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MOEURS ET GENRE DE VIE. 135
la plus alerte et la plus vigoureuse, nous a débarrassés simultanément d'un très grand nombre de ses sujets les plus turbulents.
Parmi les personnes condamnées pour crimes en 1881/90, 76 % des hommes et 77 % des femmes étaient célibataires. Dans le nombre entier, 1*34 % ne savaient ni lire ni écrire, et non moins de 23*3 % ne savaient pas écrire, taux dépassant de bien des fois celai de la population dans son ensemble. Au point de Tue des moyens d'existence, 1*6 % se trouvaient dans de bonnes conditions économiques, 21*6 dans des conditions passables, 46*7 dans des conditions très restreintes, et 30*1 % étaient dans un dénuement complet.
Il ressort de la troisième division du tableau que la fréquence des homicides a varié beaucoup avec les temps, mais qu'elle est évidemment en diminution à Theure présente. Les chiffres des infanticides étaient très élevés dans la période de 1861/80, mais ici de même il s'est produit une amélioration. Dans les années 1751/75, on comptait 4 infanticides sur mille mères d'enfants illégitimes, contre 2 seulement dans la période de 1891/95, le tout d'après la statistique de la population, dont les chiffres, quoique considérablement trop bas, doivent indiquer au moins le sens de la modification. Quant à la fréquence des vols^ il résulte du tableau qu'eUe est désormais bien inférieure à celle des temps plus anciens.
La carte page 133 donne la fréquence des crimes dans les différentes parties du pays. Pour les délits (ringare brott), il y a eu annuellement 185 condamnations sur cent mille habitants pendant la période de 1891/95, et 602 pour les contraventions (fârseelser). Le plus grand nombre de ces dernières sont des cas d ivrognerie.
Moeurs et genre de vie.
Nous donnons ici, sur l'habillement et la nourriture, le genre de vie dans les jours fériés et les jours ouvrables, de notre peuple et de ses diverses classes, quelques courtes notices qui ne peuvent naturellement pas avoir la prétention d'épuiser le sujet.
Chez nous, comme chez toutes les nations civilisées, l'habillement suit les modes européennes communes, qui pénètrent désormais rapidement même dans les régions les plus écartées. Ce n'est que dans certains districts de la Dalécarlie et de la Laponie que les anciens costumes populaires sont encore en usage. Partout ailleurs ils ont disparu dans le cours de deux générations. Une partie de ces pittoresques costames ont, dans nos temps si intéressés aux souvenirs historiques, été adoptés parfois, dans les fêtes et au dehors, par le sexe féminin des classes supérieures. Signalons entre autres à ce sujet les beaux costumes aux brillantes couleurs de RUttvik en Dalécarlie, du Yingâker en Sudermanie, de certains districts du Helsingland, du Blekinge, de la Scanie, etc., fréquemment étalés aux expositions universelles, figurait tout aussi fréquemment dans les albums des touristes, et devant dès lors être assez généralement connus à l'étranger. — Pour ce qui est de la classe ouvrière, ses prétentions relativement à l'habillement ont beaucoup grandi dans ces derniers temps, et en dehors du travail, l'ouvrier suédois apparaît aujourd'hui toujours proprement vêtu, ce qui souvent n'était pas le cas il y a quelques dizaines d'années. Aussi les différences de l'habillement quant à la forme et à la façon peuvent être, du moins en ce qui concerne la jeune génération, considérées comme à peu près disparues entre les diverses classes. Parmi la population féminine, le chapeau et le c fichu de tête» sont restés longtemps des signes distinctifs des classes supérieures et des classes inférieures, mais le chapeau a définitivement triomphé. — Auparavant on employait très généralement des sabots en Scanie, mais dans ces derniers temps, les chaussures en cuir sont devenues les prédominantes dans les campagnes comme dans les villes.
Consommation annuelle^ par habitant,
des froment et seigle.
