IIK93] RENCONTRE DU ROI ET DES SÉNATEURS A DANTZIG
voir d'administrateur, d'empiéter sur des attributions que le roi semblait vouloir se réserver tout entières.
Si le roi Sigismond n'avait pas encore paru en Suède, c'est qu'il n'avait pas toute sa liberté de mouvement; il était retenu en Pologne par les Ëlats (1), qui, faisant fond sur sa faiblesse et son impatience, mettaient, comme Charles Tavait prévu , pour condition à son éloignement la ratification de la cession de TEsthonie, si légèrement promise par Éric Sparre, au moment de sa candidature. Sa fermeté le sauva de ce déshonneur ; et il était déjà en route, au moment où les sénateurs partaient de leur côté. Ils se rencontrèrent tous à Dantzig.
Les membres du synode d'Upsal, pris dans tous les rangs de la société , donnaient une image fidèle de l'opinion publique en Suède. Sigismond était , par malheur, animé de sentiments tout opposés, et sa foi était trop pure pour lui permettre d*avoir recours à la dissimulation. A la mort de son père, le pape Clément VIII lui avait envoyé un de ses familiers, Barthélémy Kowsinski , en apparence pour le complimenter sur son avènement au trône de Suède, en réalité pour l'engager à rétablir le catholicisme dans le Nord. Sigismond avait affecté de dévoiler le secret de. cette ambassade et ne faisait point mystère des 30,000 florins que le saint-siége lui avait envoyés, pour couvrir les premiers frais de cette pieuse entreprise. Il avouait aussi que les États de Lithuanie et de Pologne, animés du même zèle, lui en avaient donné 200,000 dans le même but; il émettait de plus des principes
(l) Réunis à Waracvie^ en mai 1593.
tout à fait malsonnants à des oreilles suédoises. Obligé, disait-il , de tolérer les hérétiques en Pologne , il se retranchait, pour s'excuser, derrière sa position de roi élu . soutenant qu'en Suède il pouvait se soustraire à ces coupables complaisances , attendu que sa qualité de roi héréditaire entraînait son droit à l'absolutisme, et que les sujets d'un roi absolu ne devaient, ne pouvaient avoir d'autre religion que celle de leur maître ; doctrines vraiment monstrueuses , mais qui, dans ces temps de violence, avaient cours dans presque toute l'Europe, en Allemagne surtout.
La passion aveugle ; Sigismond, se rendant dans un pays où les catholiques n'avaient pas même une apparence de minorité, devait au moins, par prudence, prendre les dehors d'une piété tolérante et modérée. Au contraire il se fit accompagner dû cardinal-légat Malaspina des mains de qui seul, disait-il, il voulait recevoir la couronne des Wasas. Son cortège était de plus encombré de prêtres, de jésuites et de moines appartenant à tous les ordres. Les Polonais, essentiellement guerriers, n'étaient point accoutumés à voir leur souverain escorté de la sorte. Aussi les bruits les plus sinistres précédaient-ils partout l'arrivée de cette cour étrange. On disait que le roi , pris d'un saint zèle , devait faire fermer tous les temples qu'il trouverait ouverts sur son passage , entre autres ceux d'Elbing et de Thorn. Les protestants polonais en furent cependant quittes pour la peur. Us furent froidement accueillis par leur souverain, mais point persécutés.
Le séjour du roi à Dantzig fut d'un mois. Sigismondj irréfléchi et bavard comme son père, ne cessait