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INDUSTRIE FORESTIÈRE

Déjà à l'époque où le peuple suédois commença à entretenir de vives relations commerciales avec d'autres nations, l'exportation des produits forestiers semble avoir été très considérable, quoique les articles demandés fussent alors tout autres que ceux qui de nos jours sont regardés comme les plus importants.

A en juger par divers documents du moyen âge, les fourrures et les peavx de certains animaux sauvages (élan, cerf, etc.) étaient des marchandises fort recherchées, que les marchands étrangers achetaient dans les ports suédois. Les villes hanséatiques, qui, à la fin du moyen âge, dominaient le commerce et la navigation dans l'Europe septentrionale, faisaient venir de la Suède leurs provisions de poix, de goudron, de mâts, de vergues, ainsi qu'en partie du bois, des madriers et des planches. Pourtant, par rapport à ces derniers articles, la Norvège était alors un pays de provenance plus important que la Suède. Les planches exportées n'étaient pas sciées, mais taillées à la hache des troncs d'arbres.

Au commencement des temps modernes, les Hollandais, héritant de la Hanse le monopole du commerce dans le Nord, furent les principaux acheteurs des bois suédois. Comme il leur fallait de grandes quantités de bois de construction nonseulement pour leurs flottes, tant marine que marchande, mais aussi pour des digues et des pilotis, et que leur propre pays, presque dépourvu de forêts, ne pouvait pas en produire assez, l'exportation en Hollande de bois suédois était, pour ces temps-là, très considérable. Les bois exportés se composaient surtout de mâts, de vergues et de poutres taillés à la hache, ainsi que de bois en grume qui furent ensuite débités en Hollande dans les scieries à vent, dont il y avait un grand nombre dans ce pays. Au 18°*® siècle, la suprématie du commerce universel et de la marine marchande passa de la Hollande en Angleterre, pays qui, à peu près par les mêmes raisons que la Hollande, dut recourir à l'importation de bois.

Afin de donner une idée de l'étendue qu'avait le commerce de bois en Suède au commencement du 19™® siècle, il suffit de rappeler qu'en 1809 la Suède exportait environ 220,000 douzaines de planches et de madriers, dont environ les deux tiers passèrent en Angleterre. Toute l*exportation des bois fut évaluée à environ 5,488,000 couronnes, somme qui représentait un septième de la valeur de l'exportation tout entière.

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Marquage des arbres.

Les guerres de Napoléon mirent des eutraves au c^immerce du bois* le but principal de se revenger c^iutre le système de blocus de Xapoléou, l*i terre ciécida, en 1809, de hausser i'OOHidérablemeut les droits dVntrée dcjl tants 8ur les bois provenant du continent. L'année snivaote eut lieu une s^ooedi augmentation» et en 1813 une troisième, de sorte que le droit d'entrée par »l«ml>

INDUSTRIE FORESTIÈRB. 137

(50 pieds cubes anglais =1*4 2 mètres cubes) finissait par s'élever à 3 £ 5 sh. (81 -so francs). Ces droits influaient d'autant plus sur l'exportation européenne qu'on ne payait que des droits insignifiants pour des bois provenant de l'Amérique du Nord britannique. Aussi le commerce de la Suède avec l'Angleterre diminoa-t-il considérablement. Une fois les guerres finies, les droits d'entrée en Angleterre furent réduits, en 1821, à 2 £ 15 sh. (à peu près 69 francs) par loady en même temps que les bois américains furent soumis à un droit d'entrée de 10 sh. (12*50 francs). La différence était pourtant assez grande pour exclure des ports anglais presque tous les bois provenant de l'Europe. Il est même arrivé, à ce qu'on dit, que ces bois ont été d'abord transportés au delà de l'Atlantique pour jouir enfin des susdits avantages à l'entrée d'un port anglais. Si, pendant cette époque, il existait une importation directe de bois suédois, cela ne tenait qu'à ce que la qualité de ces bois était regardée comme supérieure à celle des bois américains.

