‹ La SuèdeChapitre 140 sur 361 · PHYSIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIQUE

Comparativement aux autres sciences, ce n'est que très tard que la physique acquit une place indépendante parmi les matières d'enseignement de nos universités. Encore au commencement du 18""* siècle, elle était toujours unie à une antre matière, ordinairement aux mathématiques. Mais le développement général de toutes les sciences, au commencement du 18"® siècle, fit naître un vif intérêt pour les études indépendantes sur la physique.

A. CeUius (1701/44), connu surtout comme astronome, s'occupait aussi de la physique. Il faisait des recherches photométriques sur la variation de l'éclairement avec la distance de la source lumineuse, et (avec 0. Bjorter, 1696/1760) des observations sur l'aurore boréale, le magnétisme terrestre, les Tariations de la pesanteur avec la latitude, etc. Son nom est uni au thermomètre centigrade, qu'il a été le premier à construire. Mais, selon lui, le trait qu'indique la glace fondante était marqué par cent, et celui indiquant l'eau bouillante par zéro. C'est C, i\ Linné qui a donné à l'échelle sa forme actuelle. S. Kltngenstjema (1678/1765), mathématicien et opticien distingué, fut le premier professeur de physique à l'université d'Uppsala. Par son enseignement, riche en succès, il a exercé une grande influence. Le plus célèbre de ces élèves, J. C. Wilcke (1732/96), un des meilleurs physiciens de son temps dans le domaine de l'électricité, a publié des recherches sur les variations diurnes et sécu-

422 IV. L'ENSEIGNEMEITT et la OULTURB II^TBLLEOTUELLE Elf SUÈDE.

laires du magnétisme terrestre et des études très remarquables sur la chaleur. G, G. HdUêtrôm (1775/1844) est connu par ses recherches sur la dilatation des corps, surtout sur celle de l'eau, causée par la chaleur.

L'époque brillante de la physique commence, en Suède comme dans les autres pays, au IQ"** siècle. F. Rudberg (1800/39) se fit une réputation par une série de recherches expérimentales d'une grande importance, dont il faat. avant tout nommer ses observations sur l'optique des cristaux, ses améliorations de la construction et du calibrement des thermomètres, sa découverte de la fusion partielle de certains alliages, et ses recherches sur la dilatation des gaz, surtont sur le coefficient de dilatation de l'air. A. F, Svanberg (1806/57) a, entre antres, fait des recherches sur les forces thermo-électriques des cristaux d'antimoine et de bismuth. Il a de même fait la construction et la description de quelques appareils bien ingénieux: un duplicateur électrique, prédécesseur en principe de la machine électrique de M. Holtz, et un thermomètre différentiel électrique, qui ne se sépare que dans la construction technique du bolomètre (pour examiner la chaleur rayonnante) dont on se sert ^généralement aujourd'hui, lequel est construit par l'Américain Langley. A. J, Angstrôm (1814/74) est un des plus illustres naturalistes de l'université d'Uppsala. Déjà en 1853, il exposa l'opinion qu'un corps, dans l'état incandescent, émit justement les radiations qu'il peut absorber lui-même à la température ordinaire, par quoi il est devenu un des fondateurs de l'analyse spectrale. Parmi ses autres œuvres sur l'optique, il faut nommer son atlas du spectre solaire, qui servait longtemps de règle de toutes les mesures des longueurs d'onde, des recherches sur l'optique des cristaux et sur le spectre de l'aurore boréale. En outre, il a fait des observations sur la conductibilité calorifique des corps avec une méthode extrêmement ingénieuse. -R JEdlund (1819/88) était un autre de nos physiciens les plus distingués. Il exposait une nouvelle théorie sur les phénomènes électriques, en admettant, comme Franklin, un fluide électrique, qu'il identifiait avec l'éther. Les phénomènes électrodynamiques, il cherchait à les expliquer par l'écoulement de l'éther. Parmi ses nombreuses recherches expérimentales, citons, avant toutes les autres, celles sur les extra-courants, sur la chaleur, dégagée par les courants induits, sur l'induction, dite unipolaire — grâce à laquelle il cherchait à expliquer l'aurore boréale et l'électricité de l'atmosphère — et sur les décharges dans les gaz raréfiés. Selon ses théories, le vide est un bon conducteur de l'électricité. C'est aussi lui qui a découvert la force électromotrice de l'arc électrique, et il a déterminé Téqui- Yalent mécanique de la chaleur, par expériences de traction des fils métalliques. Enfin, il a aussi étudié la formation des glaces de la mer.

