STOCKHOLM
p. A. NORSTEDT 4; SÔSEK,
STOCKHOLM, is:*.
Dçi,l,zedl!,GotSglc
latroduction.
L'obscurité qui régna si longtemps sur les tempe primitifs du Nord ne se dissipa que du moment où, il y s, quarante ans environ, les savants coramencèient à comprendre toujours mieux que les objets antiques rencontrés de temps à autre dans la terre, et que les monuments sépulcraux qui recouvrent encore par milliers notre pays, n'appartiennent pas tous à la dernière période du paganisme ■que célèbrent les sagas islandaises.
A l'arrivée (en 829) de saint Anagaire, le premier apôtre du christianisme en Suède, l'usage du fer y était général et l'avait été depuis plusieurs siècles. Cependant, une étude attentive de nos antiquités a montré qu'avant ■cette époque, que noua appelons maintenant tâge du /«■ (jemâldem), il en a existé une autre, où le fer était totalement inconnu, où les armes et les outils tranchants ■étaient en bronze, alliage de enivre et d'étain. Cet âge dit du bronze (bronsàldem) avait eu, comme l'âge du fer, une durée de plusieura siècles. Mais, a^ moment où commença l'âge du bronze, la Suède avait été, probablement ^ pendant des milliers d'années, habitée par un peuple qui avait vécu' dans une complète ignorance de l'usage des métaux, et qui, par conséquent, avait été forcé d'employer, à la confection de ses outils et de ses armes, la
INTBODnCTlON.
pierre, la corne, lee os, le boie, etc. La période h, laquelle appartient cette rude et primitive civilisation, a été nommée tâffe de la pierre (stenâldem).
Cette division dea temps payeiiB Scandinaves en trois grandes périodes, pressentie et formulée déjà dans le siècle passé, ne reçut, cependant, toute ■ sa valeur archéologique que dans la période décennale de 1830 — 1840. L'honneur d'avoir établi le système scientifique basé sur cette division, système si important pour l'étude des temps primitifs, appartient principalement à deux savants Scandinaves, au professeur Sven Nilsson de Lund, l'illustre auteur des ^Habitants primitifs de la Scandinavie» {Skandinaviska Nordm» Ur-invânaré), et au conseiller aux conférences danois, Cbristian-Jurgensen Thomsen (mort en 1865), créateur du »Musée des antiquités du Nord» à Copenhague.
Non-seulement les trouvailles innombrables faites depuis l'inauguration de ce système sont venues démontrer avec éclat la justesse des vues émises par Nilsson et Thomsen il y aura bientôt 40 ans, mais elles ont encore ouvert de nouveaux et vastes champs \ nos recherches. Il noua est possible de nous faire maintenant une image trèsclaire de la vie des aborigènes de notre patrie, de suivre pas ^ pas le développement lent mais sûr par lequel, de hordes errantes de sauvages, les habitants de la Suède sont devenus ce qu'ils sont de nos jours.
Il est vrai que ni liste de rois, ni noms entourés d'une auréole de gloire ne nous sont parvenus de ces premiers temps de notre civilisation. Mais la connaissance de la vie du peuple et des progrès de la culture humMne, n'a-t-elle pas infiniment plus de valeur que les noms de héros légendaires? Et ne doit-on pas accorder plus de créance à des témoignages contemporains irrécusables, qu'à des ré-
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INTRODUCTION. à
cits poétiques que les siècles ne nous ont conserves que dane la mémoire des scaldes?
Il est peut-être superflu de donner ici des preuves spéciales de la légitimité de la division en trois périodes adoptée pour les temps préhistoriques de la Suède. Cependant, comme l'archéologie actuelle du Nord repose essentielle ment sur cette division, je crois devoir signaler ici quelques circonstances bien propres à prouver combien ce système est autorisé, du moins pour ce qui concerne les pays du Nord.
Le fait qu'il y a eu un temps où l'usage des métaux était totalement inconnu, ressort avec une pleine évidence de trouvailles nombreuses et de la découverte de centaines de tombeaux caractéristiques, contenant une masse d'antiquités en pierre, en os, etc., mais nulle trace de métaux.
L'existence d'un autre temps oft l'usage du bronze, mais non celui du fer, était connu, nous est prouvée d'une manière non moins évidente par une foule de trouvailles et de tombeaux contenant des armes, des outils, des parures, etc., en bronze, mais non efi fer, tandis que des objets en bronze d'un type similaire n'ont presque jamais été trouvés avec des ouvrages en fer.