Peu à peu il se produisit un revirement en Angleterre, où le besoin de bois pour les différents buts industriels se faisait ressentir de plus en plus. Aussi diminna-t-on considérablement, en 1842 et en 1851, les droits d'entrée perçus sur les bois. En 1860, ils furent réduits à 1 à 2 sh. (1*25 à 2*50 francs) par load, pour être enfin complètement abolis en 1866. Maintenant, l'exportation de bois de la Suède avait trouvé un débouché assez grand pour faire naître dans le pays une vraie industrie forestière. La Suède trouva encore un nouveau débouché grâce au traité de commerce conclu avec la France en 1865, d'après lequel divers articles suédois, entre autres les planches et les madriers, furent exempts des droits d'entrée dont ils étaient auparavant frappés.

En même temps, le code de commerce de la Suède subit d'importantes modifications. Au 18™« siècle, le commerce intérieur, aussi bien que le commerce extérieur, était assujetti à certaines restrictions. Ainsi p. ex. les planches à destination de Stockholm devaient avoir des dimensions fixées. Les entraves au commerce libre furent peu à peu abolies pendant la première partie du 19°^® siècle. Un droit d'exportation était autrefois perçu sur diverses sortes de bois, telles que le bois non-ouvré de la plupart des arbres à feuilles, le bois rond rouge, les poutrelles de petites dimensions, tandis que les planches et les madriers rouges et blancs étaient exempts de droits. Ces droits d'exportation furent en général abolis en 1857, et cessèrent complètement avec l'introduction des tarifs de

Comme, à l'étranger, la demande se rapportait surtout au bois scié, les scieries suédoises reçurent une nouvelle importance. On ne saurait dire au juste quand les premières scieries furent établies chez nous, — peut-être, elles remontent jusqu^au moyen âge, — toujours est-il sûr que depuis des siècles il y a eu des scieries mues à l'eau, tandis que ce n'est que durant le 19"® siècle que cette industrie a reçu un caractère tout manufacturier. L'initiative en fut prise par quelques négociants distingués de Gothembourg, dont quelques-uns étaient d'origine anglaise, et qui par leurs relations étaient au courant de l'industrie anglaise et de ses besoins toujours croissants de bois. Pendant la période de 1841 — 50, on acheta de vastes domaines forestiers d'abord en Vermland et en Dalsland, ensuite en Norrland, où l'on fonda diverses scieries de plusieurs châssis. Ces scieries étaient souvent sises auprès d'une chute d'eau non loin de la côte; or,' comme on ne pouvait les établir au bord de la mer, il surgissait certaines difficultés en ce que, pour le chargement, on dut transporter les bois sciés jusqu'au port de mer, soit par des chariots, soit par des chalands, ce qui était assez coûteux, soit enfin par le flottage, ce qui détériorait l'apparence de la marchandise et en diminuait la valeur. A cet égard, l'établissement de scieries à vapeur au bord de la mer causa une révolution complète, et il en résulta des avantages considérables. Le site près de la mer économisait les frais de transport de la scierie au poi*t de

138 ni. FORÊTS BT INDUSTRIE FORESTIÈRE DE LA SUÈDE.

Tabl. 27. Exportation de bois non-ouvrés. Valeur en milliers de francs.

Pays exportateurs.

Moyennes 1881/90.

Moyennes 1891/95.

En 1893.

En 1894.

En 1896.

En 1897.