La nourriture est, quant aux campagnes, décidément plus substantielle et meilleure dans les régions fertiles dra plaines que dans les régions forestières et montagneuses plus stériles. Le seigle a été jusqu'ici la principale céréale servant à la fabrication du pain dans la majeure partie du pays, mais l'usage du pain de froment s'est répandu toujours davantage dans le courant des dernières années. La raison en peut être partiellement expliquée par le fait que la farine de seigle et celle de froment atteignent maintenant à peu près le même prix. £n Norrland et en Dalécarlie, le pain se fait d'un mélange de seigle et d'orge, et dans les régions qui cultivent surtout l'avoine, d'un mélange de cette céréale et de seigle. On connaît la galette de seigle suédoise dure et sèche, qui porte le nom de *kndckebrôd* (pain cassant), et qui se conserve aussi longtemps qu'on le désire sans perdre de son goût. Il y a lieu de mentionner à cette occasion la csmOrg&sbord», on c table à tartines» suédoise, coutume que notre pays a en commun avec la Russie, et qui consiste en ce que le repas est inauguré par du pain, du beurre (et de l'eau-de-vie), servis sur une table spéciale, avec addition d'une foule de hors d'œuvre. Cet usage commence néanmoins à se perdre.
88 kilogs.
111 kllogt.
175 kilogs.
Tabl. 26.
Consommation annuelle, par habitant *
Paya.
Froment
et seigle.
Kg.
Café.
Thé.
Sucre.
Tabac.
Eau-devie. Litws.»
Bière.
Vin.
Hg.
Hg.
Kg.
Hg.
Litres.
Litres.
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On
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Suède
Norvège
Danemark
Finlande
Grande-Bret. etirl...
Pays-Bas
Belgique
Empire d'Allemagne.
Autriche — Hongrie . . .
Suisse
France
Italie
Espagne
Portugal
Russie
États de Balkan
Europe occid.
Europe orient.
Europe ÉUts-Unis
Le tableau 26 est destiné à une comparaison, entre la Suède et d'autres pays, concernant la consommation de quelques-uns des articles alimentaires les plus importants, et le tableau 27 donne un aperçu de l'augmentation ou de la
^ En général pour la période de 1891/95; pour les pays méridionaux et orientaux, les chiffres sont parfois de date plus ancienne. — ' Réduite k bO % d'alcool.
MOEURS ET GENRE DE VIE
Consommation annuelle, par habitant, de Veau-de-vie^, en 1 89 1/95.
Litre». Litre».
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France.
Snëde. Suisse. Iles Brit. Norvège. Finlande.
diminution de cette consommation en Suède pendant la dernière génération. Dans le diagramme page 136 cet aperça, s'étend, quant au froment et au seigle, jusqu'au commencement du siècle présent. On y voit avec pleine évidence la grande augmentation signalée dans la consommation des céréales ayant une plus grande valeur, c.-à-d. servant principalement à la nourriture de l'homme. La consommation du café a subi de même une forte augmentation, et l'on peut dire que, en règle générale, notre peuple compte parmi les plus grands buveurs de café, goût allant souvent même jusqu'à l'excès dans la Suède du nord, surtout chez la population féminine. La consommation du thé est par contre restreinte aux classes aisées. CeUe du sucre s'est immensément accrue, grâce à la baisse des prix et à la naissance d'une production indigène du sucre. On peut dire, en général, que le sucre a toujours joué un rôle très important dans la cuisine suédoise.
Tabl. 27. Consommation annuelle, par habitant, en Suède.
1 Moyennes des années.
Froment.
Kg
Seigle.
Kg.
Pommes
de terre.
Kg.
Café.
Hg.
Thé.
Hg.
Sucre.
Kg.
Sande- vie.
Litres.»
Bière.
Litres.
Vin.
Litres.
Tabac.
