‹ La suggestion dans l'artChapitre 11 sur 88 · Fromentin. Un été dans le Sahara · texte numérisé non relu

Fromentin. Un été dans le Sahara

souRiAtJ. — suggestion. 2

IS L'HVl'.NOSK

Par contraste avec ce tableau, que l'on se représente maintenant une salle de concert ou de théâtre, le papillotement des becs de gaz, la foule entassée dans une atmosphère lourde, bien-tôt viciée. Que l'on se représente surtout les malheureux occupants du parterre et des galeries supérieures : aussi gênés pour voir que pour entendre, rentrant leurs coudes et leurs genoux, vraiment ils paient leur plaisir moral d'une véritable torture physique. A peine la toile baissée pour un entr'acte, ils se bousculent pour sortir ; ils courent respirer au dehors un peu d'air frais, comme le chaufl'eur d'un navire qui monte lui instant sur le pont, puis se replonge dans sa fournaise. Dans ces conditions, ils parviennent à admirer encore, mais ils y ont vraiment du mérite. On disait des discours de je ne sais quel orateur qu'ils sentaient l'huile. Pour bien des personnes, la musique doit avoir une vague odeur de gaz, de foule et de renfermé.

Il y aurait encore bien à dire, à ce point de vue, sur l'installation matérielle de nos musées. Ces toiles [accrochées pêlemêle aux murailles, qui tirent l'œil de tous côtés et détruisent par des voisinages fâcheux les plus délicates harmonies de couleur ; ces grandes salles nues, ces parquets sonores oii piétine la foule, tout cela est bien peu favorable à la contemplation. Cette gêne que nous ressentons -sans peut-être en avoir conscience ne nous empêche pas de constater la beauté des œuvres exposées ; mais elle nous empêche d'en jouir. Pour prendre vraiment plaisir à regarder june toile, il faut qu'on [puisse la regarder à son aise; qu'elle soit isolée; qu'on puisse s'asseoir ou du moins s'accouder devant elle. De là cette plus-value que prennent les tableaux placés sur la cimaise, ou les statues que l'on a mises à part dans une salle spéciale et entourées d'une certaine mise en scène. Je me figure un musée idéal où il n'y aurait que peu d'œuvres, mais exquises, bien détachées l'une de l'autre, bien mises en valeur ; un Salon qui aurait l'air d'un salon et non d'un étalage de brocanteur : n'est-ce pas là qu'on pourrait trouver les impressions d'art les plus charmantes, les j)lus raffinées ?

\oilk bien du sybaritisme, dira-t-on. Quand nous nous trouvons en présence de quelque œuvre vraiment forte et belle qui

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