ÉLECTION DU .PRIMAT DU ROYAUME
expliquée les réformateurs et telle que la comprenait le synode, formait la seule règle et la seule base de la doctrine évangélique. En conséquence de cette déclaration , la liturgie fut abolie et remplacée par le rituel de Laurentius Pétri, tel qu'il avait été composé dès le principe et avant d'avoir été dénaturé par Jean III. On défendit de faire dans la Sainte Gène l'élévation de l'hostie, de se servir du sel et des cierges dans le baptême , et enfin on supprima beaucoup d'autres pra* tiques catholiques, maintenues par Gustave l" ou rétablies par Jean IIL On remplaça le formulaire actuel par une nouvelle discipline ecclésiastique, et l'on adopta le catéchisme de Luther pour base de l'enseignement religieux.
Une fois les questions de dogme résolues, le synode aborda des sujets secondaires; il valida l'élection de Perh Jouas à l'évéché de Strengnâs, élection faite par le duc depuis 1586, mais que le roi Jean n'avait jamais voulu ratifier. Le siège de l'archevêché d'Upsal était vacant (1); Nicolaûs Bothniensis ayant par une modestie tout évangélique refusé la plus haute dignité et la plus riche charge du royaume , les voix se portèrent sur Abraham Angermannus , le fougueux recteur de l'académie de Stockholm, le même qui, persécuté par Jean III , s'était retiré en Allemagne , et séjournait à Hambourg, où la nouvelle de son élection vint le surprendre, après un exil de treize ans.
La pauvre liturgie , attaquée de toutes parts , ne trouva pour défenseur qu'un curé de Stockholm, Perh Pâlvesson, dont le roi Jean avait été déjà contraint de
(1) De même que celai des évéchés de Wexid et de Linkdping.
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modérer le zèle , et dont la maladroite plaidoirie ne souleva que les sarcasmes de l'assemblée. Ceux-là même qui avaient été les plus ardents à l'adopter et à l'imposer à leurs ouailles furent les premiers h la fouler aux pieds, une fois abattue. La plupart des membres du haut clergé ne devaient leur position qu'à des concessions lâches et, par malheur pour eux, faites par écrit. Après avoir déployé dans le synode un zèle que le désir de faire oublier le passé rendait excessif , ces personnages demandèrent à rentrer en possession de certains papiers que par une fidélité exagérée , disaient-ils, -ils avaient signés et livrés au roi. Le sénat, qui avait eu les mêmes défaillances, soutint la proposition du clergé; mais le duc, toujours prévoyant et ne laissant perdre aucun des avantages qu'il pouvait avoir sur un antagoniste présent ou futur, ne laissa, sous divers prétextes, rien sortir de la chancellerie.
Charles et les prêtres des duchés triomphaient. Le sénat et le haut clergé du royaume, ne pouvant résister à un mouvement de jalousie, demandèrent que, puisque les liturgistes étaient considérés comme hérétiques, les calvinistes et les zwingliens, qui de fait étaient encore plus criminels , ne devaient pas être traités avec plus d'égards. Le trait s'adressait au duc de Sudermânie. Personne n'ignorait que la duchesse Marie, sa première femme, n'eût été calviniste, et l'on ne pouvait douter de l'influence que cette princesse vertueuse et bien-aimée avait exercée sur l'esprit de son mari.
L'on s'attendait à ce que Charles répondît avec emportement à une provocation si directe. Déjà même l'évêque de Strengnâs se posait en médiateur; mais
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Charles, toujours sage et sachant toujours dominer la situation, répondit qu'il était prêt pour sa part à soutenir une proposition aussi orthodoxe , et saisit cette occasion solennelle, pour déclarer dans une profession de foi devenue célèbre qu'il n'appartenait ni au pape, ni à Calvin, ni à Zwingle, ni à Luther, mais qu'il était tout entier à Christ et à la parole de Dieu.
Après ce scandale avorté, la bonne harmonie ne pouvait plus être troublée. Le président se mit à faire un résumé des articles de la Confession d'Augsbourg, choisie pour être la religion de l'État. Il demanda ensuite aux membres du synode , s'ils croyaient sincèrement que cette religion fût la seule vraie , et s'ils étaient bien décidés à la protéger, à la propager et à la défendre. Tous ayant répondu qu'ils étaient prêts a sacrifier pour elle leurs biens, leur liberté et leur . vie, le président dit à haute voix : « La Suède est devenue un seul homme, et nous n'avons tous qu'un seul Dieu (1). » Un cantique en actions de grâces, composé pour la circonstance et chanté avec enthousiasme, termina cette mémorable réunion.
Le synode d'Upsal avait non-seulement cicatrisé les blessures que l'Église de Suède avait reçues pendant les règnes^ désastreux d'Éric XIV et de Jean III; mais, en rétablissant l'harmonie parmi ses membres, elle lui avait rendu sa force et son éclat des premiers jours. Les Suédois ont justement apprécié l'importance des services qu'il leur a rendus. Pendant longtemps des fêtes populaires à demi religieuses ont eu lieu, chaque année, le premier dimanche qui suivait le 17 février,
\\) Relation du synode d'tlpsal pài^ Nicolaûs BothniensiSi