ENSEIGNEMENT ET CULTURE INTELLECTUELLE
A presque tous les points de vue, renseignement a atteint de nos jours en Suède un niveau très élevé, et on peut en dire autant de beaucoup de branches des sciences, des lettres et des arts. En ce qui concerne l'œuvre de l'éducation du peuple, elle est plus ancienne en Suède que dans la plupart des autres pays; mais la culture supérieure chez nous s'est contentée pendant longtemps de marcher sur les traces des grandes nations européennes. Cependant, au cours des deux derniers siècles, une culture suédoise originale s'est fait jour peu à peu^ tantôt dans un domaine, tantôt dans un autre, et de nos jours le travail d'affranchissement national se poursuit avec une force sans cesse grandissante.
Un des traits caractéristiques de la Suède, c'est la liaison étroite entre l'enseignement et l'Eglise. Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'histoire de la Suède dément les théories, et des conséquences fâcheuses qu'on aurait pu prédire à priori d'une semblable union, il n'apparaît pas de traces bien sensibles dans notre pays. Ce niveau élevé atteint de nos jours et même bien avant par l'enseignement populaire, est dû pour beaucoup à l'Eglise et au clergé; et aujourd'hui encore, les liens qui le rattachent à l'Eglise ne sont guère considérés par le corps enseignant comme un inconvénient sérieux.
L'Eglise et l'école, ainsi que les administrations de l'hygiène, de la santé publique et de l'assistance des pauvres, constituent en Suède le domaine du Département des cultes et de l'Instmction. Le droit de légiférer sur ces affaires appartient, lorsqu'il s'agit d'un appel au trésor public, au gouvernement d'accord avec le Riksdag; mais dans les autres cas, par exemple en ce qui concerne la réglementation, etc., ce droit appartient en propre, — aux termes mêmes de la constitution, — au gouvernement tout seul (ce droit fait partie du c pouvoir législatif du roi en matière économique», voir p. 155). Cependant, en pratique, le gouvernement a pris de plus en plus l'habitude de consulter le
Biksdag même sur les questions qui sont théoriquement de son ressort geul, et désormais aucune modification importante ne se décide sans l'assentiment du Riksdag.
Le Département des cultes et de l'instruction est divisé en quatre bureauXj dont deux sont consacrés aux questions d'enseignement: Tun s'occupe de l'enseignement primaire, et l'autre des enseignements secondaire et supérieur.
Les dépenses de l'instruction publique ont été évaluées comme il 8uit, pour l'année 1895, par M. E. Arosbnius:
Enseignement primaire^ 16,075,000 couronnes.
Lycées et collèges de garçons et de filles 5,162,000 >
Universités et écoles supérieures 1,492,000 >
Enseignement technique 921,000 >
Total 23,650,000 coaronnes.
En ce qui concerne les écoles privées, ce tableau ne donne que les frais payés par des subventions du trésor public et des communes.
A l'heure actuelle, le total doit certainement atteindre 27 millions de couronnes, ce qui fait entre 5 et 6 couronnes par habitant. D'ailleurs nous ne tenons pas compte ici des enseignements purement professionnels, p. ex. pour les militaires, pour l'agriculture et les autres industries, etc.
En Suède, comme dans les autres pays, l'enseignement du peuple a commencé par être purement traditionnel, c'est-à-dire que chaque génération transmettait oralement la somme de ses expériences personnelles à la génération suivante. L'enseignement proprement dit appartient à un stade plus avancé, et à ce stade même, l'école primaire est encore plus récente que l'école savante. L'organisation d'un enseignement populaire régulier remonte chez nous à la loi ecclésiastique de 1686.
D'après cette loi, tous les enfants devaient recevoir une bonne instruction religieuse. Le sacristain était chargé de leur apprendre à lire, et le prêtre de 1^ examiner sur le catéchisme; certaines connaissances, en particulier, étaient exigées pour recevoir l'autorisation de communier et de se marier. Grâce à ces prescriptions, on obtint dès cette époque comme résultat que les paysans sachant lire n'ét&ient pas rares dans notre pays. Naturellement, le degré d'instruction, qui dépendait tant de la personnalité du pasteur, était très inégal et variait beaucoup sniTant les paroisses.
Au 18™« siècle, l'œuvre de l'instruction du peuple fut considérablement encouragée par le mouvement piétiste, qui, par suite de l'importance capitale qu'il attachait à la lecture de la Bible, devait tout naturellement travailler à apprendre
T compris les écoles poar élèves anormaux.