D'autres physiciens suédois remarquables, déjà morts, étaient: le baron F. Wrede (1802/93), actif surtout dans le domaine de l'optique, P. A, Siljestrôm (1815/92), qui a fait des recherches sur la validité de la loi de Mariette à basses pressions, et J. Ericsson (1803/89). Parmi les importantes découvertes et études de celui-ci, nommons ici ses recherches sur la chaleur rayonnante et son invention de la machine à air chaud et d'une machine motrice, fonctionnant à l'aide de la chaleur solaire. L'éminent chimiste J, Bevzelius (1779/1848) exerçait une grande influence sur la physique, surtout par ses excellents c rapports annuels», publiés par l'Académie des sciences de Stockholm, de 1821 jusqu'à 1847. des rapports exposaient les résultats des recherches scientifiques aussi dans le domaine de la physique.

Un des plus âgés des physiciens suédois, encore en vie, est T, R, Thalin (né en 1827; ancien professeur à Uppsala), qui a fait des recherches très exactes sur l'analyse spectrale. D'ailleurs, il a contribué, pour une part importante, à la connaissance de l'état du magnétisme terrestre en Suède, et il a inventé des méthodes pour déterminer la présence et l'étendue du fer dans les mines. En première place, parmi les autres physiciens de nos jours, il faut nommer: A. V,

CHIMIE. 423

BâcJdund (né en 1845; professeur à Luud), qui a publié des ouvrages excellents sur la physique mathématique, surtout sur l'électricité; K, B, Haaaelberg (né en 1848; professeur à l'Académie des sciences de Stockholm), qui a fait des ouvrages exacts sur l'analyse spectrale et sur la spectro-photographie; K. Àngstrôm (né en 1857; professeur à Uppsala), qui a publié des recherches sur la chaleur rayonnante et sur le spectre ultra-rouge; et S. Arrhenius (né en 1869; professeur à l'université libre de Stockholm), qui a publié de nombreux mémoires sur la chimie physique. Spécialement, M. Arrhenius a exposé la théorie sur la dissociation électrolytique. Mentionnons aussi: K. A. V. Holmgren (né en 1824; professeur à Lund); G. R. Dahlander (né en 1834; professeur à l'École polytechnique de Stockholm), qui s'est occupé de l'électricité; G. Lundquist (né en 1841; professeur de mécanique à Uppsala; conductibilité de chaleur et optique); A. Wijkander (né en 1849; professeur à l'École polytechnique Chalmers à Gothembourg; magnétisme terrestre); M. M, J. Rydberg (né en 1854; analyse spectrale); C. Mdnus (né en 1854; électricité); V, Carlheim^Gyllenshiôld (né en 1859; magnétisme terrestre); E. Solander (né en 1858; magnétisme terrestre); et R G. D. GranqvUt (né en 1866; électricité).

CHIMIE

Aussi longtemps que l'occasion de se livrer aux études chimiques lit défaut en Suède, cette science ne posséda dans notre pays que des praticiens peu nombreux et occasionnels. A mesure que, à l'époque de la grandeur politique, le contact avec le reste de l'Europe se fit plus vif, le goût des recherches chimiques s'accrut cependant avec la connaissance de leur valeur. A l'époque dite de la liberté, où l'on se soucia beaucoup de développer la vie industrielle, ce furent suitout les pratiquants et propagateurs de l'industrie minière, qui s'adonnèrent aux études chimiques. — Parmi les anciens chimistes, on remarque ./. Kunkel (1630/1702) qu'on fit venir de Rendsburg; il découvrit et publia la méthode, auparavant tenue «ecrète, de produire le phosphore, et fit plusieurs expéiiences importantes de chimie technique, particulièrement en ce qui concerne la fabrication du verre (verre opaque, rubis artificiel); £/. Hjàrne (1641/1724), qui donna Torigine à l'analyse et à l'exploitation des eaux minérales suédoises, décri>it l'acide formique, et observa, cherchant même à l'expliquer, l'augmentation de poids des métaux à la calcination; sur sa proposition, Charles Xi fit installer à Stockholm, en 1685, un laboratoire, où les essais s'opéraient aux frais de l'État, surtout pour le compte du collège des mines; Hjftme fut lui-même directeur de cet établissement, un des premiers laboratoires dotés d'une subvention de l'État que l'on connaisse; G. Brandi (1694/1768), qui découvrit le cobalt; et H. T. Sche fer (17 10/17 b9)y connu par ses études sur le platine.