Hg.
on
La consommation annuelle de la viande est évaluée par M. P. Fahlbeck pour les années 1885/88 à environ 28 kg. par habitant, chiffre à peu près égal à celui de la moyenne européenne. Cette consommation a sans doute augmenté dans ces derniers temps, bien qu'on ne possède pas de chiffres à ce sujet. En reTancbe, la consommation du lait que M. G. LlUEHOLM évaluait en 1885 à 183 litres par hab. (chiffre évidemment extraordinairement élevé), est actuellement moindre qu'autrefois, attendu qu'une proportion toujours plus grande du lait
» Litres à 50 ^ d'alcool.
produit est employée à la fabrication du beurre pour l'exportation. Dans le pays même on consomme annuellement 5*5 4 kg. de beurre par hab., d'après les calculs de M. Fahlbeck — chiffre, en tout cas, très élevé en comparaison de la plupart des autres pays.
Paysans se rendant au travail
Photo. Gd^TA Fr.nitNAK, Stockholm.
Pendant la première partie de ce siècle, l'usage des boissons alcooliques était arrivé à une hauteur bien propre à attirer une attention défavorable sur notre peuple. Nous nous contenterons de signaler ici l'immense réduction de la consommation, et le fait que la situation de la Suède n'est désormais en aucune façon spécialement désavantageuse à cet égard, la consommation de l'eau-de-vie se trouvant même au-dessous de la consommation moyenne de l'Europe (voir le tableau 26 et le diagramme page 137). — La Suède possède une «boisson nationale» dans le punsch, qui n'est cependant employé que par les classes aisées. On se fait à l'étranger une idée très exagérée du rôle et de l'importance de cette liqueur dans la vie sociale suédoise.
On peut dire en général que, sauf pour le lait, l'usage des produits alimentaires substantiels s'est fortement accru chez nous dans ces derniers temps, preuve indiscutable de l'accroissement général du bien-être. Nous venons de voir que la consommation de l'alcool diminue par contre. Quant à celle du tabac^ elle n'a atteint qu'une extension normale au point de vue européen, mais comprend une part disproportionnée de tabac à priser. L'élévation sensible du >8tandard of life» dont les chiffres de consommation fournissent la preuve, a sans le moindre doute éminemment contribué aux progrès notoires réalisés dans le développement physique et à la forte réduction de la mortalité.
Les ménages étaient très grands en Suède, jusqu'à une époque assez avancée de ce siècle, mais dans ces derniers temps ils ont en général diminué par
MOEURS ET GENRE DE VIE
ce fait que la domesticité est de plus en plus réduite et que les employés des métiers ne sont aujourd'hui que très rarement compris dans les ménages de leurs patrons. I^ors du recensement de 1870, il y avait sur mille ménages 195 domestiques femmes, mais en 1890 seulement 129. Un grand nombre de servantes suédoises émigrent tous les ans en Amérique, où elles sont très recherchées pour leur fidélité et leur bon caractère.
Genre de yle^ moeurs et usages. A ces divers égards, il a été écrit des volumes sur notre peuple comme sur tant d'autres. Il est naturellement impossible de donner ici autre chose que quelques indications éparses. Le genre de vie de nos classes cultivées ressemble dans ses traits généraux à celui des Européens occidentaux de nos jours, avec les nuances que présentent certains traits de caractère, comme p. ex. la disposition marquée à représenter avec éclat et à se montrer hospitalier, ainsi que l'esprit chevaleresque et humanitaire que Ton rencontre si fréquemment chez les Suédois. Le caractère facilement inflammable et l'imagination vive du Suédois ajoutent naturellement aussi leurs nuances au genre de vie, auquel un grand sentiment de la nature a de même apporté son empreinte, qui se trahit spécialement de nos jours par des goûts de tourisme et de sport généralement développés.
Anciens costumes nationaux d'Ingelstad {Scanie). An Musée du Nord, Stockholm.
