‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 121 sur 142 · PACTE DE SUCCESSION · texte numérisé non relu

PACTE DE SUCCESSION

ritîer, la couronne devait échoir à Jean ou à sa postérité mâle. Pour le récompenser de son abnégation, Jean fut investi du duché d'Ostrogothie laissé vacant par la mort du prince Magnus. On lui fit jurer que, dans le cas où il parviendrait au trône , il romprait toutes relations avec Sigismond et ses enfants. Pour le reste de la postérité de Charles , on suivit l'ordre de succession établi, en 1544, à Westerâs en faveur de Gustave Wasa. Mais , dans le cas où le trôqe écherrait à une femme, on devait exiger d'elle qu'elle épousât un prince protestant et, autant que possible, issu du sang de Gustave I". Une princesse catholique ne pouvait devenir reine qu'après avoir embrassé la religion nationale. Un roi ne pouvait accepter l'offre d'une autre couronne qu'après avoir pris l'engagement de séjourner en Suède. Tel fut le fameux pacte de succession de Norrkôping , qui fit passer le sceptre de la branche de Jean dans celle de Charles. 11 fut ajouté que ceux qui s'opposeraient à cet acte seraient punis de mort comme traîtres à la patrie, et que leurs femmes et Igurs enfants, considérés comme leurs complices, n'échapperaient à leur sort qu'en dévoilant leurs machinations. 11 fut décidé aussi que les fils des sénateurs suppliciés à Linkôping seraient déchus des titres de noblesse conférés à leurs pères par Éric XIV ou Jean III, et impropres à toutes sortes d'emplois, jusqu'au jour où, par des actions d'éclat et un dévouement sans bornes, ils auraient effacé les fautes de leurs pères, dont ils étaient jusqu'alors regardés comme solidaires. Les émigrés , réfugiés en Pologne , et qui n'avaient pas obéi aux ordres de rappel qui leur avaient été faits à la suite de la diète de Linkôping, devaient

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être sollicités de nouveau de rentrer, de venir faire acte de soumission et prêter serment de fidélité au nouveau roi. Faute de quoi, ils seraient exilés régulièrement et punis à leur rentrée comme traîtres à la patrie.

La diète décida en outre de poursuivre la guerre de Livonie contre Sigismond, et décréta idans ce but la levée et l'équipement de neuf mille hommes. Pour le service de l'intérieur, on décréta l'établissement d'une landwehr ; les paysans qui en firent partie eurent une diminution dans les impôts, et furent déchargés de l'obligation de fournir des chevaux aux voyageurs, el un logement aux troupes de passage.

Certainement les États de Suède avaient agi trèssagement en se débarrassant d'un roi enclin au despotisme et d'un esprit assez borné pour regarder, comme des hérétiques incorrigibles, des chrétiens comme lui, mais différents de secte ; ils avaient agi mieux encore en choisissant à sa place le seul homme qui fût capable de réparer les désastres survenus pendant les règnes déplorables d'Éric XIV et de Jean III. Le duc d'Ostrogothie n'eût pas guéri le mal; Sigismond ne l'aurait qu'aggravé. Doué des qualités qui conviennent à l'homme privé, il n'avait aucune de celles nécessaires au rang suprême. L'idée exagérée qu'il s'était faite des prérogatives royales augmentait démesurément son orgueil et son opiniâtreté ; et cependant, comme il dirigeait mal ses entreprises et qu'il était faible de caractère , il finissait toujours par céder, mais dans un moment inopportun et contrairement à sa dignité. Il n'était pas cruel ; mais son fanatisme outré le poussait à faire, chaque jour, des injustices ou des outrages à

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des hommes inoffensifs et dévoués. C'est lui qui , dominé par les jésuites dont il s'était imprudemment entouré, inaugura dans l'indépendante Pologne, à qui les deux derniers Jagellons avaient donné la liberté de coDscience, quand elle était encore inconnue du reste du monde, cette politique de sacristie qui consistait à abreuver de tracasseries et d'bumiliations les dissidents, afin de les poussera la rébellion, et, une fois entraînés dans la faute, à les persécuter sous le prétexte de les châtier. C'est lui qui, par ses maladroites et indélicates manœuvres , désaffectionna les provinces protestantes du Nord et les provinces schismatiques de l'Est, et poussa les unes et les autres à chercher à l'étranger pour leur conscience des garanties que leurs protecteurs naturels, leurs souverains, leur refusaient. C'est lui enfin qui, pendant son triste règne qui se prolongea quarante ans , mit au cœur de cette chevaleresque nation ces funestes germes de dissolution qui, après une agonie d'un siècle, ont amené sa mort.

Pendant que la Pologne descendait lentement au tombeau, la Suède, parvenue à l'apogée de la gloire et de la puissance, parcourait de victoire en victoire, à la suite de son héroïque monarque, l'Allemagne encore plus émerveillée que terrifiée des actes de prodige de ces géants du Nord. Les règnes de Charles IX et de Gustave-Adolphe prouveront mieux que tous les arguments possibles la sagesse des États de Norrkôping, lorsqu'ils déclarèrent Sigismond Wasa déchu du trône de Suède et qu'ils mirent à sa place le seul des fils de Gustave 1*' qui ait été vraiment digne de son père.

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