‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 50 sur 74 · I. ARMEE SUISSE · texte numérisé non relu

I. ARMEE SUISSE

mandée dès lors par le général de Bons, elle a figuré avec honneur dans los deux batailles de Zurich, en juin et septembre 1799.

Moins de trois mois après la signature du traité d'alliance, le 11 novembre 171i<S, le directoire de la république française réclama à la Suisse, pour la guerre contre l'Autriche, sis demi-brigades, à trois mille hommes chacune, soit 1<S 0011 hommes. Comme le recrutement des demi-brigades auxiliaires était volontaire, le directoire helvétique adressa une proclamation au peuple pour réchauffer l'enthousiasme. « Ceux qui, animés de l'esprit de nos aïeux, disait cet appel, daté du 1" décembre, désirent se vouer à l'état militaire, sentiront la différence qui existe entre le service actuel et celui qui le précédait... Us sentiront que, non seulement la gloire, mais aussi le devoir, les traités, la patrie, la liberté s'unissent pour les appeler sous les drapeaux... » Les demi-brigades auxiliaires devaient être exercées suivant les ordonnances françaises, mais commandées en langue allemande. Schauenbourg , remplace par Masséna dans le commandement de Tannée française d'Helvétie, fut nommé inspecteur général de l'infanterie helvétique et chargé de l'organisation des demi-brigades.

Mais les appels du directoire à l'exécution des traités, l'évocation de la patrie et de la liberté par antithèse avec le service sous les drapeaux de la tyrannie laissaient la jeunesse suisse très froide. Autant elle s'enrôlait volontiers dans les anciens régiments de la monarchie française dont le recrutement avait toujours été facile, aussi peu elle eut d'entrain pour servir sous le drapeau de la révolution. Au mois de février 1791), les demi-brigades auxiliaires n'existaient encore que dans les décrets et les proclamations du directoire. La France réclamait et les événements étaient pressants : déjà l'année autrichienne menaçai! la frontière.

Exeeutionstruppe » (1830i Carient lire de ./. Hess.

Dans l'intervalle, par la loi du 13 décembre IT'.in, la première organisation militaire centralisée qui fut en Suisse, les autorités helvéti-

ques avaient créé une armée dite d< lilices sédentaires », armée

nationale, qui incorporail tous 1rs citoyens de \ i 1 1 .n 1 à quarante-cinq ans en état de porter les armes. ( m espérail obtenir, au moyen de celle loi, \ i ni;l mille hommes au moins, qu'on se proposait de répartir en vingt bataillons de mille hommes, chaque bataillon devant être renforcé de deux bouches à feu de campagne. En outre, cent guides devaient faire le service d'estafettes entre le général en chef et le directoire helvétique. L'infanterie portait l'habit à la française, de drap bleu foncé, col il parements de couleur écarlate, revers jaune clair, doublure rouge et boulons blancs, buffleterie blanche.

Sous la pression des circonstances, le recrutement volontaire ne suffisant pas. et de beaucoup, à fournir les effectifs réclamés par la France, le directoire helvétique s'avisa d'un expédient. Encore que les milices sédentaires fussent destinées uniquement, dans l'esprit de la loi de décembre, à la défense du sol national, il proposa le 18février 1799 aux conseils législatifs de fondre tous les effectifs disponibles. légion, demi-brigades et milices, en une seule et même armée qui secondai les troupes de Masscna dans la guerre imminente. — « La levée volontaire des i,s ooo auxiliaires stipulée en décembre dernier en faveur de la république française, disait le message du directoire, s'effectue dans le moment actuel : mais celte levée, dés lors même qu'elle est volontaire, peut durer longtemps encore jusqu'à son achèvement. Il laui donc un moyen plus prompt, un moyen que le gouvernement puisse commander si le patriotisme ne s'empressait pas de I offrir moyen qui n'est autre que l'organisation d'un corps tiré des bataillons d'élite (milices) formés dans chaque canton et qui puisse, au premier signal, se porter rapidement à la frontière et repousser avec énergie l'agression étrangère. Le corps, formé de 20 000 hommes brûlant du même l'eu qui enflammmait les Suisses lorsqu'ils repoussèrent, il y a quatre siècles, les légions armées pour les asservir, serait essentiellement destiné à former sur la frontière une masse d'opposition qui permit à l'armée française de donner à ses opérations ce développement que le sucées couronne presque toujours... »

Mais le directoire avait beau ajouter arrêté à arrêté et ordonnance à ordonnance, le feu qui enflammait les Suisses de Morgarten ne s'al-

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lu mail pas dans 1rs cœurs. Le «S mars 1799, les demi-brigades auxiliaires n'onl recruté encore que six cents hommes! La Fiance se plaint vivement de ce que le traité n'est pas exécuté el le directoire helvétique de répondu1 que les volontaires vont affluer, que déjà les officiers sont nommés el les lieux de dépôt désignés, mais que la France n'a envoyé encore ni l'argent, ni les armes, ni les effets d'équipement qu'elle a promis. Au surplus, le directoire helvétique faisait de son mieux pour mettre le recrutement des demi-brigades en honneur. La jeunesse de Mon- Ireux s'étant offerte à y être incorporée, le sénat et le grand conseil helvétiques rendent un décret solennel louant la conduite de cette vaillante troupe.

