CONDITIONS SOCIALES
tition plus démocratique que les autres sources de fortune. Le quart seulement de la terre appartient à la grande propriété, et la limite est cependant mise aussi bas qu'à la valeur de 112,000 francs, taux qui peut être considéré comme, insignifiant dans ce cas. Mentionnons, afin de compléter l'image, que non moins de 85 % des terres suédoises sont exploitées par les propriétaires eux-mêmes, et par conséquent 15 % seulement par des fermiers.
Un détail de notre régime de propriété terriemie qui peut être iudiqué avec une parfaite sûreté, est la grandeur des majorais, A la fin de 1896, ces domaines s'élevaient au nombre de 167, dont la valeur totale était évaluée à 110 millions de couronnes (154 millions de francs), correspondant à 4*62 % de la valeur totale de la propriété foncière suédoise. Plus des neuf dixièmes, suivant la valeur, appartenaient à des familles nobles.
Il résulterait d'une supputation approximative des résultats indiqués ci-dessus que de la fortune et des revenus de la Suède, environ un tiers appartient à 2 ji de la population, tandis que les deux autres tiers doivent être partagés entre les 98 % restants, ce qui semblerait constituer une disproportion assez grave. Toutefois, dans la réalité, il existe certainement peu de pays où la disproportion ne soit pas encore plus considérable.
Il est malheureusement impossible d'obtenir une certitude quelconque sur l'accroissement ou la diminution de ces inégalités pendant les derniers temps. C'est néanmoins un fait pleinement avéré que, pendant le siècle qui vient de s'écouler, le tien-être s'est accru dans de vastes proportions.
Nos anciens recensements de la population, si remarquables à tant d'égards, nous permettent de donner le relevé qui suit. Le nombre total des ménages a fourni les proportions suivantes dans chacun des quatre groupes désignés ci-dessous:
Ménages. 1805. 1840. 1855.
Possédant an delà da nécessaire 2'96 % 9 85 % 13-76 %
> le nécessaire 2574 > 6274 > 67 05 >
> pins on moins an-dessons dn nécessaire 54'8l > 22*28 > 15*98 >
Dans un dénuement complet 16*49 » 563 » 327 >
Total 100-00 % 100-00 % 100-00 %
Quelque impossible qu'il soit, vu la nature de leur origine, d'attribuer une bien grande valeur à ces chiffres pris séparément, il est néanmoins tout aussi impossible que la modification dont ils fournissent la preuve soit totalement illusoire: les différences sont trop grandes, et la régularité de la marche de la modification est trop marquée.
11 n'existe pas de chiffres correspondants pour les derniers temps, mais le fait de l'accroissement continu du bien-être est prouvé jusqu'à Tévidence par la forte augmentation de la fortune nationale, dont il sera rendu compte dans une autre partie de cet ouvrage.
La Suède. L 9
Situation morale.
Quand la science sociale veut étudier la situation morale d'un peuple, elle doit, comme on le sait, se contenter d'indices principalement négatifs. A côté de la criminalité et des phénomènes qui peuvent être mis en connexion avec la question de la tempérance, dont il sera rendu compte sous des divisions spéciales, nous allons donner ici quelques éléments d'appréciation sur les naissances illégitimes et d'autres faits tirés de la statistique de la population ou de la statistique médicale, propres à jeter un certain jour sur la moralité publique et la moralité privée dans le sens plus restreint de ce terme.
La fréquence des naissances illégitimes^ qui n'est certes pas l'étalon unique ni même le plus sûr de la situation morale d'un peuple, mais qui dans tous les cas éclaircit Vun des côtés de cette situation, est en général l'une des ombres de la vie sociale de la Suède, si même les faits réels sont loin d'être aussi défavorables qu'on les voit parfois représentés.
Le tableau suivant donne, pour chaque mille femmes célibataires et veuves dans l'âge de 20/46 ans, le nombre annuel des femmes accouchées d'enfants illégitimes, pendant des périodes différentes en Suède depuis 1750, et dans d'autres pays de l'Europe pendant la période décennale de 1871/80.
Suède, en 1751/1895:
Pays europ., en 1871/80:
Pays-Bas 17-3
Suisse 18l
Angleterre 262
France 30 9
Belgique 310
Espagne* 32'8
Norvège 338
Ecosse 37'8
Suède 394
Itolie' 4*8
Danemark . 45-2
Empire d'Allemagne 5 16
Autriche occidentale 66*2
Europe occidentale 402
La première colonne du tableau fait voir que l'empirement le plus sensible dans notre pays a eu lieu dans la période de 1776/1825, c.-à-d. précisément dans celle qui vit la plus forte augmentation de l'abus des spiritueux. Le tableau fait cependant voir au surplus que depuis 20 ans V augmentation a cessé, fait que nous nous permettons d'accentuer fortement.