La plus grande solennité de l'année est la fête de Noël (julen), qui se célèbre chez nous plus longuement et plus à fond que dans ancun autre pays. Les préparatifs dorent fréquemment des semaines, et visent non-seulement à donner à la demeure toute la propreté et tout le comfort extérieurs possibles, mais encore de la fournir d'abondantes quantités de vivres et de boissons, pour que la fête devienne, dans la plus grande mesure, une période de réjouissances et de repos. Le plus connu de nos usages de Noël est celui du «sapin de NoëU (jul(^ranen), qui n'est cependant devenu d'un usage plus commun que dans la seconde moitié du
siècle, et qui n'a pas encore pénétré dans le sein de nos paysans. I^ matin de Noël, de bonne heure, tout le monde se réunit à Téglise brillamment illuminée. Le voyage pendant la sombre matinée d'hiver, fréquemment éclairée aux flambeaux pour trouver le chemin, assez souvent, du moins il y a quelques années encore, se transformant en une véritable course au clocher pendant le retour, ce voyage est un plaisir dont ni les vieux ni les jeunes ne se passent volontiers, n reste à signaler, parmi les fêtes populaires, celle de la S:te-Yalpuriri8 (Fo/borg8me88afton\ dans la nuit du 30 avril au !•' mai, et la fête de la S:t-Jean ou de la Mi-été (mid8ommaren\ le 23 et le 24 juin, qui se célèbre par «l'arbre de mai^ {maJ8tàng) et par la décoration, à l'aide de feuillage déjeunes bouleaux, des maisons, des magasins, voire même des voitures, et pendant laquelle chacun s'efforce autant que possible de passer la journée entière en plein air.
Ancienne ferme suédoise (Oktorpsgârden).
Aa Masée de Skansen, Stockholm.
Des fêtes de la vie de famille, le mariage était jadis célébré avec un apparat extraordinaire, qui cependant en ces derniers temps se simplifie toujours davantage. La clôture de la moisson ou la fête des moissons donne encore, dans plusieurs provinces du pays, lieu à des réjouissances animées, mais elles ont été sensiblement tempérées dans ces derniers temps par la diminution de la consommation des boissons alcooliques, et en général par la tournure plus sérieuse et plus grave du caractère du peuple, un effet des mouvements religieux.
Il ne peut être nié qu'en Suède aussi la «lutte» toujours plus âpre «pour l'existence» ainsi que les agitations religieuses et sociales de nos jours, ont mis sourdine à l'ancienne joie de vivre, ce dont l'avenir seul pourra juger les résultats en bien ou en mal.
HABITATIONS
Habitations.
Le climat de la Suède exige, comme Tune des conditions essentielles d'une habitation, que celle-ci possède une chaleur suffisante. 11 faut, pour obtenir ce but, que les maisons soient d'une construction solide, et que chaque pièce habitée possède un âtre. Le besoin de fenêtres doubles ou fausses-fenêtres est en général tout aussi indispensable. Ces besoins entraînent une construction relativement dispendieuse, et forcent par suite à réduire le nombre des pièces, tandis que Ton s'est habitué d'un autre côté à des exigences assez grandes quant aux dimensions.
Intérieur d^Oktorpsgârden.
A a Musée de Skansen, Stockholm.
Dans la Suède du nord et la Suède centrale, le bois est employé , en prépondérance dans les petites villes et presque exclusivement dans les campagnes, tandis que la pierre domine plus ou moins en souveraine dans les grandes agglomérations urbaines. A mesure que l'on s'avance vers le sud du pays, la fréquence des habitations en bois diminue successivement, et elles ne se présentent qu'exceptionnellement en Scanie.
Ce qui est caractéristique pour les maisons en bois suédoises, c'est qu'elles sont peintes en rouge, tandis que les encadrements le sont généralement en blanc. Cette tradition, à laquelle on doit un effet simple et pittoresque dans le
paysage, n'est actuellement observée que pour les bâtiments de moindre importance dans les campagnes, tandis que les couleurs à l'huile ou bien le rcyêtement en chaux ont plus ou moins pris le dessus.
Dans les campagnes, les bâtiments de service sont encore souvent couverts de paille et de gazon. Cette dernière, matière qui jadis était généralement employée même sur les maisons d'habitation, est encore fréquemment en usage comme couverture des habitations paysannes de la Scanie et d'autres province. Dans les régions riches en forêts on emploie volontiers des bardeaux. Mais tous ces matériaux cèdent de plus en plus la place aux matériaux non inflammables obligatoires dans les villes, les tuiles, le carton bituminé, l'ardoise et les feuilles métalliques, surtout celles de tôle de fer.