Enfin, le premier coup d'oeil jeté sur une collection tant soit peu complète d'antiquités, nous montre que le fer étMt d'un usage général h, une certaine période de notre antiquité payenne.
Il suit nécessairement de là, que l'histoire de la civilisation primitive du Nord, celle de l'époque qui précéda l'établissement du Christianisme, comprend en réalité les trois grandes périodes qui ont emprunté leur noms h. la matière la plus parfaite et, par suite, la plus usitée dans chaque période.
II ne peut exister non pluB^ d'héaitation sur Fordre dans lequel ces périod«a se sont suiviee. Il se comprend de soi-même que l'âge de la pierre a dû être antérieur h celui du- bronze, et c'est en outre démontré par le fait que ron a trouvé, à plusieurs reprises, des tombeaux de l'âge du bronze dans la partie supérieure de tumulus élevés BUT une cbambre sépulcrale de l'âge de <la pierre, placée au centre du tumulua, tandis que le contraire n'a jamais été observé. Quant à l'âge du fer, les plus anciens documents historiques qui nous fournissent des renseignements sur la dernière partie de l'époque payenne, ne connaissent qu'une période ofi le fer a été d'un emploi général; d'oti il résulte que l'âge du fer doit être le dernier des trois.
Noua laisserons de côté la question de savoir si le commencement de chaque période coïncide avec l'apparition d'un nouveau peuple qui subjugua les habitants plus anciens du pays. Il ne s'agit ici que de la division chronologique de l'époque préhistorique.
Avant d'essayer de présenter une image d^ la vie primitive de nos ancêtres, je dois faire observer que si cette image est incomplète et obscure, cela dépend peut-être en partie de l'insuffisance des sources auxquelles nous avons été h, même de puiser des rcnHeignements sur ces temps reculés. 11 est vrai, et il faut le reconnaître avec joie, que l'on a trouvé un plus grand nombre de monuments de notre époque payenne que nous n'étions autorisés à l'espérer. Cependant, la masse principale des antiquités conservées jusqu'ît nos jours se compose naturellement d'ouvrages en pierre, ea métal, etc., vu que ce n'est que grâce ii une rare combinaison de circonstances singulièrement favorables, que des matières aussi
INTROLUCTIOIJ.
facilement détruites que le bois, l'os, le cuir ont pu se conserver. Il en résulte que nous ne devMis posséder qu'une connaissance très-imparfaite des meubles, des outils et des habits confectionnés de ces dernières matières, lesquelles constituaient nécessairement la richesse principale des Scandinaves payens.
Même les objets en métal et en pierre, nous ne les connaissons que très imparfaitement. Une faible partie en a été enfouie dans la terre, une faible partie de ce qui' a été enfoui dans la terre a échappé b. l'action destructrice du temps; de cette dernière partie, tout n'a pas encore été rendu îi la lumière, et nous ne savons que trop quelle minime quantité de ce qui a été trouvé, l'a été au profit de la science. Presque toutes les trouvailles faites pendant les siècles précédents ont disparu sans laisser de traces, et même beaucoup de ce qui a été découvert pendant le siècle actuel a été détruit.
Nous comprendrons sans peine l'importance de ces faits, si nous nous représentons, dans un ou deux milliers d'années d'ici, un archéologue essayant de se faire une idée de notre manière de vivre actuelle, mais n'ayant guère ïiBa disposition que quelques débris frustes et rouilles de nos ouvrages en métal, et ne pouvant rendre l'image du I9:ème siècle plus complète à l'aide des productions de l'art ou de la littérature. Cette comparaison nous montre combien nous devons être prudents dans nos essais de reconstruction de la période payenne, dont la ppemière partie est éloignée de nous de plusieurs milliers d'années.
L L'âge de la pierre.
Il nous est encore impossible de détenniner, même h un millier d'années près, le temps pendant lequel notre patrie a été habitée. Une foule de trouvailles ont montré, il est vrai, que la partie méridionale de la Scandinavie a été peuplée infiniment plus longtemps que l'on ne s'en doutait naguère. Mais nous ne pouvons qu'indiquer une époque avant- laquelle il n'est pas possible de se représenter des habitants dans le Nord, c'est-à-dire la an de la période glaciaire. Aussi longtemps que toute la péninsule Scandinave fut recouverte d'une seule et ^immense croûte de glace, comme l'est encore de nos jours la majeure partie du Groenland, elle fut à peu près inhabitable, et l'on n'a pas rencontré non plus dans notre pays les moindres vestiges de l'homme avant la fin de cette pé' riode.
