UNE STATION SUR LA BROYE CANALISEE
de monuments aussi bien conservés que les arènes de Nimes ou la Maison carrée, quelques localités comme Avenches et Augst (que nous verrons dans la campagne bâloise) offrent néanmoins des vestiges importants et précieux de la civilisation romaine.
Située au sud de Morat, dans une enclave du canton de Vaud entre des territoires fribourgeois, la toute petite ville d Avenches offre le type de la cité déchue : ce n'est point la culture du tabac, prospère dans ses environs, ni le dépôt voisin des étalons de la Confédération, qui peuvent lui donner de 1 animation, ni réveiller la vie de jadis. Elle s est serrée sur une colline qui était le Capitule de la ville romaine. Le sommet est couronné par un château, reconstruit au XVI' siècle par les Bernois sur l'emplacement d un ancien manoir épiscopal, et qui a 1 air d une tranquille résidence d anciens hobereaux campagnards cossus et méfiants, avec ses rangées de grandes fenêtres et ses tourelles irrégulières, carrées et rondes, au toit conique, pyramidal ou fuselé, et dont I une se détache, isolée, en sentinelle d'avant-garde.
La cité romaine avait six kilomètres de tour, tandis que les fortifications du moyen âge, dont il reste quelques vestiges, accusent une enceinte d'un quart de lieue à peine. Un enfoncement elliptique marque l'emplacement de 1 amphithéâtre. A côté s élève une tour carrée où a été réuni un très intéressant musée archéolologique constitué avec le produit des fouilles locales : fragments de colonnes, bas-reliefs, mosaïques, inscriptions, monnaies, poteries et objets divers.
C'est l'association Pro Aventico, fondée en 1885, qui a orga-
nisé les fouilles. La découverte la plus importante a été la mise à jour, à partir de 1889, des ruines du théâtre, qui était très vaste, et pouvait contenir dix à douze mille spectateurs. Beaucoup d'antiquités ont été retirées dans les fouilles : on remarque notamment un fort beau bas-relief représentant Romulus et Remus allaités par la louve, et un assez grand nombre de tombeaux qui ont été mis à jour.
L enceinte romaine, qu on a pu reconstituer et dont on a retrouvé d importants vestiges, comprenait quatre-vingts tours : il ne subsiste plus que la tour de la Tornallaz : encore a-t-elle été remaniée dans le cours des siècles. Du temple d'Apollon, il reste une curieuse colonne isolée, en marbre, avec son chapiteau corinthien, que les habitants ont depuis longtemps surnommée le Cigognier parce que sa forme de perchoir improvisé y avait attiré longtemps les cigognes qui venaient y faire leur nid. Les populations de la région ont remarqué qu Avenches est la seule localité de langue française fréquentée par les cigognes. La tradition populaire explique ce fait en disant que les cigognes ne comprennent que l'allemand et que les habitants d Avenches parlaient autrefois cette langue : lorsqu'ils se sont francisés, les oiseaux ne s'en sont pas aperçus. Inutile d ajouter qu Avenches n a jamais parlé 1 allemand : on sait au contraire que, depuis le début du moyen âge, c est I allemand, et non le français, qui a gagné du terrain dans la contrée, sans en avoir jamais perdu.
Aventicuw, qui existait déjà avant lépoque celtique, se développa surtout sous Vespasien et les empereurs Flaviens, qui lenrichirent et l'embellirent en témoignage de gratitude vis-à-vis des Helvètes, qui avaient pris une part active aux luttes contre Vitellius. Le 11° et
AVENCHES : LA TOUR DE LA TORNALLAZ ET LE CIGOGNIER.
FRIBOURG