268 IV. L'ENSEIGNBBiENT ET LA CULTURE INTELLECTUELLE EN SUÈDE.
à lire au plus grand nombre de gens possible. (Détail significatif: les piétistes ont de tout temps reçu chez nous le nom de «lecteurs».) Mais encore tous les autres éléments de la civilisation du 18°^® siècle: T utilitarisme, la philosophie de la diffusion des lumières, le rationalisme, concouraient aussi à faire attribuer une grande importance à Tinstruction du peuple et à l'encourager de plusieurs manières, — sans qu'on soit arrivé cependant à une organisation d'ensemble de cette œuvre civilisatrice.
Bans notre siècle, l'attention s'est éveillée sur la nécessité d'organiser l'enseignement primaire et sur la nécessité de le rendre obligatoire. Après des luttes qui durèrent des dizaines d'années, le principe de l'obligation fut proclamé par la première loi de la Suéde sur V enseignement primaire^ de 1842. Le demi-siècle qui s'est écoulé depuis lors, a été consacré à tâcher de mettre en pratique les principes posés dans cette loi comme un idéal à atteindre. Bans la première période de l'école obligatoire, le nom du comte T. RudensJdôld mérite de survivre dans le souvenir reconnaissant du peuple suédois pour le zèle qu'il a déployé et pour son ardeur infatigable au travail. C'est notamment sons son influence que le Riksdag de 1856/58 se livra à un grand travail législatif, dont l'exécution fut ensuite activement poussée, en particulier par le ministre de l'instruction publique en 1863/70 et en 1875/78, F,'F, Carlson. C'est de cette période que date notre organisation actuelle.
École primaire dans le paroisse de Saint Jean, à Stockholm.
Les écoles primaires en Suède sont tout d'abord une institution communale, mais elles reçoivent de l'Etat une subvention considérable, et elles sont placées sous la surveillance des autorités ecclésiastiques et gouvernementales. Chaque paroisse constitue en règle générale un dis-
trict scolaire^ dont l'autorité délibérative est V assemblée paroissiale (cf. p. 246). Comme autorité executive, il y a le conseil scolaire, composé du pasteur (président de droit) et d'au moins quatre autres membres, — hommes ou femmes, — choisis par l'assemblée paroissiale. Au moins tme fois dans chaque année scolaire, le président du conseil scolaire doit convoquer le personnel enseignant pour la discussion des affaires scolaires du district.
Dans chaque district il doit y avoir au moins une école primaire. Autant que possible, l'école primaire doit être divisée en deux degrés: la petite école (smâskolan), pour les commençants, et Vécole primaire proprement dite (folkskolan), pour les enfants plus avancés. Pour ceux qui ont fini leurs études primaires, il existe en outre dans beaucoup d'endroits des cours complémentaires ainsi qu'un nombre restreint d'écoles primaires dites supérieures.
A côté de ces catégories normales d'écoles primaires, il y en a une antre qu'il faut considérer plutôt comme un expédient provisoire. Dans les endroits où certaines parties du district scolaire sont si éloignées que les enfants peuvent difficilement se rendre à l'école primaire, on a permis d'installer des écoles primaires inférieures, avec un personnel et un enseignement restreints.
Sur le nombre des écoles aux différentes époques, voir le tableau 43 ci-dessous.
Tabl. 43. Nombre des écoles pour renseignement primaire.
Moyennes des mnnées.
Nombre total des écoles.
ÉcoiM snpérieares.
Écoles primai-
Écoles primaires infér.
Petites écoles.
ToteL
Dont écoles ambulantes.
(Voir page 274.)
Écoles primai-
Écoles primaires infér.
Petites écoles.
ToUl.
Ambulantes, 3<.
Sn 1876 1876/80..
Sa 1896.
Inspection des écoles primaires. La surveillance la plus immédiate des écoles primaires dans le district scolaire revient au conseil scolaire. Il peut, avec l'approbation de l'assemblée paroissiale, s'adjoindre un nombre suffisant d'instituteurs directeurs (ôfverlftrare) et un inspecteur communal spécialement préposé au district. Les directions diocésaines, en qualité de conseils scolaires supérieurs, ont le droit, chacune pour son diocèse, de surveiller la direction et la marche des établissements d'enseignement primaire.
Quant à l'État, il exerce son contrôle par l'intermédiaire de ses înspecteur^ des écoles primaires. Ils sont nommés par le gouvernement pour
270 rv. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
un temps déterminé (6 ans). Ils sont actuellement au nombre de 47, et à chacun est assignée une circonscription plus ou moins étendue. S'il constate des défectuosités dans renseignement d'un district, l'inspecteur communique ses observations au conseil scolaire. S'il n'en est pas tenn compte, il peut soumettre le cas à la direction diocésaine. Est-il question de construire une maison d'école, l'inspecteur donne son avia sur l'emplacement à choisir et sur le plan le plus convenable à adopter pour les locaux scolaires et les places de jeux.
École primaire à Husqvama.
