Partie de Stockholm au 17^^ siècle
Comparé à l'époque si fortement troublée de l'Union, le 16™® siècle a été dans notre pays, en dessous du trône, très pauvre en grandes et intéressantes personnalités. Même le développement intellectuel n'a pas été de beaucoup aussi saillant que le développement économique et politique. Le grand fait de l'époque dans le domaine intellectuel, la réforme religieuse, n'a produit ses plus beaux fruits que dans le siècle suivant. De ceux qui ont accompli le travail de la réforme religieuse, on doit toutefois signaler Olaus Petri^ l'une des plus belles personnalités de notre histoire. — Il ne faut pas oublier non plus que cette époque produisit les deux plus grands héros marins de la Suède, Jakoh Bagge et KIq8 Ho7Ti,
Les limites extérieures de la Suède subirent deux modifications pendant la période: nous acquîmes l'Esthonie en 1561, mais dûmes céder par contre le Gotland au Danemark en 1570.
L'époque de la grandeur de la Snède (lGll/1718). Afin de ne pas interrompre la continuité historique, nous avons coutume de dater cette période de l'avènement au trône du roi Gustave II Adolphe (1611), quoique la date la plus correcte fût naturellement celle de son apparition sur le grand théâtre européen de la guerre (1630).
Les rois ou les régents de la Suède pendant ce 17™® siècle, si remarquable dans les fastes de notre pays, ont été Charles IX (1599/161 1), Gustave II Adolphe (1611/32), Axel Oœenatiema comme chef de la régence de minorité de la reine Christine (1632/44), Christine comme souveraine régnante (1644/54), Charles X Gustave (1654/60), le gouvernement de minorité de Charles XI (1660/72), Charles XI comme souverain régnant (1672/97), et enfin Charles XII (1697/1718).
Il est permis de se demander si l'histoire est en état de montrer dans bien des pays une série pareille de personnages remarquables dirigeant les uns après les autres les destinées d'un peuple. Le second seul des deux gouvernements de régence (1660/72) fait une impression d'insignifiance, et la période de sa direction des affaires trahit une faiblesse sensible dans ce tableau si brillant à part cela.
La personne et les destinées de Gustave-Adolphe, de même que l'histoire de notre peuple pendant son règne, sont relativement mieux connues à l'étranger que toute autre période de notre histoire. Nous n'avons donc pas à entrer ici dans des détails. Sur les causes très débattues de la participation de Gustave-Adolphe à cette guerre universelle, les historiens impartiaux devront concéder que la part qu'il y a prise a été tout autant un acte de défense personnelle du peuple suédois contre les plans ambitieux de Wallenstein et des princes catholiques qu'un noble et généreux secours aux corréligionnaires allemands de la Suède.
La maison de V Ordre de la noblesse^ à Stockholm. Avec la statue d'AxEL Oxenbtierna.
La bataille de Breitenfeld (1631) éleva d'un coup la Suède au rang de grande puissance. Cette position menacée, il est vrai, par la mort du grand roi dans les champs de Ltitzen en 1632, fut sauvée par le génie politique HAxel Oxenstieima et par les brillants faits d'armes des généraux suédois, qui même durant les dernières phases de la guerre assurèrent à la Suède une situation infiniment plus importante qu'un certain nombre d'historiens étrangers ne sont disposés à le concéder. A l'issue de la longue lutte (1648), la Suède était la maîtresse de toutes les embouchures des fleuves allemands et de la majeure partie des côtes de la Baltique.
APERÇU DE l'histoire DU PEUPLE SUÉDOIS.
Château de Skokloater sur le Màlaren.
Environ vers la même époque, la Suède réussit, par les paix de firOmsebro (1645) et de Roeskilde (1658), à acquérir les provinces de la Suède propre (Scanie, Halland, Blekinge, Gotland, Bohuslân, Herjedalen et Jemtland) qui avaient appartenu jusqu'alors au Danemark ou à la Norvège. C'était une acquisition de territoire d'un prix immense, qui augmenta de près d'un tiers la population intérieure du royaume, et donna à notre pays les limites qui, au point de vue des idée» modernes, doivent être considérées comme les seules naturelles. De toutes les acquisitions territoriales faites par la Suède, ce sont aussi les seules qui lui soient restées.
