APERÇU DE L'HISTOIRE DU PEUPLE SUÉDOIS
Le peuple qui habité de nos jours le royaume de Suède, est estimé y avoir eu sans interruption sa demeure depuis au moins cinq mille ans, c.-à-d. durant un espace de temps qui dépasse de beaucoup celui qu*aucuii autre peuple de l'Europe ne peut se flatter d'avoir derrière lui, à l'exception de nos frères les Danois.
D'une population antérieure à la population actuelle, il existe des traces qui remontent peut-être jusqu'à dix mille ans environ, sans qu'il soit possible de décider si ces habitants primitifs, qui se composaient principalement de tribus errantes de chasseurs et de pêcheurs, appartenaient à la race actuelle ou à une autre. Depuis le commencement de la période néolithique, la Suède a toutefois été occupée sans interruption par sa race ethnique actuelle, les Suédois, appartenant à la branche germanique de la grande famille arienne.
Les historiens ne sont pas d'accord sur la question de savoir si ces Ariens sont venns du sud-est, peut-être de l'Asie, ou si la race est aborigène des côtes méridionales de la Baltique. Dans cette dernière éventualité, des Germains auraient habité la Scandinavie méridionale depuis des temps immémoriaux, et dans tons les cas ses habitants les plus anciens sont arrivés en Scanie par la route que leur avait tracée la nature, celle des Belts et du Sund. C'est la Scanie qui a donné son nom à toute la Scandinavie. L'immigration a suivi d'abord les côtes de l'ouest, peut-être attirée par la richesse des rivières en saumon. Remontant le Gôtaelf, elle aura atteint les plaines de la Vestrogothie ; de là, par le Yettem, elle aura pénétré en Ostrogothie, et de l'extrémité septentrionale de cette province, dans la région principale du Svealand autour du Mâlaren. Ce n'est que plus tard que les côtes de l'est paraissent avoir été peuplées, peut-être grâce à la pêche du hareng baltique ou stremling.
La pêche a été en effet de tout temps une ressource alimentaire plus sûre et moins aléatoire que la chasse. Par cette raison et par la facilité des communications, les populations de la Suède s'établirent dès l'abord autour des eaux navigables. Elles avaient toutefois déjà passé, pendant l'âge de la pierre, de la chasse et de la pêche à l'élevage du bétail et à des rudiments d'agriculture. Chaque degré supérieur de développement a dû suffire, sur le même territoire.
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aux besoins d'une population plus grande, et la tribu parvenue la première à ce degré de civilisation aura nécessairement acquis une certaine suprématie sur ses voisines restées en arrière. La culture supérieure pour son époque à laquelle Thabitant du Nord était parvenu pendant Tâge de la pierre, et dont l'élégance de ses outils et de ses armes en pierre portent le témoignage, trouve sa meilleure explication dans les richesses répandues jusque dans nos contrées par le commerce de Tambre, que les peuples méridionaux appréciaient à la valeur de Tor.
Ces richesses continuèrent à affluer dans le Nord fort avant dans Pft^e du bronze^ et l'influence d'un bien-être croissant amena le développement de la fabrication d'outils et d'armes dont l'élégance artistique n'a trouvé de rivaux que dans les pays civilisés de la Méditerranée. C'est environ 2000 ans avant notre ère que le bronze paraît avoir été plus généralement introduit dans le Nord, où il est sans doute arrivé d'abord en échange de l'ambre si recherché. Le développement économique qui avait frayé la voie à cette dextérité artistique, présuppose à son tour un ordre social parfaitement en harmonie avec les besoins da temps, établi sur les bases communes aux plus anciens peuples ariens, et par conséquent sur celles de la famille, d'abord étroitement circonscrite, puis se transformant peu à peu en une société plus grande. La preuve de l'existence de sociétés pareilles est fournie par ces immenses sépultures en pierre qui ont exigé pour leur construction le concours méthodique de centaines d'hommes.
