ENTRÉE DE SIGISMOND A STOCKHOLM
de proférer de mauvais propos et des menaces contre son oncle; il était entretenu dans ses sentiments haineux par Glas Bjelke et Éric Sparre qui, quoique envoyés par le duc , ne laissaient échapper aucune occasion de le desservir. Avec eux se trouvait le rismarks, Glas Fleming, qui était venu assurer le roi du dévouement des Finlandais et mettre à son service les meilleurs vaisseaux de sa flotte. Gomme tous les poltrons, Sigismond était surtout agressif de loin. Au fond il redoutait son oncle ; il n'osa pas entrer en Suède sous la conduite de son ennemi le plus avéré. Il loua un vaisseau hollandais sur lequel^ il s'embarqua avec toute sa suite. Le vent contraire rendit la traversée longue et pénible. Enfin le vaisseau qui le portait entra à Stockholm, le 30 septembre 1593.
Sigismond fut accueilli dans sa capitale avec tous les honneurs qui sont dus au rang suprême, et reçu sur le pont du château par le duc de Sudermanie à la tête des principaux dignitaires du royaume. Le clergé était conduit par son nouvel archevêque. C'était à lui que revenait l'honneur de haranguer le roi. Sigismond, en apercevant ce déplaisant orateur, lui tourna brusquement le dos , et , sans crainte du scandale , il témoigna à voix haute à son oncle sa douleur, son in- ^ dignation d'être reçu dans son royaume par un hemme qui ne devait sa célébrité et son importance qu'à la haine acharnée qui l'avait animé contre son père , et auquel il ne reconnaissait aucun caractère officiel^ puisque Tillégalité de la réunion du synode d'Upsal entraînait la nullité de tous ses actes*
Personne n'ignorait que c'était à l'influence , à la protection du duc de Sudermanie, que Ângermannus
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devait la primauté du royaume. Charles, prenant pour lui l'algarade, répondit sur le même ton au roi que, si ses yeux étaient blessés de la présence bien naturelle d'Angermannus, au'milieu du clergé, les Suédois n'avaient pas lieu d'être bien satisfaits à la vue de cet amas de prêtres et de moines dont leur souverain affectait d'entourer sa personne. Quant à lui , il était bien convaincu que la présence du cardinal Malaspina ne pouvait être qu'un brandon de discorde chez un peuple qui venait de formuler si nettement ses opinions religieuses, et qu'on ne ferait qu'irriter en tentant de le séduire.
Sigismond sentit qu'il avait eu tort, et, tout fier qu'il était, il ne dédaigna pas de se justifier auprès de son sujet. Il dit que le légat n'avait aucun caractère officiel ; qu'il fallait le comparer à un homme qui, venu de loin pour visiter un ami , et arrivé juste au moment où cet ami partait, l'avait accompagné , par agrément, dans son voyaye , pour passer auprès de lui le temps qu'il lui avait consacré; que son habit ni son titre ne devaient pas le faire sortir de la foule des courtisans dans laquelle il désirait être confondu , et que les Suédois , n'ayant rien à craindre de ses intrigues, ne pourraient qu'être édifiés de ses vertus. Les actes récents de Sigismond concordaient trop peu avec ces paroles , pour que les esprits fussent bien rassurés. D'ailleurs la confiance nécessaire au maintien de bonnes relations entre le peuple et le souverain était perdue, et, après une longue absence, ce fut en reproches amers et en soupçons injurieux que se passèrent ces premiers moments, consacrés d'ordinaire à la joie de se revoir, et remplis d'effusion.