En 1658, la puissance de la Suède était arrivée à son point culminant. Même après quelques rétrocessions en 1660, elle comprenait, outre la Suède et la Finlande actuelles, l'Esthonie, la Livonie, une partie de l'Ingrie, la Poméranie occidentale, Wismar, Brème et Verden, soit une superficie d'environ 900,000 km. carrés, avec une population qui s'élevait alors à 3 millions d'hommes, correspondant à un chiffre actuel de près de 11 millions.
Ces guerres formidables et cette position de grande puissance si subitement acquise, eurent une profonde répercussion sur les conditions intérieures de la Saède. La multiplicité des relations avec l'étranger fit également sentir ses effets dans une action puissante sur notre culture intellectuelle, éminemment favorisée par l'intérêt et par les soins éclairés de Gustave-Adolphe, d'Axel Oxenstiema et de Charles XI. La position de la Suède comme puissance militaire fut toutefois acquise par son peuple au prix d'immenses sacrifices économiques, et les classes inférieures ne supportaient que péniblement le poids écrasant des charges publiques et des levées incessantes pour les besoins de la guerre. La noblesse y acquit par contre d'immenses richesses, dont l'effet fut d'accroître son influence. De fiers manoirs seigneuriaux bondés des dépouilles ramassées dans les guerres étrangères.
et les dotations de biens de TÉtat reçues par elle en récompense de ses services, la mirent en possession d'une partie toujours croissante du sol suédois. La réduction ou le retrait à la couronne des terres aliénées finit par devenir une nécessité inévitable, et cette immense révolution économique qui brisa totalement la puissance de la noblesse, et la transforma en grande partie en une noblesse de cour et d'administration, fut effectuée par Charles XI dans des formes légales. La constitution de l'Église fut fixée simultanément, et son clergé eut, au 17°^* siècle, son époque de grandeur ecclésiastique et politique.
Des modifications profondes furent introduites dans l'administration. Gustave- Adolphe prépara et Oxenstiema mena à bien la constitution de 1634, qui rendit l'unité du royaume complète, et mit à sa tête un pouvoir royal appuyé sur un «^nar puissant, composé des chefs de la plus haute noblesse du royaume, et constituant un excellent instrument gouvernemental établi sur une base collégiale. L'équilibre dans l'État fut dérangé quelque temps en faveur de la noblesse, grâce à ses richesses et à l'accroissement de l'influence du sénat pendant les longues régences. Mais le pouvoir royal était sorti de la guerre de Trente ans avec un redoublement de force, et l'autocratie royale fit bientôt sa marche triomphale à travers l'Europe. La Suède ne pouvait pas rester à la longue en dehors de ce mouvement. La pénurie à laquelle l'État se vit réduit après les guerres entreprises par le faible gouvernement de régence de Charles XI, dirigèrent l'animadversion publique contre le sénat et la noblesse, et les mesures vigoureuses devenues urgentes pour le relèvement du pays, ne purent pas être prises sans un pouvoir royal absolu qui revêtit presque dans ces conditions la forme d'une dictature de l'ancienne Rome. La monarchie absolue fut aussi introduite sur des bases légales par les décisions des Diètes de 1680 et de 1682, et Charles XI veilla avec une conscience rigoureuse au bien de son royaume. Il est du reste bon de faire observer, quant à la monarchie absolue, qu'elle n'entraîna pas la suppression de la Diète, qui avait prit un développement assez considérable pendant le 17™® siècle. Elle ne fut cependant pas réunie une seule fois sous le règne de Charles XII.
La position acquise pendant ce temps par notre pays dans le système politique de l'Europe, a été d'une importance incommensurable dans l'histoire de notre civilisation. Malheureusement, cette position n'était pas taillée sur la mesure du nombre et des ressources matérielles de notre peuple. Il était par conséquent naturel qu'elle ne pût pas être d'une longue durée. Le signal de sa clôture fut donné, sous le célèbre Charles Xn, par la ^grande guerre du Nord» (1700/21). La lutte titanique de Charles XII en dernier lieu contre l'Europe entière du nord et de l'est, lui attira l'admiration du monde, et son peuple, sur la force de sacrifices duquel ce monarque avait des prétentions presque surhumaines, le suivit avec un dévouement inébranlable dans le succès comme dans les revers. La lutte et les souffrances de la Suède et de la Finlande à cette époque appartiennent sans le moindre doute aux faits les plus émouvants de l'histoire. En face de l'écrasante supériorité des forces de ses adversaires, l'issue finale était donnée, mais les temps de la force de la Suède comme grande puissance ne se sont pas écoulés en vain. Il ne sera jamais possible d'enlever à notre peuple la gloire indélébile d'avoir, dans un moment des plus critiques, sauvé au bénéfice de l'humanité tout entière la cause sacrée de la liberté de conscience.
