Ibid., p. 27G
SOCRIAU. — Suggestion. 12
turel, du merveilleux... Les sons de la région aiguë (dans la harpe) ont un éclat cristallin et rayonnant, qui évoque à l'esprit l'idée de fêtes brillantes, de banquets magnifiques inondés de lumières, ou qui transporte notre imagination dans le monde gracieux de la féerie.... De longues tenues d'octaves en pianissimo, associées à des tonalités majeures, ont la propriété de déterminer des impressions lumineuses, auxquelles vient ?e mêler un je ne sais quoi de mystérieux et de solennel^. »
Le compositeur dispose donc ici d'un moyen d'exprimer métaphoriquement la luminosité par la seule sonorité. Dans les paysages qu'il nous présente, il peut faire passer à volonté les rayons et les ombres. On se rappelle, dans le Désert de Félicien David, la belle invocation à la nuit, et cet accompagnement si doux, si rêvevir, si vraiment nocturne qu'il suffirait par luimême, sans aucune indication verbale, pour nous donner la sensation d'une nuit sereine, enchantée. Yient ensuite le matin, et ici l'orchestre seul nous rendra les premières clartés de l'aube, la lumière peu à peu diffuse dans l'espace, le soleil apparaissant à l'horizon. « Le chant posé d'abord dans les instruments aigus, et au-dessus duquel scintille le trémolo des violons, descend graduellement de timbre en timbre, gagnant en puissance ce qu'il perd en éclat ; l'horizon musical s'élargit ainsi jusqu'au moment où la resplendissante tonalité de la naturel revient dans toute sa plénitude sur l'accord parfait majeur... C'est une irradiation sonore d'un effet aussi neuf que saisissant et d'une admirable vérité de peinture^. » Il est certain que le morceau produit grand efi'ct. Je me figure seulement que cet effet eût été plus juste encore, si les derniers accords diL crescendo avaient été posés sur des timbres plus clairs; telle qu'elle est orchestrée, l'explosion finale ne donne pas assez l'impression d'une explosion de lumière ; elle est moins fulgurante] que tonnante.
Quant aux effets de couleur, on pourra nous en donner uni équivalent dans les effets de timbre. « Des tons graves nous! semblent conformes aux couleurs sombres et au noir ; des tonsj élevés, aux couleurs claires et au blanc. Par exemple, le son aigu]