On voit aussi que les chiffres suédois sont légèrement inférieurs à la moyenne de l'Europe occidentale, et que la Suède occupe tout au moins une position plus avantageuse que le Danemark, l'Empire d'Allemagne, l'Autriche et peut-être l'Italie. Nous sommes par contre, il est vrai, bien loin des conditions favorables que présentent p. ex. les Pays-Bas.
La cause la plus commune du nombre relativement élevé des naissances illégitimes en Suède est tout naturellement la diminution déjà mentionnée dans la fréquence des mariages, à laquelle on doit que le nombre des mariages est inférieur en Suède à celui de la plupart des autres pays de notre continent.
Des aatres éléments d'appréciation servant à élucider la situation morale de notre peuple, nous allons aborder successivement la fréquence des divorces, la marche de la prostitution, la fréquence des maladies vénériennes, celle des enfants morts-nés, la proportion de la mortalité entre les personnes mariées et les célibataires, et enfin les suicides.
* Les années 1861/70. — ' Enfants illégitimes et enfants trouvés.
SITUATION MORALB.
■ Divorces. Pour les périodes décennales de 1831/40 à 1881/90 et la période quinquennale de 1891/95, le nombre annuel des divorces donne la série de chiffres suivante: 36-i, 32*i, 33-o, 31*3, 43'9, 50*2 et 61-3 sur chaque million de la population. Ces derniers temps montrent, comme on le voit, un empirement considérable. Il n'empêche pas, cependant, que la situation de la Suède ne soit dans ce cas-ci plus favorable que celle de la plupart des autres pays de l'Europe.
Prostitution, La prostitution n'est réglementée que dans les villes de Stockholm et de Gothembourg. A la fin de 1865, le nombre des prostituées s'élevait à Stockholm à 230 par cent mille habitants, mais ne comportait plus que 166 en 1897. Quant à Gothembourg, les chiffres respectifs ont été de 102 et 77 pour les années 1887 et 1897.
Maladies vénériennes. Suivant les recherches de M. J. Kjkllberg et d'autres spécialistes, la fréquence des maladies vénériennes paraît être en voie de diminution, autant qu'il est possible d'en inférer du nombre des individus soignés pour ces maladies dans les établissements hospitaliers publics. Cette constatation porte aussi bien et non moins sur la syphilis que sur les autres maladies vénériennes. Pendant les années 1861/65, les hôpitaux civils et militaires recevaient annuellement 118 vénériens par cent mille âmes de la population, tandis que ce chiffre n'est que de 91 pour la période de 1891/95. I^ nombre des décédés parmi les malades s'est élevé à lO'o ^/oo pendant la première période, mais seulement à 4'4 ^/oo dans la seconde. Suivant les données que l'on possède, la fréquence de ces maladies serait inférieure dans notre pays à celle qu'offrent les pays voisins.
Quant au nombre des enfants morts-nés, que les autorités médicales estiment fournir des renseignements précieux sur la fréquence de la syphilis, il a été montré ci-avant que ce nombre a augmenté jusqu'aux environs de 1865, mais qu'il a subi depuis lors une diminution considérable. Les chiffres concernant notre pays sont en totalité très satisfaisants dans ce cas.
La mortalité dans les divers états-civils fournit certains points de repère pour l'appréciation de la situation morale. On sait que le taux de la mortalité a toujours été sensiblement plus élevé chez les célibataires que parmi les personnes mariées, fait qui dépend toutefois en partie de la circonstance que ce dernier groupe représente à quelques égards une espèce de sélection. La différence entre la mortalité des célibataires et celle des personnes mariées atteint cependant en Suède un taux très élevé parmi les hommes des âges avancés, ce qui n'est pas en soi-même un signe favorable. Il faut dire toutefois que même ici il s'est produit un changement en mieux dans ces derniers temps.
Le chapitre des suicides est, comme l'on sait, l'un des plus tristes de notre fin de siècle, et ce fait s'applique aussi bien à la Suède qu'à la plupart des antres pays. Le tableau qui suit, donne un aperçu de leur fréquence, parmi la population en son entier et parmi certains groupes de sexe, d'âge et d'état-civil.
