‹ La succession ChavanetChapitre 11 sur 12 · L'ENVERS ET [.'ENDROIT DR LA VIE PAUIS1ESXE · texte numérisé non relu

L'ENVERS ET [.'ENDROIT DR LA VIE PAUIS1ESXE

— J'avais eu d'abord la pensée d'interroger M. Chavanot, afin de savoir la destinée de Serverette ; mais j'ai craint non pas d'être reconnu par lui, mais d'exciter sa défiance cl de ne pas obli/nr !,.■* n.'iisi.'i^jieiiii.Tiis i j i: ï laient nécessaires, J'ai donc préféré devenir son ami, puis j';ti commencé ma v(:i:ai-,ina% rn le poussant à sa ruine.

lorsqu'il sort, je le suis. Je connais, sans qu'il le soupçonne, toutes les maisons où il va, toutes les personnes qu'il fréquente, et c'est ainsi que je suis venu chez vous- En agissant ainsi, j'ai compté qu'un jour ou l'autre, c'est Cliavanet lui-même qui me conduirait auprès de Scrverette ou qui me mettrait sur ses traces ; car si, comme je le crois, c'est lui qui a enlevé l'enfant, il doit savoir où est la mère.

— La mère vit, monsieur, et elle a retrouvé son enfant, s'écria Pauline en se levant. En même temps, elle ajouta :

— Renoncez a vos projets de vengeance, je vous en supplie; car si vous voulez y donner suite, vous devriez aussi me frapper. N'ai-je pas été, sans m'en douter, la complice de Chavanet dans tout ce qui a été fait contre Serverette?

Elle s'arrêta sur cet aveu dicté tout à la fois par le désir qu'elle avait de sauver Cliavanet, et par la joie qu'elle éprouvait et dont on devine îa cause. Elle connaissait l'amour de Serverette, et elle bénissait Barbassous, qui revenait comme par miracle pour obliger celle-ci à se prononcer, à ouvrir les yeux h Frédéric Laffrey, qui caressait encore l'espoir d'èlre aimé d'elle, et qui, dans cet espoir, méconnaissait l'amour (le Pauline.

Barbassous s'était levé à son tour. D'un geste, il ras-

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sura madame de Pélussin qui venait de lui adresser une supplication éloquente. Puis il dit :

— Il y a huit jours, il eût été difficile de me faire re-

Chavanel; j'ai appris à la connaître, et c'est en sa faveur que j'épargnerai son indigne mari. Je ne pourrais le frapper sans l'atteindre elle-même, et c'est pour cela que j'ai changé mes projets.

— Quel que soit le mobile qui a dicté vos résolutions, répondit Pauline, soyez béni, monsieur, et sachez que Serverette serait heureuse si elle ne vous pleurait encore. Elle vous aime.

ltarbassous porta la main à son cœur.

— Elle m'aime! Comment le savoz-vous? A qui l'at-cllc dit?

Pour toute réponse, Pauline raconta à lîarhassous l'histoire de Servereltc, en omettant à dessein les incidents qui auraient aggravé à ses yeux la culpabilité de Chavanct. ltarbassous connut ainsi les malheurs de son amie ; il sut qu'il était aimé.

— Ah! dit-il dans l'ivresse où l'avait plongé celte nouvelle, je ne songe plus à me venger.

C'est qu'il l'aimait aussi. L'éloignement n'avait fait qu'accroître son héroïque amour et son désir de donner à tierverclle le bonlieiu' auquel elle avail droit.

— Si j'avais su qu'elle chantait à l'Opéra, dit-il, il y a longtemps que je serais auprès d'elle. Comment se fait-il que je ne l'y aie pas vue?

— C'est qu'elle ne chantait pas les jours où vous y êtes allé.

Ils s'entretinrent ainsi longtemps encore. Ne pouvant à cette heure avancée courir chez son amie, liai-bassons prenait patience eu parlant d'elle. Madame de Pélussin

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ne lui cacha pas que Frédéric, qu'elle-même adorait, aimait Serverelte. Elle pleura devant cet homme qu'elle méprisait autrefois, et, quelques griefs qu'il eût contre elle, il fut touché de ses larmes. L'amour rend aux femmes les plus coupables le prestige qu'elles avaient perdu, et lorsqu'elles aiment sincèrement, ceux-là qui les méprisaient sojsi obligés de leur accorder une estime nouvelle.

