LA VILLE DE THOUNE. LE LAC ET LA CHAINE DES ALPES BERNOISES
mées, voire mondaines ? Thoune et surtout Interlaken. Des vallées tranquilles, fraîches et boisées? Celles de la Simme et de la Kander. Le bon marcheur peut s'attaquer aux pics les plus ardus, tandis que le chemin de fer mène les touristes peu ingambes au cœur des neiges éternelles.
Les caractéristiques de 1 Oberland bernois parmi les Alpes, ce sont d'abord la fraîcheur et l'exubérance de la végétation. L eau abonde partout et le climat, surtout au printemps, a des tendances à 1 humidité. Ici nul besoin de canalisation et d'arrosage artificiel, comme dans le Valais. Aussi, même par les étés torrides, voit-on les prairies toujours vertes, les arbres luxuriants, et les torrents gonflés d'écume dans la fraîcheur exquise des sous-bois.
Le second caractère, peut-être encore plus frappant, c'est l'aspect riant, propre, pimpant, non seulement des habitations, mais, si l'on peut dire, de la nature elle-même. Autour des maisons en bois, fleuries et coquettes, des paysans de I Oberland, qui sont, aux yeux des étrangers, le tjpe du chalet suisse, les prairies et les vergers si plantureux et si soignés, les montagnes mêmes si vertes donnent l'impression d un immense parc arrangé pour le plaisir des yeux. Ce n'est qu'une illusion, car la nature est aussi fruste que dans le reste des Alpes, et on ne peut lui en vouloir de s être parée des grâces les plus verdoyantes. Encore l'impression s'efface-t-elle dès qu'on gagne les hautes altitudes, en quittant les vallées riantes pour les paysages les plus sauvages du monde glaciaire. C est précisément cette opposition perpétuelle entre la douceur des vallons et des lacs et la grandeur farouche des cimes neigeuses, — plus proches dans les stations d'altitude, mais toujours entrevues à l'horizon — qui fait le charme' de l'Oberland bernois.
L'élevage et le tourisme ont peu à peu enrichi la contrée qui, d'ailleurs, n'a jamais été vraiment pauvre. Depuis des siècles, de nombreuses communes, grâce à leurs forêts et pâturages, ont des revenus suffisants pour donner aux (( bourgeois », — une fois payées les dépenses du budget — des dividendes qui se distribuent, généralement, partie en argent et partie en bois. Les vieilles mœurs sont assez bien conservées. C est une des rares régions où l'on entend encore résonner I antique cor des Alpes, Valphorn, si curieux avec sa longue embouchure, et qui éveille par delà le ravin l'écho de la montagne.
THOUNE : ÉGLISE ET EMBARCADÈRE SUR l'aAR.
lis
Thoune. — L'Oberland commence avec Thoune. qui enjambe l'Aar à la sortie du lac. et qui fut autrefois la clef stratégique de tout le haut pays.
Ce fut longtemps la seule métropole de la région ; et si aujourd'hui Interlaken, sous plus d'un rapport, lui fait concurrence, c'est encore la localité la plus importante, la seule ville véritable de la contrée, qui possède six mille habitants sédentaires, et qui a un cachet d antiquité unique dans la région.
Deux hauteurs dominent la ville, couronnées 1 une par 1 église. l'autre par le château.
L'église, un peu moins élevée.
a un clocher polygonal intéressant et un porche antérieur, avec des fresques curieuses, qui donne sur une petite terrasse dominant la ville et les montagnes.
Mais la vue est beaucoup plus belle de la terrasse du château. C est un coup d œil classique et qui vaut sa réputation :
au premier plan, la ville, d où surgit à gauche I église et sa flèche, et qui s'ouvre autour du bassin de 1 Aar, fermé par des rives boisées; plus loin le lac, derrière lequel se dresse une
barrière montagneuse couronnée par le fronton neigeux des Alpes bernoises, le Breithorn (1), le Mœnch, l'Eiger, la Jungfrau, les colosses de l'Oberland qui dominent toute la contrée et qu on aperçoit dès 1 orée du pays.
Le château, qui comprend deux corps de bâtiments distincts, date en partie de la fin du XIlT' siècle. Au sommet de hauts gradins, le donjon quadrangulaire et élancé, flanqué de tourelles rondes aux clochetons aigus et ceint d'un ruban de tours et de courtines, jaillit d'un fourré de verdure pour commander la ville et le fleuve. On y a installé d'intéres.santes collections historiques.
La vieille ville se forma au pied de l'église et du château. La
r CHATEAU DE THOUNE
(I) 11 y a el dans le Valais
Suisse deux montagnes très
au sud de Zermatt. 1 autre dans i
qui portent ce no Alpes bernoises.
rue principale, la curieuse Hauptstrasse, où passait jadis tout le trafic commercial à destination ou en provenance de I Oberland, longe la base des collines parallèlement à l'Aar.
Elle n a guère changé depuis plusieurs siècles, et c est une évocation toute moyenâgeuse que cette voie à deux étages, où des rangées de boutiques s ouvrent à même la chaussée encaissée, sous des trottoirs surhaussés de deux mètres, tandis que d autres magasins occupent la base des maisons aux longues fenêtres étroites, aux toits prolongés en énormes saillies. L activité commerciale avait fait résoudre ingénieusement ce problème en apparence insoluble ■ ouvrir quatre rangs de boutiques en bordure d une voie publique.