Phot. HoLM,
Tous les ans pendant les cinq premières années de leur fonction, les inspecteurs doivent fournir un compte rendu résumé de leur inspection aux autorités diocésaines compétentes. Après la sixième année, ils doivent fournir au Département de l'instruction publique un rapport plus détaillé. Ces rapports sont imprimés et distribués aux autorités diocésaines et à toutes le^ autorités scolaires pour les renseigner sur les affaires dont elles ont à s'occuper. Une partie importante des fonctions de l'inspecteur primaire consiste à examiner les demanda présentées par les conseils scolaires pour obtenir des subventions de l'État, et à attester que toutes les conditions nécessaires pour jouir de cette subvention sont remplies par le district.
Les Instituteurs sont divisés en deux classes: maîtres d'écoles primaires proprement dites (folkskollârare) et maîtres de petites écoles {smâskolelârare). Les premiers sont, soit des instituteurs, soit des institutrices; les autres sont presque toujours des institutrices. La loi
donne- aux maîtres des denx sexes à peu près les mêmes droits, et leur impose à peu près les mêmes obligations.
Pour être instituteur de la première catégorie, il faut avoir subi un examen auprès d'une des écoles normales (séminaires) de l'Etat. A Stockholm, où on ne fait pas une catégorie à part des petites écoles, les maîtresses de ces écoles ont toutes subi cet examen supérieur. Pour être nommé maître de petite école, on exige en pratique que le postulant ait subi un examen inférieur auprès d'un des séminaires. — Quant à ce qu'on appelle les exercices pratiques (àessiny chant, gymnastique, jardinage, travail manuel), ils sont parfois confiés à des maîtres spéciaux; mais en général, ce sont les instituteurs que l'on charge de cet enseignement.
L'examen d'instituteur se passe exclusivement à l'école normale primaire (séminaire). H y a actuellement 12 séminaires de ce genre: 7 pour les hommes et 6 pour les femmes. Auprès de chaque séminaire il y a une école annexe (ôfningsskola) qui doit comprendre une école primaire proprement dite, une petite école, et, si c'est x>088ihle, un cours primaire supérieur ou un cours complémentaire.
Le personnel enseignant d'une école normale se compose d'un proviseur et d'au moins quatre adjoints, plus des maîtres spéciaux pour le dessin, la musique et le chant, la gymnastique, le jardinage et l'arboriculture, et le travail manuel (slôjd). De plus, l'école annexe est pourvue du nombre de maîtres suffisant. Pour les séminaires de filles, il faut qu'au moins une place d'adjoint soit remplie par une femme, que l'enseignement de la gymnastique et des ouvrages manuels, — ainsi d'ailleurs que celui de la musique et du chant, — soit confié à des professeurs-femmes, et que le personnel enseignant de l'école annexe soit également féminin. £n ce qui concerne la capacité et les titres requis, les avantages pécu- Mnreg et la pension de retraite, les professeurs des écoles normales ont une situa- Ita analogue à celle des professeurs de lycées, de même que les maîtres des M» annexes sont assimilés aux instituteurs des écoles primaires.
Pour Ventrée au séminaire, il faut avoir 16 ans accomplis, et faire preuve is connaissances suffisantes dans toutes les matières enseignées dans les écoles pdmaîres. L'enseignement est gratuit. Les élèves pauvres et laborieux, qui ont fiât preuve de zèle et de bonne conduite, peuvent obtenir des bourses (150 coummes par an au maximum). Les études au séminaire ont une durée de quatre ans. Sur le nombre total des heures d'enseignement, 13*8 ^ sont consacrés à la langue suédoise et 13*2 % à l'enseignement religieux. Quant aux autres matières, les mathématiques, ainsi que l'histoire avec la géographie, prennent chacune 9'2 % du chiffre total, la pédagogie et la méthodologie 7*9 ^, les sciences naturelles 7*2 % et les exercices pratiques d'enseignement 6*6 %, Ajoutez à cela 2*o % pour récriture, 6*9 pour le dessin, 7*9 pour la musique et le chant, 7*9 également pour la gymnastique, 7*2 pour le <slôjdt, 2*o % pour l'horticulture.
L'examen de maître de petite école se passe, soit dans les écoles normales de l'État, soit dans certains séminaires spéciaux. Dans les écoles normales, il peut être subi par les élèves qui ont fini leur seconde année et qui ont obtenu des notes satisfaisantes en instruction religieuse, en langue suédoise, en calcul et en écriture, ainsi qu'en pédagogie et en méthodologie. L'examen dans ces deux dernières matières consiste en une épreuve pratique dans la section de petite école de l'école annexe. — Un séminaire pour les petites écoles peut être institué par le conseil général, le district scolaire ou par des particuliers. On y annexe Qne petite école. Les cours sont d'au moins huit mois. L'examen de sortie, qu'on ne peut subir avant l'âge de 18 ans accomplis (et en règle générale pas après 30 ans), a lieu sous le contrôle de l'État.
