IÔ771 FUNÉRAILLES D'ÉRIC XIV
cherché par les intrigants de cette époque, fût devenu impossible. Dans ce double but, le prudent Jean III avait fait exposer pendant huit jours le cadavre aux regards de la foule. La vue des grands frappés par la mort plaît infiniment aux petites gens, qui trouvent une joie secrète à voir, dans un état d'impuissance et d'infériorité, gisant à leurs pieds, ces personnages qu'ils ont vus pendant toute leur vie si au-dessus d'eux. Le spectacle avait cette fois d'autant plus d'attraits que les gardiens,* au lieu de maintenir, comme l'étiquette l'ordonnait, les visiteurs à distance, permettaient aux femmes, aux enfants, aux vieillards, enfin à tous les curieux, de contempler le cadavre tout à leur aise et même de le toucher ; on l'avait ensuite transporté à Westerâs, et enterré dans un coin de la cathédrale, attendu que les places d'honneur recelaient les cadavres du vieux Sten Sture et d'autres nobles, dont on devait bien prendre garde de ne pas troubler les cendres (1). Charles trouva ces procédés mauvais et en fit à son frère de vifs reproches; il lui rappela que, si Éric avait commis dans sa folie des actes regrettables, il avait fait de grandes choses; que, d'ailleurs, il était né et avait été sacré roi de Suède (2). Jean, sensible à ces représentations, fit déposer le cercueil de son frère dans un endroit plus convenable. Au-dessus, coutre le mur, furent placés les insignes de la royauté, et, entre ces insignes et le tombeau, on grava au burin, en guise d'inscription, le verset 15, chapitre II, du livre 1" des Rois (3) : « Tu sais bien que le royaume
(1) Lettre du roi au docteur Erasmus, évèque de Westerâs^ 5 mars 1577. (2; Lettre de Charles à Jean, !•' avril 1577. (3) Messenius, Scond. iUust.y tora. V1I,> p. 49.
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m'appartenait et que tout Israël s'attendait à ce que je régnerais ; mais le royaume a été transporté et il est échu à mon frère, parce que l'Etemel le tni a donné (1). »
J'ai déjà dit que le nom d'Éric est resté populaire. Gustave IIl n'osa pas faire descendre ses restes dans les caveaux d'Upsal; mais il fit enlever la couronne et le sceptre qui décoraient le tombeau de Jean III, pour les mettre sur le mausolée qu'il consacra à Eric XIY, dans l'église de Westerâs.
Éric laissait derrière lui une veuve, un fils et une fille (2). La veuve, à force de bassesse, obtint dans sa patrie le repos, la fortune même (3). La fille, nommée Sigridy se maria deux fois, et fut l'aïeule du célèbre comte de Tott, un des favoris de la reine Christine. Le fils, au contraire, en butte à la méfiance de Jean, eut une vie agitée et remplie des plus romanesques aventures. Destiné à la mort par le tyran, il avait été livré à l'estafier chargé de l'assassiner, enfermé par loi dans un sac, prêt enfin à être jeté dans la rivière qui devait lui servir de tombeau, lorsqu'il fut rencontré par un jeune gentilhomme de la maison de Sparre.
(1) Les monnaies d'Éric XÎV portaient en général cette inscription : Deus dnt eût vult,
(2) Plus deux filles naturelles qu'il avait eues d'Agda Pehrsdotter^ fille d'un riche bourgeois de Stockholm, et mariée plus tard à Joacchim Fleming. L'aînée se nommait Virginie, et la seconde Constance.
(3) En réponse à une lettre écrite après la mort de son mari, le roi, après l'avoir rassurée sur son sort, ajoute : « Nous vous avons dotée de biens et de terres, que nous augmenterons encore si voire conduite envers nous, envers votre reine et nos enfants, est convenable. Quant à vos enfants, nous ferons en sorte que rien ne leur manque, qu'ils soient dans le royaume ou dehors (lettre de Jean à M"»» Karin, 27 août 1577). »
Catherine est morte en Finlande, et a été enterrée dans le caveau servant de sépulture à la famille de Tott. Ses petits-fils, par égard pour elle, furent élevés par la reine Christine au rang de princes.