‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 66 sur 74 · I. ARMEE SUISSE · texte numérisé non relu

I. ARMEE SUISSE

lion du sol national, ('.elle petite armée est disciplinée, instruite, manœuvrière, excellemment armée, bien exercée au tir, vêtue, équipée et munitionnée largement ; clic dispose d'un matériel de guerre complet, qui ne le cède en rien, pour la solidité el la mobilité, à celui d'aucune autre armée ; elle garde dans ses magasins de suffisantes réserves : elle a à sa lèle un étal-major d'officiers instruits, qui ont la confiance des troupes cl du pays ; elle est immédiatement mobilisée el prèle à entrer en campagne d'un jour à l'autre. Pour une juste cause, elle prendrait les armes avec la ferme résolution de combattre.

Il a fallu près d'un siècle pour atteindre à ce résultat, mais enfin il est atteint. La Suisse a une armée homogène, sous un seul drapeau et sous un seul commandement. Et elle en sent le prix. Elle se souvient des catastrophes d'il y a cent ans. Les humiliations subies en 1803, en 1813 et en 1815 lui sont restées dans la mémoire.

Elle a pu constater que le respect de l'Europe pour ses institutions et jusqu'aux sympathies dont elle jouit à l'étranger ont crû en raison directe des perfectionnements qu'elle apportait à son état militaire et des effectifs qu'elle était capable de porter à la frontière dans les crises internationales. Pendant la guerre de 1870-1871, alors que les armées opéraient à quelques kilomètres de ses limites, aucune n'a songé à porter atteinte à sa neutralité. Une armée de quatre-vingt mille hommes l'a respectée en acceptant, par une simple convention entre généraux, d'être internée sur son territoire jusqu'à la paix conclue. Ensorte que, depuis 181,"). elle a joui de la paix comme aucun autre pays de l'Europe.

Ce sont là de précieux encouragements pour le peuple suisse à

Pièce d'artillerie entre la Comballaz et les Mosses (1S98).

La Suisse au XIX siècle, I-

persévérer dans la voie où il csl résolumenl entré il y a un quart de siècle, à maintenir son armée sur le bon pied où elle a été mise et à la perfectionner encore. Les sacrifices que le soin de sa défense lui occasionne sont des capitaux placés à gros intérêts et pour sa jeunesse il ii csl pas de meilleure éducation nationale que celle qui lui est donnée SOUS Us drapeaux.

Veillons avec une sollicitude jalouse sur l'armée fédérale. Elle esl l'incarnation vivante de la pairie dans sa force et dans son unité. Elle n'est point parfaite encore. Dans l'instruction des cadres et de la troupe, il reste de grands progrès à accomplir ; ils peuvent et doivent être obtenus. Il faut surtout que tout tende à pénétrer la conscience populaire île cette vérité qu'il n'y a pas d'armée possible et par conséquent pas de sécurité pour le pays sans une sévère discipline, et que cette discipline ne peut résulte!' que de l'acceptation réfléchie de la loi du devoir par tous les citoyens. Il esl dans la mission du peuple suisse de montrer au inonde que les milices républicaines d'une démocratie avancée, servant la liberté, savent obéir au commandement comme les soldats d'une monarchie.

Et pourquoi le saurions nous moins qu'eux? Notre dignité n'a pas à en souffrir, puisque c'esl nous-mêmes qui nous sommes imposé cette obéissance pour le salut public et qu'obéir n'est pas déchoir. Quand le soldat suisse obéit, c'esl qu'il veut obéir, c'est que son intelligence et son cœur lui dictent ce sacrifice de sa volonté. Il n'est pas de soldat au inonde qui ail à défendre une patrie plus belle, plus libre, plus digne d'être aimée cl servie. Il n'en est point qui puisse obéir plus joyeusement.

L'Europe considère en nous une nation virile. A grands coups de hallebardes, nos ancêtres nous ont fondé un renom de bravoure qui dure encore. Nous sommes toujours, pour l'Europe, la Suisse de Sempach, de St-Jacques, de Moral, de l'avic et de Mariglian, les descendants bien conservés de ces a dompteurs de rois » dont parlait Brantôme, île ces montagnards ombrageux cl fiers que Schiller a célébrés dans ses versel qui- liossini glorifie en d'incomparables mélodies. Quand les milliers de touristes qui chaque année passent dans nos hôtelleries nous entendent chanter dans nos cantines : » Les lils seront dignes des pères! » ou nous voient défiler en longues colonnes, le fusil à l'épaule, derrière le drapeau fédéral : quand ils assistent à nos l'êtes et

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