‹ La suggestion dans l'artChapitre 43 sur 88 · H. Lavoix. Histoire de rinstrumeiilation, 1878, p. Wj · texte numérisé non relu

H. Lavoix. Histoire de rinstrumeiilation, 1878, p. Wj

de la trompette et le jaune ou le rouge clair, ces couleurs de la série excitante, se correspondent; de même, d'autre part, le timbre sourd, amorti, correspond au bleu calmant. Quand nous distinguons des couleurs //'oicfes et des couleurs chaudes , quand nous parlons de son aigu, de couleur saturée, etc., nous faisons involontairement des comparaisons analogues entre les sens supérieurs et les sens inférieurs. Probablement, toutes ces analogies de la sensation reposent uniquement sur l'affinité des sentiments qui lui servent de basa. Le ton grave, considéré comme sensation pure, ne présente aucune espèce de relation avec la couleur sombre ; mais, puisque tous les deux expriment le même sérieux de sentiment, nous faisons cette application aux sensations, qui nous semblent analogues^. » Ces analogies ne nous permettent, il est vrai, de rendre que la valeur des couleurs, non leur nuance^. Mais nous avons vu, en traitant de la couleur dans le dessin, qu'avec une simple indication de valeur on pouvait exprimer presque toute les nuances, et par conséquent eu suggérer la représentation. La musique n'a-t-elle pas les mêmes ressources.''

Par des analogies plus subtiles encore, et en faisant un plus puissant appel à l'association des idées, le compositeur pourra trouver un équivalent musical à toutes les sensations que nous recevons de la nature, si éloignées qu'elles soient des perceptions visuelles et auditives.

« Nous ne suivrons pas Haydn dans tous les détails d'instrumentation dont il s'est plu à enrichir ses œuvres, écrit 11. Lavoix dans son Histoire de l'intrumentation ; nous ne le montrerons pas frissonnant sous le blanc manteau des neiges de l'hiver, s'endormant au murmure du ruisseau, ou répétant sur la flûte les capricieuses mélodies du rossignol. De ces tableaux les uns sont admirables, les autres sont, à notre avis, d'une imitation

1. W. \y\indt. EléineiUs psychologie de physiologique, trad. Bouvier, F. Alcan, i886, t. I, p. 55i.

3. Certaines personnes vont plus loin et attribuent vraiment une couleur au son. (Dans son Traité d' instrumentation, F.-A . Gevaert parle à plusieurs reprises des notes rouges du hautbois.) Il est difficile, quand on est soi-même tout à fait dépourvu d'audiiion colorée, de bien comprendre ce que veulent dire ceux qui présentent celte particularité. Je me figure bien que si le son de la llùte avait une couleur, il serait plutôt bleu; mais je ne puis, même en m'y appliquant, arriver à l'entendre bleu.

trop fidèle pour n'être pas un peu mesquine ; mais il en est un que jamais aucun maître n'a surpassé et qui pour nous est el modèle de la musique pittoresque. Il est midi, le soleil éclatant darde ses rayons sur la terre desséchée ; pas un soulTle de brise, partout le silence, partout l'affaissement. Le paysan, chassé du sillon parla chaleur, quitte sa faucille ; toute la nature dort accablée : seul le grillon, enivré de soleil, répète follement sa chanson monotone ; les violons avec sourdines tantôt en trémolo, tantôt en pizzicato ou en accords brisées, et leurs basses descendantes peignent ce tableau de la nature ; lorsque le ténor chante cet air d'une expression admirable et si vraie que chacun connaît, l'auditeur, semblable au pauvre paysan, ressent ce morne affaissement que l'auteur a voulu rendre. Que donnait pourtant la nature au compositeur ? Le néant, la négation même de la musique. Il n'avait à imiter aucun son qui, reproduit i^ar l'orchestre, pût rappeler directement le modèle, et cependant l'imitation est parfaite ; effacez le titre de cette composition et il n'est personne qui, en l'entendant, n'éprouve la sensation de langueur et d'affaissement que cause la lourde chaleur d'un impitoyable ciel d'été ^. »

Sans doute ces impressions sont rêvées par l'auditeur plutôt que ressenties ; mais ce rêve n'en est pas moins dirigé par une suggestion toute musicale. Sans doute encore cette simple analogie entre la sensation exprimée ne suffirait pas à nous faire passer de l'une à l'autre, si le compositeur ne nous donnait aucune indication complémentaire ; je doute qu'un accord puisse assez rendre le parfum d'une rose pour nous le faire immédiatement imaginer ; mais sur cette phrase : o Respire le parfum des roses, » un vrai sonoriste ne manquera jamais de mettre un accord aussi doux que ce parfum est suave, et en entendant l'accord, nous croirons respirer le parfum. Sans doute enfin ces suggestions de la musique pittoresque seront toujours assez vagues; mais elles n'en auront que plus de charme poétique. Le compositeur n'aura d'ailleurs qu'une chose à faire, s'il ne veut pas être obscur, c'est justement de ne pas chercher à être trop précis. Les meil^ leures descriptions musicales sont les descriptions un peu barges, | qui laissent un jeu suffisant à l'imagination de l'auditeur.

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