I588J AMBASSADE DE LA GARDIE A MOSCOU
Sigismond , on conserva le couvent de Wadstena et la chapelle de Drottningholm , construite dans ses domaines et destinée à ses besoins.
Etienne Bathory était un grand roi ; il avait la conscience de son mérite, et connaissait Tétendue des ressources dont il disposait; quelques brillants succès, remportés contre les Tartares, avaient enflammé son imagination et doublé son audace; il avait fait connaître à la diète son désir irrévocable de chasser les Russes de la province de Smolensk, e1 les Suédois de FEsthonie; et n'attendait , pour entrer en campagne, qu'une occasion favorable. Jean III, pour être à même de lui résister, s'entendit avec le Danemark , et remit à quatre ans la sentence arbitrale qui devait, cette année môme, trancher la question des trois Couronnes; de plus, il envoya à Moscou une brillante ambassade, qui fut conduite par Pontus de la Gardie. Le but apparant était de complimenter sur son avènement au trône Fédor P' (Théodore) , fils d'Iwan IV, .et le but réel de prolonger de quatre ans la trêve conclue entre les deux royaumes. L'ambassadeur suédois, couvert du prestige de ses récentes victoires , fut reçu avec la plus grande distinction, et obtint tout ce qu'il demanda. L'accueil avait été cordial ; le retour était joyeux. Arrivé à Narva, la Gardie traversa la rivière qui sépare la ville russe de la ville livonienne sur une vieille barque en mauifais état, mise à sa disposition par le gouverneur. Pendant le trajet, les canons de la forteresse russe avaient été tirés en son honneur en signe d'adieu ; Pontus , voulant rendre les saints qui lui étaient adressés, fit partir quelques canons qui étaient à bord. Le bateau était vieux et trop chargé de monde. Les secousses qu'é-
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prouva cette vieille machine la firent éclater, entraînant dans les eaux du fleuve, toujours impétueuses, et en ce moment grossies par les pluies , tous ceux qui s'étaient confiés à ce trop fragile abri (1). Pontus de la Gardie et le consul de Revel périrent dans ce funeste accident avec seize hommes de leur suite. Les eaux courroucées purent bien , comme dit Loccenius , arrêter le cours des succès de ce grand homme en le privant de la vie ; mais aucun élément n'était assez fort pour faire périr le souvenir de son génie, qui, étant au-dessus des atteintes de la mort , vivra éternellement dans le cœur des Suédois reconnaissants.
Pontus de la Gardie n'était pas seulement un grand homme de guerre ; c'était encore un subtil diplomate et un habile homme d'État. Jean III, qui malgré tous ses défauts avait de la justesse dans le jugement, avait reconnu sa supériorité. Après lui avoir donné pour femme une fille préférée (Sophie), il l'avait employé dans les négocifittions les plus délicates , et le consultait dans tous les actes importants de son administration. La Gardie était étranger. La grande faveur dont il était l'objet de la part du souverain , les richesses qu'il avait acquises, la gloire dont il s'était couvert, devaient faire naître sous ses pas une foule d'envieux. Jacques Typot, secrétaire du roi, qui était le plus acharné devons, résuma dans un libelle toutes les accusations dont cet illustre personnage était l'objet. Attaqué comme calomniateur, Jacques Typot ne put donner devant ses juges les preuves des faits qu'il avait avancés; il fut donc condamné par eux à une détention perpé-
(1) Epitome chronoL scond., tom. XV, p. 446.