D'un autre côté, plusieurs fûts ont démontré que le Danemark (et l'extrême sud de la Suède) était habité par un peuple de l'âge de la pierre déjà à l'époque où les conifères y étaient encore communs. On a découvert, p. ex., dans des trouvailles inéquivoques de l'âge de la pierre danois, des os du coq de bruyère, oiseau qui ne vit que dans les forêts de pins et de sapins. L'âge de ces trouvailles ne peut, sans doute, s'exprimer en siècles. Mais l'immenâe éloignement du temps auquel elles appartiennent, est prouvé par les modifications considérables qu'ont
LES FLCB AKCIBHfi DE L'aOUUE EN SCANDINAVIE. 7
subies depuÏB lors la âore et la faune du Danemark. Les forêts de conifères ^ont eu le temps de périr et de céder la place aux puissantes chênaies qui couvraient le paya avant que les forêts de hêtres, si générales de nos jours, eussent gagné la prépondérance.
Kous trouvons des vestiges de la plus ancienne population du Nord dans la plupart des okjôkkenmôddings»' danois, ou amas de débris culinaires, qui ont récemment été l'objet d'explorations minutieuses. Des coquilles d'huîtres et d'autres mollusques employés encore aujourd'hui dans l'alimentation, forment la masse principale de ces collections de rebuta, souvent immenses, situées le long des côtes; on y rencontre d'ailleurs des os de poissons, d'oiseaux, de sangliers, de chevreuils, de cerfs, d'aurochs et d'autres animaux sauvages', — et d'un seul animal domestique, le chien. Les grands os ont ordinairement été fendus longitudinale ment, pour l'extraction de la moelle. Au milieu de ces dfibria de matières alimentùrea, se rencontrent aussi tant les foyers couverts encore de cendres et de charbons, qu'une foule d'outils en silex grOBsièrement taillés et non polis, accompagnés de fragments de poterie grossière, d'instruments en oa et en corne, etc. Ainsi, sur les points oh se trouvent ces »kjôkkenmoddingSii, des hommes ont vécu dans des temps reculés; les coquilles de mollusques comestibles, les ossements d'animaux et les foyers sont des souvenirs de leurs repas.
Des Bkj&kkenmâddîngsK parfaitement identiques sont connus de plusieurs autres points du globe,' comme de la Terre de Feu, !i l'extrême sud du continent amé-
< On n'a pas rencontré âane les ekjolckenmoddingsB danois de traces da renne, contemporain de l'homme en Belgique et en France durant une partie de l'âge de la pierre.
8 1. L'aOE de la PIESBE.
ricain, où les habitants, restés jusqu'à nos jours dans l'état sauvage, vivent à peu près de la même manière que vivaient, il y a plusieurs milliers d'années, les habitants primitifs du Nord.
On n'a pas encore rencontré en Suède de skjôkkenmôddings» de l'âge de la pierre'; mais la preuve que la partie la plus méridionale de notre pays était aussi habitée
■e période de l'âge de la pierre, grouiéremem iravaillét et non jiolU.
au temps où se formaient les vkjôkkenmôddingss danois, nous est foiimie par plusieurs outils en silex grossièrement taillés, trouvés en Scanie, et appartenant, comme les figures 1 et 2, aux mi^mes types que les silex des »kjôkkenmoddings».
' On a toutefois t (isB reBtea de repa^i, dei
LE8 VESTI0E8 LES PLUS ANCIENS TE l'hoMMB EN SUÈDE. 9
Les »kjokkeiimâddingsE> du Danemark et les trouvailles qui s'en rapprochent plus ou moins, doivent être considérés appartenir it une période de l'âge de la pierre antérieure aux tombeaux .connus sous les noms de »sépultures à galerie» et de sdolmens», dont il sera question plus loin. Cela nous est démontré par les faits suivants:
1*. Les seules traces d'animaux domestiques que l'on ait découvertes dans ces Bkjôkkenmôddîngs», sont celles du chien, tandis que le peuple des dolmens possédait presque tous les animaux domestiques les plus importants.
2". Les ouvrages en silex trouvés dans les
BkjokkenmôddingsB .sont en général beaucoup
plus grossiers que ceux provenant des dolmens.
