I. ARMEE SUISSE
titin de son ministre de la guerre, le directoire rendait un arrêté aux
tennis duquel « tous les drapeaux aux armes et couleurs des anciens gouvernements » devaient être déposés aux chefs-lieux de canton et a le taffetas vendu au profit de la nation ».
Infortunée république une et indivisible! Quand elle eut vendu les emblèmes du patriotisme historique, ce qui était facile, elle fut impuissante à grouper autour de ses drapeaux à elle la jeunesse des cantons outragés et à l'enthousiasmer pour un taffetas nouveau i|iii ne parlait pas au cœur du peuple.
L'existence du gouvernement helvétique était liée au succès des armes françaises.
Le 1(.) août lT'.t.s, les deux républiques avaient conclu une alliance offensive et défensive.
Chacune d'elles pouvait, eu cas de guerre, requérir la coopération de son alliée, eu spécifiant la ou les puissances contre lesquelles cette coopération était requise. Afin de procurer à l'Helvétie le moyen de rétablir proinplemenl son état militaire « sur le pied le plus imposant », la France s'engageait entre autres à lui restituer les canons, les mortiers et les pièces d'artillerie, au nomlire de plus de cinq cents, enlevés au mois de mars des arsenaux de Berne, de Fribourg et de Soleure. Le 8 septembre, le citoyen Bégos, ministre îles relations extérieures de la république helvétique, écrit au ministre de la guerre de la république française, citoyen Scherer : « Nous n'attendons plus que vos ordres pour faire transporter chez D nous ces trophées dune double gloire, celle de les avoir enlevés aux » ennemis de notre liberté et celle de nous les avoir rendus pour sa » défense ». Les canons ne sont jamais rentrés en Suisse.
Garde royal Fusilier «1rs régiments suisses, en tenue <l<- route I 2 1830)
l. ARMEE si issi.
Le traité d'alliance de 1798 a été un (1rs principaux facteurs d'impopularité exploités contre la république helvétique II la compromit irrémédiablement auprès de tous ceux qui tenaienl à l'ancien régime. Et c'était incontestablement la majorité du peuple, même dans les pays sujets affranchis par la révolution. Le parti contrerévolutionnaire exploita âprement et avec succès cette lourde faute contre la politique traditionnelle de neutralité suivie jusque-là par
les cantons et entrava ainsi puissamment tous les efforts du directoire pour créer une année nationale.
Frédéric-César La harpe ne l'avait pas approuvé.
Non point qu'il préconisât une neutralité à tout prix.
Il la sentait impraticable.
Mais il eût préféré que la Suisse réservât sa liberté d'action et n'inféodât pas à ce point sa politique à celle du gouvernement de Paris. Il redoutait un envahissement du pays par les armées belligérantes, et pour s'en garer, il voulait se ménager la possibilité de prendre les devants en cas de conflit sur la frontière.
Au printemps de lTïli), prévoyant que la Suisse allait servir de champ de bataille à la Fiance et à l'Autriche, il proposa au directoire de déclarer la guerre à l'ennemie traditionnelle des cantons et de la pousser vivement. Le directoire consentit, mais quoiqu'il insistât, par deux fois, auprès des corps législatifs pour qu'ils donnassent leur assentiment à cette grave décision, il ne put l'obtenir.
Laharpe a toujours regretté ce qu'il appelait « une indigne lâcheté ». La déclaration de guerre à l'Autriche eût rendu possible, à ses yeux, par l'occupation du Luziensteig et des Grisons, la jonction des armées
La Suisse au XIX siècle. ï. ;:ii
Garde royale française.
Fusilier des régiments suisses, en grande tenue d'été.
Kili ED. SI I lu I AN
de Masséna et de Jourdan. Au lieu des Suisses, ce furenl les Autrichiens qui occupèrent les (irisons. Il fallut deux mois et dix mille hommes pour les en chasser. L'archiduc Charles battit Jourdan à Stockach, puis pénétra en Suisse pour y remporter sur Masséna la s ictoire de Zurich. Laharpe voyait à une déclaration de guerre d'autres avantages encore, e Elle nous forçait, dit-il, à organiser, avec promptitude et énergie, toutes les branches du service public. Nous avions besoin de ce coup d'éperon. Il fallait creuser un fossé derrière notre armée de milices. La formation d'une armée nationale. Taisant la -uerre sous ses bannières et pour son compte, aurait créé un esprit national, en rendant communs les dangers, les avantages et les coups... Nous pouvions occuper, pour notre compte, le territoire ennemi, y lever des contributions. Nous paraissions au congrès, non plus comme partie souffrante et payante seulement, mais comme partie principale, sans avoir besoin de la tutelle d'autrui. Nous montrions uwc énergie digne de nous, qui devait intéresser à notre1 sort et nous procurer delà considération, même de la part de nos amis les Français, qui auraient été très contents de voir en nous d'utiles alliés. Enfin, devant l'aire la guerre défensivement, il n'y avait pas de doute que les chances devenaient plus favorables en la faisant d'une manière offensive... »
Le traité de 1798 et les circonstances politiques où se trouvait l'Europe obligèrent tout naturellement et bientôt les autorités helvétiques à doter la république d'une organisation militaire. On la conçut formée de trois éléments la légion helvétique, les demi-brigades auxiliaires et les milices sédentaires. La légion et les troupes auxiliaires devaient elles composées de volontaires cl la milice Comprendre lous les Suisses, de vini^t à quarante cinq ans, en étal de porter les armes.
La légion helvétique, créée par un arrêté du I septembre 1798, était destinée aux besoins intérieurs, à la police générale, au maintien de l'ordre publie, à la répression des mouvements séditieux. Corps permanent, sous les ordres d'un chef de légion, elle devait être formée de quinze compagnies d'infanterie, de cent hommes chacune, un corps île hussards et îles artilleurs. La solde était de 'A huches pour le fantassin et <le I bâches et 2 kreutzers pour le hussard et lecanonnier. La légion helvétique comptait, au 1" février 1799, 73 officiers et W2'> sous-officiers et soldats Elle a combattu sous les ordres de l'adjudant général W'eber. le héros de Neiieiieek, à l'ra lien fcld , où son chef fut tué. Loin-