Ce n'est que pendant Page da fer (après l'an 500 avant J.-C.) que notre peuple se présente sur la scène de Vhiatoire. Le fer, de même que le bronze, venait du sud par les voies commerciales traversant l'Europe le long des grands fleuves, et dans ses traces suivirent de nouvelles influences civilisatrices. Ce ne fut qu'alors, — on est encore incertain sur l'époque précise, — que naquit V écriture runique, imitation de l'alphabet des peuples méridionaux. Il existait déjà des cultures autour du M&laren et le long des rives de la mer Bothnique (golfe de Bothnie). Suivant tous les indices, la civilisation suédoise se rapprochait beaucoup à cette époque de celle décrite par César et Tacite chez les Germains qui se trouvèrent les premiers en contact avec les armées de Rome. L'édifice social prenant des dimensions toujours plus grandes, devint la centène (hundari ou hdrad\ puis la province {land ou landskap). Il y a assurément lieu de placer à des temps beaucoup plus reculés qu'on ne l'admet d'ordinaire les premières phases de ce développement, mais l'édification sociale s'est poursuivie au milieu d'une suite incessante d'interruptions perturbatrices. Suivant l'ancien droit germanique développé de bonne heure, les chefs de tribus et les rois considéraient leurs États comme Vodal ou la propriété de la famille. On héritait de cette propriété comme de tout autre odcd (richesse), de sorte que les plus jeunes fils devaient aussi avoir leur part à l'héritage. Il était par conséquent impossible de maintenir l'intégrité du royaume dès que le père possédait plus d'un fils, et la saga suédoise d'Ynglinga raconte comment le royaume de Svea {Sveavàldet) était déchiré par des partages incessants entre des frères.
Quand les tribus du Nord commencèrent à se réunir en royaumes ou complexes plus grands, il va de soi que cette réunion se fit entre les tribus auxquelles l'eau fournissait la meilleure communication, tandis que les montagnes et les forêts constituaieut des éléments de séparation. Ce fut ainsi que le pouvoir social danois se concentra autour du Sund et des Belts, le pouvoir suédois autour du Mâlaren, du Venem et du Vettern, tandis que les vallées alpestres isolées de la Norvège furent les dernières à réaliser une unité politique. On sait par d'anciennes sources anglaises qu'après l'an 500 de notre ère régnait dans le Svealand une famille nommée les Skilfingar^ qui étendit par la conquête son pouvoir jusque dans le Gôtaland. A l'époque où la tradition indigène commence à mériter une certaine confiance, leur puissance est dissoute en un certain nombre de petits États correspondant à peu près à nos provinces actuelles. Uppsala posséda alors
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on grand temple igudahof^ cour des dieux) hautement vénéra, où se rendaient les rois et le» peuples de toute la Suède. Ce temple s'enrichit toujours davantage de hiens fonciers dans la totalité du pays, et sans autre royaume que ces biens, son chef se trouva un jour en mesure de tenir tête aux petits rois ou dynastes provinciaux. Le roi Ingjald s'empara de leurs royaumes par la trahison ou par la violence, et jeta de la sorte les fondements du Boyanme de Saède proprement iit. Il est difficile de fixer la date de cet événement, mais il est permis de la placer avec assez de probabilité aux environs de l'an 700 après J.-C. Le royaume de Suède comme un tout indivis a duré par conséquent, à l'heure présente, pendant 1,200 ans; il est ainsi plus ancien qu'aucun des autres États actuels de l'Europe.
L'étendue du Royaume à cette époque coïncidait d'assez près avec ses frontières présentes. Notre province la plus méridionale, la Scanie, et le Halland, son voisin du NO, appartenaient cependant encore au Danemark. Les provinces les plus septentrionales du pays étaient à peu près sans maître; quelques Lapons épars y menaient seuls une chétive existence.
La vieille dynastie d'Uppsala régna sans interruption sur la Suède jusque vers ra;i 1060. Ce fut pendant ce temps que s'intercala dans l'histoire du Nord cette Époque des Vikinffs, qui a joué un si grand rôle dans les destinées de l'Europe.
L'Epoque des Yikings (700/1060 après J.-C).
