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I 3.6JÔ

En 1898

Dans les dernières années, notre industrie du coton s'est lancée dans la fabrication de produits qui demandent une main d'œuvre pins délicate, et ces tentatives ont très bien réussi. Par exemple, la fabrique suédoise de rideaux de Gothembourg produit ce qu'on appelle des «rideaux de fil» ou des tissus de tulle, blancs ou de couleur, qui occupent déjà une position solide sur le marché, et qui peuvent rivaliser pour la qualité avec les meilleurs tissus étrangers. D'ailleurs ils sont devenus des articles d'exportation. Une autre fabrique de cette espèce est la fabrique Scandinave de rideaux de fil à Svartvik près de Stockholm.

La fabrique de coton de Viskafora.

Nous deYons signaler aussi le grand développement qu'a pris, dans certaines régions de la Suède, le travail manuel à la maison^ devenant presque une industrie domestique. C'est le cas en particulier pour le gouvernement d'Elfsborg, pour les environs de Borâs et d'Ulricebamn, pour les cantons de Mark, de Kind et d'Âs; dans ces régions, à cause de la mauvaise qualité du sol, la population des campagnes a abandonné l'agriculture pour s'adonner aux travaux de tissage. Les paysans aisés sont c dépositaires», c'est-à-dire qu'ils cèdent le fil à crédit à leurs subordonnés, qui fabriquent ensuite les tissus à la maison et les vendent aux dépositaires. Cette industrie domestique comprend aussi bien les tissus Jacquard et autres tissus-modèles que certains tissus imitant la toile et les croisés, blancs uu colorés; et telle est la source de près d'un quart de nos cotonnades. Les étoffes sont bonnes, solides et bon marché, mais elles manquent souvent d'apprêt. On a appliqué une certaine division du travail d'après la nature des tissus: dans certaines régions, on ne tisse que des étoffes pour vêtements, dans d'autres, rien que des toiles blanches, calicot, domestique, etc.; d'autres ont pour spécialités le lîuge ouvré, les tapis, les toiles à rideaux, etc., même avec d'autre matière première que le coton. Comme les c dépositaires», pour pouvoir lutter avec les grandes fabriques, sont obligés de payer aux tisserands des salaires très bas, ceux-ci se trouvent souvent dans une mauvaise situation économique. Pourtant, il est vrai, plusieurs membres d'une famille pauvre peuvent arriver à vivre de ce métier.

Les cotonnades imprimées sont fabriquées dans quelques usines, parmi lesquelles celle de Bydhoholm^ prés de la petite rivière de Viskan, occupe la première place. On y fabrique des indiennes, des cretonnes, etc., de bonne qualité; mais il est clair que, pour ce qui est du choix des modèles, il leur est impossible de lutter avec les cotonnades étrangères, notre pays ne fournissant pas les cylindres les plus coûteux.

Industrie de la soie.

L'industrie suédoise de la soie, actuellement réduite à des proportions très minimes, peut être considérée simplement comme une survivance du temps où les princes régnants jugeaient qu'il était toujours vtile pour un pays d'encourager, à n'importe quel prix, toutes les industries, qu'elles eussent ou non des antécédents, des racines dans le pays et des chances de développement.

Dès le milieu du 17"* siècle, il y avait à Stockholm une soierie avec 60 métiers, et, en 1673, un certain Jurgen Enhom de Hambourg reçut la licence de fonder à Gotbembourg ou à Landskrona une soierie où l'on fabriquerait aussi de la peluche, du velours et des rubans de soie. Mais la vente fut mauvaise, par suite des importations; on l'interdit en 1693, et on installa une soierie spéciale (sidenhus), sous le contrôle du gouvernement, dont l'estampille et le sceau devaient se trouver sur toutes les étoffes de soie. On fit venir la matière première de la Perse et d'autres pays de l'Asie, ainsi que de l'Europe méridionale. Après les longues guerres de Charles XII, l'industrie de la soie tomba dans le marasme; mais elle se releva, grâce à l'application intense qu'on fit au siècle dernier du système protectioniste et du système des primes.

