ABNÉGATION DU DUC DOSTROGOTHIE
Stângebro,il remet sur le front de Sigisraond vaincu la couronne qui venait d'en tomber ; de même à Nonrkôping, il descend du trône pour y faire monter son neveu. Jean n'avait qu'à acquiescer aux paroles de son oncle pour devenir Jean lY de Suède. Mais ce prince avait alors quinze ans; il était maladif, d'une nature calme, discrète, soumise, ennemie du bruit et du faste, et subissant l'ascendant irrésistible que Charles exerçait sur tout ce qui l'entourait. Il voulut prouver qu'il avait autant de cœur que lui s'il n'avait pas autant de mérite, et, au milieu de l'émotion embarrassée qu'avaient produite les magnanimes déclarations du régent , il répondit très-nettement qu'il ne voulait pas accepter des fonctions dont un homme plus digne que lui se démettait en sa faveur. Il le remercia ensuite des soins dont il avait entouré soii enfance et des égards qu'il prodiguait à son adolescence ; il le remercia plus vivement encore de l'avoir soustrait à l'influence de son frère aîné, et de l'avoir élevé dans la religion luthérienne, la seule vraie. Il déclara qu'il n'était qu'un enfant, et que c'était d'un homme et d'un homme supérieur dont la patrie avait besoin dans un moment aussi critique; qu'il préférait, quant à lui, les charmes modestes de la vie privée , surtout en se sentant protégé par un tel maître, aux combats du rang suprême; qu'il promettait d'être, toute sa vie, le sujet le plus fidèle et le plus obéissant de Charles IX, et de reporter, s'il lui survivait , sur sa femme et sur ses enfants le respect, la soumission et l'amour qu'il lui avait toujours témoignés.
Cette scène grandiose et solennelle, où rien n'était préparé à l'avance , où chacun des deux augustes ac-
teurs agissait d'après sa conscience et suivait les mouvements de son cœur, avait ému profondément tous les hommes énergiques et passionnés qui en avaient été témoins. En effet, pouvait-on voir avec sangfroid ce terrible duc de Sudermanie, arrivé, après trente ans de luttes, au trône, qui était le but de tous, ses efforts, parce qu'il trouve sur ses marches un enfant qu'il n'aurait qu'à toucher pour le pulvériser, s'arrêter tout à coup , et , faisant céder son ambition devant son honnêteté, reconnaître ses droits et lui céder généreusement l'objet de toutes ses convoitises? Et l'émotion ne devait-elle pas être portée à son comble, en voyant l'enfant surpasser le vieillard en générosité, et venir humblement et noblement s'incliner lui-même devant cet homme auguste dont le génie l'avait fasciné, auquel il avait pris l'habitude d'obéir, et auquel il n'oserait jamais commander? Les États, qui pressentaient mais n'osaient espérer un aussi heureux dénoûment, accueillirent avec de frénétiques applaudissements les généreuses déclarations du jeune prince. Ce n'eût été qu'à regret qu'ils auraient confié le sceptre à un enfant chétif et d'une intelligence ordinaire; c'est avec des transports de joie qu'ils le mirent entre les mains d'un homme dont ils avaient déjà éprouvé le mérite et le patriotisme. Aussi , le 22 mars, Charles Wasa, élu par les quatre ordres de la nation, fut-il acclamé roi de Suède , des Go'hs et des Wendes. En même temps Tordre de succession fut réglé. Gustave- Adolphe, créé prince royal, fut désigné comme le successeur de son père, et, s'il mourait sans postérité mâle , son frère , Charles-Philippe , devait le remplacer ; et, si Charles-Philippe n'avait pas non plus d'hé-