Par les traités de paix qui terminèrent la grande guerre du Nord (1720 et 1721), la Suède perdit ses possessions à l'est et au sud de la Baltique, à l'exception de la partie nord de la Poraéranie occidentale et de la ville de Wismar. Elle dut céder en plus le sud-est de la Finlande. La puissance suédoise avait duré à cette époque environ un siècle et demi en Esthonie, près de 100 ans en Livonie, et près de 65 ans dans la partie méridionale de la Ponciéranie occidentale. Malgré la durée relativement courte de ces périodes de temps, la domination suédoise
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dans ces régions ii*a pas disparu sans laisser de traces. Elle a vécu surtout dans le souvenir reconnaissant des classes inférieures de la société, si fréquemment refoulées à l'arrière-plan et opprimées à cette époque. L'excellente organisation de l'administration suédoise a de plus, dans bien des cas avérés, été prise pour modèle par les États, la Prusse et la Russie, qui succédèrent à la Suède dans la poœession des contrées mentionnées ci-haut. La noblesse de la Livonie a certainement dû sa situation éminente en Russie et son influence sur l'histoire de cet empire pendant le 18™® siècle à son éducation politique acquise à l'époque de la domination suédoise.
Transport en Suède de la dépouille mortelle de Charles XII. Tableaa de M. G.-O. Baron Cederstbôm.
Qu'il nous soit permis, comme nous l'avons fait pour les périodes précédentes, de jeter on coup d'oeil rétrospectif sur un certain nombre de détails qui n'ont pas trouvé place dans l'exposé qui précède de la présente période. Dans ses traits généraux, le 17"* siècle présente pour la Suède une expansion de force sans exemple dans les temps antérieurs. Il a été parlé plus haut des rois et des hommes d'État qui ont illustré ce siècle. L'art militaire suédois fit époque sous Gustave- Adolphe^ Gustave ffom, Banér, Torstenson et Charles X Gustave. Nous signalerons, parmi les généraux de Charles XII, Lewenhaupt et le dernier héros national de la Suède, Magnus Stenbocky qui nous conserva la Scanie. La Suède commence aussi simultanément à pouvoir se glorifier de grands hommes dans les arts de la paix. Il suffira de mentionner Stiernhielm, le père de la poésie suédoise, Stiemhôôk, le grand historien du droit, Rudbeck, le célèbre savant universel, Dahlberg, l'organisateur du célèbre passage des Belts sur la glace et on des trois grands constructeurs de forteresses de son temps, enfin Polhem^ le prédécesseur de la cohorte nombreuse des inventeurs suédois. Un
fait caractéristique pour radministration suédoise éclairée de Tépoque, est la quantité des savants étrangers les plus distingués auxquels furent accordées l'hospitalité et la protection suédoises, et qui même entrèrent au service du pays, n suffira de mentionner les noms de Grotius, de Pufendorf, de Descartes et de Comenius. Le principal honneur en revient à Axel Oxenstiema, probablement l'homme d'État le plus éclairé et le plus intéressé de son temps dans des domaines multiples. La célèbre reine Christine s'est aussi montrée digne, dans ce domaine, d'une reconnaissance qui ne peut certainement pas lui être accordée pour le reste de son administration du pays.
Période de la toute-puissance de la Diète (1718/72). La mort de Charles XII fut le signal d'un changement complet dans le régime politique de la Suède. La terreur des abus de l'autocratie absolue du roi pendant la ^grande guerre» était si générale et si profonde, que la Suède fut brusquement conduite à l'extrémité contraire: une Diète accaparant non-seulement le pouvoir législatif tout entier, mais encore une forte part du pouvoir exécutif.
Il sera rendu un compte un peu plus détaillé du régime politique de cette période dans la division consacrée à l'histoire constitutionnelle de la Suède. Il suffira de mentionner ici que la Diète continuait à se composer, comme depuis plusieurs siècles, des quatre états ou ordres de la noblesse, du clergé, des bourgeois et des paysans. La noblesse, surtout la nombreuse noblesse inférieure, devint le plus influent de ces ordres. La majeure partie du pouvoir de la Diète passa peu à peu aux mains d'une délégation, le »comité secret» (Sekreta utskottet), où les trois premiers ordres étaient seuls représentés.