Au milieu du 18°"« siècle, on fit plusieurs tentatives pour importer en Suède la sériculture. C'est ainsi qu'en 1750 on comptait à Lund environ 100,000 plants

du mûrier blanc; il y avait vraiment une soie nationale, en dépit du climat, et le gouvernement favorisait l'entreprise au moyen de primes et de secours, dans l'espoir de pouvoir susciter une nouvelle industrie nationale. En 1830 se fonda une «société pour l'encouragement de la sériculture indigène», sous la protection de la princesse royale Joséphine, et avec la participation de savants tels que Berzelius, Sven Nilsson, etc. Cependant, la production de la soie ne fut jamais bien considérable (peut-être 10 à 12 kilog. par an); et surtout après que le goavemement eut retiré, en 1876, sa subvention annuelle de 4,000 couronnes, on peut dire que l'entreprise avait perdu toute importance pour notre industrie. 11 semble pourtant que les essais faits par la société dont nous venons de parler, aient démontré que le «ver à soie de chêne» {Bombyx Yama-Mai), d'origine japonaise, peut fort bien s'acclimater dans notre pays. La société a cessé de fonctionner en 1898, après avoir travaillé pendant près de 70 ans sans résultats pratiques. La récolte de l'année dernière, s'élevant à environ 2 kilog., a été obtenue dans l'établissement de la société, à Alnarp (Scanie).

jldachine de Strehîenert.

En 1760, il y avait à Stockholm 69 soieries, avec 1,015 métiers et 2,448 ouvriers. En 1845, la Suède possédait 18 soieries en activité, mais elle n'en a plus maintenant que deux: celle de K.-A. Almgren (fondée en 1834), et celle de ùaparsaon et Schmidt (fondée en 1804), toutes les deux à Stockholm. Oes fabriques produisent des soieries simples excellentes (taffetas, gros, croisé, reps, satin et un peu de damas) pour vêtements, fichus, rubans et foulards. Mais malgré les droits élevés mis sur les soies importées (8 couronnes par kilog., tandis que la soie bmtc est exempte de droits), cette industrie va en déclinant. Les soieries sont des articles de mode, soumis par suite aux fluctuations de la mode, et elles constituent une branche d'industrie peu avantageuse dans un petit pays comme le nôtre. Les étoffes de soie fabriquées chez nous sont, à ce qu'on dit, 50 % plus chères que les étoffes françaises, et, de plus, elles leur sont inférieures quant à la coulenr, si elles leur sont peut-être un peu supérieures quant à la solidité.

Il est intéressant de suivre les essais qui ont été faits chez nous poor produire la soie artificielle ou fil de collodion. Cette méthode, inventée par le comte

Chardonnet à Lyon, emploie comme matière première une solution gélatinée de cellulose (coton, paille ou pâte de bois), d'oïl l'on tire des fils minces au moyen de trous très fins, percés dans des tuyaux de verre; le produit obtenu ressemble l>eaucoup par ses propriétés à la soie naturelle. L'honneur d'avoir donné l'impulsion à cette industrie revient à l'ingénieur 7?, Strehlenert, dont les ingénieux appareils (brevetés dans la plupart des pays) ont remédié aux inconvénients des méthodes primitivement employées. Tout nous fait prévoir que la méthode Strehlenert, à cause de sa fécondité productrice et par suite de la réduction importante qu^elle apporte aux frais de fabrication, ne tardera pas à prendre une place importante dans l'industrie textile. Les tissus qui ont été fabriqués jusqu'ici d'après ee système, ont été composés de soie naturelle avec soie de cellulose en trame, cette dernière étant inférieure à l'autre en solidité. On a aussi fabriqué en Suède de la soie artificielle avec du sulfite, et c'est probablement la première tentative de ce genre qui ait été faite dans aucun pays. Mais la soie ainsi obtenue est jaunâtre et difficile à blanchir.

Industrie du lin^ du jute, etc.