Les foyers ouverts des anciennes maisons des paysans ont cédé la place aux fourneaux en fer dans les cuisines et aux poêles en faïence dans les appartements. La fabrication des poêles en faïence simples, aussi bien que des poêles de luxe artistiques en porcelaine et en majolique, est une industrie parvenue à un haut degré de développement en Suède.
La demeure du paysan, dans sa forme traditionnelle, est une habitation comprenant, outre le porche (Jôrstuga\ une grande pièce, le «poêle» (stuga) proprement dit, qui constitue simultanément la cuisine, la «chambre de tous les jours> et le dortoir pour une partie de la famille, et le c cabinet» (kammaren), où couchent ceux des membres de la famille qui n'ont pas leurs lits dans le cpoêle». Suivant la fortune ou les prétentions, on augmente l'habitation d'une chambre, ou on la construit à deux étages. De grandes fermes de paysans, spécialement dans la Suède du nord, possèdent fréquemment deux ou trois édifices pareils, dont l'un peut être affecté aux hôtes éventuels (la maison des hôtes, gàststugan), l'autre servir de demeure d'été {sommarstugan).
En Scanie, dans l'île de Gotland et dans plusieurs autres régions, l'habitation prend volontiers une plus grande étendue en un étage unique, analogue au mode de construction du Danemark et de l'Allemagne. Les greniers, l'écurie et l'étable, etc. se rattachent à la demeure, et le tout se groupe fréquemment en une cour fermée.
Les petites habitations seigneuriales, les presbytères et les résidences (bostàllen) d'employés civils et militaires (dont la plupart ont toutefois fait retrait à l'Etat), forment un groupe particulier d'habitations rurales. Dans leur forme la plus simple, ces édifices se composent de quatre pièces et d'une cuisine au rez-de-chaussée, et de deux ou plusieurs mansardes. Suivant les besoins et la fortune du propriétaire, l'habitation reçoit une plus grande extension en longueur, un étage supérieur ou un frontispice. Le corps de logis est flanqué d'ordinaire de deux petites ailes pour le service et l'économie.
Les grandes maisons seigneuriales et les châteaux^ plus ou moins nombreux dans le sud et dans les régions centrales de la Suède, ne se voient qu'exceptionnellement dans le nord.
HABITATIONS
L'apparence en varie suivant les provinces et l'époque de leur construction. Les plus anciennes de ces demeures, de même qu'en général les plus grandes, sont les châteaux scaniens, dont la majeure partie datent des environs du 16™** siècle, et dont le stile se rapproche du stile danois contemporain. Des restes plus ou moins fragmentaires des châteaux forts du moyen âge sont relativement nombreux en Scanie; plus rarement on en rencontre dans d'autres régions de la partie méridionale du pays et dans la partie centrale, où même les demeures seigneuriales du 16™® siècle sont assez rares, si l'on fait abstraction
des châteaux ou résidences royales, dont il sera parlé dans la division de r< Architecture».
Le 17™*' siècle, celui de la grandeur politique de la Suède, fut l'âge d'or des manoirs seigneuriaux, les généraux revenus des guerres continentales rivalisant entre eux pour se construire des demeures luxueuses. De ces châteaux, qui trahissent en général le goût français, le plus grand nombre et les plus beaux se trouvent en Sudermanie et dans les autres provinces du Mâlaren. Nous citerons à titre d'exemples les manoirs à'Eriksberg en Sudermanie, de SkoJcloster en Uppland, avec des collections artistiques d'une grande valeur, et de Tidô en Vestmanland, construit par Axel Oxenstierna, tous ayant conservé leurs caractères principaux dans leur forme originaire.
Le IS"* siècle vit aussi la construction de manoirs qui ne peuvent cependant être comparés ni en nombre ni en importance avec ceux du 17"* siècle. Ces deux siècles n'en ont pas moins créé le type général encore existant des manoirs seigneuriaux de la Suède.
Château de Trolleholm, en Scanie.
