‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 54 sur 74 · I. AISMKI-: SUISSK · texte numérisé non relu

I. AISMKI-: SUISSK

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sait de la neutralité de la Suisse : — « J'y ai réfléchi, dit-il : je ne vous demande rien ; vis-à-vis de moi, votre neutralité est un mol vide de sens. Mais "prenez garde à l'Autriche; si elle étail victorieuse et que

vous la laissiez entrer chez vous, vous seriez perdus. »

Comme en 1805, la Suisse avait bordé la frontière nord-est d'un cordon de troupes, sous les mêmes états-majors. Cette fois encore. elles n'eurent pas à combattre, mais, l'année suivante, le Valais fut incorporé à la France pour la route du Simplon et les troupes italiennes occupèrent le Tessin, sous prétexte de surveiller la contrebande des produits anglais. Berthier était prince de Neuchàtel depuis 1806. F.-C. Laharpe, alors à Plessis-Piquet dans une sorte d'exil volontaire, suivait de près ces événements, le cœur profondément attristé de la déchéance de son pays. « La vue de nos canons m'est insupportable ; il me semble qu'ils nous l'ont les cornes », écrivait-il, le '2'.\ juillet 1809, à son ami Stapfer.

Depuis 1803, les institutions militaires de la SlUSSe Officier et soldat de cavalerie vaudoise

ne s'étaient en aucune façon < i8*°>-

développées, bien au contraire. Tout l'effort des gouvernements portail sur le maintien à l'effectif des quatre régiments, de quatre mille hommes chacun, qu'il fallait fournir à l'empereur aux termes de la capitulation de l.SOli. Elle avait été conclue, non pas avec les cantons, comme celles de l'ancienne monarchie française, mais avec la Suisse. C'est elle qui était engagée et à elle allaient les incessantes plaintes du gouvernement impérial sur l'insuffisance du recrutement. Et une fois versés dans les armées françaises, les régiments n'étaient plus suivis, protégés par l'action paternelle du pays natal. C'étaient des régiments comme les autres, n'ayant ni d'autre droit, ni d'autre privilège que ceux des régiments de France, sinon celui de combattre toujours aux postes exposés, comme les Polonais, les Wurtembergeois, les Saxons, les Italiens, les Hollandais, les Espagnols, et autres

La Suisse au XIX' siècle, 1. 31

II). SI (Kl I \\

auxiliaires enchaînés à la fortune impériale. Décimés par les guerres d'Italie el d'Espagne, jamais ils n'étaient au complet. Et Napoléon s'en plaignait, en toute circonstance, le plus souvent en menaçant. Tantôt il exigeail qu'on introduisit en Suisse la conscription, tantôt c'était l'annexion pure el simple qu'il faisait entrevoir : « Un beau jour, à minuit, je signerai la réunion de votre pays à la France ». disait-il aux députés suisses consternés, venus humblement à Paris le féliciter <le la naissance ilu roi de Home. En Suisse, on tremblait. Au

moyen des primes d'enrôlement, on décréta le recrutement forcé de tous les hommes valides coupables d'avoir tenu des propos malséants sur le service de France, d'avoir répandu de fausses nouvelles, d'avoir pris part à des rixes dans les cabarets ou d'avoir mendié le long des routes. Nonobstant tous ces efforts, en 1809, la France avait réclamé. en arriérés, 24 0(10 hommes. La Suisse prolesta de son impuissance à fournir tant de jeunes gens. Et, pour une fois, l'empereur, qui avait un fond de bienveillance incontestable pour nous, céda. A la condition que la Suisse prohibât tout autre service étranger, celui de l'Angleterre surtout

elle axait alors encore deux capitulations, avec Naples et avec l'Espagne el beaucoup d'hommes au service anglais Napoléon consentit à réduire de 16 à 12 ooo le chiffre convenu en 1803. Chaque année la Suisse devait livrer dans les dépôts deux mille recrues et mille de plus en cas de guerre avec l'Allemagne ou en Italie. La Suisse fut heureuse de payer île ce prix son existence nationale. Elle subit ces dures conditions jusqu'à la première paix de Paris.