Les provinces norrlandaises de Helsingland, d'Angermanland et de Jemtland sont bien connues en Suède pour la bonne qualité de leur lin et pour la finesse de leurs toiles. Le Smâland, le Halland et la Vestrogothie viennent également en première ligne pour l'industrie du lin. Au milieu du 18°^® siècle, de grands efforts furent faits par le gouvernement, par les états provinciaux et par les particuliers pour développer l'industrie du lin. Il faut signaler, entre autres, la fondation d'une prime, en 1740, pour rémunérer les toiles d'une certaine finesse (elles étaient classées en 8 catégories); cette prime fut un encouragement puissant à l'habileté professionnelle. Dès 1741, 2). Krapp obtenait des privilèges pour la fondation d'une fabrique de toiles à Hernôsand.

Dans les provinces du nord, le rouissage du lin se fait dans des eaux tranquilles; dans les provinces du sud, il se fait dans des prairies (c'est ee qu'on appelle le «rouissage par la rosée»). Le lin du Norrland est en général gris clair, presque blanc; le lin des provinces méridionales, de Smâland par exemple, devient gris, et a une nuance plus inégale. La culture du lin a été en déclinant de plus en plus. En 1875, la superficie des terres employées à la culture du lin s'élevait à 14,000 hectares; en 1898, elle n'était que de 4,500 hectares. Cependant, notre industrie linière a fait quelques progrès, ce que montre qu'on a dû importer un assez grand stock de lin. Pourtant, l'industrie nationale est bien loin de satisfaire aux besoins du pays.

Parmi les filatures de Un en Suède, nommons: Almedahl, Jonsered et Holma (Tidaholm), produisant ensemble, en fil et en tissus, pour une valeur de près de 2 millions de couronnes. Pourquoi notre industrie linière, bien que la Suède puisse produire du lin d'excellente qualité, est-elle, relativement, une industrie d'importance secondaire? La raison de ce fait est d'abord l'envahissement du marché par les cotonnades; de plus et surtout, ce sont les difficultés qu'on éprouve à

6«n. Srab Ui An»i SiocU»»»

Tabl. 46. Importation et exportation du lin et du chanvre. En quintaux.

Moyennes 1 des années.

Lin.

Chanvre.

Fils de Un et de chanvre.

Tissns de lin et de chanvre.

Import.

Ezport.

Import.

Export,

Import.

Export.

Imi>ort.

Export.

En 1898

obtenir assez de matière première de qualité uniforme. Nos paysans ne procèdent pas au rouissage d'une façon rationnelle, le triage du lin acheté par les fabriques est difficile, et les produits sont de qualité inégale. On essaye actuellement dans la province de Helsingland de procéder à un rouissage méthodique conforme à l'industrie, en achetant le lin brut des paysans et en le soumettant à toute la mise en œuvre nécessaire pour la production des fils et des tissus.

Un produit apparenté au lin, le jute (Corchorus textilis\ a donné lieu, dans les derniers temps, à une industrie considérable, et qui a pris très vite de grandes proportions. Elle a pour représentants: la société Scandinave pour la filature et le tissage du jute (à Oskarstrôm), la société scanienne pour la fabrication du jute, à Helsingborg, (fondée en 1896) et la société suédoise pour le tissage du jute, à Sôdertelje, (fondée en 1889, occupant environ 500 ouvriers et produisant annuellement pour environ 1 million de couronnes en fils et tissus). Des tissus de jute sont fabriqués aussi par la tisserand erie à vapeur de Gefle. Le jute sert à des emplois très variés: fils de jute, chaîne de. tapis, lacets et cordes, etc*, ainsi que toiles de sacs, toiles d'emballage, toiles pour matelas, pour décors, sangle et tapis. On emploie également le jute dans certains produits, en le mélangeant à la laine ou au coton, pour faire des tissus de rideaux ou de meubles ainsi que des tapis.