Les derniers temps ont transformé à beaucoup d'égards les conditions des demeures dans les campagnes suédoises. Des exigence* croissantes de comfort, l'exemple des villes, et l'usage, qui commence à pénétrer aussi dans les campagnes, de construire des maisons dans des buts locatifs, toutes ces circonstances ont amené l'abandon des tjrpes de demeures traditionnels oïl historiques esquissés ci-dessus, et la recherche de nouveaux types. Dans les cas les plus heureux, on a choisi celui des constructions genre villas. Les essais n'ont cependant pas encore donné des résultats décisifs en faveur de types spécialement appropriés aux demeures rurales.
Paysage d'hiver {Dalécarlie).
PllOtO. 0. Sl7KliBKH«i,
Hedemora.
Au point de vue esthétique, le caractère de dignité simple qui était le propre des anciennes habitations campagnardes, et qui harmoniait avec le paysage, ce type est actuellement perdu. Y revenir, tout en ayant égard aux besoins de la vie pratique moderne, est l'un des buts du travail de réforme qui a récemment surgi dans notre art architectural.
Le tiers au moins des villes suédoises tire son origine du moyen âge. Des villes restantes, quelques-unes datent du 16™* siècle, un nombre incomparablement plus considérable a vu le jour au 17™« siècle, un nombre un peu moins grand pendant le 18'"®, et une dizaine appartiennent totalement au siècle qiti vient de s'écouler.
HABITATIONS
Vue de la ville de Yishy.
Une ville avec le caractère complètement conservé du moyen âge est la pittoresque cité de ruines de Visby. Un reste de la même période est le quartier de la «Cité» à Stockholm, dans son plan général aussi bien que dans ses caractères principaux. On rencontre de plus d'assez riches souvenirs du moyen âge dans quelques-unes des villes scaniennes; ils sont plus rares dans le reste de la Suède méridionale et dans la Suède centrale, et manquent totalement en Norrland. Si, â peu d'exceptions près, les villes suédoises n'ont subi que faiblement l'influence du 1H™« siècle, elles conservent par contre leurs plus riches souvenirs des deux siècles suivants, surtout du 17"®. C'est principalement le cas de Stockholm. En grand, néanmoins, la capitale et la plupart de nos autres villes possèdent en prépondérance une empreinte moderne. Les édifices du 19*°« siècle sont la règle, ceux des siècles antérieurs plutôt l'exception.
11 faut rechercher l'origine de ce fait en partie dans les sièges nombreux et les ravages auxquels les villes ont été jadis exposées, et en partie dans le mode de construction, un grand nombre des maisons privées étant construites en bois, et enfin dans l 'accroissement, brusque parfois, du désir de modernisation.
Cette dernière circonstance a reçu un appui vigoureux des nouveaux plans d'édilité adoptés, il y a quelques dizaines d'années, pour la plupart des villes suédoises, et dressés en général d'après le système bien connu de l'échiquier, en n'ayant que rarement égard à l'état de choses existant. Elle est aussi due en bonne partie aux règlements de bâtisse de 1874, communs pour toutes les
U Suède, L * 10
146 n. LE PEUFLB SUÉDOIS.
villes de Suède. Parmi les dispositions de ces règlements, rédigés en majeure partie d'après des modèles allemands, il y a lieu de mentionner: la fixation de la largeur minimum des rues à 18 (exceptionnellement 12) mètres, indépendamment des esplanades plantées d'arbres, obligatoirement plus larges; la fixation de la hauteur maximum des maisons à 1 mètre et demi de plus que la largeur de la rue (avec 5 étages au plus); enfin, la fixation de la superficie minimum de la cour intérieure à la moitié (exceptionellement au tiers) de celle du terrain construit, de la hauteur minimum des pièces d'habitation à 2* 70 m., de la hauteur du plancher du rez-de-chaussée à 0*3 0 m. au moins au-dessus du sol, etc.
Grâce à ce nouyeau mode de construction réglementaire, à la création très générale de parcs, et surtout aux conduites d'eau et aux égouts établis dans la plupart des villes, aussi bien qu'à d'autres mesures, le danger des incendies a été considérablement réduit, et les conditions hygiéniques ont atteint un degré relativement haut de perfection.
