait suivre, dans le cœur de sa femme, toutes les impressions qu'elle ressentait, et se convaincre que, même en le méprisant, elle voulait remplir jusqu'au bout son devoir d'épouse et l'arracher à la mort.

Puis tout à eoup le rêve changea.

Chavanct était étendu dans un cercueil, dansl'iinmo-

L'ENVERS ET l'fiKDBOlT DE LA VIE PARISIENNE 307

liilité An sommeil suinvmc. Mais la vie n'avait pas quilté son cerveau, car son regard, perçant les planches entre lesquelles il était étendu et la terre suus laquelle il reposait, pensait iihiremeui 1rs ubjds extérieurs.

Il se trouva transporté tout à coup dans la chambre de sa veuve. Hélène s'offrit à ses yeux, belle, fraîche et reposée. Elle venait de quitter ses vêlements de deuil qui gisaient a terre à ses côtés, et de se parer d'une robe claire qui donnait un éclat nouveau à son teint éblouissant de blancheur.

Jamais elle n'avait été plus belle.

Son candide regard respirait une joie sans mélange. De temps en temps elle jetait dans une grande glace, devant laquelle elle passait fréquemment, un coup d'œil rapide comme pour s'assurer du pouvoir de ses charmes. Chavanel, qui la dévorait des yeux, put lire dans son cœur qu'il était oublié et que toutes les blessures qu'il avait faites à celte créature, dont il était indigne, étaient guéries.

Tout à coup, la porte s'ouvrit et un homme entra. Chavanct le reconnut : c'était Daniel de lïlesle. A son aspect, Hélène ptmssu nu cri, devins, pâle fit pnrla la main sur sa poitrine comme pour y contenir le bonheur qui l'obsédait.

Daniel s'avança. 11 se mit h ses pieds et lui dit : — Lorsque voire mari est mort, vous m'avez ordonné de partir et de ne revenir qu'au bout d'un an, afin de vous laisser le temps de porter son deuil. L'année s'est écoulée et je reviens. Vous m'avez promis d'être ma femme !

Pour toute réponse, Hélène fendit, en rougissant, ses deux mains à Daniel agenouillé devant elle, qui les saisit fiévreusement et les couvrit de baisers.

;i(is

U SUCCESSION CFIAVANET

A ce moment île son rCve, Chavanet se réveilla, baigné de sueur et tremblant d'émotion. 11 resta les yeux ouverts pendant quelques instants, repassant dans sa mémoire tous les détails du spectacle auquel il venait d'assister. Mais bientôt il se rendormit.

Il se retrouva alors dans son cercueil. Une voix prononça à son oreille ces trois mots ;

— Lève-loi! Marche!

Il obéit, traversa le cimetière et prit un chemin qui se trouvait devant lui. Apres avoir marché longtemps, il se trouva tout à coup dans un poétique vallon de la Suisse.

lïc hautes iHoiii.T^Dis i-iiiutir.'iu'iil rc rein perdu, orné de toutes les riciiesses d'une végétation capricieuse faite pour le piaisir des yeux, le repos de l'âme et la santé du corps.

Au milieu de ce vallon s'élevait un chalet élégant, entouré de ses dépendances.

C'était à la tombée de la nuit. Les vaches rentraient à l'étable, au bruit des grelots que portait l'une d'elles, et auquel se mêlait le son lointain d'un cor.

La lune blanchissait dans un ciel sans nuages et se reflétait dans les finis immenses d'un torrent qui descendait en mugissant d'une des montagnes qui formaient au-

Cc spectacle saisit d'abord Cliavanet. Mais son étonnement fut de courte durée, car, au même moment, un homme et une femme, doucement appuyés l'un sur l'autre, passèrent, devant lui et lui arrachèrent nu cri de terreur.

C'étaient Barbasscus et Scrvcrcttc, plongés dans l'extase d'un bonheur que rien ne pouvait plus troubler : ils s'aimaient.

Cliavanet les suivit jusqu'au chalet qui leur servait de

L'ENVERS ET L'ENDROIT DE LA VIE l'AMSlENMi 309

demeure, et là i) vit accourir vers eux une jeune fille de douze ans environ et qui n'était autre ijue sa lillc, Divine. Elle vint, en poussant des cris de joie, se jeler dans leurs bras. Un peu [dus loin, une femme portait dans ses bras un enfant âgé de quelques mois, premier fruit du mariage qui, après dix ans de souffrances, avait réuni Serverette et Barbassous, et qu'on vint présenter aux tendres baisers de sa mère, tandis que Cliibrac, vieux, courbé sur un bàlon, chantonnait une romance.

Le spectacle de celle lé:u'ilé [j-ii^i! :! n'avait jamais goûtée fit au cœur du Chavanet une cruelle morsure. Il voulut, ombre invisible et impalpable, connaître la douceur d'une caresse, et il tendit ses lèvres vers le front de Serverette.

Mais un glaive de feu se dressa entre elle et lui et lui déroba pour toujours cette image adorable.

En même temps, il se sentit emporté dans un vol vertigineux, et se trouva dans une plaine de la Lombardie.

C'était un jour de bataille.

soldats s'égorgeant. L'odeur do la poudre, les cris des blessés, les hennissements des elievaux, la marche pesante des bataillons carrés, la charge des cavaliers, le bruit du canon, la voix des chefs, les plaintes des traînards, les fermes incendiées, les arbres abattus, les fossés comblés par les cadavres, voila ce que Chavanet respira, vit et entendit en même temps.

La terre tremblait, la nature souillait bouleversée, ei Chavanet fut témoin d'épisodes horribles.