272 iv. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède. Tabl. 44. Nombre des instituteurs et des élèves aux écoles primaires.
MoyeDoes des années.
Population moyenne.
iDstitateurs.
Snr dix mille habitants.
Instituteurs.
Dont aux écoles primaires.'
Nombre des élèves.
Hommes.
Femmes.
Hommes.
Femmes.
Sur
chaque
instita-
tenr.
En 1876
En 1898
Dans chaque école il y a au moins un maître ou une maîtresse titulaire (ordinarie). Cette place ne peut être briguée que par quiconque a le titre d'instituteur primaire. Les demandes de places sont examinées par le conseil scolaire, qui a le droit de soumettre le candidat ou les candidats à une épreuve, après quoi il propose trois noms, par ordre de mérite. Le choix définitif appartient à l'assemblée paroissiale.
On ne peut retirer sa place à un titulaire que s'il a fait preuve d'incapacité ou de négligence dans l'exercice de ses fonctions, ou s'il s'est conduit de telle façon qu'il soit impossible de le conserver plus longtemps. En ce cas, le conseil scolaire lui donne un avertissement. C'est seulement lorsque cet avertissement a été sans résultat que le conseil scolaire enlève sa place au maître indigne. L'instituteur peut en appeler èi la direction diocésaine, et en dernier ressort au gouvernement, contre l'avertissement ou contre la révocation.
En dehors des titulaires il y a: les stagiaires (extra ordinarie), qui enseignent dans les écoles primaires et qui ont les titres suffisants; les adjoints, qui enseignent également dans les écoles primaires, mais sans avoir les titres suffisants; les maîtres des écoles primaires inférieures et des petites écoles^ qui ont simplement le titre de maîtres des petites écoles; et les maîtres d'exercices pratiques. Les maîtres non-titulaires sont pris par l'administration scolaire à certaines conditions déterminées et pour un temps limité ou illimité. Cependant, pour ce qui est des maîtres de petites écoles, l'assemblée paroissiale et le conseil scolaire peuvent introduire dans le règlement des dispositions telles que ces maîtres puissent avoir une situation plus fixe.
Les traitements des titulaires sont, au début, de 600 couronnes au moins; dans la deuxième classe, de 700 au moins; et dans la troisième, de 800 au moins; on passe dans la deuxième et dans la troisième classe respectivement après cinq et dix années de service. De plus, les instituteurs ont le logement, le bois de chauffage, plus le fourrage nécessaire à l'entretien d'une vache (ou une indemnité correspondante en espèces). Ces traitements rétribuent les huit mois scolaires exigés des instituteurs. Chaque mois de travail supplémentaire reçoit une rétribution correspondante au huitième du traitement en espèces. En outre le mutre qui fait un cours complémentaire de 180 heures par an, a droit à une gratification
^ Aax écoles portant spécialement le nom d*> écoles primaires» (Voir le texte). Les institntears et les institutrices des exercices pratiques (voir le texte) sont compris dans les colonnes précédentes, mais non pas dans ces deux colonnes.
spéciale de 150 couronnes. Pour renseignement du travail manuel (slOjd), la rétribution est déterminée par le district scolaire et laissée à son appréciation.
Les traitements minima que nous venons de donner sont les mêmes pour les instituteurs et pour les institutrices. Bans les villes, et souvent aussi dans les campagnes, le district accorde divers suppléments de traitement, et alors Tinstitutenr reçoit en général une somme plus forte que Tinstitutrice.
Le titulaire a droit à une pension de retraite de 600 à 750 couronnes: il la reçoit de la Caisse des retraites, à laquelle le district scolaire verse une contribution annuelle. De son côté, l'instituteur lui-même fournit une contribution à la Caisse des veuves et orphelins, qui assure, en cas de décès, une pension à sa veuve et à ses enfants. — Les maîtres non-titulaires ont aussi droit à une pension, mais moins élevée que les titulaires^
Pour veiller aux intérêts de renseignement aussi* bien qu'à leurs propres intérêts, les instituteurs et institutrices ont fondé plusieurs sociétés particulières. La plus importante est l'Association générale des instituteurs primaires (Sveriges allm&nna folkskolelftrarefôrening), qui compte près de 6,000 adhérents.