L'installation de la première chaire de chimie à Uppsala en 1750, ouvre une nouvelle période, caractérisée par une étude de la chimie plus méthodique et rigoureusement scientifique. La direction pratique, nettement accentuée de Vépoque précédente, se fit aussi remarquer au début de celle-ci, jusqu'au moment où, vers le milieu de la période, la chimie pure obtint aussi des pratiquants de la plus haute valeur. Les vues flogistiques gouvernent la direction théorique de la science. Un trait caractéristique est l'ardeur qu'on apporte au développement de l'analyse au chalumeau.

Parmi les savants chimistes de ce temps, nous devons citer le fondateur de la chimie agricole J, G. IVallerius (1709/85), le révélateur du nickel A, F. Cron» «teA (1722/65), et, avant tout, les premiers grands hommes de la chimie suédoise: Bergman et Scheele. — T. 0. Bergman (1735/84) fonda la doctrine actuelle des

424 IV. L'ENSEIGNBHENT BT la culture intellectuelle en SUÉDE.

réactions et Tanalyse qualitative par la voie hnmide; il exécuta aussi de grsods travaux préliminaires pour l'analyse quantitative; il inventa la méthode d'an&lyBer les matières insolubles par fusion avec un carbonate alcalin, donna au chalumean des applications croissantes, chercha à exprimer le degré des attractions électives des corps par une grande quantité de «tables d'affinité», très estimées de ses contemporains; il démontra les propriétés acides de Tacide carbonique et sa pré* sence dans l'atmosphère; démontra la cause qui différencie la fonte, l'ader et le fer doux. K. V. Scheele (1742/86) découvrit avant Priestley l'oxygène (cair du feu»), reconnut ses importantes propriétés chimiques, et fit voir que l'air est un mélange de ce gaz avec un autre, qu'il nomma cair vidé» (= azote); émit dans l'esprit fiogistique une hypothèse indépendante sur les phénomènes de la combustion; découvrit parmi les éléments le chlore, le baryum, le manganèse, le molybdène et le volfram, et, parmi les composés inorganiques importants, l'adde arsénique, l'hydrogène arsénié, l'acide fluorhydrique et l'acide prussique; démontra que la fragilité du fer froid était due au phosphore; trouva la composition qualitative de l'hydrogène sulfuré; étudia l'influence de la lumière solaire sur le chlorure d'argent; détruisit les vues de la transformation de l'acide silicique en alumine et de l'eau en terre. Même dans la chimie organique, les études expérimentales de Scheele ont ouvert la voie. Il a découvert la glycérine et un trèsgrand nombre d'acides organiques. J. G. Gahn (1746/1818) découvrit la teneur des fossiles en acide phosphorique, et révéla, pour la première fois, l'existence de cet acide dans le règne minéral.

Avec J, J. Berzeliuê (1779/1848), la chimie entra dans une voie nouvelle. Il introduisit, et fit aussi appliquer dans la littérature scientifique suédoise, les doctrines antiflogistiques. En fusionnant avec ces théories la théorie atomique et les conceptions électro-chimiques, il créa une doctrine chimique complète. Il élucida la composition quantitative des corps inorganiques, et en démontrant qu'elle peut s'exprimer toujours par des formules simples et fixes, il dota de bases solides la théorie atomique de Dalton, en y joignant en même temps la loi des volumes de Gay-Lussac et l'isomorphisme; il ménagea une détermination exacte des poids atomiques des éléments; développa comme doctrine la théorie des oxydes, créée par Lavoisier, et le dualisme qui s'y rattache de très près, et pour lequel il chercha à trouver une explication rationnelle dans la théorie électrochimique, qui porte son nom; établit la nomenclature chimique et créa les symboles chimiques encore usités; introduisit dans la chimie les notions d'isomérie, de polymérie et d'allotropie; appliqua la doctrine des proportions définies aux minéraux et aux composés organiques; élabora un nouveau système minéral, établi sur des bases chimiques et posa (en partie avec Liebig) crancienne théorie des radicaux», un des premiers essais qui aient été faits pour préciser la constitution atomique des corps organiques. Il découvrit aussi trois nouveaux éléments: le cerium (en collaboration avec V. Hiainger, 1766/1802), le sélénium et le torium; obtint pour la première fois le silicium et le zirkonium à l'état libre; devint, par ses importantes études sur les matières animales, le fondateur de la chimie physiologique; découvrit la méthode de décomposer les silicates avec l'acide fluorhydrique et de séparer les métaux au moyen du chlore; introduisit l'usage des creusets de platine, des flacons de lavage et des ligatures de caoutchouc; fonda l'analyse élémentaire moderne; fit connaître l'analyse au chalumeau hors de la Suède; publia un traité de chimie détaillé, et exerça une activité critique très étendue surtout par ses Annales de la chimie, de 1821 à 1847.

