I»92J FUNÉRAILLES DU ROI JEAN
tant de la restitution d'un fief possédé jadis par les siens en Finlande , mais qui avait été confisqué par Jean III. Le roi prit aussi le parti d'Olof Stenbock et de ses frères, et enfin il maintint dans son gouvernement de Finlande Clas Fleming, homme entier, altier, brutal, et qui dans ses démêlés avec le duc s'était fait remarquer par une indolence qui dépassait toutes les bornes. En même temps, il envoya Jean Sparre en Livonie avec une mission secrète, et fit assurer par les émigrés de retour tous les ennemis du duc de sa bienveillance et de sa protection.
Cependant le duc, marchant dans sa forée, affectait de ne pas voir les entraves mises devant ses pas et poursuivrait sa route avec la même hardiesse. Après les seigneurs, il fit mettre en liberté tous les hommes retenus en prison à cause de la religion ou de la politique. Tout ce monde avait été gracié, il est vrai, par Jean III à son lit de mort. II y avait néanmoins, dans l'accomplissement de cet acte, en un pareil moment, un courage et une générosité qui ne passèrent pas inaperçus et qui grossirent les rangs déjà si nombreux de ses partisans. Cependant le cadavre du roi Jean était resté dans les souterrains de l'église de Riddarholm. Charles voulait réserver au roi Sigismond l'honneur de conduire son père dans les caveaux de la cathédrale d'Upsal, où il était destiné à reposer du sommeil éternel à côté de son auguste père. En attendant cette grande cérémonie , il fit transporter les restes mortels de son frère dans les caveaux du château de Stockholm. Les morts ont été de tous temps en Suède et sont encore l'objet d'une pieuse attention. Les funérailles du roi, quoique provisoires, furent ac-
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N I jiiK grande solennité. Le cortège, ^ .4C les membres du haut clergé, conte- V .^> /un^ toutes les illustrations du pays, vtrcueil, porté tour à tour par quatre con- '* tiii et seize membres de la haute noblesse, 'e petit duc Jean , que son oncle , Axel \ ^\ , euait par la main; puis Tenaient le duc de s^. ttuduie, entouré de toute sa maison, et suivi des s...v.«.oui*îs dhi royaume et du duché; après le duc, la ...ic viouoirière, Gunnila, ayant à sa droite Jean, comte o a Krise orientale et petit-fils du roi Gustave, et à sj. ^duche Glas Bjelke , son cousin et beau-frère ; la ^ac Catherine, veuve de Gustave I*, entourée d'Arvid iUiUal^n Stenbock, son frère, et du baron Christophe \hcuck ; puis enfin la sœur du roi défunt , Sophie, veuve du duc Magnus de Saxe-Lauenbourg ; Christine, Juchesse de Sudermanie , et la jeune Catherine , fille Je Charles. Le cortège officiel était suivi de députatious des divers ordres de la diète, des corps et méti^^rs et de la municipalité de Stockholm , et enfin de toute la masse de peuple , attirée par la pompe déployée dans cette funèbre cérémonie.
Les difficultés que Charles prévoyait devoir surgir entre son neveu et lui l'avaient poussé , à la mort de Jean 111, à faire faire, auprès de la cour de Russie, des ouvertures de paix. Il fut d'autant mieux accueilli que Boris Godunofif avait un plus grand besoin de calme et de repos , afin de pouvoir mettre à exécution les projets sinistres qu'avait enfantés sa perverse et immense ambition. Pour répondre aux avances du duc de Sudermanie, une ambassade russe très-brillante vint à Stockholm témoigner des sentiments d'estime et
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de sympathie qui animaient le chef d'une nation voisine et trop longtemps ennemie.
11 n'y avait pas encore un siècle que l'Église nationale de Suède avait été établie par les frères Pétri sur les ruines du catholicisme abattu par la forte main de Gustave, et déjà, mal protégée par un prince enclin au calvinisme, et attaquée par un autre devenu catholique, elle avait été soumise aux plus dures épreuves. Des symptômes de mort se manifestaient de toutes parts; il fallait qu'un sang nouveau fût versé dans ce jeune corps, si on voulait le préserver de la dissolution dont il était menacé. Ce soin regardait un synode. Depuis longtemps le clergé de Suède en demandait la convocation; Jean III, sans la refuser nettement, ne l'avait jamais accordée. Le duc de Sudermanie, cédant au contraire à des vœux si légitimes (9 janvier), en fixa la réunion au 25 février 1593 (1). C'était bien rapproché du jour de la convocation; c'est à peine si les prêtres, disséminés dans ce vaste territoire , surtout ceux qui étaient séparés par la mer, presque infranchissable dans cette rude saison, auraient pu être avertis à temps et se rendre au rendez-vous. Mais, comme on se méfiait du roi , on voulait avoir terminé ces délicates affaires avant le printemps , époque fixée pour son arrivée.
C'était à Upsal , la ville savante et religieuse , que revenait l'honneur de recevoir dans sps nmrs cette docte assemblée. Aussi est-ce à Upsal que Charles la convoqua. Le sénat et le haut clergé , gens naturellement dominateurs et envahisseurs, avaient la préten-
(1) Geyer, Hist. de Suède, pag. 243.
tion de composer à eux seuls le synode et de trancher toutes les grandes questions qui devaient y être soulevées. Le duc, voulant au contraire donner à celte réunion un caractère œcuménique, ordonna que l'appel fût adressé aux prêtres des paroisses les plus humbles , les plus ignorées et les plus éloignées. La Finlande et TEsthonie furent traitées comme la Suède propre. Charles parut à l'assemblée, en grande pompe, comme jadis son père au colloque d'Upsal , accompagné des gens de sa cour, du sénat, d'un grand nombre de nobles et de boui^eois, et de quelques paysans. Le clergé était représenté par les quatre évêques de Linkôping, de Strengnâs, de Westerâs et d'Abo , et par plus de trois cents prêtres, venus de tous les points de la monarchie. Les Finlandais furent très-peu nombreux, moins à cause des difficultés de la route que de la crainte de déplaire au roi, pour lequel ils affichaient, sous Tinfluence de Glas Fleming, un attachement plus bruyant que sincère , et inspiré surtout par l'esprit d'opposition qui a toujours animé le grand-duché contre le royaume.
Le fanatisme qui animait tous ces hommes , libres enfin après une longue oppression , éclata bruyamment dès le début. Ils choisirent , malgré son jeune âge , pour président Nicolaus Bothniensis , professeur de théologie à l'université d'Upsal et l'une des plus nobles et des plus malheureuses victimes de la liturgie. L'opinion de tous était unanime. Le président se borna à lire, l'un après l'autre, les articles si connus de la Confession d'Augsbourg, qui furent tous acceptés avec enthousiasme et par acclamation. L'on déclara ensuite que la Sainte Écriture, telle que l'avaient