ÉlèTes. Tous les parents ou tuteurs sont tenus de faire instruire leurs enfants. Le conseil scolaire est chargé de veiller à ce que cette obligation soit remplie. Jjâge scolaire commence l'année où l'enfant accomplit ses sept ans, et finit à quatorze ans accomplis. Sont exemptés de l'obligation scolaire les enfants qui sont instruits dans un autre établissement public ou dans toute école privée, dont l'enseignement est assimilable à celui de l'école primaire. En outre le conseil scolaire peut exempter de l'obligation les enfants que les parents ou tuteurs instruisent ou font instruire à la maison, mais seulement dans le cas où lesdits parents ou tuteurs sont jugés en état de s'occuper avec soin de l'instruction de leurs enfants.
Comme nous l'avons dit plus haut, les écoles sont divisées en deux ratégories: les petites-écoles et les écoles primaires proprement dites. Dans les premières, la durée normale des études est de deux ans, et dans les secondes, de quatre ans. Par conséquent, la durée obligatoire des études primaires est fixée par les conseils scolaires à 6 ans dans la plupart des districts.
Les enfants qui, après avoir terminé toutes leurs classes, n'ont pas acquis les connaissances requises, sont considérés (lorsqu'ils sont normalement doués) comme soumis encore à l'obligation scolaire, même 1 s'ils ont dépassé les limites de l'âge scolaire légal. Toutefois, dans I certains cas, on fait des exceptions à cette règle, de la manière que nous signalerons plus loin à propos du c minimum >, danB le chapitre I sur l'enseignement.
Les enfants ne .peuvent être empêchés de suivre l'école ni par un emploi dans un métier quelconque, ni par la pauvreté ou l'insoumission de leurs parents ou tuteurs. Les patrons qui emploient des enfants, doivent arranger leur travail de telle sorte qu'il ne puisse pas nuire à l'enseignement obligatoire. Lorsque les parents ou tuteurs n'ont pas de quoi fournir aux enfants les vêtements et l'entretien, ils doivent s'adresser à l'assistance publique pour obtenir des secours. Dans le
U Suède, I. 18
274 IV. l'enseignebibnt et la culture intellectuelle en suède.
cas où les parents ou tuteurs contreviennent à la loi de l'obligation scolaire ou négligent d'envoyer leurs enfants à l'école, ils doivent recevoir un avertissement. Si l'avertissement reste sans effet, on peut enlever les enfants à leur famille et les confier à la garde d'autres personnes, tout en prélevant le prix de leur entretien sur les revenus des parents et tuteurs.
Sur le nombre des élèves de nos écoles primaires à différentes époques, voir le tableau 44, à la page 272.
Enseignement. Le programme des études est établi pour chaque district par son codseil scolaire, mais en prenant pour base le programme général (normalplan) dressé par les soins de l'État. D'après le règlement, l'enseignement annuel dans chaque école doit comprendre an moins huit mois (347» semaines). Cependant cette disposition ne c<nbiporte pas que chaque enfant doive suivre l'école pendant tout ce temps. Sans doute il est prescrit que l'école primaire doit être autant que poB'sible fixe; mais là où le manque des ressources ou l'état des lieux ^npêche l'installation d'une école à demeure, l'enseignement est doimé provisoirement dans des técoles ambulantes*. Il arrive en beaucoup d'endroits que le district d'une école est partagé en deux sectiona on crotar», et que l'école se trouve avoir ainsi deux «sièges» ou «stations», entre lesquelles se déplace l'instituteur. Il y a même des régions où l'école a plus de deux «stations». Cependant, d'après le règlement, on doit diminuer le plus qu'on pourra le nombre de ces «rotar>, pour que l'enseignement annuel puisse durer plus longtemps. D'ailleurs, en général, le nombre des «rotar> a toujours été en diminuant, de même que les écoles ambulantes se transforment de plus en plus en écoles fixes.
Mais même dans les écoles fixes, l'année scolaire peut être partagée entre différents groupes d'enfants. Beaucoup d'écoles sont organisées de telle sorte que différentes sections reçoivent l'enseignement à certaines périodes de Vannée (enseignement par sections). Dans d'autres écoles, différentes sections suivent le cours à des jours différents de la semaine (système d'enseignement tous les deux jours). De cette façon, il se fait qu'une bonne partie des écoliers suédois suivent l'école à peu près quatre mois en tout. — En ce qui concerne le nombre i^heures de classe dans la semaine, il est prescrit qu'il ne doit en aucun cas dépasser le chiffre de 36.
La loi scolaire porte que l'instituteur n'a pas seulement à sa charge l'instruction des enfants, mais aussi leur éducation. Pour cette dernière tâche, il doit autant que possible faire appel au concours des parents.