Avant de se séparer, Barkissoiis et Pauline convinrent qu'elle ne révélerait rien à Chavanet du secret qu'elle venait d'apprendre. A présent que Barbassous se sentait aimé, il redoutait qu'on conspirât contre sou bonheur. Chavanet pouvait le dénoncer, et bien qu'il se fût mis autant que possible à l'abri d'une surprise, il avait lieu de craindre un interrogatoire judiciaire destiné à constater son identité. Aussi son dessein était-il d'aller voir Serverelte dés le lendemain, et, si celle-ci consentait à l'épouser, de l'emmener sur-le-champ hors de France.

Il était trois heures du matin lorqu'i! quitta la maison de Pauline. Il se rappela alors qu'il avait subitement disparu du bal de Chavanet, et afin de ne pas éveiller les soupçons il y retourna.

On dansait encore. La nuit avait été féerique, et les invités ne se montraient pas pressés de partir. Id, la valse entraînait rapidement (es couples intrépides qui résistaient encore à la fatigue. Là, on soupait. Plus loin, on jouait.

Dans ia galerie, il rencontra Cliavanet, qui lui dit :

— Où élicz-votis donc, mon cher Murray? Je vous ai cherché plusieurs fois.

— Je suis allé me montrer dans deux réceptions officielles. Mais j'y ai trouvé peu de monde. La foule est ici. Votre bal est splendide.

— Oui, c'est assez réussi, dit modestement Chavanet.

Hélène faisait avec grâce les honneurs de son salon. Elle se prodiguait pour plaire à tous, et toutes les bouillies rhantaient ses louanges.

Barbassous s'entretint un moment avec elle. Puis, brisé d'émotions, il alla s'asseoir derrière un massif d 'arbustes exotiques, dans un petit boudoir qui séparait la galerie de la chambre de Chavanet.

(1 avait eboisi ce petit coin pour songer à son bonheur.

Caché à tous les regards, il pensait à Serverette, à la surprise qu'elle éprouverai! le lendemain en le revoyant, en le retrouvant si changé d'aspect et d'intelligence, mais si semblable par le cœur au Barbassous qui l'avait autre Ibis sauvée.

C'est au milieu de ces dernières réflexions qu'il s'endormit, bercé par la musique mélodieuse qui charmait les danseurs.

Lorsqu'il se réveilla, un silence profond régnait autour <!f l'.ii. l.i s liitiiii.T' S rkiiciii éteintes. Le jour naissant pénétrait dans le boudoir par les croisées que les domestiques avaient ouvertes afin de purifier l'air.

Barbassous, surpris, regarda sa montre et reconnut qu'il avait dormi deux heures. Il pensa qu'après le départ des invités, caché derrière un groupe de plantes, il n'avait pas été vu des gens de Chavanet, pressés d'aller se livrer au repos.

Connaissant tous les détours de la maison, il allait se retirer, lorsque tout d'un coup son attention Tut provoquée par un bruit de voix qui venait de la chambre de Chavanet, dont la porte était restée entrebâillée. Un- flot de lumière s'échappait de la chambre.

Barbassous s'approcha, ouvrit l'œil et lendit l'oreille.

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Madame Chavanet était assise dans un fauteuil devant line table. Elle tenait à la main une «raiidc feuille de papier timbrée, chargée d'écriture.

Debout devant elle, son mari parlait et gesticulait avec animation. Redoutant de surprendre un secret de ménage, Barbassous allait se retirer. Mais il vit dans le regard d'Hélène tant de froide résignation, dans celui de Chavanet tant de colère, qu'il devina un drame intime où sa présence pourrait être nécessaire.

Il demeura' cloué a sa place, et il assista à un grave entretien.

Voici ce qui s'était passé :

A cinq heuves, le bal se termina, et les invités se retirèrent, à l'exception toutefois de Barbassous, resté endormi, ainsi que nous l'avons dit, derrière un massif d'arbustes, où personne ne l'avait vu.

Après une nuit semblable à celle qui venait de s'é-

rendre dans sa chambre, lorsqu'il la retint par ces mots :

— Ce matin, à neuf lieurcs, j'aurai besoin de votre signature au bas d'une piï'ee ([lie mon notaire viendra chercher. Vous dormirez à ce moment. Afin de m' éviter le désagrément de vous faire réveiller, voulez-vous signer ce papier tout de suite?

En même temps, il entra dans son appartement situé au bout de la galerie, après le boudoir dans leque! Barbassous était endormi. Hélène le suivit, non sans surprise. Ce n'est pas à cinq heures du matin, après une nuit de bal, fju'on demande à une femme sa signature, et Hélène ne pouvait savoir qu'en la lui demandant, eu un semblable moment, son mari espérait que, brisée de faligue, elle signerait sans lire.

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