Tout à coup, à ia tête d'une poignée de soldais furieusement lancés contre une Laiterie de canons, Chavanet

vit un officier supérieur passer l'œil fiévreux, le satire au poing, la tête liante.

C'était Frédéric Laffrey, semblable à un héros.

Les soldats, élcctrisés par son courage, se jetèrent sur les canons qui furent endoués en quelques instants. Frédéric poussa un cri de victoire.

Mais, au même moment, deux balles le frappèrent, l'une à la tête, l'autre h la poitrine. Il tomba à la renverse. Quelques hommes voulurent se précipiter à son suceurs. 11k eu furent enijuTiies par un résiiiu'iit de cavalerie ennemie qui exécutai! un mouvement devant lequel ils durent battre en retraite.

Chavanet s'approcha alors de Frédéric immobile sur le so! et si? pencha sur lui. liasse it iiiorî, Frédéric agonisait, et lorsque son dernier soupir s'exhala de ses lèvres, Chavanet l'entendit murmurer le nom de Serverette.

Au même moment, le régiment ennemi passa, mis en déroute et poursuivi. Le bruit du canon redoubla. Tout disparut dans un nuage de poussière et de fumée, et Chavanet, brusquement tiré de son sommeil, se retrouva dans sa chambre, où le jour pénétrait déjà. Hélait couvert de sueur et poussait de sourds gémissements.

— Calmez-vous, d'il une voix à côté de lui.

C'étail sa femme.

— Vous ! vous! s'onia-l-ii eu lui salissant los main;. Ah! j'ai fait des rêves horribles. Je me suis vu mort, je ne veux pas mourir!

Elle essaya de l'apaiser. Mais il se tordait sous le poids d'une terreur indicible, et bientôt ses transports devinrent tels qu'elle se vit dans la nécessité, au risque de divulguer un secret important, d'appeler les gens du château pour le retenir, car il s'agitait comme un furieux.

Une lièvre cérébrale se déclara le même soir et l'em-

l'esvehs et l'endroit de la vie parisienne 311

porta quelques jours après. Il mourut dans un accès de rage et de délire, maudissant le ciel et les hommes, accablant d'injures le prêtre qui était venu lui apporter les dernières consolations, poussant des cris de bete fauve et tenant des discours extravagants dans lesquels le nom d'Agathe, sa première femme, et celui de Scrverctle re-

Le hasard voulut que son rêve se réalisât.

A l'expiration de son deuil, Hélène de Bonrnay donna sa main à Daniel de lïleslc, qui, depuis longtemps, avait son cœur, et le comte et la comtesse purent, avant de mourir, voir leur fille heureuse.

Barliassous et Servcrclte s'étaient installés en Suisse, sous le nom de M. et de madame Murray, en attendant l'époque où, la peine dont Barbassous avait été frappé étant prescrite, il* jiiiuiT.iiimi rentrer en France. Divine, que Léocadie n'avait pas quittée, grandissait a coté d'eux.

Frédéric Laffrey, devenu lieutenant-colonel, fut glorieusement tué en Italie, dans la journée de Solférino. Il mourut de la mort qu'il avait souhaitée, sur un champ de bataille et à l'ombre d'un drapeau déchiré par les balles, tiiins lequel il fut enseveli.

Quant à madame de Pélussin, voici en quels termes les journaux racontèrent sa mort, il y a peu de mois :

n Un crime horrible vient d'être commis a Neuilly sur la personne d'une femme qu'on ne connaissait guère (hns le (jti.ii'lîiT, l'îi'ii iju'i.'lk' y ■: î j.t ili i iris [uriglonips, et que les Parisiens ont sans doute oubliée, bien qu'elle ait été une des reines du monde élégant.

u Celle femme, autrefois connue sous le nom de Pauline de P..., a été trouvée hier malin, dans son lit, frap-

LA SUCCESSION CUAVASET

pée do trois coups de poignard, dont un seul eût suffi pour la tuer. Ou suppôt qu'elle a été surprise dans sou sommeil, car il n'y avait dans son appartement aucune trace de lutte ou de résistance.

0 Jusqu'ici, la justice en est réduite aux probabilités. La femme qui servait madame de 1'... ne couchait pas dans le pavillon où le crime a eu lieu, et n'a pu donner que de vagues renseignements.

1 On sait par elle que sa maîtresse ne recevait personne et ne sortait jamais de sa chambre, où elle passait des journées entières à compter de l'argent et à boire de l'iMii-du-vio. I.e bruit ruinai! dan; k' quartier que madame de P. . . gardait chez elle une somme en or considérable.

a Tout porte donc à penser que le vol a été le mobile de cet assassinat, et que l'assassin se sera introduit durant la nuit dans la maison, dont il devait connaître les détours, pour y consommer son crime. Cependant, ce qui contredirait l'oilt; lis j-oil^se, c\.'st qui: ii;s moisira '.s instructeurs ont découvert dans une cachette ménagée sous le plancher une somme de quatre-vingt mille francs en or. En admettant la version qui semble jusqu'ici la plus probable, il faudrait croire également que Ses recherches du coupable n'ont pas été couronnées de succès.

« L'enquête continue. »

Le surlendemain, les journaux publiaient la note suivante :

« La police vient de procéder â l'arrestation d'un individu mal famé qui se faisait appeler le colonel Durand. Nous avons lieu de penser que cette arrestation n'est pas étrangère au crime de Neuilly. »

[.'ENVERS ET L'ENDROIT DE L.l Ï1B PARISIENNE 313

Ces deux fails divers indiquent suffisamment à nos lecteurs que la mort de madame de Pélussin et la part qu'y prit le colonel Durand appartiennent à la série des causes célèbres.

Paris, décembre 18CG — avril 18(57.

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