Les matières sur lesquelles doit porter l'enseignement sont aussi données dans la loi scolaire. Pour ce qui est de l'étendue que doit avoir chaque matière spéciale, des instructions sont données là-dessus dans le programme général (normalplan) de l'État. Voici les matières de ce programme:
Enseignement religieux: récits tirés de T Ancien et du Nouveau Testament; petit catéchisme de Luther avec le développement autorisé; choix de versets de psaumes (50 à 80); lecture de quelques-uns des livres du Nouveau Testament. — Ijingue suédoise: lecture courante; lecture expliquée, comptes rendus oraux des choses lu^; orthographe; comptes rendus écrits de récits, petites descriptions simples; connaissance suffisante de la grammaire pour suivre les autres parties du cours de suédois; écriture. — Calcul: les quatre règles, nombres entiers et fractions, problèmes faciles. — Géométrie: tracé et mesure de lignes, angles, triangles, quadrilatères, circonférence, mesure de solides simples. — Géographie: notions générales de géographie physique, géographie de la Suède, géographie
Salle de <8l'ôjd> d'une école primaire à Stockholm. Pi»ot. axeu rydik.
•' ^ Stockholm.
plus succincte des autres principaux pays civilisés. — Histoire: choix de récits tirés de l'histoire nationale. — Sciences phydques et naturelles: description des principaux objets naturels, structure du corps humain, ses principales fonctions, soins qu'il exige, leçons sur les phénomènes naturels les plus importants, corps célestes.
Ajoutez à cela: Dessin: premières notions de dessin à main levée et de dessin linéaire. — Chant: mélodies de psaumes et de chants choisis; exercices simples sur le ton et le rythme. — Gymnastique: gymnastique sans appareils, exercices de marche et de saut, et, — où cela est possible, — gymnastique simple avec appareils. — Jardinage: culture des principales espèces de fleurs et des principales plantes comestibles, soins à donner aux arbustes et aux arbres, leur amélioration par la greffe.
Telles sont les matières obligatoires. Il y en a de facultatives: le travail uiiiiel (slôjd) des garçons et celui des tilles, et pour les filles l'économie domestique. Dans les écoles où fonctionne l'enseignement de l'économie domestique,
276 IV. l'enseignement et la culture intellectuelle en suèdb.
on a ÎBStallé ce qu'on appelle une caisine-école (skolkOk). Bien qu'ils soient facaltatifs^ ces deux enseignements (slOjd et économie domestique) se sont beau^ coup développés dans les derniers temps, surtout le cslOjd», auquel nous consacrerons plus loin un article spécial. *
Pour l'enseignement du cours supérieur des écoles primaires comme pour les éeoles primaires supérieures il n'y a pas de programmes fixés par le pro« gramme général (normalplan) de l'État. C'est pourquoi cette partie supérieure de l'enseignement primaire présente de grandes variations suivant les endroits. D'après les renseignements dont nous disposons, cet enseignement peut comprendre encore entre autres choses: Langue suédoise: lecture de morceaux choisis des classiques suédois, avec quelques notices sur les auteurs; devoirs écrits; points principaux de la grammaire suédoise. — Calcul: comptabilité; introduction à l'algèbre, équations simples. — Géométrie: calculs, constructions et démonstrations (les trois premiers livres de la géométrie d'Euclide.). — Géographie: notions plus détaillées sur la géographie physique, économique et politique de la Suède; commerce du mande. et ses principales voies; climat, flore et faune des différentes parties du globe. — Histoire: grandes lignes de l'histoire universelle, en insistant spécialement sar l'histoire de la civilisation, sur la place qu'occupe l'histoire de Suède dans l'histoire générale; résumé de la constitution politique de la Suède. — Sciences physiques et naturelles: principales parties de la physique et de la chimie, les plus importantes au point de vue pratique; hygiène.
Dans cet enseignement supérieur rentrent aussi le cslOjd» et l'économie domestique. Dans différentes écoles, on enseigne également des langues étrangères (allemand ou anglais).
Il n'arrive pas toujours qu'on exige de chaque enfant qu'il ait parcouru tout le cours primaire complet des écoles de district pour recevoir son certificat de sortie: il y a des exceptions à la règle. En effet, les élèves que la pauvreté empêche de suivre l'école pendant le nombre d'années requis, peuvent, «lorsque les droonstances l'exigent», obtenir l'autorisation de quitter l'école avec ce qu'on appelle le minimum. Ce minimum de connaissances nécessaires comprend: à) instraction religieuse : histoire sainte, et connaissance du catéchisme suffisante pour pouvoir prendre part aux instructions préparatoires à la communion dans la paroisse; b) langue suédoise: lecture courante, explication et compte rendu des textes lus, écriture lisible et orthographe suffisante des mots et termes les plus usuels; exercices écrits consistant à exprimer quelques idées simples; c) calcul: les quatre règles avec des nombres entiers, problèmes pratiques les plus importants; notions sur l'addition et la soustraction des fractions décimales, signification et désignation des fractions; d) chant (exception faite pour les élèves qui manquent complètement d'aptitudes pour cet exercice): mélodies de psaumes et de chants.
