I»8K] CÉLÉBRATION DU MARIAGE DU ROI
du contrat et tous les arrangements fussent pris à Tinstant même. Le duc de Sudermanie et les princesses ses sœurs ne furent avertis qu'au dernier moment, lorsqu'une rupture était devenue impossible. Charles ne protesta pas avec moins d'énergie contre la mésalliance de son frère. Anne et Sigismond osèrent aussi témoigner au roi leur répugnance de voir entrer dans le lit de leur mère son ancienne servante (1); et ses sœurs furent unanimes à manifester leur mécontentement. La comtesse de la Frise orientale, Catherine , Faînée des filles de Gustave , et la préférée de Jean III avec qui elle avait été élevée, prétendait que « le diable avait dû user bien des souliers, avant d'avoir pu conclure ce mariage. » Les autres mêlaient leurs quolibets aux reproches. Jean, que toutes ces oppositions ne faisaient qu'irriter, répondit à ses sœurs que « son bras saurait les atteindre à l'étranger, si elles ne cessaient leurs glapissements. »
Cependant le mariage fut célébré avec une grande pompe dans le château de Westerâs. Toute la haute noblesse du royaume fut convoquée aux fêtes données à cette occasion. Charles déclara qu'il n'y paraîtrait pas, et donna pour excuse, ou plutôt pour prétexte de son absence, le manque de temps nécessaire à ses préparatifs de déplacement. Comme Charles avait été invité cinq semaines à l'avance, sa mauvaise volonté n'é^ tait que trop manifeste; ce fut en vain que la princesse Anne écrivit à sa tante, la duchesse Marie, une lettre
(1) Principes Sigismundus et Anna, quod parens serenissimus virginem ex proprio delegisset gynseceo^ quseque matri defunctse fuisset ab obsequiisj tacite secum indignabantur, et liaec potissimum. (Messenius^ Scond, iiluslr.^ tom.VIï,p. 73.)
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pressante et même suppliante ; Charles resta inébranlable derrière les murs de Nykôping, Il se borna à envoyer à Westerâs un gentilhomme de sa cour que Jean, justement piqué, refusa d'admettre parmi les invités.
Jean n'était pas capable d'administrer un grand royaume. Il avait besoin d'une direction. La reine morte et Charles éloigné, c'est le sénat qui s'empara des affaires et gouverna le pays. C'est à son influence qu'il faut attribuer le renvoi de tous Jes jésuites que la reine Catherine avait attirés, jusqu'à KlosterLazse dont le roi avait été jusqu'à ce jour le protecteur passionné, la fermeture de leur église de Stockholm (1), la destitution du pasteur Laurentius Forsius, dont la seule faute consistait à avoir abjuré le luthéranisme, et enfin la loi sévère condamnant à l'exil tout Suédois catholique qui, dans six mois, n'aurait pas reconnu ses erreurs et fait retour à l'Église nationale. La grande force du catholicisme résidait dans Tappui du roi. Du monient où cet appui vint à manquer, les passions populaires, trop longtemps contenues, éclatèrent avec une violence extrême. Forsius, ayant osé dans la cathédrale de Westerâs faire une confession de sa foi nouvelle, fut assailli, dans l'église même, parles fidèles auxquels il s'adressait, jeté à bas de la chaire, meurtri de coups; et, malgré la présence du prince Sigismond demandant grâce pour lui , il aurait péri inévitablement, sans l'intervention du respectable comte Brahe. La réaction contre le catholicisme fut aussi violente que soudaine; cependant, par égard pour le prince
(1) Située dans le quartier de Riddarholm.