Tabl. 24.
Nombre annuel des suicides^ par
100 yO 00 habitants de chaque groupe.
Moyennes
Total.
Hommes mariés. Femmes mariées.
Hommes célib.*
Femmes célib.*
des années.
50/ûi.
bO/m.
bo/ot.
50/ûi.
Y compris les veufs. — * Y compris les veuves.
La forte augmentation totale saute aux yeux. Il est cependant remarquable de constater que la situation n'a que peu ou point empiré parmi les personnes mariées des jeunes âges et des âges moyens. Elle a même diminué chez les hommes les plus jeunes. L'augmentation la plus grande tombe sur les hommes célibataires des âges avancés, parmi lesquels le nombre des suicides s'est presque quadruplé. Elle s'est montrée cependant encore plus forte dans les derniers temps chez les jeunes femmes célibataires.
En comparaison de celle d'autres pays de l'Europe occidentale, la situation de la Suède a été très favorable à une époque plus ancienne, mais l'empirement intense de ces dernières années, dont il est difficile de trouver la cause générale, paraît mettre cette priorité en question. Le chiffre suédois est néanmoins largement inférieur p. ex. à ceux du Danemark, de l'Allemagne et de la France.
On lit assez fréquemment dans la littérature étrangère des descriptions singulièrement sombres concernant l'état de la moralité à Stockholm. Quand elles ne contiennent pas des inexactitudes ou des exagérations flagrantes, elles s'appuient en général sur une situation appartenant aux temps passés, et paraissent négliger du tout au tout les changements pour le mieux qui se sont produits dans nos jours.
Dans la période de 1851/60, des enfants nés vivants à Stockholm, 43*4 pétaient nés en dehors du mariage, tandis que ce chiffre n'était plus que de 28' 6 dans la période quii.quennale de 1891/95. A chaque chiffre de mille femmes non mariées de l'âge de 20/45 ans, correspondent actuellement à Stockholm 62 naissances illégitimes par an. Or, nous avons signalé précédemment que le chiffre moyen de la totalité de l'Autriche occidentale est de 66; nous ajouterons qu'il s'élève à 72 pour la Bavière et à 90 pour le royaume de Saxe. Quant à Stockholm, il faut observer aussi qu'un nombre assez grand des fiUes-mères y accouchées ont, en réalité, leur demeure dans les campagnes. — Le chiffre des morts-nés à Stockholm, qui comportait 50*5 ®/oo dans les années 1856/60, est tombé à 28*7 ^/oo dans la période de 1891/95. — 1^ diminution du nombre des prostituées a déjà été mentionnée plus haut.
Ajoutons, quant à la consommation de V eau^de-vie, que lorsqu'on 1877 une société anonyme se chargea de la vente au débit de ce spiritueux sur les bases du c Système de Gothembourg», elle vendit, pendant son premier exercice, 12 à 13 litres d'alcool pur par habitant de la population de Stockholm, tandis que ce chiffre n'est actuellement que de 7 à 8 litres. Bien plus: il fut, dans les années 1871/75, traité à Stockholm 32 cas de maladies alcooliques p/our chaque chi£^e de dix mille habitants, tandis que ce nombre n'était plus que de 18 dans la période de 1891/95.
U a déjà été mentionné que la mortalité à Stockholm a subi une diminution qui n'a pas sa pareille ailleurs. Dans les années 1851/60, le taux annuel de la mortalité était de 41*5 ®/oo; il était tombé à 20*0 ^Jw dans la période de 1891/95, et enfin, pendant les années 1896/98, ce chiffre n'a été que d'environ 18 ^'oo. II y a actuellement peu de villes qui soient à même de rivaliser avec Stockholm à ce point de vue. En dernier lieu, la fréquence des mariages et leur fécondité se sont accrues pendant les dernières périodes décennales.
Si l'on prend de plus en ligne de compte que dans les cinquante dernières années la population de Stockholm a triplé, et que son administration et ses institutions publiques de toute nature ont atteint, pendant cet espace de temps, un développement reconnu plus d'une fois comme pouvant servir de modèle, il n'est que juste d'énoncer, sans crainte d'être contredit, l'appréciation que la capitale de la Suède est désormais tout autre qu'elle ne l'était dans la première moitié de ce siècle, et qu'il s'y est opéré un travail de réforme et de renaissance cherchant son pareil en intensité et en expansion.