‹ La suggestion dans l'artChapitre 85 sur 88 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je regarde ici ma démonstration comme terminée. Je voulais établir que la suggestion joue un rôle considérable dans la contemplation du beau et dans l'art. Je crois en avoir donné assez de preuves et d'exemples pour mettre la chose hors de doute. Peut-être même trouvera-t-on qu'il n'eût pas été nécessaire d'écrire tout un livre pour établir cette thèse. On nous l'eût accordée sans tant de peine.

Si j'ai cru devoir entrer dans des analyses si minutieuses, c'est qu'à cette condition seule on pourra tirer de ces recherches quelque application technique. Je ne cache pas mon ambition. Je crois que d'études poussées plus avant dans ce sens il pourrait sortir des méthodes nouvelles, des procédés plus sûrs pour arriver aux effets artistiques qui n'ont été obtenus jusqu'ici qu'empiriquement. Si vraiment l'art tire de la suggestion ses effets les plus puissants, son pouvoir ne se trouvera-t-il pas singulièrement augmenté quand il en aura pris conscience et osera s'en servir ?

Je sais que quelques personnes se défient des pratiques de l'hypnotisme. Elles pensent que |la pauvre cervelle humaine est déjà suffisamment détraquée comme cela, et qu'en la poussant encore au vertige, en achevant de l'halluciner, on fait de mauvaise besogne. Les appréhensions, je l'avoue, sont justifiées jusqu'à un certain point. La suggestion hypnotique est une force découverte d'hier, dont on ne connaît pas encore bien tous les effets, et qu'il faut manier avec précaution. Les physiologistes, les médecins qui s'en sont servi ont eu parfois la

814 CONCLLSrO.N

iiiaiii un peu lourde. Mais est-ce une raison pour en condamner l'emploi ? Cela nous montre seulement qu'il y a des précautions à prendre et une mesure à garder. Nous-mêmes, dans cette étude, nous avons eu soin de montrer toujours à quel moment commencerait l'abus ou le danger. C'est aux artistes à se rendre compte de leur responsabilité morale, et à se servir du pouvoir dont ils disposent, non pour déconcerter l'àme humaine, mais pour l'émouvoir noblement; non pour riialluciner de songes troublants et fiévreux, mais pour l'élever vers l'idéal. Nous pouvons ainsi nous faire d'un art qui ferait plus directement encore appel à la suggestion une idée très haute. Obtenir, avec un minimum de moyens matériels, un maximum d'effet; être sublime par l'idée, simple par l'expression ; autant que possible ne pas parler aux sens, jiiais prendre autorité sur les âmes ; faire passer de beaux rêves d'un esprit dans un autre, c'est le grand art!

Page 1