Pendant cette période, le pouvoir royal avait été réduit à n'être plus qu'une ombre, grâce, en très forte partie, à la circonstance que les rois mêmes (Frédéric P*' et Adolphe-Frédéric) n'imposaient personnellement que peu de respect. La Suède fut en réalité, pendant ce demi-siècle, une république^ phénomène assez étrange à une époque où l'absolutisme royal le plus rigoureux constituait presque sans exception la règle chez les pouvoirs continentaux de l'Europe.
Le régime politique de la Suède pendant ce temps dit >de la liberté» {friheUiiden) était indiscutablement entaché de vices essentiels, dont le plus néfaste fut la corruption généralement répandue vers la fin de la période, rappelant celle qui, peu de temps auparavant, avait eu cours en Angleterre sous le régime de Walpole, mais d'autant plus dangereuse en Suède, qu'elle venait de puissances étrangères et qu'elle avait pour but de favoriser leurs intérêts. D'un autre côté, notre peuple reçut ici ses premières leçons de parlementarisme, à une époque antérieure qu'aucun autre pays de l'Europe sauf l'Angleterre. Il est donc possible de dire sans exagération que si le régime politique de la Suède a atteint de nos jours un éminent degré de maturité constitutionnelle, cela dépend à plus d'un égard de l'expérience — en bien et en mal — acquise pendant cette période, trop souvent, peut-être, jugée avec une injuste dureté.
Si la Suède a fait par conséquent, durant la même période, des progrès importants dans le développement politique^ le principal titre de gloire de la période est néanmoins le grandiose développement qu'elle présente dans les domaines de Véconomie et de la science. Dépouillé de sou ancienne influence sur les destinées militaires et diplomatiques de l'Europe, notre peuple se jeta avec un enthousiasme juvénile sur les occupations de la paix. Le premier nom qui doit être mentionné, est celui de Linné, avec sa légion de disciples: Thuriberp, Kalm, Forsskâl et tant d'autres. Viennent ensuite des chimistes tels que Scheele et Bergman, un physicien comme Celsius et un génie universel comme Svedenhorg. A cette époque appartient aussi l'astronome Wargentin, le fondateur de la démographie suédoise. Simultanément, Alstrômer se faisait un nom immortel dans notre histoire comme le père de la grande industrie suédoise. Même dans
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les belles-lettres, le siècle a fait époque. La langue littéraire suédoise moderne fut inaugurée par JDalin, la poésie suédoise moderne par Creutz et Bellman,
Pour en revenir an régime politique, nous croyons devoir signaler qu'il se présenta à son avantage principalement au début, aussi longtemps qu'il fut dirigé par le grand homme d'Etat Arvid Hom, Vers la fin, les ombres s'épaissirent, surtout la corruption, qui finit par menacer visiblement la sûreté extérieure du pays. Dès l'année après son avènement au trône, Gustave III (1771/92) effectua, avec une étonnante facilité, et sans la moindre effusion de sang, une révolution abolissant le régime politique antérieur et le remplaçant par la constitution de 1772. Nous entrons ici dans la partie de notre histoire qui a reçu le nom d'Ère Gustavienne.
Château de Di'ottningholm sur le Mdlaren.
Photo, B. OlILIKG,
Stockholm.
L'Ère Gustavienne (1772/1809). Le pouvoir royal prit maintenant une extension considérable, sans passer cependant à l'absolutisme. Las des luttes des partis, le peuple se rattacha avec confiance au roi, qui, partageant les doctrines de l'époque sur le despotisme éclairé, se livra quelque temps à un bon régime gouvernemental dans l'esprit de ces doctrines. Gustave III était une nature d'artiste, avec les mérites et les défauts d'une nature pareille; il était animé d'un amoar sincère pour sa patrie, et essaya de lui rendre son ancienne grandeur politique, mais il manquait d'esprit de suite et de qualités financières. Il s'entoura d'un cercle brillant de poètes et d'artistes que le réveil littéraire de l'époque précédente avait en grande partie engendrés; on peut citer les noms de Kellgren, de Thorild, de Leopold et de M"™® Lenngren; parmi les artistes de l'époque brille Sergel^ le prédécesseur de Thorvaldsen. Notre pays fournit aussi vers le même temps, dans le domaine de la philanthropie, un apport qui ne doit
pas être laissé dans Toubli. Grâce à riufluence de Svedenborg, le Suédois Wadsfrôm fut le premier en Europe qui élevât la voix pour l'abolition de l'esclavage ; c'était par conséquent un prédécesseur de Wilberforce, comme tel hautement estimé en Angleterre et en France; dans ce dernier pays, il eut l'honneur d'être nommé citoyen.
