SUR LES ÉTABLISSEMENTS DES JÉSUITES A FRIBOURG
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Il y avait naguère à Fribourg deux établissements
distincts appartenant aux Jésuites : 1° le College des
Jésuites chargés de l’enseignement de la jeunesse fri-
bourgeoise, sous l’autorisation du Conseil d’Etat ;
2° le Pensionnat des Jésuites et les propriétés qui
s’v rattachaient.
1° Le College possédait pour env iron deux millions de propriétés, soit immobilières soit mobilières. Il avait ses biens fondamentaux, ceux de l'abbaye de Marsan, supprimée au seizième sfècle, ceux des couvents de Posai et de la Valsainte, aussi supprimés; diverses fondations, le trésor, les biens de la fabrique et ceux de diverses corporations.
2° Le Pensionnat , outre l'immeuble considérable destiné à loger les maîtres et les élèves, possédait encore divers biens-fonds dans le canton, des châteaux, des forêts, des domaines, la succursale d'Estavayer et des capitaux placés sur hypothèques dans le canton ou à l’étranger.
Divers calculs faits dans le temps portaient à un million de francs par an les capitaux que les Jésuites
faisaient affluer à Fribourg par le mouvement des étrangers, le séjour des parents des élèves et la dépense des élèves eux-mêmes. Mais d’autres calculs rabattaient beaucoup de cette somme, parce rjue les Jésuites avaient l’habitudede faire venir de l’étranger toutes leurs principales fournitures, de sorte que le commerce local lirait peu de profit de leur séjour.
Un commissaire fédéral a fait un tableau pittoresque de la prise de possession momentanée des établissements des Jésuites et principalement du pensionnat par les troupes fédérales, après leur entrée dans Fribourg le 14 novembre :
« Les vastes et luxueux bâtiments des Jésuites, qui dominent orgueilleusement la vieille cité des Zæhringen, frappaient tous les yeux; 3,000 confédérés y entrèrent, et chacun chercha à s’y faire un gîte comme il put. Tout y était dans le plus complet abandon ; aveuglés jusqu’au dernier moment par une confiance incompréhensible, les Jésuites et les 25 élèves qui leur restaient n’avaient pris la fuite que quelques heures auparavant, laissant un riche et innombrable mobilier à la garde de quelques domestiques, espèce de crétins qui regardaient d’un air hébété, sans pouvoir répondre aux questions qui leur étaient adressées de toutes parts. Quel intéressant voyage de découvertes auraient pu faire quelques amateurs, à travers ces mille appartements délaissés avec tout ce qu’ils renfermaient, manuscrits, correspondances, diplômes, livres dans les bibliothèques, livres dans les chambres particulières, livres scellés dans des buffets, tableaux, images, emblèmes, costumes, habillements, linge, comestibles, instruments d’épreuve de noviciat, règlements, instructions secrètes, méthodes artificielles d'enseignement, et enfin ces mille riens de la vie intime qui révèlent l’homme!
Et quelle vie? Celle des enfants de Loyola. Pour la première fois peut-être, on pouvait prendre le jésuitisme sur le fait.
» Voici d’abord un bataillon qui pénètre dans un batiment long et à un seul étage. C’est le théâtre sur le sol duquel est étendue une litière qui pue le landslurm ; une horde de ces sauvages y a effectivement passé la nuit. Le bataillon en sort précipitamment et monte dans les combles, qui forment deux salles d'études spacieuses pour le dessin et la musique; cahiers, portefeuilles, modèles, instruments, tout est à sa place, et dans un cabinet le vestiaire et les costumes du théâtre; mais à manger, rien. Pendant que les officiers vont a la recherche des vivres, les soldats s’amusent ; l'un prend un violon, un autre une clarinette, celui-ci va au piano, celui-là s’empare de la trombonne ou du cornet à piston; bientôt c’est un charivari infernal, et pendant ce vacarme des acteurs improvisés s’habillent en marquis, en comtesse, en vestale, en empereur romain. Malheureusement il y avait là comme partout quelques vêlements de prêtres, qui eurent le même sort que ceux de Chalcas et * d’Iphigénie. Mais à la fin, les costumes furent mis en lambeaux, les violons brisés, les flûtes écrasées, ei une quinzaine de pianos furent touchés par des mains si vigoureuses, qu’il sera difficile de les accorder jamais. Ce dénouement était inévitable; mais on n’a pas manqué de l’appeler du vandalisme.
» Au pensionnat, au collège, au couvent, vastes bâtiments distincts, mais administrés tous et abandonnés par les Jésuites, la confusion n’était pas moins grande...»