Cependant, vers le milieu d'avril 1799, les états de situation de l'armée helvétique donnés par le citoyen Répond, ministre de la guerre, et Ivuhn, commissaire du directoire helvétique près l'armée, accusent la présence sous les armes de 22 859 hommes, formés principalement des contingents de Zurich, de Thurgovie, du Saentis et du Léman, le tout aux ordres du général Oudinot. Ces troupes - bataillons de milices, légion et demi-brigades auxiliaires - ont combattu, non sans valeur, sous les généraux Oudinot, Gazan, Paillard et Lorges, soit à la bataille de Frauenfeld, le '2~> mai 1799, soit dans la campagne qui, après la retraite de Masséna devant la marche offensive de l'archiduc Charles, aboutit, le 4 juin, à la première bataille de Zurich.

Mais la défaite de l'armée française fut le signal d'une véritable débandade. Dès la fin de mai, le directoire helvétique avait tenté de lever encore trente à quarante mille hommes, dans les cantons de la Linth, du Saentis, de Thurgovie, Baden, Zurich, Argovie et l'aie. Les

Milices bernoises ( 1 S30 i Caricature du triu/is

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ordres donnés aux préfets nationaux restèrent sans aucun effet. Puis la désertion ravagea 1rs effectifs, Un état de situation du 15 juin 1799 ne

cIdiiih' plus que .">ihiii hommes environ présents sous les armes. La moitié environ — 2200 sont des Lérnans; les autres soui de Berne, d'Argon ie, de Zurich et de Bàle. IK sont dispersés, du Gothard à Bàle, dans les brigades de Lecourbe, Chabran, Walther, Thureau et Souham. Ils combattent au Gothard, au Grimsel, en Valais. Deux mois après, le 24 août. Lauther, ministre de la guerre, fournit au directoire helvétique un état où ne figurent plus que 2.">(iu hommes, dont plus de 1600 I .émans et le reste de Zurichois.

Masséna nous donne dans ses Mémoires la cause vraie de cette ((('•composition des troupes helvétiques. » Le n'était pas. dit-il, la peur qui dispersait celte jeunesse: elle avait donné des preuves de haute valeur en plusieurs rencontres, mais bien plu toi une réaction de l'esprit cantonal contre le système unitaire. Les Helvétiens, imbus d'idées fédérales, ne s'élevaient point jusqu'à la conception de l'unité de la patrie. Chacun d'eux voulait bien défendre ses loyers, mais il les voyait dans son canton et non dans l'Helvétie tout entière. Le directoire helvétique avait cherché vainement à combattre ces dispositions malheureuses, son autorité était trop peu respectée pour qu'il put réussir. Il axait surtout commis une grande faute en formant les bataillons par

cantons, au lieu de les composer d'hommes pris indistinctement dans toute la république, et lorsqu'il reconnut celte erreur, il était trop tard pour la réparer... »

Huit jours après la bataille de Zurich, la commission militaire du grand conseil interpelle le directoire sur la situation de l'armée. « La force actuellement sur pied ne peut être déterminée, répond le gouvernement. Les e\ énements de la guerre, l'occupation successive par l'ennemi de huit cantons de la république et surtout la désertion ont réduit les bataillons et désorganisé l'armée. La question posée quant aux ressources pécuniaires de la république pour l'entretien et la solde

des troupes est malheureusement facile à répondre : les ressources

pécuniaires, dans le moment actuel, sont nulles. Du reste, jusqu'à ce (pie les événements de la guerre aient changé, elles demeureront nulles pour neuf à dix cantons ; quant aux autres, le directoire va s'occuper des moyens de vaincre la résistance que la malveillance, l'intérêt particulier et la rareté du numéraire opposent à la rentrée des impôts.

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Actuellement, il s'occupe de la prompte organisation d'une colonne mobile destinée à appuyer les commissaires qui vont activer cette rentrée. »

Hélas ! on avait beau flanquer les percepteurs de piquets d'hommes armés, terroriser les populations, prendre partout où il y avait quelque chose, la levée îles écus ne marchait pas mieux que la levée des hommes. Le 13 juillet, le citoyen Finsler, ministre des finances, propose au directoire de réduire l'armée à 3000 hommes, vu « l'impossibilité absolue » de faire face à une dépense plus considérable. Le 22 juillet, un arrêté supprime l'état-major de l'armée devenu inutile et, le (i septembre, on supprime même la légion helvétique et on la reinplace, sur le papier, bien entendu, par deux bataillons d'infanterie de neuf cents hommes chacun, troupe permanente, la seule qui restât debout, levée par recrutement volontaire. Quelques jours après, les 2."> et 2<i septembre, Masséna gagnait la deuxième bataille de Zurich et rejetait derrière le Rhin et les Alpes les armées autrichienne et russe. Depuis celle date et jusqu'à la chute du directoire helvétique et à l'acte de médiation, la Suisse n'eut pas l'occasion de mettre des troupes sur pied pour la guerre extérieure.