Thoune possède d'autres vieilles rues et des maisons antiques, comme cette curieuse demeure du XV' siècle, ornée d'une tourelle d angle, que de vieux rosiers grimpants, toujours vigoureux, ont fait surnommer le il jardin des roses ». De massives arcades s'alignent près du marché, et les quais, bien qu'en grande partie remis à neuf, offrent encore des coins pittoresques et bien conservés, des deux côtés de l'île formée par le fleuve. Comme l'Aar n était pas navigable de Berne à Thoune, la plupart des marchandises étaient transbordées en bateau pour traverser le lac. Ce transit avait donné à Thoune une grande importance, et avait fait créer toute une série d écluses à la .sortie du lac. Aujourd'hui, presque tout le commerce se fait par voie ferrée, mais la navigation a repris une grande importance pour le tourisme : le transbordement des voyageurs s'opère un peu en amont de Thoune, plus près du lac, à Scherzligen, où une station de chemin de fer fait vis-à-vis à la tête de ligne des bateaux.
Sans altérer la physionomie de ses vieux quartiers, le mouvement des étrangers, qui affluent chaque année en si grand nombre dans l'Oberland. a infusé une nouvelle vie à Thoune, et a rajeuni la cité, en faisant surgir à 1 ouest et au sud une nouvelle ville.
V illas et hôtels se sont construits en grand nombre près de la gare et dans la direction du lac. Les plus luxueux bordent l'élégant faubourg de Hofstetten. qui se prolonge le long du bassin de 1 Aar, si verdoyant, et que termine la promenade ombreuse de la Ba?chimatte. Là se déploie une végétation d une exubérance inouïe : des arbres séculaires épandent leurs immenses rameaux au-dessus des eaux vertes de l'Aar. où glissent les cygnes nonchalants, entre les roseaux et les nénuphars, tandis qu'en face émerge d un bouquet de verdure la tour quadrangulaire de 1 église de Scherzligen coiffée d'un toit aigu, comme un donjon de château fort.
L'industrie est toujours active à Thoune : brasseries, moulins, fabriques de cartons, s échelonnent près des quais.
C'est aussi une station militaire
OBERLAND BERNOIS
importante, avec des fabriques de munitions, un poste de remonte et un champ de manœuvres de premier ordre.
Le lac de Thoune. —
Le lac de Thoune est un des plus beaux lacs de Suisse. 11 s'enfonce comme un immense fleuve entre les puissants contreforts qui enserrent ses rives.
Mais, en dépit des hautes montagnes qui le pressent, il présente de vastes échappées sur les plus hauts sommets et les lointains neigeux des Alpes bernoises, tandis que dans la direction de Thoune la perspective sabaisse par degrés et finit vers la plaine. Sa tonalité générale varie du bleu d outremer au gris ardoise.
Dès qu on a quitté l'Aar à Scherzligen pour pénétrer dans le lac, le contraste s affirme entre les deux rives. A l'ouest la plaine se prolonge, tandis qu à 1 est les montagnes boisées tombent en épaule ments assez brusques sur les eaux. Ici la végétation est riche et le climat très doux : les noyers ombreux se mêlent aux peupliers et aux érables ; les roses et les camélias enguirlandent les jardins pendant l'été. Sur le littoral, où se plaisait Wagner, s'échelonnent de coquettes localités recherchées surtout par les Anglais comme villégiatures : Hilterfingen, où d un fouillis de verdure émerge un fouillis encore plus pittoresque de toits, convexes, à pans coupés, aigus, lourds ou sveltes. couvrant le sol de leur carapace, ou s'élançant dans le ciel sur de hardis clochetons; Oberhofen, avec un château restauré que domine le lac de ses fières tourelles ; Gunten, qui avance ses chalets coquets sur une langue de terre baignée par les eaux, et que surplombe, dans les vergers, le bourg tranquille de Sigriswyl. Dans le voisinage de Gunten, une curieuse gorge a été taillée par un torrent entre de hautes parois de poudingue. Beaucoup d habitations luxueuses ont été construites sur cette côte, parfois même de vrais châteaux, comme ceux de la Chartreuse et de Hunegg.
Sur la rive opposée, deux groupes de montagnes un peu en retrait attirent 1 attention.
C'est d'abord le Stockhorn, à la crête anguleuse et penchée, puis le pic isolé et conique du Niesen, auquel accède un funiculaire, et qui sépare, en arrière de Spiez, les deux vallées convergentes de la Simme et de la Kander. La voie ferrée, qui longe la rive gauche, s'élève, après avoir traversé la plaine et coupé I embouchure de la Kander, et domine le lac qui ouvre ses admirables horizons jusqu au-dessus de Spiez.
Commandant la partie centrale du lac où s'avance son cap audacieux. Spiez a pris depuis quelques années une importance qui ira encore en s'accentuant à la suite du percement du Lœtschberg. Cette localité se trouve, en effet, à la jonction de trois voies ferrées importantes : la ligne de Berne à Interlalcen, utilisée surtout par le tourisme; la grande ligne internationale du
Lœtschberg, et la ligne de montagne qui rejoint Spiez à Montreux par Zweisimmen. Le village s'est formé jadis auprès du lac, autour d'un petit port bien abrité, que défendait un château fort, transformé aujourd hui en hôtel et en partie détruit : le coup d'œil est pittoresque quand on arrive de Thoune par le bateau et qu on double le promontoire dominé par la vieille tour et bordé de villas, pour découvrir ensuite le golfe au bord duquel se tassent les maisons des paysans et des pêcheurs, les « Bierhallen » rustiques et les établissements de bains. Une nouvelle ville s'est bâtie un peu plus haut, à flanc de colline, parmi les cerisiers, autour de la gare, où la beauté du coup d œil devait séduire les constructeurs d hôtels, et elle descend peu à peu à la rencontre de la ville du lac.
Au delà de Spiez, la rive méridionale devient de plus en plus escarpée. Le puissant ourlet rocheux des montagnes ne laisse qu une étroite bordure au ras de l'eau, où se serrent la route et le