CLASSES SOCIALES
de la noblesse dans les points ci-dessus, acheta le consentement des autres ordres pour l'introduction de la (courte) autocratie royale. Après la révolution de 1809, la noblesse renonça eUe-même à ce qu'il lui restait encore de privilèges dans ce cas, en retenant le droit de représentation.
Dra états du Riksdag avaient perdu par là leur véritable signification sociale, mais ils ne subsistèrent pas moins comme corporations politiques jusqu'en 1865, où l'antique répartition du Riksdag en quatre ordres fut remplacée par la division actuelle en deux chambres nommées par des élections générales. La noblesse continue, il est vrai, à former une corporation, mais en réalité seulement pour l'administration de fonds communs, et les anoblissements ont à peu près cessé. Par la décision du Riksdag eu 1892, relativement à la suppression successive des impôts fonciers, furent définitivement effacées les dernières traces des anciennes conditions sociales. La lutte séculaire entre les c états > ou ordres est enfin terminée, et une nouveUe ère a surgi. La lutte n'est plus entre les »ordres>, mais entre les ^classes».
La situation actaelle en Suède est très particulière. Le pouvoir politique est depuis 1866 en partie prépondérante dans les mains des paysans propriétaires, et l'on pourrait sous ce rapport parler aujourd'hui d'une nouvelle cépoque de grandeur des paysans». Le trait le plus caractéristique est que les paysans exercent ce pouvoir eux-mêmes et non par des hommes de confiance tirés des classes supérieures. Plus de 100 paysans siègent au Riksdag de Suède, fait qui n'a d'analogue qu'en Norvège et en Danemark, et même dans ces pays sur une plus faible échelle qu'en Suède. Contre cette suprématie des paysans, qui n'est pas dégagée de tout égoïsme de classe, s'élève une opposition toujours plus iorte des classes qui n'ont pas part à la possession de la terre, principalement parmi les ouvriers industriels, encore dépourvus en majeure partie du droit de suffrage politique. Si par conséquent la Suède de nos jours présente au point de vue politique des traits ultra-démocratiques à côté d'anciens traits aristocratiques, ces derniers n'en possèdent pas moins au point de vue social une prépondérance très sensible. La noblesse, encore nombreuse, continue à jouir d'une grande considération dans la société, et un nombre disproportionné des plus hautes charges de l'Etat est resté dans ses mains, au moins quant au service militaire. Un grand nombre de familles nobles ont essayé de se garantir contre un recul économique par la création de majorais, interdite toutefois depuis 1809.
La tension entre les diverses classes sociales est cependant mitigée en Suède- par le trait humanitaire, fréquemment mentionné comme caractéristique de notre peuple, grâce auquel, dans la vie pratique, les tiraillements et les empiétements sociaux ne sont pas aussi accentués qu'on pourrait s'y attendre parfois par suite de la loi et de la coutume. Une autre circonstance qui y a contribué, est que le passage d'une classe inférieure à une classe supérieure n'est probablement nulle part aussi facile et aussi fréquent qu'en Suède. La principale explication de ce fait se trouve dans la gratuité presque complète d'un enseignement supérieur accessible à tous. Il en est résulté que non moins de 20
k 25 % des élèves de nos institutions publiques d'enseignement secon* darrè sont des fils de paysans et d'ouvriers, et qu'environ la moitié du nombre total appartient en général aux classes dites inférieures^ Une grande partie des hommes les plus distingués de la Suède tirent, par cette raison, seulement à travers une ou deux générations à peine, leur origine des couches les plus profondes de la société. La »cla8se supérieure» {ôfvtrklass) et la «classe inférieure > {underhlass) sont ainsi fortement unies par le plus puissant des liens, celui du sang. L'importance de ce fait est évidente, si Ton se rappelle les conditions diamétralement opposées qui régnent dans une foule de pays, où la différence entre les classes est une véritable différence de race.
D'autres causes de l'égalisation des classes sociales dans notre pays sont dues à la haute instruction populaire, à la répartition relativement uniforme de la fortune, et enfin à la conscience de la valeur personnelle nourrie par des siècles de liberté politique. Cette conscience ne se soumet pas volontiers à des empiétements, de quelque côté qu'ils viennent.
En ce qui concerne la répartition de la fortune en Suède, il existe, il est vrai, des matériaux assez considérables recueillis dans le courant des dernières années. Toutefois, comme ils l'ont été exclusivement au point de vue du fisc, ils ne sont pas de nature à permettre une discussion scientifique. Une discussion pareille est rendue d'autant plus diflicile, que l'on distingue entre trois catégories de fortune (les immeubles fonciers, toutes les autres espèces d'immeubles et le revenu du capital et du travail), sans qu'il soit indiqué dans combien de cas ni dans quelles proportions -ces diverses catégories de fortune se trouvent réunies dans les mêmes mains.
Si l'on distingue entre les grandes fortunes et les petites, et que l'on prenne pour limite le cens d'éligibilité fixé pour l'entrée à la 1" chambre de la Diète, savoir 80,000 cour. (112,000 fcs) de valeur immobilière ou 4,000 cour. (5,600 fcs) de revenu de la fortune mobilière ou du travail, la situation pourra être indiquée comme suit en traits généraux.
Il existe environ 2,000 grandes et 270,000 jtetites propriétés foncières (ayec la limite indiquée pins haut). Les grandes propriétés fournissent un quart du taux d'évaluation total de la terre, et par conséquent les petites les trois quarts restants.
Pour d^ autres immeubles que les immeubles fonciers, environ la moitié de la valeur porte sur les grands propriétaires. H doit cependant être signalé qu'une forte partie de ceux-ci sont des sociétés anonymes qui, dès lors, ne constituent pas des unités réelles, le droit de propriété y étant réparti entre les titulaires des actions. Il doit encore être mentionné que l'enquête à ce sujet étant vieille de vingt ans, il peut s'être produit depuis lors de grandes modifications.
Enfin, du revenu du capital et du travail, environ un tiers est fourni par les grands revenus, et par suite à peu près les deux tiers par les petits.
Quelque vague que soit cette évaluation, elle donne dû moins ce résultat parfaitement correct, qu'en Suède la terre oflFre une répar-