Suède

Norvège

Finlande

Russie

Autriche -Hongrie États-Unis

Canada

Total

mer, et, en outre, l'emploi de la vapeur comme force motrice non-seulement augmentait et embellissait les débits, mais faisait aussi cesser les entraves qu'exerçaient la glace en hiver et le manque d'eau en été sur la production continue des scieries. La première scierie à vapeur en Suède fut établie, en 1851, à Vifsta près de Sundsvall, la seconde à Kramfors en Ângermanland (en 1852). Pendant la période de 1851/60, et encore davantage entre 1860 et 1870, le nombre des scieries à vapeur s'accrut rapidement. Parmi les causes qui contribuaient à l'épanouissement de l'industrie du bois, il faut aussi signaler le système de sociétés industrielles, qui, gi*âce à la loi de 1848 concernant les sociétés anonymes, commença à se développer de plus en plus, ce qui facilita une coopération de plusieurs personnes pour d'importantes entreprises industrielles.

Enfin, il ne faut pas oublier l'immense perfectionnement des moyens de transport. Autrefois, l'exportation du bois norrlandais se faisait essentieUement an moyen de voiliers norrlandais, lesquels ne faisaient que tout au plus deux voyagei par an à la place de déchargement en Angleterre ou en France, et un voyage à b Méditerranée, aller et retour, demandait toute une année. Depuis qu'on commença à se servir de bateaux à vapeur dans le commerce du bois et que, par conséquent, les voyages furent plus rapides, les frais de transport ont considérablement baissé. Pour l'exportation par Gothembourg, la reconstruction du canal de Trollh&ttan, en 1838/44, fut d'une grande importance, et enfin nous n'avons qu'à rappeler la grande révolution survenue dans les modes de transport par les chemins de fer.

Les premières scieries n'éprouvaient aucune difficulté pour satisfaire à lenn besoins de bois brut. Quoique l'abattage ne comprît que les plus grands arbrei sains et qu'on laissât tout le bois non sain, tous les sapins blancs et des dmes assez grosses, il ne fallait pourtant pas s'éloigner trop de la mer et des grands fleuves pour obtenir des quantités suffisantes de matières brutes. Or, les commandes de l'étranger devenant de plus en plus importantes et le nombre des scieries s'augmentant toujours, les choses changèrent bientôt de face. La hante futaie d'un accès facile vint à manquer, et l'on dut recourir au cours supérieur des fleuves pour chercher du bois brut. £n même temps, on trouva qu'il valait bien la peine d'exploiter non-seulement le bois blanc, mais encore les arbres de deuxième et troisième grandeurs et de qualité inférieure, lesquels on avait dédaignés auparavant.

Pour donner une idée de l'essor qu'a pris l'industrie du bois, il suffit de donner quelques chiffres. En 1821 (la même année oh eut lieu en Angleterre la première réduction des droits d'entrée), il existait en Suède 3,633 scieries avec une production de 267,000 douzaines de madriers et de planches, dont on exporta environ 200,000 douzaines. Quarante ans plus tard, notre pays possédait 59 scieries à vapeur et

INDUSTBIE FORESTIÈRE.

Pays eaportateura de bois non-ouvrés. Valeur annuelle de V exportation y en 1891195. En france.

157 mlUionB. 129 mill. 117 mill. 113 mUl. 106 mill. 51 mill. 89 mUl.

4,933 scieries à eau on à vent, et rexportation seule de madriers et de planches s^éleyait à 1,478,000 douzaines. Après un nouveau laps de temps de quinze ans, cette exportation était triplée, et la totalité de Texportation de bois non-ouvré montait à une valeur de près de 104 millions de couronnes, c.-à-d. à environ 46 % de la valeur totale de l'exportation entière du pays.