Les premiers présentent des formes toutes
différentes, bien plus simples,
et ils ne sont pas polis; les
haches et les ciseaux polis
sur ' toutes leurs faces , si
nombreux dans les grands
tombeaux, n'ont jamais été
rencontrés dans les ekîôkken- ~ ,, ^ . , r , . y
•^ 3. Grattoir en i. Laste (aiiiteav)
moddings». On n'y trouve ja- *'^^- Se' {. en »iiex. Se. 3.
mais, uon plus, de ces pointes de lance, ni de ces têtes de flèche, si bien taillées, des types représentés par les figures' 6 et 11, ni des haches perforées, ni de la poterie fine {fig. 25). — Les éclata provenant de la fabrication des outils en pierre, les lames de silex (fig. 4) employées comme couteaux, les simples grattoirs ronds eu silex
aux nkjÔkkenmoddingBB danois, mais appartenant aux périoiles postérieures & l'âge de \a pierre.
10 1. L'aOB de la PIEBRE.
(fig. â) appartiennent naturellement à toutes lee périodes de l'âge de la pierre.
Si les vestiges du premier âge de la pierre sont relativement si rares en Suède, nous . avons par contre des souvenirs d'autent plus nombreux du second âge, ou de celui de la pierre polie. A l'exception du Danemark, et peut-être de la partie de l'Allemagne du Nord, le Mecklembourg, le Holstein et le Hanovre, dont les antiquités en pierre et en bronze sont presque identiques à celles de la Scandinavie, il n'est probablement pas de pays à même de montrer d'aussi riches et d'aussi magniâques échantillons du second âge de la pierre que notre patrie.
Avant de passer à l'exposé de la vie de nos ancêtres pendant l'âge de la pierre, il ne sera pas sans intérêt de montrer d'abord comment du silex, la meilleure matière de cette époque reculée pour la fabrication des armes et des outils tranchants, l'on pouvait, sans l'aide du métal, confectionner ces travaux fins qui souvent commandent notre admiration.
M. le professeur Nilsson signalait, il y a déjà plus de trente ans, qu'il était facile de travailler le silex en se servant d'une autre pierre, et il donnait des figures de quelques cailloux qu'il supposait avoir servi à cet usage. Son attention s'était fixée sur eux par la circonstance que, comme jeune homme, dans ses excursions de chasse, il avait plus d'une fois taillé ses pierres Ji fusil au moyen de cailloux ramassés dans les champs.
Plusieurs faits sont venus corroborer la justesse de l'opinion de l'archéologue célèbre. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, un Anglais visita, il y a quelques années, une tribu indienne de la Californie, qui se servait encore d'ou-
FABRICATION DES ODTILS EK PIEBRE. 11
tils en pierre. L'AnglaÎB connaifsait les objets de l'âge de la pierre trouvés en Europe, mais il croyait qu'ils avaient été fabriqués au moyen d'outils en cuivre durci. Il rencontra l'un des ^fabricants de têtes de âèohes» de lu tribu, et demanda à voir des preuves de sa dextérité. L'Indien s'assit, mit une pierre unie sur ses genoux, et prit d'une main un morceau d'agate, de l'autre un morceau d'obsidienne, pierre qui a eu chez les peuples de l'Amérique la même importance que le silex pour ceux de l'Europe. D'un coup de l'agate il fendit l'obsidienne, et d'un nouveau coup contre la surface produite par le premier, il sépara une lame de l'épaisseur de 7 ïi 8 mm. - 11 Baisit maintenant cette plaque entre le pouce et l'index, la tint contre l'enclume de pierre posée sur ses genoux, et donna avec l'agate des coups succefisifs dont chacun enlevait un petit éclat. Peu it peu le fragment d'obsidienne prit une forme déterminée, et au bout d'un peu plus d'une heure, il eut confectionné une tête de flèche de la longueur de trois centimètres.
Le silex se travaille encore de nos jours en Angleterre et en France pour la fabrication des pierres à fusil et des pierres h briquet. On se sert actuellement dans ce but de marteaux de fer, mais l'expérience prouve sans peine que l'on peut employer avec un succès égal un caillou tout ordinaire, arrondi par les vagues. On a aussi trouvé, tant dans le Nord que dans d'autres pays, des marteaux de pierre pareils, ou percuteurs, qui ont servi El travailler le silex. Parfois on y pratiquait de petits enfoncements arrondis, afln de donner aux doigts un point d'appui plus solide (Ant suéd., fig. 1).
Les longues et étroites barbes que présentent les têtes de flèches (fig. 6) et les dentelures régulières que