S77] VIE ET MORT DE GUSTAVE ERICSSON
Celui-ci, pressentant qu'un crime allait se commettre, marcha droit au meurtrier, et sauva la victime à la pointe de son épée (1). Ayant appris son nom, il la fît sortir du royaume. Le jeune Gustave Ericsson, envoyé tour à tour aux collèges de Braunsberg et de Wilna, y fut élevé avec soin par les jésuites. 11 était intelligent et rempli de sentiments généreux, mais inconstant, fantasque et maniaque, comme son père. Il délaissa de bonne heure les études sérieuses et positives pour s'adonner aux mystères de l'alchimie et aux utopies de la sorcellerie. Rêveur jusqu'à l'extase, il était incapable de pourvoir aux nécessités premières de la vie ; honnête jusqu'au scrupule, il était plus incapable encore de se les procurer au prix d'une bassesse. Aussi, après avoir refusé de Sigismond Wasa, intéressé à le voir mourir sans postérité, une grande position dans les ordres, il était insensiblement tombé dans la misère. Abandonné de l'empereur Rodolphe II, dont l'avait rapproché une similitude de caractère et de goût, il avait été réduit un instant, pour avoir du pain, à décrotter, à la porte des auberges, les vêtements des voyageurs. Tiré de cet état d'abjection par la princesse Anne, sa tante, il avait voulu suivra la carrière des armes vers laquelle une certaine vocation l'appelait. Mais Jean et son fils Sigismond avaient toujours élevé devant lui des obstacles qu'il n'eut ni la force ni l'adresse de surmonter. Après avoir traîné en Bohème, en Pologne, en Allemagne, une vie toujours obscure, souvent misérable, son humeur incons-
(1) Gustave, âgé de sept ans, était encore auprès de son père, à Gripsholm. C'est un enfant au berceau, et non pas un enfant de cet âge, qui peut être mis dans un sac pour être noyé.
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tante et vagabonde le conduisit en Russie , à la cour de Boris Godunoff. Il y fut accueilli avec distinction et comblé d'honneurs. Le grand-duc, homme fourbe et cruel, voyant dans ce priilce de Wasa un utile instrument à sa politique, lui proposa, dit-on, la main de sa fille, mais à la condition de changer de religion, et de se présenter à la tête d'une armée moscovite, en Finlande, où son père avait laissé d'excellents souvenirs. Gustave Ericsson déclina l'honneur qu'on lui faisait, et le tyran indigné fit jeter dans un cachot l'étranger insolent qui croyait payer trop cher, au prix d'une trahison, Thonneiir de devenir sou gendre. Le malheureux n'en sortit qu'à la mort de son persécuteur. Mais alors sa santé altérée ne pouvait plus être rétablie. 11 mourut en 1607 dans la petite ville de Kamychin. Jacques de la Gardie découvrit son tombeau, dans un bois de bouleaux situé sur les bords de la Kaschenka, tout auprès de la ville (1). Il était caché sous les herbes et inconnu de la plupart des barbares habitants de ces contrées. Quelques-uns savaient bien que la pierre qu'ils avaient parfois heurtée en passant recouvrait le cadavre d'un étranger, mort misérablement loin de sa famille ; mais aucun ne savait que ce misérable était né sur un trône , et qu'un instant il avait semblé destiné par Dieu à régner sur un grand peuple.
Malgré l'infirmité de sa raison et la bassesse de sa vie, quelques aventuriers et quelques intrigants se servirent de son nom pour attaquer l'autorité chancelante de Jean III. Des seigneurs suédois vinrent jusqu'à
(1) Geyer, Hist de Suède, chap. Xll^ p. 210 et 211.