Rhétorique, 1. I, ch. i
souRiAU. — Suggestion. 15
et il n'y aura pas jusqu'à son collet et à ses manchettes qui ne prouvent quelque chose. ^ »
Et puis il y a, comme toujours, le je ne sais quoi. Certaines personnes ont sur la foule une action extraordinaire; elles la retourneront d'un mot; il leur suffira d'émettre un doute pour ébranler les convictions ; toutes leurs assertions ont force impérative. Pourquoi? On ne le saurait dire. Peut-être simplement parce qu'il est reçu qu'elles ont de l'autorité. En y réfléchissant pourtant, on trouverait, je crois, que cette force mystérieuse dont nous subissons l'influence est l'énergie morale. L'homme de volonté s'impose. Quand il nous parle, il ne nous supplie pas en lui-même d'adopter ses idées; il nous ordonne de le faire, il veut que nous croyions, et nous obéissons parce que nous sentons en lui un maître. Qui sait même si cette influence ne s'exerce pas directement sur nous, indépendamment de l'opinion que nous pouvons en avoir, par suggestion mentale immédiate.^ Est-il certain que la volonté d'un homme ne puisse pas agir, sans l'intermédiaire d'aucun signe conscient, sur la volonté d'un autre homme ?
L'art de persuader
Maintenant mettons l'orateur à l'œuvre et voyons quels sont les procédés de persuasion les plus efficaces.
Le moyen le plus sûr, pour convaincre l'auditeur, est bien entendu d'avoir de solides arguments à lui fournir. Encore y a-t-il manière de les présenter. Vaut-il mieux donner d'abord ses meilleurs arguments et faire passer les plus faibles par la brèche ouverte, ou réserver ses bonnes raisons jusqu'à la fin du discours et les démasquer brusquement pour frapper le coup décisif .Ml y a là toute une stratégie dont il est vraiment amusant d'étudier les ruses dans les anciens traités de rhétoriqvie. C'est que l'orateur ne peut se contenter, comme le géomètre, d'établir paisiblement son argumentation:la démonstration oratoire est une lutte. L'orateur a des adversaires contre lesquels il se débat et qui ne veulent pas se laisser convaincre ; dans son auditoire même il rencontre souvent des partis pris. La tâche est ardue alors : il est encore plus difficile