Parmi les autres chimistes de cette période, on remarque A. G, Ekeberg (1767/1813), qui découvrit le tantale; M.af Pordin (1781/1858), qui, en collaboration avec Berzelius, opéra la réduction des métaux alcalino-terreux et la dé"couverte de l'amalgame d'ammonium; iV. G, Sefstrôm (1787/1846), qui découvrit

CHIMIE

le Tanadium; •/. A, Arfvedaoii (1792/1841), ardent à l'analyse minérale, lequel découTrit le lithium; et K. G. Moaander (1797/1868), qui découvrit quatre non- Teaux éléments: le lantane, le didyme, Terbium et le terbium.^

Statue de K. V. Scheele, à Stockholm.

Après la période berzélienne, les recherches chimiques marchèrent d'abord dans la direction établie par le maître, assez peu atteintes par la révolution générale qui avait lieu à la même époque dans la chimie continentale. X. F, Svanherg (1805/78) détermina les poids atomiques de plusieurs éléments, et découvrit l'acide phosphomolybdique. N. J, Berlin (1812/91) exécuta la première détermination rigoureuse du poids atomique du chrome, et exerça une activité énorme comme auteur de traités. V, Eggertz (1817/89) élabora une méthode pleine de valeur pour les essais du fer et de ses minerais. C. V. Blomstrand (1826/97) chercha à établir un rapprochement entre le système de Berzelius et la cchimie actuelle» en faisant dériver cette dernière comme une conséquence du premier, et prépara, par ce moyen, la voie à des conceptions plus modernes; il contribua ainsi activement à élucider la question de l'atomicité des éléments.

* £n effet, il faat remarquer ici un fait digne d'attention. Parmi les éléments connus, «a nombre de 75 à peu prés, des chimistes suédois en ont découvert 20 environ.

426 IT. l'exseignembnt et la culture intellectuelle en suède.

Pendant les dernières dizaines d'années, la chimie suédoise est al)soluiieïil sortie de risoleraent où elle était tombée pendant les années consécutives à la mort de Berzelius, et a donné, dans quantité de ehamiis divers^ tl^s apï»orts trèi ini portants anx rechercbes chimiques fnntemjmraînes. F. L. Ekman (1830,^0), hydrographe, rechercha des procédés de fabrication de l'acide sulfuric|ne, et élabora des méthodes pour Tanalyse de l'eau. A. Nobel (1833/90) inTent^a la dynamite et la pondre sans fumée nommée après lui U poudre Nobel. L. F, NiUon (1840/99) produisit de vastes études sur les combinaisons <copiilées> da platine et sur les terres rares, découvrit le scandium, fixa les poids atomiqaef et ratomicité de plusieurs corps foudamentaux; s* adonna jdus tard à la chimie agricole, et publia dans cotte branche des travaux importants sur la teneur ob graisse du lait de vache, sur la valeur nutritixe des jdantes fourragères suédoises, sur la culture de la betterave blanche, sur les en ferais, etc., et douua aussi de nombreux écrits sur la chimie aualytique. E, Berglund (1846 *^T) fit des études de grande valeur sur les acides ami do- et imido-sulfoniques, ainsi que des travaux d'analyse.

Statfte de J. X Berzeîius, à Stockholm.

Parmi les savants Suédois actuellement vivants, qui, soit à cause de leor activité, soit en vertu de leur situation, doivent être regardés comme les savants les plus remarquables des études chimiques, noas devons citer par rang d'&ncienneté: //. v. Post, (né en 1822; chimie agricole); A. E, Nordenakiôld (né en 1832; chimie inorganique, analj'se minérale); I\ T. Cleve (né en 1840; chimie inorganique et organique); J. 0. Roaenherg (né eu 1840; chimie générale); 0, Hammaraten (né eu 1841; chimie physiologique); A, G. Ekstrand

Page 1