Au mois de septembre 1802, l'armée helvétique était réduite à deux ou trois bataillons qui, sous les ordres du général Andermatt, de Zoug, menèrent, de reculade en reculade et de capitulation en capitulation, la lamentable « guerre des bâtons r Steckli-Krieg ' contre « les émeutiers » de la Suisse centrale, de Zurich et de Berne. Dans la nuit du 27 au 2«S août, 50(1 paysans de Nidwald en dispersèrent deux compagnies à la Rengg, au pied du Pilate. Les 10 et 11 septembre, l'artillerie du général Andermatt bombardait Zurich : elle ne força pas la ville à ouvrir ses portes, mais ne tua heureusement qu'un seul homme, encore n'était-ce pas un soldat, le pasteur Schultess. Le 18 septembre, Gaudard, commandant des troupes helvétiques à Berne, capitulait entre les mains d'Emmanuel de Watlenwyl, commandant en chef des « troupes fédérales », quelques centaines d'hommes armés de gourdins. Le lendemain, le directoire se réfugiait à Lausanne, suivi du général Andermatt et de toute sa troupe. Le gouvernement se préparait à passer le lac quand arriva à Lausanne, au grand trot de ses chevaux, le général Rapp, porteur de la fameuse proclamation médiatrice du premier consul : « Voici cinq ans, disait Bonaparte, que vous vous

ED. si i l;l l \\

disputez sans Mnis entendre. Je serai le médiateur de \os différends. » A la Consulta, à Paris, le I) Zay, député de Schwytz, disait : « Ce lui la guerre des mendiants. Nous autres, fédéralistes, n'avions jamais plus de quatre louis dans la caisse de l'armée. Quant au gouvernement helvétique, il n'avait pas même pour autant de crédit. »

I nul ce qui tenait au militarisme riait de l'hébreu pour le directoire », a dit F.-C. Laharpe. Lui-même en avait le sens, mais dans la

i . revue à Plai npalais (vers 1 840).

i s une aquarelle de Chomel.

manière sauvage des grandes époques héroïques. « Oui, c'est moi. ditil dans son autobiographie, qui proposai de déclarer solennellement

(pu- la Suisse était un vaste camp dont chaque habitant était soldat: cest moi qui proposai des mesures pour que les communes soignassent les terres et les ramilles de nos soldats marchant pour la patrie ; qui demandai que la république se chargeât des enfants des morts et des blessés; c'est moi encore qui demandai que les déserteurs ramenés devant le Iront après l'expiration du terme fatal lussent décimés à la romaine et que les sur\ ivants placés à Pavant-garde y rachetassent leur déshonneur. Oui. j'ai \oiilu tout cela !.. »

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Mais Laharpe était à peu près seul à vouloir ainsi. Ni lui. ni le directoire n'avaient, à défaut de ressources financières, assez d'autorité morale pour hausser le peuple suisse à pareille exaltation du patriotisme. La révolution ne s'était pas faite par le peuple et le peuple ne s'y était point affectionné. Il fallut de longues années pour qu'il en reconnût les bienfaits.

Si le directoire n'a pas su créer celle armée nationale dont il avait jeté les hases dans ses décrets, il lui reste néanmoins ce mérite de l'avoir conçue dans ses lois cl d'avoir élé le premier gouvernement en Suisse qui ait songea fonder la défense du pays sur un système embrassant l'ensemble <lu territoire et centralisant Ions les efforts dans la subordination à une volonté unique. L'année helvétique était unifiée par ses règlements et ses ordonnances, par l'uniformité de son matériel de guerre, de son armement, de sa tenue et par ses drapeaux.

L'acte de médiation et le pacte de liSlô ont détruit cette conception de l'unité de la défense. Lt l'impopularité de la république helvétique est demeurée si longtemps, le souvenir des grandes et dures épreuves auxquelles elle axait été mêlée est resté si vivant et si profond, la réaction contre tout ce qui était venu d'elle a été si violente que, même en 184cS, l'unification de l'armée et la concentration de tous les pouvoirs militaires entre les mains de la confédération n'ont pas pu être réintroduites dans la constitution. Aujourd'hui encore, après un siècle, cette condition nécessaire d'une forte et solide organisation de la défense n'est pas entièrement réalisée.

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