Sous les armes, les régiments suisses de Napoléon ont continué les traditions épiques de leurs devanciers. En Italie, en Espagne, en Russie, ils lurent vaillants et fidèles. Les vertus guerrières de la race n'avaient point dégénéré. Encore fallait-il pour les mettre en œuvre et les exaller, un gouvernement qui eûl le souci de l'honneur nalional.de

Fourrier d'artillerie bâlois i 18401. D'après une aquarelle <!<■ Morilz.

aie des estampes. )

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l'intelligence cl de la fermeté dans sa politique. Tout cela manquait à la diète de l'acte de médiation.. Alors que, sous les drapeaux de l'empereur, les Suisses maintenaient sur les champs de bataille de l'Europe leur renom séculaire de fidélité et de bravoure par leurs éclatants faits d'armes, dans le pays même et aux mêmes dates, les autorités nationales, aveugles et pusillanimes, conduisaient les contingents mal instruits des fautons aux plus lamentables capitulations.

Les levées de 1805 et de 1809 n'ont pas eu à combattre, parée que les victoires impériales ont détourné l'invasion «les frontières de la Suisse. On se figura qu'il en serait toujours ainsi, et au milieu de l'Europe en armes, on ne lit rien, de 1803 à 1811, pour doter le pays d'un étal militaire digne de ee nom. Les événements de 1811 nous prirent au dépourvu, ni plus ni moins qu'en 17U.S. Si le désastre fut moins grand, les gouvernements suisses n'y eurent aucun mérite.

La défaite de Leipsie, succédant à la catastrophe de Russie, avait rendu à l'Europe quelque confiance en elle-même. La Russie, la Prusse, la Bavière, l'Autriche, le Wurtemberg formèrent contre Napoléon la grande coalition qui devait renverser l'empire. Le l.S novembre 1813, sentant la guerre approcher, la diète notifia la neutralité dans les quartiers généraux de Francfort et de Paris. Napoléon, cette fois, se déclara très satisfait ; la neutralité, si elle eût été défendue, couvrait la France de Baie à Genève et valait une armée. A Francfort, on en lit moins de cas ; on savait la Suisse hors d'état de se faire respecter. Et d'ailleurs que pouvait-on attendre d'un gouvernement qui, le 18 novembre, se déclarait neutre et qui, vingt jours plus tard, le .S décembre, adressait une circulaire aux cantons confédérés pour bâter le recrutement des régiments dus à l'empereur? De deux choses l'une : la Suisse voulait être neutre et alors elle devait rompre avec Napoléon, ou elle continuait à fournir des troupes à la France et alors sa neutralité était une hypocrisie d'autant plus intolérable qu'elle était plus impuissante à la défendre. Chez le prince de Schwarzenberg, il n'y eut pas de longues hésitations : la Suisse lui offrait un chemin ouvert et couvert pour entrer en Fiance; il résolut d'y passer. M. de Metternich lit le reste.

Dès le 9 novembre, la diète avait posté à Baie deux bataillons d'infanterie, deux compagnies de carabiniers de Berne et de Vaud et une , demi-compagnie d'artillerie bàloise. sous les ordres du colonel de