Depuis des temps immémoriaux, l'habitant du Nord s'était livré à des courses , maritimes dans les pays voisins. Le perfectionnement successif de ses embarcations, qui les rendit plus légères et plus sûres pour l'emploi de la voile, permit de donner à ces courses une extension infiniment plus grande. Depuis la fin de l'an 700, les flottes des Yikings visitaient toutes les côtes de l'Europe jusqu'au détroit de Gibraltar, où le puissant empire mauresque imposait une limite à leurs courses qui répandaient la terreur et l'eflfroi partout ailleurs où elles se montraient. Dans leur patrie avait été organisé le ledunff, service militaire maritime obligatoire qui, grâce à la facilité des communications par eau le long des côtes, contribua vigoureusement à maintenir les royaumes déjà formés. Il avait existé d'ancienne date des relations très vives entre la Suède et les pays riverains du golfe de Finlande, où une nombreuse population suédoise était établie depuis des milliers d'années. Le contact avec la mère patrie devint désormais beaucoup plus vif, et le commerce avec l'Asie, qui, à l'époque du Kalifat, s'était développé de la Baltique à la mer Caspienne, attira les Suédois (Varègres ou V&ringar = soldats) à pénétrer, le long des grands fleuves, toujours plus profondément dans le continent oriental, dont les tribus à peu près sans cohésion étaient hors d'état de leur résister. Vers l'an 862, ils y avaient fondé un État qui néanmoins fut promptement dissous. Assez tôt après, cependant, il arriva en Suède, probablement des Suédois restés dans l'Est, des ambassadeurs demandant des chefs. Ce fut alors que Rôrek (Rurik), à la tête de »tout le Rus>, c'est-à-dire de toutes les forces maritimes suédoises des côtes de l'est devant le service sur mer, ou les Rodslagen^y fonda, sur les rives du Ladoga et à Novgorod, l'empire qui, d'après ses soldats, les Rodsbyggare ou Rodsm&nnen, reçut le nom de Eussiez et bientôt s'étendit snr la majeure partie de l'Europe orientale. De là des flottes de Vikings descendirent jusqu'à la Mer Caspienne, tandis que de nombreuses troupes de Varègres suédois allaient offrir leurs services à l'empereur de Byzance et au roi de Géorgie.
^ Las districts de rameurs, da verbe, suédois ro, ramer, oa les Skeppslagen, districts de navires, correspondant aux hàrader on hundari, centènes, de rintérienr des terres. Les Skeppslagen existent encore officiellement comme districts judiciaires, de même qae le terme de Boslagen continne à être donné à tonte la ligne côtière septentrionale da skàrgàrd oa archipel de Stockholm.
Les courses des Vikings accélérèrent puissamment la pénétration du christianisme dans le Nord. En Tan 829, le moine Sit-Ansgaire arriva en Suède, envoyé par le roi des Francs. La mission chrétienne fondée par lui au centre du pays, à la résidence royale de Birka sur une île du Mâlaren, n'eut qu'une courte existence, entourée qu'elle était de tous les côtés de districts payens. Le grand temple d'Uppsala était trop rapproché, et comme chefs suprêmes des sacrifices qui s'y faisaient, les rois ne pouvaient pas avoir de sympathies pour une doctrine menaçant les bases mêmes de leur puissance. Il se passa près de deux siècles avant que le christianisme, introduit d'abord en Vestrogothie, province dont la situation géographique était plus favorable, prit définitivement pied en Suède. Dans ces intervalles, les pays du Nord croissaient en puissance, et pendant un court espace de temps, il se forma, dans l'Europe du nord et de l'est, un ^système politique très développé, rappelant ceux de nos temps.
Navire de Vikings.
Ce fut aux environs de Tan 1000 que la Suède reçut son premier roi chrétien, •qui portait le nom d^Olof, et c'est dès cette époque que le christianisme, désormais établi dans le pays, ne s'en laissa plus expulser. Le roi ne s'en trouvait pas moins placé dans une fausse position. La base de son pouvoir était sa •qualité de chef des sacrifices d'Uppsala. On ignore s'il cessa de diriger ces sacrifices, ou s'il les continua en dépit du baptême chrétien qu'il avait reçu. Bans le premier cas, sa situation au milieu des payens était menacée, dans le second elle l'était également par le nombre croissant des chrétiens. La dynastie d'Uppsala s'éteignit (après 1060) avec les fils d'Olof. Emundy le dernier d'entre eux, essaya 4e défendre vigoureusement sa position contre les prétentions du clergé, qui croissaient simultanément avec la puissance du christianisme. Pendant cette lutte, il ne put empêcher que le Blekinge ne fût enlevé par le Danemark à la Suède, i, laquelle cette province avait toujours appartenu.
L'époque des Vikings donne l'impression d'une époque de grandeur réelle, mais ce puissant développement matériel avait épuisé à un haut degré les forces du peuple et amené le décroissement de la population, en assez grande partie par suite des émigrations dans les pays sujets de l'est. Le contact du christianisme qui, après le temps de Charlemagne, s'étendit avec une puissance irrésistible dans l'Europe du nord, avait exercé une influence fatale sur la vieille civilisation Scandinave. L'antique religion des Asea était éteinte dans bien des esprits sans y être remplacée par la nouvelle croyance. A ses derniers moments, la
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vieille croyance revêtit son plus haut degré de beauté poétique. En analogie avec ce qui se passait sur la terre, on se figura le vieil Odin assis sur son trône au Vaihall, entouré de ses conseillers et de sa cour, jusqu'au temps où ce roi suprême du ciel et ses Ases, ne satisfaisant plus les besoins moraux de ses sectateurs, furent fatalement condamnés à Toubli.