Pour les élèves qui ont quitté l'école dans ces conditions, on institue des cours complémentaires^ et le conseil scolaire a le droit d'obliger les parents et tuteurs à y envoyer leurs enfants. Voici le programme de ces cours: Enseignement religieux: lecture suivie d'un livre entier ou d'une partie entière de la Bible, ainsi que du petit cathéchisme de Luther. — Langue suédoise: devoirs écrits (narrations^ descriptions, lettres d'affaires les plus ordinaires); exercices oraux de suédois. — Calcul: problèmes sur les quatre règles, avec nombres entiers ou fractions; notions de tenue des livres. — Géométrie: tracé, description et mesure des polygones et des ellipses, des polyèdres, de la sphère, etc. — Dessin: exercices de dessin en rapport avec l'enseignement de la géométrie et du cslôjd». — Histoire: continuation de l'histoire de Suède. — Sciences physiques et naturelles: minéraux, montagnes, terrains; notions de physique.
Parmi les matières du programme scolaire, la gymnastique (conforme à notre méthode nationale, celle de Ling) a pour but de favoriser le développement physique de l'enfant. Tel est aussi en partie le but des exercices de jardinage et
278 IV. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
de plantation d'arbres, du travail manuel (slOjd) pour garçons, et de l'économie domestique. Toujours dans le même but, on a organisé dans plusieurs districts scolaires, et de préférence dans les grandes villes, certaines institutions à la fois sociales et hygiéniques qui n'ont rien d'obligatoire. Il faut citer entre autres: la nourriture des enfants, les bains scolaires, les colonies de vacances et les ouvroiis (voir p. 283).
La nourritnre des enfants est liée à Stockholm aux cuisines-écoles: la nourriture, préparée dans la matinée par les filles des écoles, est mangée au dîner par les enfants pauvres qui ne pourraient pas avoir chez eux une nourriture aussi bonne. Dans certains endroits, les enfants pauvres ont le dîner entièrement gratuit; dans d'autres endroits, ils doivent verser une petite taxe de quelques ôre.
Depuis beaucoup d'années, les grandes villes ont organisé pendant l'été des bains et des exercices de natation pour les élèves des écoles, garçons et filles. Dans les derniers temps, on a institué également des bains scolaires pour l'hiver. Certaines écoles possèdent maintenant des salles de bains, où les enfants peuvent prendre un bain chaud toutes les trois ou toutes les quatre semaines. Ce bain est facultatif, mais tout le monde peut y participer. Cette institution a été reconnue excellente pour la propreté et pour l'hygiène des enfants de nos écoles.
Dans plusieurs de nos grandes villes, l'usage s'est établi dans les derniers temps d'envoyer pendant les congés d'été les enfants pauvres plus faibles que les autres ou maladifs dans des colonies de vacances pour y rétablir leur santé et y gagner des forces. Ces colonies de vacances, qui sont installées à la campagne, d'ordinaire dans le voisinage d'un bois ou d'un lac, sont généralement dirigées par des instituteurs ou des institutrices. A Stockholm les colonies de vacances ont été inaugurées en 1884, et au cours des années 1885/98, la ville en a expédié 322, représentant en tout 7,302 enfants (nous ne comptons pas ici les colonies organisées aux frais de certaines grandes sociétés industrielles pour les enfants de leurs ouvriers). Chaque colonie a donc compris en moyenne 23 enfants à peu près. Le nombre des jours d'entretien pour chaque enfant s'est élevé en moyenne à 60*2, et chaque enfant a coûté par jour, tout compris, 55'3 ôre. Les résultats hygiéniques de cette institution ont été excellents. Une catégorie spéciale de colonies de vacances est constituée par ce qu'on appelle les colonies de motitagnea, pour les enfants faibles de la poitrine: elles sont généralement établies en Jemtland. '
Disons maintenant quelques mots du matériel d'enseignement et de V organisation des bibliothèques scolaires. Le département de l'instruction envoie à toutes les autorités scolaires une liste très complète des objets du matériel d'enseignement qu'on peut, par l'entremise du département, se procurer à des prix réduits; et dans la loi scolaire il est prescrit que les autorités scolaires doivent s'occuper de l'installation et du fonctionnement des bibliothèques des écoles et des paroisses et veiller à ce qu'elles soient pourvues des livres qu'il faut.