Depuis l'établissement des scieries à vapeur, l'industrie du bois continuait, pendant plus de vingt ans, à se répandre en Norrland, grâce aux coigonctures les plus propices; aussi eut-il une vraie invasion de spéculateurs étrangers et nationaux, ainsi que d'ouvriers du sud du pays. La main-d'œuvre coûtait fort cher, et le train de vie des ouvriers s'en ressentait. Pourtant tout allait bien, tant que le prix des bois allait en s'augmentant. Mais en 1874, où il se produisit un vacillement aux marchés étrangers, la situation changea subitement, et les prix, qui s'étaient élevés un peu en 1877, baissaient déjà l'année suivante avec une rapidité vertigineuse. Le prix moyen des bois sciés à Sundsvall, lequel en 1874 avait monté jusqu'à 170 couronnes par «standard» (4*672 mètres cubes), était descendu, en 1879, jusqu'à 76 couronnes. Il éclata une crise grave, qui eut pourtant l'avantage de débarrasser l'industrie d'une foule d'éléments malsains et d'en éloigner les personnes dont l'unique but était de se faire au plus vite une fortune avec le moins de travail possible, sans la moindre pensée à la continuité de l'industrie ni à l'avenir des ouvriers. Ces années difficiles donnaient de nombreux enseipements aux industriels respectables, car on apprit à neutraliser par différents procédés la baisse du prix. Ainsi on tira meilleur parti du bois dans les forêts, on adopta, dans les scieries, des méthodes de travail moins coûteuses, on s'efforça à améliorer les manières de travailler le bois, et on utilisa les rebuts considérés jusque-là comme étant sans valeur aucune. Les prix des bois ont dès lors présenté certaines fluctuations, quoique moins violentes que celles que nous venons de citer; à l'heure actuelle, les prix de certaines espèces, comme p. ex. des madriers rouges, sont à peu près égaux ou même plus élevés qu'en 1874.

Au jour qu'il est, la Suède occupe, parmi les peuples exportateurs de bois, le premier rang, au moins d'après les données de la statistique des pays respectifs. Les principales causes en sont: l'abondance des bois bruts, la facilité qu'offre, en hiver, la couche de neige, ainsi que les lacs et marais gelés, pour transporter le bois de l'intérieur des forêts, les nombreux courants d'eau propices au flottage, et enfin la qualité supérieure du bois suédois, étant à la fois dur et sans nœuds, ce qui le rend surtout propre à employer dans les menuiseries. Comparée avec certains autres pays riches en forêts, la Suède est aussi favorisée par sa situation propice à la navigation et par ses nombreux et excellents ports de mer.

Étendue actuelle de l'Industrie des scieries.

En 1897, la valeur de la production des scieries et des établissements de rabotage était censée s'élever à 146,219,987 couronnes, somme plus importante que celle d'aucune autre branche d'industrie manufacturière de notre pays. Ce chiffre représentait non moins de 18*66 % du prix de revient de toutes les industries. Le rapport de l'industrie du bois a été évalué à plus de 14 millions et demi de couronnes. Le nombre des ouvriers y employés était 40,225. Pendant cette même année fonctionnaient 1,688 châssis et 684 machines à rabotage. Comme force motrice on s'est servi de 507 roues hydrauliques ou turbines et de non moins de 706 machines à vapeur pour moteurs directs, et en outre on employait 13 roues hydrauliques et 73 machines à vapeur fournissant la force motrice à des moteurs électriques. Le nombre de« moteurs électriques était censé s'élever à 178; pourtant, on peut soupçonner que ce chiffre-ci soit trop bas.

La fabrication des principales espèces de bois était répartie sur les différents gouvernements dans la proportion relevée par le tableau ci-dessous. Parmi les «autres espèces ^ de ce tableau sont compris bardeaux 36,814 mètres cubes, lattes 91,727, douves 68,337 et bois de chauffage 828,046 mètres cubes.

Tabl.

Production total des scieries, en 1897, en mètres cubes.

Goavernements.

Madriers et bas tins.

Planches.

Planches rabotées.

Boats de planches.

Antres espèces.

Total, métrei cubes.

Stockholm

Uppsala

SOdermanland

Ôfltergôtland

Jônkôping

Kronoberg

Kalmar

Ill,ff1

Ootland

Blekinge

KristianBtad

Malmôhns...^

Halland

Gôteborg o. Bohna Ëlfsborg

Skaraborg

Vermland

Ôrebro

Vestmanland

Kopparberg

Gefleborg

Vesternorrland

Jemtland

Vesterbotten

Norrbotten

Total

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