Le résultat de la législation sur les constructions et les plans de villes a été moins favorable dans le domaine esthétique. De vieilles parties pittoresque, souvent même historiques, ont été démolies et remplacées par des parties nouvelles, construites sur un plan schématique et dénuées de tout intérêt artistique. L'opposition faite par les artistes au système en vigueur des constructions urbaines, a néanmoins heureusement réussi déjà à certains égards à y introduire des idées plus larges et à réveiller le culte des constructions historiques.
Même au point de vue économique, le mode de constructioti spacieux prescrit par la loi s'est montré plus ou moins risqué, en ce qu'il a renchéri le terrain et les édifices. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'activité de bâtir dans les villes, les grandes comme les petites, est arrivée de plus en plus chez nous, comme dans presque tous les autres pays de nos jours, à viser, non des demeures privées, mais des édifices pour location en masse. En dépit des inconvénients toujours attachés à un système pareil, il faut dire cependant que les maisons nouvellement construites satisfont en général à de très grandes exigences aux points de vue de l'hygiène, du comfort et de l'élégance décorative.
Une famille d'ouvriers doit en général se contenter dans nos villes, outre d'une cuisine, d'une pièce, de deux dans le cas le plus favorable. Ce dernier cas deviendra sans nul doute de plus en plus la règle, du moins partout où les loyers ne sont pas trop élevés. L'une des pièces est toutefois fréquemment louée à des célibataires; il arrive même bien des fois, spécialement à Stockholm et dans d'autres grandes villes, que les logements d'une pièce et d'une cuisine sont partagés avec un < logeur». (Il sera parlé ailleurs de l'activité à laquelle les sociétés de construction se livrent en faveur de l'amélioration des demeures ouvrières.) Les classes citadines moyennes habitent des logements de 3, 4 ou 5 pièces avec cuisine. Les maisons à louer avec logements de 6, 8 ou plusieurs pièces, assez générales, sont aménagées avec beaucoup de comfort, fréquemment avec luxe, et se distinguent souvent par une architecture solide et de bon goût. La pierre naturelle (calcaire et grès, très nombreux dans le pays) est désormais généralement employée.
On sera peut-être surpris d'apprendre que des personnes, en état de payer un loyer annuel de deux à plusieurs milliers de couronnes, ne préfèrent pas se construire des hôtels privés. La raison pour laquelle cela n'a lieu qu'exceptionnellement, doit être cherchée d'un côté dans les prix élevés déjà mentionnés des terrains à bâtir et dans les frais considérables de construction, et de l'autre dans une répugnance générale à répartir sa demeure sur deux ou plusieurs étages. Les hôtels privés, construits dans le courant des dernières années, ont plutôt eu le caractère de palais.
Le système des villas n'a pas reçu non plus une application bien grande, du moins dans les villes les plus considérables. La construction de villas, corn-
HABITATIONS
mencée à Stockholm il y a un certain nombre d'années, s'est promptement arrêtée, mais a mieux réussi à Gothembourg. Un sort plus propice a couronné les essais de cités spéciales de villas à une certaine distance des villes. C'est p. ex. le cas des deux agglomérations de Djuraholm et de Saltsjôbaden, situées l'une et l'autre à 10 à 15 kilomètres environ de la capitale, et habitées par des personnes ayant leurs occupations journalières à Stockholm.
La coutume est très répandue en Suède, parmi les habitants des villes, de passer Tété à la campagne, preuve de l'amour tout particulier des Suédois pour la nature et pour la vie champêtre. Il est principalement satisfait à ce besoin par des demeures d'été genre villas, qui s'élèvent tout autour des villes, même à des dizaines de kilomètres. Ces petits édifices, d'une construction plus ou moins légère et pittoresque, si caractéristiques spécialement pour le skàrgàrd ou archipel de Stockholm, sont fabriqués en masses dans nos ateliers de menuiserie, et il en est expédié un grand nombre à l'étranger.
Saltsjôbaden.