Époque eatholique (1060/1523).
Période de transitioil. Cette période comprend le laps de temps de 1060/1250. Elle se fait remarquer par de longues et désastreuses luttes intérieures principalement entre le catholicisme et le paganisme, mais aussi, par suite, entre les différentes provinces: les Uppsvear, les hommes de TOstrogothie et ceux de la Yestrogothie ne pouvaient pas s'entendre sur la succession au trône. Dans le cours de ces luttes, la Suède devint un royaume électifs avec le droit légalement attribué aux Uppsvear de choisir un roi qui devait être ensuite reconnu par les autres provinces. Ce nouveau régime politique eut néanmoins de la peine à prendre jacine, et dut subir bien des exceptions.
Dès l'abord, une puissante famille de la Yestrogothie, nommée, d'après son premier chef, la famille de Stenkil {StenHlska àtten), paraît avoir pris la place des anciens rois, dont cette famille était parente par les femmes. Le fils de Stenkil, Inge^ essaya, pour obéir à un bref du grand pape Grégoire VII, d'accélérer par la violence la conversion des payens. Il ne réussit qu'à les pousser à la résistance, et ils allèrent même jusqu'à sommer le roi d'accomplir les sacrifices aux dieux qui entraient de vieille date dans les obligations de la royauté. Le roi, d'abord vaincu, fut forcé de se retirer en Yestrogothie, province désormais entièrement chrétienne. Il réussit cependant bientôt à surprendre et à tuer l'antiroi, Blotsven (Suénon le sacrificateur). La famille de ce dernier paraît néanmoins avoir maintenu de temps à autre son pouvoir, du moins dans sa province natale, l'Ostrogothie. Il en résulta de violentes dissensions intérieures, à la suite desquelles la Suède dut céder à la Norvège le Jemtland et le Herjedalen. La dynastie de Stenkil s'éteignit avant 1130. A cette époque, la puissance da paganisme était selon toute apparence complètement brisée, ce qui n'empêchait pas les trois principales tribus ou provinces de maintenir leurs prétentions. Les héritiers mâles de Blotsven, la famille ou la dynastie de Sverker {Sverkerska àtten), disputèrent pendant un siècle, en s'appuyant sur l'Ostrogothie, la couronne à ses collatéraux du côté des femmes, la famille ou dynastie d'Éric {Erikska àtien), qui s'appuyait sur le Svealand, tandis que les populations de la Yestrogothie préconisaient des princes descendant par les femmes des fils de Stenkil. Sverker et sa famille étaient désormais de zélés chrétiens, soutenant les prétentions de r^^lise romaine, qui furent consolidées en 1200 par l'immunité d'impôts et par la soustraction des ecclésiastiques à la justice séculière. En opposition à ces tendances, la dynastie de Su-Éric paraît avoir voulu donner à l'Église une base nationale, et Éric lui-même fut canonisé par le peuple, mais jamais par les papes. Une croisade qu'il entreprit en Finlande (avant 1160) fut le commencement de I l'introduction de la civilisation chrétienne dans ce pays et du rétablissement,
dans les contrées transbaltiques, du pouvoir suédois détruit pendant les guerres de religion.
Pendant ce temps, le christianisme remporta définitivement la victoire en Suède.
Tout le pays fut réparti en circonscriptions ecclésiastiques, tant paroisses qu'évêchés,
le droit canonique l'emporta peu à peu, et célébra son triomphe définitif au con-
I die de Skeninge en 1248. Ainsi la Suède fut le dernier pays de l'Europe
' qui se ploya sous la puissance de l'Église romaine, et cela à une époque où le
I pouvoir des papes avait déjà vu ses meilleurs jours. La hiérarchie papale n'at-
teignit par conséquent jamais en Suède la plénitude de sa force, mais il lui revient d'autre part le mérite d'avoir détruit une foule d'antiques abus payens, et les couvents qui s'élevèrent dans plusieurs de nos provinces, s'efforcèrent avec succès d'introduire des mœurs plus douces et une meilleure culture de la terre.
Il se produisit successivement de profondes modifications dans la vie du peuple. De Taristocratie des paysans propriétaires du sol sortit peu à peu, de même que dans le reste de l'Europe, un petit nombre de grands propriétaires terriens, qui acquirent un pouvoir croissant dans les tings ou assemblées de la centène, de la province et de la nation. Au-dessus des uns comme des autres s'élevèrent les Folkungar, famille très vigoureuse mais très turbulente de l'Ostrogothie, qui occupa bientôt les plus hautes dignités du pays, et alla même jusqu'à nommer et déposer les rois.