Le roi se fatigua cependant bientôt de son rôle de réformateur, et plongea le pays dans de graves difficultés économiques. Il ne sut se dérober à l'opposition croissante qu'en ayant recours à une guerre contre la Russie, faite, il faut le concéder, avec gloire, et qui consolida notre position vis-à-vis cette grande puissance voisine. Pourtant, il ne put briser la résistance de l'ordre équestre exaspéré que par un nouveau coup d'État en 1789, qui rétablit à peu près la monarchie absolue. Trois ans plus tard, il tomba sous les coups d'un assassin suscité par la haine irréconciliable que ses empiétements politiques avaient produite principalement dans les rangs de la noblesse.
Le pouvoir absolu passa néanmoins en héritage à son fils Gustave IV Adolphe, l'un des plus tristes régents qui aient jamais eu la direction des destinées de la Suède, n était indiscutablement animé des intentions les plus respectables, mais son incapacité intellectuelle finit par le rendre impossible. Sa haine fanatique de Napoléon, qu'il se croyait appelé à renverser, amena celui-ci à exciter contre nous l'inimitié de la Russie, et la guerre de 1808/09 entraîna la perte de la Finlande, qui avait si longtemps partagé les destinées de la Suède et reçu d'elles les bienfaits de la culture occidentale. Afin de sauver le pays de sa ruine, la déposition du roi par une révolution devint urgente et eut lieu avec l'aide de l'armée (1809).
L'ëpoque actuelle (depuis 1809). L'histoire de notre pays durant le siècle qui vient de s'écouler, sera si fréquemment traitée à des points de vue différents dans les divisions subséquentes de cet ouvrage, que nous pouvons nous contenter ici de quelques points principaux.
De la révolution sortit la constitution de 1809 encore en vigueur, qui a donné à la Suède quatre-vingt-dix années de paix intérieure et extérieure, avec un puissant développement général sous l'égide du régime constitutionnel. Les monarques suivants ont dirigé les destinées de la Suède pendant cette époque: Charles XIII (1809/18), Charles XIV Jean (1818/44), par lequel la famiUe Bernadotte monta au trône, Oscar I*^ (1844/69), Charles XV (1859/72) et Oscar II (depuis 1872).
Les premières années qui suivirent 1809 furent riches en grands événements dans le domaine de la politique extérieure: la participation de la Suède à la guerre de la libération des peuples (1813), et l'union avec la Norvège, dont il sera rendu compte ailleurs. A la conclusion de la paix avec le Danemark, la Suède céda à ce pays, en compensation de la Norvège, sa dernière possession transbaltique, la partie septentrionale de la Poméranie. Depuis cette époque, les deux peuples de la péninsule Scandinave, protégés par leurs mers contre des attaques subites, ont suivi une politique de paix défensive sans se mêler inutilement dans les affaires de l'Europe.
C'est à notre époque qu'apparut un mouvement Scandinave intense, tendant à réunir plus intimement les trois peuples Scandinaves, les Suédois, les Norvégiens et les Danois, d'abord au point de vue politique, mais plus tard principalement aux points de vue intellectuel et économique. Les résultats obtenus sont surtout marquants dans le domaine d'une législation commune, où, sur plusieurs points importants, les trois peuples se sont rapprochés parfois jusqu'à la parfaite identité des textes légaux. Le mouvement Scandinave n'a pas exercé une influence moins sensible dans les domaines des lettres, des sciences et des arts.
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La politique intérieure de cette époque est dominée par la transformation, en 1865, de la Diète des quatre états ou ordres en deux chambres électives i l'instar du parlementarisme moderne. On assiste ici de nouveau à l'une de ces évolutions pacifiques, reposant sur des bases légales, si fréquentes dans notre histoire.
