SUR LES MIRACLES DU SONDERBUND
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On a vu par une lettre du général Maillardoz que l’idée d’une intervention surnaturelle en faveur du Son derbund était fortement empreinte chez plusieurs chefs. Elle n’était pas moins enracinée dans une portion des populations, et l’on a vu devant Fribourg, la nuit qui précéda la reddition de la place, des hommes du landsturm se précipiter sur les bivouacs des troupes fédérales, la faux dans une main et le chapelet de l’autre, braver les qui-vive des sentinelles, chercher à donner la mort aux hérétiques et la recevoir de leur main avec une intrépidité stupide.
L’armée fribourgeoise avait reçu officiellement le récit imprimé du miracle d’Angsdorf, dont nous publions les pièces qui appartiennent à l’histoire :
« Dans la nuit clu 7 au 8 novembre, le soldat Vuarnoz, de Corserey, paroisse de Prez an district de Fribourg, de la 2e compagnie de chasseurs du 2e bataillon du contingent, était en faction sur la route cantonale qui va de Fribourg à Berne, un peu en avant du hameau d’Àngsdorf, à la distance d’environ une lieue de Fribourg. Vers les neuf heures et demie du soir, un coup de feu partit tout à coup d’un petit bosquet qui se trouvait vis-à-vis du factionnaire, à la distance de quinze à vingt pas. Ce coup, dirigé vers la sentinelle, l’atteignit. Etourdie par la secousse et se croyant blessée, celle-ci recula, chancela, et, sentant quelque chose de froid glisser le long de son corps, elle crut que c’était du sang qui coulait ; ce qui ne l’empêcha pas toutefois de riposter, de lâcher son coup. Puis, se
repliant sur le second factionnaire, elle-engagea celuici à faire feu : un second coup part, et les deux sentinelles se replient ensemble sur leur poste, au hameau d’Angstorf.
» Averti par ces détonations réitérées et par le cri du factionnaire qui était devant le corps-de-garde, tout le poste sort et court aux armes. L’officier qui commande s’avance à l’instant pour faire une reconnaissance, explorer le terrain, tandis qu’on dépêche en toute hâte au quartier-général stationné à Mariahilf, pour donner l’alarme. Aussitôt le chef de bataillon fait réveiller son monde et part avec un fort détachement vers la direction d’où étaient partis les coups de feu, accompagné du major, de l’aumônier, du chirurgien-major et de plusieurs officiers. Arrivés à Angstorf, ils trouvèrent la première sentinelle, le soldat Vuarnoz, entouré de ses camarades; et, s’étant approchés, ils constatèrent sur lui, sur ses habits, un trou rond formé par le passage d’une balle correspondant à travers la capote, le gilet croisé à double et la chemise du soldai, et allant aboutir droit à une médaille de la Vierge immaculée que le soldat portait sur sa poitrine.
« Le coup dirigé par la main d’un assassin, du bosquet qui se trouvait vis-à-vis de la sentinelle, à la distance de quinze 5 vingt pas, avait porté en plein sur sa poitrine. La balle avait passé entre les doigts de la main droite qui soutenait l arme et que le soldat tenait cachée sous sa capote, percé, comme nous l’avons dit, capote, gilet, chemise, jusqu’à l’endroit où se trouvait la médaille, de la grosseur d‘une petite pièce de monnaie ; et cela sans faire la moindre lésion ni aux doigts, ni à la peau sur laquelle se trouvait collée la médaille.
» Frappé d’un fait aussi merveilleux et l’attribuant
à la main de Dieu, l’aumônier de la troupe fît agenouiller sur-le-champ toutes les personnes présentes, témoins de ce prodige, pour remercier de concert la divine Providence et la Vierge protectrice d’avoir ainsi miraculeusement sauvé la vie à cet homme. *
» Nous nous abstiendrons ici de tout commentaire : nous laissons parler les faits et les pièces officielles. » Suivent dans la brochure fribourgeoise les attestations de quatre chirurgiens militaires et la légalisation du lieutenant-colonel Appenthel. Elle se termine par une pièce émanée de l’évêque et ainsi conçue :
ÉTIENNE MARILLEY,
Evêque de Lausanne et de Genève , etc .
.« Nous désirons que les pièces officielles du procès-verbal, concernant le fait arrivé à Angstorf, dans la nuit du 7 au 8 novembre courant, reçoivent la plus grande publicité parmi les fidèles confiés à notre sollicitude pastorale. Les détails qu’elles renferment sont exactement conformes à la relation qui nous a été faite par le révérend aumônier du 2- bataillon. Nous avons vu la médaille que portait le chasseur Yuarnoz, ainsi que la balle qui l'a frappé. Celle-ci porte visiblement l'empreinte de la médaille; le fait est bien à encourager de plus en plus la confîance en la protection de la Reine du ciel, si justement appelée te le secours des chrétiens «; il est un heureux présage des faveurs nouvelles que nous attendons de la bonté divine dans une lutte entreprise pour maintenir les droits sacrés de la justice et de la religion.
«Donné à Fribourg, en notre maison épiscopale, le 10 novembre 1847.
» j- Etienne, évêque de Lausanne et de Genève . »
Quaire jours après Fribourg tombait au pouvoir des troupes fédérales, sans résistance et au grand désespoir de Lucerne et du Valais, qui prétendaient mesurer leurs ettorls sur ceux de ce canton allié.
A Lucerne, l’idée d’un secours miraculeux n’était pas moins en circulation qu’à Fribourg. ïl suffira de citer la pièce officielle suivante :
Le colonel Zen-Klusen au Conseil (T Etat du Palais.
( Lettre du 8 novembre 1847.)
« Un P. Jésuite m’a dit hier (pie neuf personnes, parmi lesquelles se trouvaient aussi des enfants, étaient allés en pèlerinage à Maria-Stein (canton de Soleure); que la sainte vierge avait paru dans les airs toute rayonnante de splendeur, tenant l’enfant Jésus dans les bras. Ces braves gens, ne se possédant plus du bonheur et de la joie qu’ils ont éprouvés, se sont empressés de retourner dans leur village pour raconter ce qui s’est passé, et se sont rendus chez leur curé pour le prier de le publier en chaire. M. l’avoyerSiegwart a écrit au président de la commune pour mieux encore s’assurer du fait.
» Il est édifiant de voir tous les matins les églises remplies d’olliciers, de soldats et d'habitants; chaque jour on donne les bénédictions avec le saint ciboire, et ensuite on prie le chapelet. «
brigham young