Herrenschwand. Les instructions données le 4 uovembre ;'i cet officier par le landammann de la Suisse. Reinhard, poi'taienl qu'il eût à couvrir la frontière de St-Maurice à Laufenbourg - environ deux cents lieues ;i maintenir l'ordre à l'intérieur el à renseigner exactement le gouvernement sur les opérations îles belligérants I Le 22 novembre, on nomma général en chef Rodolphe de Wattenwyl, qui avait commandé déjà in 1805 el 1809, on composa des états-majors et on porta l'effectif du corps d'occupation de la frontière à une vingtaine de mille hommes. La mobilisation fut 1res lente. Kien n'était prêt pour une sérieuse

entrée en campagne. Le 10 décembre, quand les troupes autrichiennes n'étaient déjà plus qu'à quelques élapes du pont sur le Rhin, le général en chef écrivait au landammann que les lois militaires d'Uri, Schwytz et Unterwalden prescrivant à chaque 1" janvier un renouvellement complet du personnel, il préférait licencier dores et déjà les coin pagnies levées par ces trois états et demandail qu'on voulût bien lui envoyer le personnel nouveau pour le 1er janvier 1814 ' Au surplus, en dépit (les solennelles proclamations que le landammann adressait à ses très chers et fidèles confédérés pour leur affirmer la ferme résolution du gouvernement de défendre le sol sacré de la pairie contre tout envahisseur d'où qu'il vint, personne dans les conseils ne songeait à se battre. Les instructions données au général de Wattenwyl étaient rédigées de façon à prévenir une effusion de sang. Elles furent fidèlement suivies.

Le 20 décembre 1813, le le ld- marée liai comte Bubna notifia au colonel de Herrenschwand que l'avant-garde de l'année des alliés passe rail le Rhin la nuit suivante. Le même jour, les deux officiers signèrent à Loerrach une convention ans termes de laquelle toutes les troupes suisses échelonnées sur le Rhin se retirèrent o avec leurs

arabiniei .1831).

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armes, leurs bagages el les honneurs de la guerre ». Le général de Wattenwyl adressait aussitôt. à son armée une proclamation lui annonçant ce qui venait de se passer et où, entre autres phrases, on lit celle-ci : « Soldats, vous n'avez été appelés sous les armes ni pour attirer sur notre sol les charges et les calamités de la guerre, ni pour obliger, par une inutile et folle résistance, les puissances belligérantes à traiter la Suisse en ennemie. Non, vous étiez là pour protéger la neutralité de la Suisse si possible et dans la mesure de nos forces. Mais le Dieu tout puissant en a décidé autrement. »

Dans les journées qui suivirent, les colonnes des officiers généraux Bubna, Giulay, Liechtenstein, de Wrede, Colloredo et Hesse-Hombourg passèrent le Rhin et occupèrent le pays tout entier, jusqu'à Genève. Les contingents cantonaux de l'acte de médiation rentrèrent chez eux. Ils n'avaient pas brûlé une cartouche. On ne songea pas même à aviser de ce qui venait de se passer l'envoyé du médiateur de la confédération suisse. Le '2'2 décembre, le comte de Talleyrand écrivit de Zurich au landammann Reinhard ce laconique billet : « A mon grand étonnement, je vois le territoire de la Suisse envahi, je trouve le territoire de Zurich sur le point d'être occupé par des troupes étrangères, sans que Votre Excellence ait daigné m'en prévenir. Je ne lui cacherai pas combien un pareil silence est contraire au droit des gens. Dans la position actuelle des choses, je me borne à lui faire une demande, sur laquelle je prie Votre Excellence de me répondre d'une manière catégorique : « Suis-je en pays conquis ou en pays ennemi? » L'ambassadeur n'attendit pas la réponse. Les archives de l'acte de médiation ne disent d'ailleurs pas qu'on lui en ait fait une. Le même jour, il quitta la Suisse. sans même demander ses passeports. Il y revint plus lard, comme envoyé du roi Louis XVIII.

Le 29 décembre, le chevalier de Lebzeltern lit savoir au landammann (pie l'acte de médiation ne convenait pas aux principes de la coalition et que la Suisse eût à retourner à ses anciennes institutions. Ce qui fut fait le jour même, à Zurich, parles ambassadeurs des hauts états d'Uri, Schwytz, Lucerne, Zurich, Glaris, Zoug, Fribourg, Bàle, Schaffhouse et Appenzell. Pendant près de deux ans, la Suisse allait vivre sans constitution.

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