Organisation particulière à certaines villes et à certaines parties du pays. Le résumé que nous venons de donner s'applique à toutes les écoles suédoises en général. Mais l'organisation peut varier sur certains points suivant les endroits. Ainsi, pour Stockholm et pour Gothembourg, il y a certains règlements scolaires spéciaux, d'après lesquels l'ensemble des paroisses de chacune de ces deux villes forme un district scolaire unique avec une direction commune, laquelle s'appelle à Stockholm «direction supérieure» (ôfverstyrelse) et à Gothembourg c direction scolaire générale» (allmftn folkskolestyrelse). C'est aussi le cas pour Malmô; mais ici la direction des écoles a conservé le titre ordinaire de «conseil scolaire»
ENSEIGNEMENT PRIMAIBE.
(skolrâd). Dans les trois villes que nous venons de nommer, ainsi qu'à Norr^ kàping^ les midtres ne sont pas nommés par l'assemblée paroissiale, mais sont choisis par la direction des écoles. A Gothembourg, les affaires scolaires sont traitées, non pas par l'assemblée paroissiale, mais par le conseil municipal.
Dans l'extrême Nord de la Suède, c'est-à-dire dans les régions où l'on parle jinnoù ou lapon^ et où en même temps la faible densité de la population et sa pauvreté constituent des obstacles à l'enseignement, l'État s'est trouvé obligé de faire pour l'instruction des sacrifices plus grands que dans les autres parties du pays. A Haparanda et à Mattisudden on a organisé aux frais de l'État deux écoles normales pour fournir des maîtres, la première aux enfants finnois et la seconde aux enfants lapons. Ceux des élèves de ces écoles normales qui peuvent parler le finnois ou le lapon et qui s'engagent, une fois leur examen passé, à enseigner à des enfants finnois ou lapons, reçoivent des bourses spéciales, plus fortes que les autres. De même, les écoles primaires, dans ces régions de langue étrangère, reçoivent de plus fortes subventions de l'État ou même sont complètement entretenues par lui.
Bain scolaire à Stockholm.
Phot. Axel Rydin, Stockholm.
Quant aux rësultats obtenus par notre enseignement primaire, nous avons déjà montré (cf. le diagramme, p. 121) qu'à l'heure actuelle, en fait, tous les jeunes gens qui font leur service militaire savent lire; la petite exception que l'on peut constater (à peu près 1 illettré sur 1,000) provient de quelques dizaines de Finnois appartenant à l'extrême Nord de la Suède. Ainsi la Suède, à ce point de vue, est en tous cas aussi avancée que n'importe quelle autre nation, et on peut
280 rv. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
la mettre sur la même ligne que l'Allemagne et le Danemark. Nous avons déjà eu l'occasion plusieurs fois de signaler ce fait important que la fréquence des individus sachant lire est chez nous un phénomène ancien, et que, déjà il y a deux siècles, une bonne partie de la population de la Suède était capable de lire dans un livre: c'est là un fait qui témoigne bien du fort courant de culture qui se manifestait dans notre pays pendant sa période de grandeur politique.
Cependant nous ne voulons pas prétendre que sur cette question de la culture le dernier mot ait été dit lorsqu'on a parlé de la lecture en général. En effet, on constate qu'en 1897, sur le nombre total des conscrits, 69"3 % pouvaient bien lire, et 30*6 % n'avaient que la mention passable. On voit donc qu'il y a encore un large champ libre aux progrès, même pour une chose aussi élémentaire que la lecture. Et ces progrès s'accomplissent aussi en fait, puisqu'en 1875, 52-4 % seulement des conscrits recevaient la mention bien et qu'en 1897, — comme nous venons de le dire, — cette proportion s'élevait à 69*3 %.
Les dépenses de l'instruction primaire ne sont payées par aucune rétribution scolaire des élèves; elles sont payées entièrement par le public. Sur le chiffre de ces dépenses et sur sa répartition dans les articles les plus essentiels, voir le tableau 45.
Tabl. 45.
Dépenses pour renseignement primaire.
Moyennes des années.
Population moyenne.
Dépenses pour renseignement
primaire.
Conrondes.
Par
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En 1876
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En 1898
Ces dépenses sont supportées en partie par le district scolaire, en partie par l'État. Le district scolaire est tenu de fournir et d'entretenir les locaux, de les pourvoir du mobilier et du matériel d'enseignement, de s'occuper de leur chauffage et de leur nettoyage; de plus il doit donner au maître le traitement en nature et en espèces fixé par le règlement, et il doit aussi verser une somme annuelle pour la pension de retraite de l'instituteur. Mais ^ en ce qui concerne les traitements, il faut remarquer que le district reçoit de VÉtat des subventions considérables, dont le taux est déterminé régulièrement, d'après des calculs d'ailleurs assez compliqués. De plus l'État fournit aux caisses des pensions une subvention qui s'élève actuellement à environ 570,000 couronnes; enfin c'est l'État tout seul qui entretient les écoles normales et les inspecteurs primaires. Le montant total des dépenses de l'État pour l'enseignement primaire s'élevait, en 1898, à 5'i millions de couronnes.