Diverses antres matières fibreuses ont été manufacturées, mais plutôt à titre d'essais. Signalons en particulier les essais faits entre 1860 et 1870 par le professeur H, von Post pour transformer en fils et en tissus le duvet des plantes, autrement dit les chatons du saule et de l'osier (Salix), ainsi que du tremble et du peuplier (Populus), en particulier le duvet de Salix pentandra. On a encore mis en œuvre d'autres espèces de duvets végétaux, tels que ceux de l'Ericphomm, du Sonchus, de la Typha, etc., mais sans résultats pratiques.

Une autre matière première que les paysans de certaines régions emploient pour le tissage dans leur industrie domestique, c'est V ortie {Urtica dioica\ que l'on travaille à la façon du lin, et qui donne une fibre particulièrement bonne, forte et longue. Les tissus que l'on obtient avec l'ortie, peuvent rivaliser pour la qualité avec les tissus de lin.

Bans les derniers temps, ou a aussi tenté en Suède d'utiliser la fibre de tourbe (c'est-à-dire, les fibres de la tige et de la racine de certaines espèces

d'Eriophorum), soit séparément, soit mélangée à la laine. On obtient généralement cette fibre comme un produit accessoire de la production du charbon de tourbe. On a fabriqué des tissus de ce genre dans la filature de Saklstrôm^ à Jônkôping, en employant environ 40 % de fibre et 60 % de laine de mouton. Les tissus qui ont du coton en chaîne et du fil de fibre en trame, sont soumis au foulage. Cependant, ces essais n'ont pas encore donné de résultats yraiment pratiques, sans doute par suite du manque d'une matière première parfaitement convenable, et du manque du matériel nécessaire pour le nettoyage et la filature.

Antres branches de l'indnstre textile et des yêtements.

Quant à ces branches, il nous faut, faute d'espace, donner ici seulement quelques renseignements sommaires (datant de 1898) relatifs aux plus remarquables d'entre elles:

Fabriques, ûayriers. Valeur de la productioD.

Fabriques d'articles apprêtés 250 2,340 5,328,000 couronnes.

Fabriques de tricot 48 3,317 6,149,000 >

Ateliers de couture 24 1,347 4,074,000 »

Fabriques de chapeaux 12 1,095 2,347,000 >

Fabriques de rubans 12 473 1,181,000 »

l.a teinture et le blanchiment des fils et des étoffes a lieu dans une foule de teintureries, petites pour la plupart. Pourtant, il en est quelques-unes qui ont une activité assez étendue, et emploient un grand nombre d'ouvriers. La plus importante doit être Levanten, dans le voisinage de Gothembourg. En outre, il existe, en relation avec nos grandes tisseranderies d'étoffes de laine et de coton, plusieurs teintureries et blanchisseries absolument modernes.

Quant aux fabriques de tricot^ les plus grandes sont situées aux gouvernements d'Elfsborg, de Gôteborg och Bohus et d'Ostergôtland ainsi que dans les villes de Stockholm et de Earlstad, Lies plus importants des ateliers de couture sont les fabriques de manteaux de Wettergren et C® à Gothemboui^ et de la société anonyme Moresco à MalmO.

En ce qui concerne les chapeaux, on en fabrique dans la Suède principalement de feutre. Les plus grands établissements sont situés à Halmstad (fabrique de Wallberg), Karlskrona et Stockholm,

Machines employées dans Pindnstrie textile.

De toutes les machines diverses employées par notre industrie textile, un petit nombre seulement est fabriqué en Suède, bien que la construction, comme par exemple de métiers mécaniques ordinaires pour cotonnades simples, ait des chances de pouvoir être entreprise avantageusement dans le pays même. La société de la fabrique d'armes de Husqvarna fabrique des machines à coudre (voir la figure à la page 354) et des machines à piquer de bonne qualité. Une fabrique de cette dernière espèce se trouve aussi à Stockholm, "L'appareil à compter de r. Fersson, avec ses modèles, rend de grands services, en particulier dans le tissage à la maison; il facilite le travail en permettant de fabriquer beaucoup d'articles de vêtements différents avec la machine à piquer

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