Les principaux événements de l'époque doivent être cherchés du reste dans les domaines de Véconomie^ de la vie sociale et de la science. Le magistral développement que le siècle qui vient de s'écouler a apporté dans ces divers ressorts de l'activité humaine en Suède, est le but de la plus grande partie du présent ouvrage. Nous signalerons seulement ici l'augmentation si frappante du bien-être économique, l'ouverture d'une foule de nouvelles sources industrielles, l'amélioration inoate des moyens de communication, le puissant travail de l'enseignement populaire et les grandioses progrès dans le domaine intellectuel pur, où surtout nos savants, nos grands inventeurs et nos explorateurs se sont fait entre autres une réputation universelle. Durant la dernière moitié du siècle, notre pays, de même que ses deux voisins Scandinaves, est entré dans des relations infiniment plus intimes avec d'autres contrées que ce ne pouvait être le cas sous le régime des conimunications incomplètes des temps antérieurs. Les nouvelles idées et les nouveaux courants de civilisation parviennent désormais tout aussi rapidement sur nos côtes que sur celles de n'importe quel autre peuple. Il n'est même pas rare de les voir surgir du Nord. Tout en reconnaissant qu'il existe chez nous, comme ailleurs, des ombres appelant des réformes et des travaux sérieux de rénovation, les Suédois de nos jours osent se livrer à l'espérance qu'un avenir, peut-être même prochain, leur réserve une prospérité économique et intellectuelle dont toute notre histoire antérieure ne doit être considérée que comme la préparation et la phase éducative.
Béception de Nordenskidîd à Stockholm le 24 avril 1880, après la circumnavigation de VAsie.
La 8nède. L
n. LB PEUPLE SUÉDOIS.
La nation qui occupe et, d'après ce qui a été démontré précédemment, a occupé le territoire de la Suède pendant an moins cinq mille ans sans interruption, appartient à la branche germanique de la famille arienne et à sa subdivision spéciale appelée les peuples Scandinaves. Ces peuples, qui sont liés par une parenté si étroite qu'ils comprennent leurs langues respectives, comptent en tout une population de 12 à 13 millions; sur ce nombre, un peu plus de 2 millions habitent les Etats- Unis de l'Amérique du Nord, */3 de million se trouve en Finlande, jadis possession de la Suède, et */6 de million dans le Slesvig septentrional, qui faisait partie autrefois du Danemark. Du reste environ 9 millions et demi habitent les trois royaumes Scandinaves dans le nord de l'Europe, la Suède, la Norvège et le Danemark, et dont la Suède possède un peu plus de 5 millions d'habitants, et la Norvège et le Danemark de 2 à 2*5 millions chacun; encore il faut ajouter une centaine de mille Scandinaves habitant les îles éloignées des Fserœ et de l'Islande, lesquelles appartiennent au Danemark.
Le nombre total de la nationalité suédoise doit monter actuellement à 6 millions et demi au minimum, si l'on y compte 1 million de Suédois en Amérique, dont un grand nombre auront cependant bientôt sans doute oublié leur langue natale pour adopter la langue anglaise. En Europe, il y a environ 350,000 ., Suédois en Finlande et peut-être 100,000 dans les autres pays européens (dont en Norvège au moins 40,000 et en Danemark à peu près autant); le reste, soit un peu plus de 5 millions, occupe le royaume de Suède.
Comme, outre la race suédoise, la Suède possède seulement environ 20,000 hab. de race finnoise, 7,000 Lapons et peut-être environ 20,000 personnes de nationalités diverses, qui y ont occasionnellement trouvé leur gagne-pain, notre pays peut avec raison se targuer d'un rare degré d'homogénéité ethnographique.
Pour ce qui est des Lapons^ ils habitent depuis des temps .immémoriaax la Lapottie et eu outre en petit nombre le gouv. de Jemtland. Désigner, comme cela a lieu presque toujours sur les cartes ethnographiques allemandes, tout l'intérieur de la Suède septentrionale, jusqu'au 62°^® degré de latitude, comme étant occupé par les Lapons, est entièrement erroné. Sur les 110,000 hab. du gouv. de Jemtland, les Lapons ne comptent que 800 individus, et même dans la Laponie propre, les Lapons sont en si grande minorité, qu'il n'y a qu'une seule paroisse dans laquelle ils fassent plus de la moitié de la population; cette paroisse (celle d'Enontekis) est la plus septentrionale de notre pays. Dans la Laponie totale, les Lapons ne forment pas même un sixième de la population. — Les Lapons, qui appartiennent à la branche finno-ougrienne de la famille mongole, sont un peuple généralement nomade et fort intéressant au point de vue ethnographique, chose que le plan de cet ouvrage ne permet cependant pas de traiter plus en détail. Concilier les intérêts opposés des Lapons et des colons suédois et prévenir